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Síntomas de flavescencia dorada en cepa roja de Cabernet Sauvignon. © Sandrine Eveillard

La flavescence dorée de la vigne

Flavescence dorée de la vigne : surveiller les réservoirs sauvages, une action collective

Un dispositif de recherche compare les systèmes de lutte et de veille développés contre la flavescence dorée dans quatre régions viticoles, afin d’intégrer le risque de contamination des vignobles par les plantes sauvages environnantes.

Par Pascale Mollier et Sylvie Malembic-Maher
Mis à jour le 04/07/2017
Publié le 22/07/2016

La Flavescence dorée est une grave maladie de la vigne provoquée par un phytoplasme (1). Elle est propagée à l’échelle régionale et européenne par une cicadelle (2). Classée maladie de quarantaine, ses impacts sont importants en termes économiques et environnementaux (usage d’insecticides). L’impact humain n’est pas à négliger non plus, du fait des tensions qu’engendrent les mesures coercitives (arrachages de vignes contaminées et traitements). Enfin, l’organisation concertée de la lutte obligatoire questionne la réactivité et le positionnement des acteurs au moment où le dépérissement du vignoble devient un enjeu majeur.

 Lutte contre la flavescence dorée : préventive et centrée sur le vignoble

 La lutte contre la flavescence dorée est aujourd’hui obligatoire sur plus de la moitié du vignoble français. Cette lutte est collective et réglementée par un arrêté national. Cependant, elle est organisée différemment selon les particularités des régions, et même des appellations, en termes de contexte socio-économique, d’organisation des filières, de pression de la maladie etc... 

Dans le but de réduire l'impact de la flavescence dorée, la veille épidémiologique est renforcée dans certaines régions. Le nombre de traitements et les superficies de lutte sont rationalisées avec possibilité de moduler la lutte en fonction de critères d’évaluation de risques.

Ces méthodes, qui sont centrées sur le vignoble, tendent de plus en plus à prendre en compte le cycle écologique de la maladie qui implique plusieurs habitats, dont les agroécosystèmes.

Les plantes « sauvages » : des réservoirs potentiels à surveiller

Des études génétiques antérieures ont montré que les souches de phytoplasmes responsables de la flavescence dorée sont d'origine européenne et qu'elles pré-existaient dans des plantes sauvages telles que l'aulne ou la clématite avant d'être introduites dans la vigne. Les vignes ensauvagées qui sont fréquentes aux abords des vignobles peuvent également constituer un réservoir de vecteurs et de phytoplasmes. Ce compartiment non cultivé présente donc un risque avéré d'émergences épidémiques. Cependant, il peut aussi fournir des services à la vigne : réservoir de biodiversité, en particulier d’auxiliaires régulateurs naturels des bioagresseurs (3). Il est donc important de mesurer le rapport entre les risques épidémiques et les services de régulation naturelle qu’offrent ces milieux semi-naturels.

Des groupes de travail dans quatre régions

Collectes de cicadelles sur des aulnes bordant un vignoble, pour la réalisation d’essais de vection des phytoplasmes.. © Inra, Sylvie Malembic-Maher
Collectes de cicadelles sur des aulnes bordant un vignoble, pour la réalisation d’essais de vection des phytoplasmes. © Inra, Sylvie Malembic-Maher

 Quatre groupes de recherche composés des principaux acteurs impliqués dans la lutte contre la flavescence dorée (4) sont mis en place dans quatre régions viticoles différemment concernées par la maladie : Bourgogne et PACA où elle est en émergence, le Bordelais où elle est installée et chronique, et l’Alsace qui est encore exempte.

Ces groupes pilotent des expérimentations consistant à recenser des plantes sauvages potentiellement réservoirs, à surveiller les vecteurs, à collecter des échantillons et à mettre en place des essais de vection et de mesure de la régulation naturelle des bioagresseurs au sein du vignoble.

Au-delà des étapes de recherche participative, certains des groupes prennent en compte les risques de transfert depuis les plantes sauvages pour créer des dispositifs de veille et de modulation de la lutte.  

 

 L’efficacité de la lutte dépend de la cohésion entre les acteurs

Concernant le volet de recherche en sociologie, des entretiens, des études d'archives et des observations participantes ont permis de produire des descriptions des actions collectives dans un contexte de lutte obligatoire gérée au niveau régional et départemental. Ces descriptions font ressortir combien l'efficacité de la lutte est liée à la constitution d'une cohésion du système professionnel viticole, et à quel point les opérateurs et organisateurs de la lutte collective conduisent un difficile travail d'articulation entre les logiques économiques de ces systèmes et les obligations réglementaires.

L'extension de la lutte à des compartiments sauvages, au-delà du périmètre de la production viticole proprement dite, n'est donc pas aisée dans un tel contexte centré sur les contraintes normales d'une économie du vignoble à court terme. Cependant, la connaissance des risques spécifiques à ces compartiments et l'intégration d'une approche plus écologique de la maladie augmente. Elle parvient à être intégrée dans des approches expérimentales partenariales et déclinée dans certains points d’arrêtés, mais elle semble encore difficilement généralisable.

 

(1) Phytoplasmes : bactéries dépourvues de paroi appartenant à la classe des Mollicutes, parasites obligatoires

(2) Scaphoideus titanus

(3) Ennemis naturels des ravageurs de la vigne

(4) Projet Fladorisk (juin 2014 - décembre 2016). Les groupes rassemblent les acteurs de la lutte (SRALs, FREDONs, organismes techniques, pépiniéristes, représentants des vignerons des sites pilotes) mais également des structures de gestion de l’environnement des vignobles (Mairie, Parc Naturel) et sont animés par des chercheurs de trois unités de l’Inra : SAVE, BFP et LISIS.