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Les antibiotiques dans les élevages bovins, c’est pas automatique !

En santé animale comme humaine, le développement de résistances aux antibiotiques fait poindre le risque de se trouver dans une impasse thérapeutique vis-à-vis de certaines infections bactériennes. En France, un plan de réduction des risques d'antibiorésistance en médecine vétérinaire (EcoAntibio) a été mis en place par le Ministère de l’agriculture dès 2012. Courant décembre 2018, les Rencontres Recherches Ruminants ont été, pour Christian Ducrot, chef de département adjoint "Santé animale" de l’Inra et ses collègues de l’Institut de l’élevage - Idèle, l’occasion de faire le point sur l’évolution de l’usage des antibiotiques en filière bovine.

Christian DUCROT, Chef de département adjoint de la structure Santé Animale; Directeur d'unité adjoint de la structure Département Santé Animale.. © Inra, MAITRE Christophe
Par Catherine Foucaud-Scheunemann
Mis à jour le 22/03/2019
Publié le 25/02/2019

Au fil des ans, l’usage des antibiotiques a diminué en France. Entre 2011 et 2017, cette réduction a été de 23 %, concernant notamment des antibiotiques particulièrement importants en santé humaine (p. ex. céphalosporines de dernières générations, fluoroquinolones…). Les raisons : un engagement national à réduire les risques d'antibiorésistance en médecine vétérinaire, un large éventail d’actions convergentes - de la prévention de l’apparition des maladies à l’utilisation de médicaments alternatifs aux antibiotiques en passant par un usage plus raisonné de ces derniers – et un appui au changement de pratiques.

Lors des Rencontres Recherches Ruminants, Christian Ducrot est revenu sur cette dynamique portée par de nombreux interlocuteurs dont l’Inra.

Pouvez-vous détailler quelques actions qui ont été mises en œuvre pour réduire l’usage des antibiotiques en élevage bovin ?

Je prendrai l’exemple des mammites qui constituent la pathologie n°1 des élevages laitiers. Ces infections déclenchent une réaction inflammatoire associée à un afflux de globules blancs dans la mamelle, ce qui augmente le nombre de cellules dans le lait.

Dès 2013, l’interprofession laitière a lancé un programme national de communication et d’accompagnement des éleveurs et de leurs conseillers « Les mammites, j’anticipe ». Son objectif : actualiser, renforcer les connaissances techniques et apporter tous les éléments pour une meilleure maîtrise des mammites. Il a rapidement porté ses fruits : depuis 2014, la moyenne des concentrations en cellules dans les laits a baissé. Pour éviter un usage inutile des antibiotiques, la profession vétérinaire a affiné les règles thérapeutiques selon la forme clinique de l’infection et la situation des troupeaux. Par ailleurs, le traitement antibiotique des vaches quand la lactation est arrêtée se veut actuellement sélectif, destiné aux seuls animaux qui en ont besoin - dans les années 70, il était systématique. L’évaluation génétique des races bovines laitières intègre aussi des critères liés à la santé. L’index « santé de la mamelle » représente aujourd’hui entre 14 et 18 % des objectifs de sélection des races laitières Normande, Prim’Holstein et Montbéliarde.

Comment sont accompagnés ces changements de pratiques ?

Réduire l’usage des antibiotiques nécessite une démarche volontaire forte pour transformer les habitudes et les pratiques des acteurs du secteur ainsi que les rapports qu’ils entretiennent entre eux.

Certains éleveurs élaborent des solutions avec les professionnels de santé animale (conseiller, technicien ou vétérinaires) qui vont les conseiller et les accompagner dans ce processus de changement. D’autres vont suivre des formations pour appréhender des alternatives aux antibiotiques. Enfin, une autre partie des éleveurs privilégieront les échanges au sein de groupes de pairs, formels comme les chambres d’agriculture ou informels, pour partager des expériences, apprendre et élaborer leur décision. A une échelle plus large, les filières de productions animales se sont associées aux actions du plan EcoAntibio, travaillant par exemple à une meilleure circulation des informations santé entre acteurs. La filière lait diffuse depuis longtemps des messages essentiels sur les numérations cellulaires des troupeaux et le délai d’attente avant remise en production du lait d’une vache traitée aux antibiotiques dans la perspective de préserver la santé du consommateur comme les capacités de transformation du lait par les flores d’intérêt technologique.

Quelles sont les perspectives de cette situation ?

En filière bovine, un travail important de prise de conscience des risques liés à l’usage des antibiotiques a été mené en raison notamment de la dynamique portée par le plan EcoAntibio. La consommation d’antibiotiques a évolué de façon favorable grâce à la convergence des actions menées par de multiples interlocuteurs. Cette tendance devrait se poursuivre si certaines actions conduites actuellement diffusent largement dans la population, par exemple le traitement sélectif au tarissement.  Il est également essentiel de bien comprendre les freins comme les motivations des éleveurs au changement. Enfin, pour aller plus loin, certaines pistes doivent être explorées plus avant, que ce soit sur le terrain ou en recherche dans une approche intégrée, systémique et unifiée de la santé publique, animale et environnementale.

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Santé animale

En savoir plus

DAVID V., BEAUGRAND F., GAY E., BASTIEN J., DUCROT C. Evolution de l’usage des antibiotiques en filières bovins lait et bovins viande : état d’avancement et perspectives. Rencontres Recherches Ruminants, Paris 5-6 décembre 2018

DUCROT C., FRIC D., LALMANACH A.-C., MONNET V., SANDERS P., SCHOULER C. (2018). Perspectives d’alternatives thérapeutiques antimicrobiennes aux antibiotiques en élevage. INRA Productions Animales 30 : 77-88