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La Rosomania du 19ième siècle

La rose est un être vivant qui évolue au fil des croisements, spontanés ou provoqués. C’est aussi un véritable personnage historique, source d’écrits et d’illustrations au fil des siècles. Grâce aux roseraies françaises patrimoniales, généticiens et historiens ont construit ensemble une base de données commune pour expliquer l’étonnante évolution de la rose au 19ième siècle.

Roses flottantes à Chaliis.. © Inra, WEBER Jean
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 06/03/2018
Publié le 21/02/2018

Livres anciens. © Inra
© Inra

« Cuisse de nymphe émue », voilà un nom de rose typique du 19ième siècle…Cette rose, d’une couleur chair soutenue, est une variante d’une rose très pâle appelée « Cuisse de nymphe », qui aurait rougi d’émotion… Mais il y eut aussi « Chapeau de Napoléon », « Cardinal de Richelieu », « Rose du roi », et plus de 8000 variétés de rosiers créées en un siècle, alors qu’il n’y en avait que quelques dizaines décrites avant 1800.

Pourquoi cette « Rosomania » au 19ième siècle ? Grâce à un projet original (1) associant des historiens et des généticiens, les chercheurs ont analysé le contexte de cet engouement et ont dégagé plusieurs pistes explicatives.

Une Rosomania industrielle

Dans le contexte de la révolution industrielle et de l’émergence de la bourgeoisie, les roses cessent de s’étioler dans les pharmacies (2) ou les demeures de l’aristocratie pour participer à l’essor économique. Elles font l’objet des premiers échanges de fleurs par correspondance, voyagent dans le monde entier. On voit apparaître des sélectionneurs spécialisés dans la rose. Sa culture bénéficie des derniers progrès de la science (nouvelles techniques de greffage). Joséphine de Beauharnais, férue de botanique, crée la grande collection de Malmaison et y reçoit le peintre Redouté. Elle profite de sa position pour faire venir des roses d’Angleterre et de Hollande, en pleine tourmente révolutionnaire. Mais c’est surtout l’introduction de rosiers chinois qui va modifier la physionomie de celle qui va devenir la reine des fleurs…

Une Rosomania génétique

Rose Pierre de Ronsard. © Inra
Rose Pierre de Ronsard © Inra
En effet, les croisements entre les rosiers anciens européens et les rosiers asiatiques font exploser la diversité des variétés. L’étude des génomes d’environ 800 variétés du 19ième siècle montre que le fond génétique des rosiers glisse progressivement du type européen vers le type asiatique. Les rosiers obtenus à la fin du 19ième siècle sont très proches génétiquement des rosiers asiatiques anciens. Ce qui indique que les sélectionneurs ont réalisé des croisements répétés avec ces rosiers asiatiques.

Les schémas de sélection sont encore assez empiriques à l’époque, mais les réflexions des scientifiques sur la transmission des caractères alimentent les réflexions des horticulteurs et vice versa. Ce que visent les sélectionneurs, c’est l’introduction dans les rosiers européens de caractères intéressants des rosiers de Chine : de nouveaux parfums, de nouvelles couleurs, mais surtout une floraison plus longue. De fait, la période de floraison passe de deux mois (mai-juin) à plusieurs mois au cours du 19ième siècle. Certaines variétés sont ainsi capables de fleurir jusqu’aux premières gelées. Les chercheurs de l’Inra ont identifié le gène responsable de ce caractère appelé « remontée de floraison ». C’est un répresseur de floraison, qui se trouve à l’état muté chez les variétés asiatiques, d’où une floraison plus longue (3).

L’importance des roseraies patrimoniales

« Cette enquête n’aurait pas été possible sans l’existence des roseraies patrimoniales françaises (4) et européennes, souligne Fabrice Foucher. Certes, sur les 8000 variétés existantes vers 1900, il n’en reste qu’environ 800 dans ces conservatoires. Plus de 80% des rosiers ont disparu. C’est un biais, mais les conclusions sont quand-même claires : l’évolution des rosiers au 19ième siècle a été guidée essentiellement par l’introduction de ce caractère asiatique de remontée de floraison. Nous allons poursuivre avec un nouveau projet (5) : étendre l’analyse au 20ième siècle, en étudiant deux processus en tension : la mondialisation et le retour aux variétés anciennes ».

 

(1) Projet FloRHiGe (2013-2016), financé par la région Pays de la Loire, et regroupant des généticiens de l’Institut de Recherche en Horticulture et Semence (Inra, Agrocampus-Ouest, Université d’Angers) et des historiens du Centre de Recherche Historique de l’Ouest (Université d’Angers, CNRS) et du centre François Viète (Université de Nantes).

(2) Propriétés astringentes, cicatrisantes, toniques, anti-inflammatoires, antihémostatiques et régénératrices.

(3) Lire l’article.

(4) Roseraies partenaires de projet FloRHiGe : Roseraies du Val de Marne (L'Haÿ-les-Roses), roseraie Loubert (Rosiers sur Loire) et roseraie de la Beaujoire (Nantes).

(5) Projet RosesMonde (2016-2020), financé par l’ANR.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Alix Pernet , Institut de Recherche en Horticulture et Semence (Inra, Agrocampus Ouest, Université d'Angers)
  • Fabrice Foucher , Institut de Recherche en Horticulture et Semence (Inra, Agrocampus Ouest, Université d'Angers)
  • Cristina Oghina-Pavie TEMOS (CNRS FRE 2015 Universités d'Angers, Bretagne Sud, Le Mans, CNRS), Université d’Angers
Département(s) associé(s) :
Biologie et amélioration des plantes, Santé des plantes et environnement, Environnement et agronomie
Centre(s) associé(s) :
Pays de la Loire
Roseraie de recherche du site de Beaucouzé, vers Angers. © Tatiana Thouroude

Une roseraie pour les chercheurs

 

Le site de Beaucouzé vers Angers possède environ 1000 rosiers sur pieds, entretenus à l’unité expérimentale horticole HORTI, pour des études génétiques axées sur plusieurs caractères, en collaboration avec des partenaires Inra et hors Inra :

  • La remontée de floraison
  • La résistance aux maladies, en particulier la maladie des tâches noires
  • Le parfum. Lire l’article.
  • Le nombre de pétales (jusqu’à 500 !)
  • Les épines

Les chercheurs d’Angers ont également mis au point une technique de conservation des méristèmes végétatifs par cryoconservation qui permet d’assainir et de régénérer les variétés.