La veille agroclimatique, pour évaluer les conséquences agricoles des sécheresses

La veille agroclimatique est un dispositif mis en place par l’Inra à la suite de la sécheresse de 2003 pour analyser l’influence du climat sur la production agricole et anticiper des adaptations de l’itinéraire technique.

Station météorologique : ensemble de capteurs atmosphériques et anémomètres. Plaine de Grignon (Yvelines).
UMR Environnement et grandes cultures (Inra, AgroParisTech), Centre de recherche de Versailles-Grignon.. © Inra, CHARTIER Michel
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 28/07/2016
Publié le 28/07/2016

1976, 1997, 2003, 2005, 2011 sont des épisodes de sécheresse historiques. Ces sécheresses sont amenées à se multiplier. En effet, les tendances à long terme prévoient  une augmentation de la température moyenne de 2 à 4°C d’ici la fin du siècle et une diminution des pluies au printemps et en été (1).

Force est donc d’intégrer risque de sécheresse dans nos préoccupations, en particulier dans le champ de l’agriculture (2). Car, faute de pouvoir prévoir les sécheresses, il est important d’anticiper leurs conséquences sur le rendement des cultures. C’est une question centrale mais complexe pour laquelle la recherche déploie un éventail de méthodes complémentaires, dont un outil appelé : la veille agroclimatique (VAC) (3).

Prévoir les rendements des cultures

La  veille agroclimatique (VAC) a été mise en place par l’Inra à la suite de la sécheresse-canicule de 2003 pour analyser l’influence du climat sur la production agricole. En donnant des estimations régulières des rendements attendus, la VAC permet d’anticiper des adaptations de l’itinéraire technique.

La VAC fournit deux types d’informations, à partir de deux démarches complémentaires.

Suivi d’indicateurs agroclimatiques quotidiens

Ce suivi vise à caractériser les conditions agroclimatiques en « temps réel » et sur un grand nombre de sites Inra, à partir d'indicateurs usuels (4). Les mesures sont réalisées de façon à se caler sur les calendriers culturaux du blé (départ le 1er octobre de l'année précédente), du maïs (départ le 1er avril) et de l’année calendaire (départ au 1er janvier).

Simulation des « rendements climatiques » et des durées de cycle

La seconde procédure consiste à simuler, à partir des données agroclimatiques enregistrées, des grandeurs annuelles (rendements climatiques et durée du cycle), sur un nombre restreint de sites Inra et sur la base d’une agriculture « simplifiée » (5). Il ne s’agit donc pas de calculer un rendement réel, mais un rendement « climatique » qui ne prend en compte que l’influence du climat. Ce dispositif fonctionne pour plusieurs types de culture (dont blé, colza, maïs, tournesol) et utilise le modèle de développement des plantes STICS. Depuis 2015, les simulations sont réalisées quotidiennement.

 

(1) Sources : Météo France et GIEC

(2) Voir le  rapport de l’expertise scientifique collective « Sécheresse et agriculture » paru en 2006.

(3) Autres outils de veille et d’analyse :

- ISOP (Information et Suivi Objectif des Prairies), qui donne une indication du déficit en fourrage suivant les régions. Ce système est le fruit d’une collaboration entre Météo-France, l’Inra et le Ministère en charge de l’Agriculture (service de la statistique et de la prospective).

- MARS (Monitoring Agricultural ResourceS), qui donne, à l’échelle européenne, une anticipation des rendements réels des cultures, mais à un grain géographique moins fin que la VAC.

(4) Somme des températures, cumul des précipitations, bilan hydrique climatique et état de la réserve hydrique du sol.

(5) Panel limité d’itinéraires techniques, de conditions variétales, de types de sols…

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Environnement et agronomie
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Les sécheresses se suivent…mais ne se ressemblent pas

2003 et 2011 étaient des sécheresses édaphiques, ou sécheresses du sol, liées à un déficit de pluies au printemps. 2015, l’année la plus chaude relevée au plan mondial, était aussi une sécheresse édaphique, mais plus tardive, à partir de juin, avec une bonne recharge des nappes en hiver.

Ces différents types de sécheresse affectent différemment les cultures : en 2011, en raison de la précocité de la sécheresse, ce sont les prairies, les fourrages et certaines céréales qui ont le plus souffert. En 2015, le maïs a été principalement touché, ainsi que les fourrages.

STICS, un concentré d’agronomie

STICS (Simulateur multidisciplinaire pour les cultures standard) modélise, à l’échelle de la parcelle, le développement d’une culture en fonction de tous les paramètres agronomiques : climat, sol, et pratiques agricoles. Il fonctionne aussi pour des cultures associées (c’est-à-dire plusieurs espèces cultivées en même temps) ou pour des successions culturales. Développé à l’Inra depuis 1996, le modèle STICS a servi de base à la conception de nombreux autres modèles intégratifs.

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