• Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte
  • Imprimer
Visuel dossier décryptage

Bien-être des animaux d’élevage, la recherche pour éclairer le débat

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 14/11/2017
Publié le 05/07/2017

A travers des résultats de recherche récents, ce dossier propose un éclairage pluridisciplinaire sur le bien-être des animaux d'élevage.

Le bien-être des animaux d’élevage est une question qui interpelle l’ensemble de la société, que ce soit les producteurs, les consommateurs ou les militants de la cause animale, très présents actuellement dans les médias. C’est aussi une question essentielle pour le monde de la recherche.

Si certains militants apparaissent comme révélateurs d’une inquiétude partagée quant au bien-être animal, d’autres, plus virulents, présentent une image des conditions les plus dégradées de l’élevage à un public citadin généralement éloigné de la réalité  du terrain. C’est ainsi que les élevages industriels de porcs, de volailles et de vaches laitières et les pratiques d’abattage concentrent une grande partie des critiques. En revanche, les élevages bovins produisant de la viande, et surtout les élevages caprins et ovins, bénéficient d’une image pastorale, synonyme d’un meilleur bien-être animal. La réalité est cependant plus complexe car chaque type d’élevage sous-tend une diversité de pratiques.

Le bien-être animal amène à s’intéresser au comportement des animaux, mais aussi de manière plus globale aux systèmes d’élevage, dans un réseau d’échanges mondialisé qui détermine l’accessibilité et le prix des productions animales, ce qui interroge au final le comportement des consommateurs. C’est pourquoi l’analyse de cette question embarque de nombreuses disciplines scientifiques, dont la physiologie, la neurobiologie, l’éthologie, l’économie, la sociologie, l’histoire et la philosophie.

L’objectif de la recherche est d’apporter des connaissances à tous les acteurs de la société pour comprendre comment améliorer les conditions de vie des animaux et accompagner les évolutions de l’élevage. Les résultats de recherche apportent aussi des informations objectives dans un débat de société complexe, y compris au sein de la communauté scientifique.

Les consommateurs sont sensibles aux conditions d’élevage

Des enquêtes sociologiques prennent régulièrement « le pouls » de l’opinion publique sur l’élevage.

Un sondage réalisé par une plateforme Internet sur un échantillon de 2000 personnes représentatif de la société française montre que plus de 50% des citoyens se déclarent « choqués, voire très choqués » par des pratiques contraignantes pour les animaux employées en élevage et environ 30% d’entre eux envisagent de diminuer leur consommation de viande dans les douze prochains mois. Notons cependant que ce type de sondage est basé sur une déclaration du consommateur et non pas sur son véritable comportement d’achat.

En complément de ce sondage, une analyse bibliographique et des missions menées en 2015 en Europe (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Italie et Espagne) montrent que les controverses sur l’élevage sont plus actives dans le Nord que dans le Sud de l’Europe. Une demande se dessine en faveur d’un étiquetage « bien-être animal » pour la viande et le lait, à l’instar de celui qui existe déjà sur les œufs au niveau européen.

Source : Enquêtes menées au sein du projet Casdar « Accept » (acceptabilité sociale de l’élevage), 2014-2017, piloté par l’Ifip, avec la collaboration de l’Inra.

Les consommateurs peuvent influer sur les conditions d’élevage par leur consentement à payer

L’analyse approfondie de discours de professionnels et d’associations en France fait ressortir deux principaux sujets de controverses : les conditions de logement, surtout pour les porcins et les volailles  lorsqu’ils n’ont pas accès au plein-air, et la prise en charge de la douleur lors des interventions sur les animaux (par exemple, castration des porcelets, épointage du bec des poules, écornage des bovins). Les pratiques douloureuses posent aussi question aux éleveurs qui se disent prêts à modifier leurs habitudes de travail si des solutions satisfaisantes sont trouvées. Cependant, modifier les conditions de logement impose souvent des investissements difficilement envisageables pour des éleveurs en pleine crise économique. C’est le cas particulièrement pour les élevages porcins pour lesquels la compétition sur les prix est très forte. Ce qui renvoie la balle dans le camp des consommateurs qui profitent des prix particulièrement bas de cette viande porcine produite à grande échelle. A quel prix voulons-nous ou pouvons-nous payer notre viande ou notre lait ?

Source : Enquête sociologique par entretiens semi-directifs, 2012-2014, 15 professionnels, 9 associations, 2 journalistes, conduite par le GIS Elevage demain. Delanoue et al. 2015. Inra Prod. Anim. 28-1, 39-50.

Et pour l’Inra ?

Philippe Mauguin, PDG de l’Inra, rappelle les repères qui guident l’Institut : « Le premier principe qui doit guider notre action est que l’animal est reconnu comme être vivant et sensible. C’est aujourd’hui un acquis scientifique mais aussi une référence législative, répondant à une demande forte de la société qu’illustrent l’évolution des règlementations nationales et européennes ainsi que la stratégie nationale sur le bien être-animal. Tant pour l’orientation de nos recherches que pour leur mise en œuvre, nous avons le devoir de respecter les animaux en tant qu’êtres vivants et sensibles, susceptibles de ressentir douleur, souffrance et angoisse.  

Le second principe partagé à l’Inra est que le bien-être animal est un objet de recherche et un paramètre essentiel des systèmes d’élevage et par conséquent, de nos recherches pour l’élevage. De fait, notre institut s’est engagé dans la recherche sur le bien-être animal depuis de nombreuses années, stimulé par quelques collègues précurseurs qui avaient la volonté de mieux comprendre les comportements des animaux, leurs états mentaux et leurs interactions avec l’homme. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Inra a été retenu par le ministère en charge de l’Agriculture, en février 2017, pour porter le Centre national de référence (CNR) sur le bien-être animal.