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Cette publication est un outil de référence complet et pratique sur l’état actuel des connaissances et des méthodes pour lutter contre les maladies des poissons. 

Gestion de la santé des poissons

Cette publication est un outil de référence complet et pratique sur l’état actuel des connaissances et des méthodes pour lutter contre les maladies des poissons. 

Publié le 11/10/2018

La transformation des milieux et l’industrialisation des élevages impactent fortement l’évolution des pathologies affectant les collectivités animales. Parfois, ces troubles pathologiques peuvent limiter la rentabilité des élevages et menacer la santé d’autres espèces incluant l’homme. Leur contrôle appelle une vigilance et des adaptations constantes. Le développement spectaculaire de la biologie moléculaire et de la génomique a, ces dernières années, bouleversé le domaine de l’ichthyopathologie. Comment désormais corriger une situation clinique déclarée ou agir sur la gestion de l’élevage ? Cet ouvrage y répond de façon concrète et novatrice. En complément des fondements classiques de l’intervention sanitaire et de leurs succès pratiques, ces nouvelles méthodes sont abordées et explicitées. Celles-ci concernent des domaines aussi variés que le diagnostic, les traitements et les diverses formes de prévention non médicale.  Cet ouvrage s’adresse aux professionnels de l’aquaculture et de l’halieutique, les vétérinaires et autres praticiens de terrain, les enseignants et les étudiants intéressés par la gestion des ressources aquatiques, ainsi que les personnes impliquées dans la gestion d’aquariums d’ornement. 

 

Six auteurs Inra ont participé à cet ouvrage dont Christian Michel, le coordinateur, chercheur à l’unité de recherche Virologie et Immunologie moléculaires, infection et immunité des poissons à l’Inra de Jouy-en-Josas. 

Gestion de la santé des poissons

Editions 2018

Editions Quae, coll. Savoir faire - 480 pages, octobre 2018 - 39 euros

Extraits

1) Il a été démontré qu’une fraction importante des aliments médicamenteux distribués aux poissons marins élevés en cages n’est pas consommée. Elle traverse le tube digestif sans être efficacement absorbée et se retrouve au final dans la colonne d’eau, conduisant au dépôt et à l’accumulation de produits antibiotiques et parasiticides dans les fonds situés à l’aplomb. C’est surtout leur persistance dans les sédiments qui a été a étudiée. Dans les fjords norvégiens, elle peut être très longue, de l’ordre de plusieurs mois pour l’oxytétracycline et les quinolones (Hektoen et al., 1995). Ces produits étant principalement dégradés par photolyse, il est assez logique que les fonds aquatiques les en protègent. En Méditerranée, malgré des données moins abondantes, les conditions apparaissent plus favorables à la dégradation des molécules (Rigos et Troisi, 2005). Quant aux effets sur les organismes vivants, point n’est besoin d’insister sur le fait que, s’il s’agit d’antibiotiques, les communautés bactériennes sont forcément touchées. La fonction de photosynthèse et la croissance peuvent également être affectées chez certaines espèces d’algues vertes et le cas des cyanobactéries mérite une mention, car certaines se sont révélées particulièrement sensibles aux tétracyclines et à l’amoxicilline. Il a été observé que cette dernière peut exacerber la production et l’action d’une hépatotoxine dans le cas de Microcystis (Liu et al., 2012). Des perturbations ponctuelles de populations sauvages de poissons ont également été rapportées à des pollutions d’origine médicale. Ce sont principalement les troubles de développement sexuel attribués aux résidus de stéroïdes œstrogènes répandus dans les rivières (voir chapitre 5) qui entretiennent régulièrement l’émoi des médias occidentaux. Sans doute l’origine principale n’est-elle pas à chercher dans les effluents de pisciculture mais l’emploi de produits apparentés pour réguler le sexe et la maturation des poissons d’élevage doit incliner les éleveurs à ne pas ignorer ce problème. 

En fin de compte, ce sont moins les effets toxiques proprement dits des médicaments que les modifications exercées par les antibiotiques sur les communautés microbiennes du milieu aquatique qui causent les soucis les plus récurrents. Ces modifications entretiennent beaucoup moins de rapports avec les doses de produits employés et accumulés que la toxicité. Elles se manifestent surtout par la sélection et la mise en circulation de facteurs génétiques de résistance, parfois multiples et transmissibles, qui non seulement affectent l’efficacité des traitements mais sont susceptibles d’altérer l’équilibre des flores microbiennes hébergées par les sédiments, les végétaux et les animaux aquatiques. On retrouve là une des menaces également alléguées, au-delà des risques toxiques, dans le cas des microflores intestinales hébergées par les consommateurs exposés à des produits contenant des résidus d’antibiotiques. L’impact sur l’environnement et sur le tube digestif, évalué différemment selon les auteurs, pose finalement la question de l’antibiorésistance.

2) Comment dès lors envisager au mieux le traitement de poissons malades en situation d’urgence ?  Les probabilités de résistance aux produits actuellement autorisés étant fatale- ment élevées et peu de solutions de substitution s’offrant en recours, il importe que chaque action thérapeutique soit entreprise en disposant d’un maximum de renseignements sur l’agent pathogène cible. On sait que le diagnostic des bactéries aquatiques et la réalisation de l’antibiogramme réclament du temps et qu’il n’est guère réaliste d’espérer obtenir un résultat d’examen assez tôt pour pouvoir orienter le choix thérapeutique. En revanche – et dans ce cas précis il s’agit d’un atout –, les bactéries pathogènes tendent à se fixer et à persister dans les sites qu’elles colonisent, où elles expriment leurs effets cliniques par des flambées occasionnelles assez faciles à anticiper et à reconnaître dès lors que les antécédents sont connus. C’est pourquoi un résultat d’examen conservera sa valeur en tant que guide de décision dans les épisodes infectieux à venir. Il permettra d’entreprendre sur le champ, sans pour autant se dispenser de soumettre quelques sujets malades au laboratoire, un traitement d’attente que les résultats de l’analyse viendront ultérieurement conforter ou remettre en question.

(...) Enfin, les bonnes pratiques de prescription ne se limitent pas à simplement estimer la sensibilité des bactéries visées. Leur objectif est de s’opposer autant que faire se peut à l’émergence de nouvelles résistances. Comme nous l’avons vu, c’est à la connaissance des propriétés pharmacocinétiques des médicaments qu’il faut faire appel pour compléter la démarche que théoriciens et praticiens considèrent maintenant comme la plus apte à répondre au défi des résistances et qui tend à s’accomplir dans le concept d’utilisation raisonnée.