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Du neuf dès l’œuf

Les chercheurs de l’Inra de Tours ont montré que l’on peut familiariser des embryons de poulets à des odeurs et utiliser cette expérience pour réduire les réactions de rejet en présence d’aliments nouveaux.

Poussins à l'éclosion. © SLAGMULDER Christian
Mis à jour le 31/01/2013
Publié le 15/06/2011

Les oiseaux n’aiment pas la nouveauté. Notamment en matière d’alimentation. A tel point que dans les élevages, les poulets à qui on présente une nouvelle nourriture peuvent refuser de manger et parfois en venir à picorer leurs congénères ou leur litière… Afin de contourner cette « néophobie » (ou peur de la nouveauté), les chercheurs ont eu l’idée de diffuser des odeurs dans l’incubateur où se trouvent les œufs. Ils ont choisi un mélange d’huiles essentielles de vanille et ­d’orange, auxquelles les poulets sont sensibles. Ils ont observé qu’après éclosion, les poussins acceptaient mieux les aliments contenant ces odeurs. Ces résultats montrent que dès le stade embryonnaire, dans l’œuf, l’olfaction des oiseaux est bien développée et que familiariser les embryons avec une odeur les aide, une fois éclos, à accepter un aliment nouveau. Il importe cependant de bien doser l’intensité de ces odeurs, car un excès peut déclencher des aversions.

 Réduire la peur par l’odeur et par le contrôle du stress maternel

« Ces études soulignent le rôle de ­l’expérience périnatale : l’expérience dans l’œuf et les premiers jours de vie sont essentiels, explique Aline Bertin, qui a mené ces travaux à l’Inra de Tours. Lorsque les éleveurs signalent des problèmes de néophobie alimentaire sur leurs animaux âgés de plusieurs ­semaines, ce problème est en fait ­présent dès les premiers jours de vie ».

Ces résultats laissent entrevoir plusieurs solutions pour résoudre les problèmes liés à la néophobie. Chez les mammifères (homme, mouton, lapin, chien, chat, rongeurs), les fœtus baignent dans le liquide amniotique dont les propriétés olfactives et gustatives dépendent de l’alimentation de la mère. Après la naissance, cette expérience prénatale conduit à une préférence envers ces mêmes odeurs et goûts. De la même façon, chez l’oiseau, on peut envisager d’établir une continuité olfactive en donnant à la mère un aliment possédant une odeur marquée, qui, en passant dans l’œuf, est mémorisée par l’embryon. L’odeur sera ensuite introduite dans l’alimentation pendant tout l’élevage.

Mais il faut aussi s’intéresser à une autre dimension : celle de l’élevage des reproducteurs et du stress ­maternel. « La néophobie est une réponse émotionnelle chez les oiseaux, or, on sait que si la mère est stressée, elle transmettra dans les œufs des hormones qui peuvent rendre les poussins plus émotifs, indique la chercheuse. On peut envisager, en complément d’une familiarisation à des odeurs, de mieux gérer les populations parentales et d’apporter une alimentation variée dès l’éclosion afin d’habituer les animaux à changer d’aliment régulièrement. »

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Val de Loire

En savoir plus

La néophobie alimentaire

La peur des aliments nouveaux existe chez tous les mammifères, mais elle s’exprime le plus fortement chez les oiseaux. Des recherches ont montré que les oiseaux sauvages peuvent, en présence d’aliments nouveaux, refuser de les manger pendant plusieurs jours. On parle de « food conservatism » c’est-à-dire d’habitudes alimentaires très conservatrices.

Référence

Bertin, A et al. 2010. In Ovo Olfactory Experience Influences Post-hatch Feeding Behaviour in Young Chickens. Ethology, 116, 1027-1037.