Illustration du concept du

Fausse viande ou vrai élevage ?

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 12/06/2017
Publié le 24/02/2017

Ce dossier propose des éléments de réflexion sur un sujet de préoccupation croissant dans nos sociétés occidentales : l’élevage et la consommation de viande. En tissant des liens entre différents résultats de recherche, il dégage, non pas des réponses simples, mais quelques pistes sur lesquelles on peut s'appuyer pour construire son propre point de vue.

Aux questions légitimes posées avec de plus en plus d’acuité sur l’élevage et la consommation de viande, on ne peut se contenter de répondre par des slogans simplistes. Ces questions sont complexes parce que notre rapport à l’animal est complexe et questionne la place de l’homme parmi les autres espèces. Tuer un animal pour le manger après l’avoir élevé, même si cet animal n’existerait pas sans cette finalité, n’est pas un acte banal. S’opposer à cet acte peut conduire à refuser la consommation de viande et de produits animaux. Cependant, un choix acceptable à titre individuel doit-il s’imposer collectivement et à l’échelle mondiale ? Justifie-t-il d’instruire de mauvais procès à la viande et à l’élevage, jusqu’à en prôner la disparition complète ? Parmi les mauvais procès, on trouve des slogans tels que : la viande ruine la santé, la viande gaspille les ressources et affame la planète, l’élevage la détruit.

Ce dossier propose des éléments de réflexion étayés par des résultats de recherches récents. En particulier, une expertise scientifique, réalisée par l’Inra en 2015-2016, s’est penchée sur l’élevage en Europe. A travers une synthèse de la littérature scientifique internationale, elle montre que les services rendus par l’élevage ont été jusqu’à présent sous-estimés par rapport à ses impacts négatifs. Elle montre aussi qu’il est impossible d’établir un bilan global des impacts de l’élevage, positif ou négatif. L’expertise souligne enfin que supprimer totalement l’élevage se traduirait par une perte de services environnementaux et culturels, aussi bien au niveau local qu’au niveau global.

Réduire la consommation de viande dans les pays riches, limiter l’élevage de ruminants aux surfaces en herbe, retrouver les bénéfices du couplage polyculture-élevage, améliorer les élevages industriels de porcs et de volailles, apparaissent comme des pistes plus réalistes et prometteuses que supprimer l’élevage et créer de la viande artificielle en laboratoire…

Remerciements :

Jean-Louis Peyraud, Jean-François Hocquette, Catherine Esnouf, Jean-Michel Chardigny, Bertrand Schmitt, Pierre Dupraz, Jocelyne Porcher.

La concurrence avec l’alimentation humaine : un mauvais procès

80% des aliments consommés par les animaux d’élevage ne sont pas consommables par l’homme.. © Inra, véronique gavalda
80% des aliments consommés par les animaux d’élevage ne sont pas consommables par l’homme. © Inra, véronique gavalda

  PORCS VOLAILLES VACHES LAITIERES
Quantité de protéines animales produites pour 1kg de protéines végétales consommables par l’homme 0,9 à 1,3 kg* 0,9 à 1,2 kg* 1 à 2 kg*

* : suivant les systèmes d'élevage, en France. Source : GIS Elevage Demain.

L’élevage occupe surtout des terres non labourables

Répartition des terres émergées. L’élevage occupe de 70 à 75% des terres agricoles, mais en majorité des terres non labourables (prairies).. © Inra, Véronique Gavalda
Répartition des terres émergées. L’élevage occupe de 70 à 75% des terres agricoles, mais en majorité des terres non labourables (prairies). © Inra, Véronique Gavalda