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Population de blé tendre issue de croisements de variétés dites « anciennes » (dont la variété Rouge de Bordeaux), suivie dans le cadre d’une thèse sur la méthodologie de la sélection participative (projet européen Solibam). Ferme de Port Sainte Marie.. © Inra, Véronique Chable

Sélection classique ou participative, plusieurs stratégies pour les blés bios

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 02/02/2017
Publié le 06/06/2014

L'Inra s'implique dans plusieurs stratégies pour sélectionner des variétés de blés tendre adaptées à l'agriculture biologique : variétés lignées pures en sélection classique et variétés populations en sélection participative.

L’agriculture biologique a longtemps été considérée comme le parent pauvre en sélection végétale. Petit marché, elle ne séduit pas les sélectionneurs privés qui ont majoritairement investi depuis cinquante ans dans la sélection de variétés productives pour les systèmes intensifs, à forte fertilisation azotée et avec herbicides. Résultat : l’offre en variétés explicitement sélectionnées pour l’agriculture biologique reste insuffisante en quantité et en diversité pour répondre aux attentes des utilisateurs. Les variétés sélectionnées pour l’agriculture conventionnelle peuvent parfois y répondre, mais l’absence de phénotypage de traits conférant une adaptation spécifique à l’agriculture biologique et l’importance des interactions génotype x environnement x conduite rendent cette adéquation aléatoire. De plus, cette situation se combine avec des limitations sur la disponibilité des semences en AB et de nombreux agriculteurs ont recours à des dérogations pour utiliser des semences « conventionnelles » non traitées.

Cependant, le contexte a évolué, avec la loi Grenelle qui ambitionnait de faire passer les surfaces cultivées en bio de 2% à 6% de la SAU en 2012 (1) et à 20% en 2020. Autre facteur : la production française de farine bio est insuffisante pour couvrir les besoins, dont près de 24% étaient assurés par les importations en 2012-2013 (2).

Ces dernières années, la sélection pour l’agriculture biologique bénéficie de plus d’investissement et l’offre en variétés tend à se développer. Les procédures d’inscription des variétés ont évolué pour offrir des sites d’évaluation en conduite biologique et pour prendre en compte explicitement l’adaptation spécifique à ces conditions. En ce qui concerne le blé tendre, cette offre doit s’adapter aux attentes des producteurs qui sont diversifiées et dépendent aussi de leurs modes de commercialisation. Pour simplifier, on peut actuellement en distinguer deux grands types :

  • les paysans boulangers, qui produisent et vendent en circuits courts et qui recherchent une stabilité de rendement et de qualité quelles que soient les variations du milieu
  • les agriculteurs qui fournissent des collecteurs en circuits plus ou moins longs et privilégient des rendements élevés tout en préservant la qualité.

 A ces deux logiques de production en agriculture biologique correspondent des types de variétés et des stratégies de sélection différentes :

  • pour les premiers, les variétés populations sont considérées de façon favorable : ces variétés sont des mélanges d’individus sélectionnés au champ par les agriculteurs eux-mêmes. La proportion des différents génotypes dans les mélanges peut évoluer au fil des générations ou en fonction des conditions de milieu. Ayant généralement des rendements plus faibles, ces populations produisent des grains avec des teneurs en protéines satisfaisantes et des valeurs de panification répondant aux attentes des paysans-boulangers.
  • les seconds se tournent plutôt vers les variétés lignées pures à fort rendement obtenues par sélection classique, c’est-à-dire sélectionnées sur dix générations en conditions expérimentales relativement  contrôlées. Ces variétés doivent être résistantes aux bioagresseurs, compétitives face aux adventices et efficientes pour l’utilisation de l’azote. Elles sont parfois cultivées en associations variétales.

Variétés populations et variétés pures s’inscrivent ainsi dans deux logiques de sélection différentes ayant chacune leur raison d’être. Ce dossier montre comment la recherche publique, et l’Inra en particulier, s’impliquent dans ces deux stratégies de sélection.

(1)    Les surfaces cultivées en bio en France étaient  en réalité de 3,8% fin 2012 (Agence Bio)

(2)    Source : FranceAgrimer

Semences utilisées en agriculture biologique pour les céréales à paille en 2010-2011

Semences utilisées en agriculture biologique pour les céréales à paille en 2010-2011.. © Inra, Véronique Gavalda
© Inra, Véronique Gavalda

- 43% des semences sont des semences achetées dans le commerce. Parmi elles, on trouve une proportion variant entre 45 et 70% de semences certifiées agriculture biologique (1). Les autres sont des semences conventionnelles non traitées après récolte, que les agriculteurs en AB utilisent par dérogation.

- 57% sont des semences de ferme (semences paysannes incluses), c’est-à-dire des semences préparées par les agriculteurs à partir de leur propre récolte.

Ces proportions de semences de ferme sont proches de celles rencontrées en agriculture conventionnelle.

(1) Semence certifiée agriculture biologique : semence dont les plantes mères ont été produites conformément aux règles de l’AB pendant au moins une génération ou, pour les plantes pérennes, deux saisons de végétation (CE 834/2007).

Source : Chiffres 2010-2011. Innovations agronomiques n°32, 2013, 413-425

Ne pas confondre…

Semences de ferme : semences préparées par les agriculteurs à partir de leur récolte. En France, elles représentent autour de 50% des semences utilisées pour le blé, 30% pour le colza, 65% pour la féverole (rapport CGSP 2013). Et 80 à 90% dans les pays émergents. Elles peuvent être issues de variétés lignées pures ou de variétés populations.

Semences paysannes = variétés populations. Ce sont des populations dites « évolutives », composées de mélanges d’individus sélectionnés en sélection naturelle (pollinisation libre) ou en sélection massale (l’agriculteur choisit les plantes). Dans le cas du blé tendre, espèce fortement autogame, il y a peu de pollinisation croisée et les populations sont alors essentiellement composées de mélanges d’individus homozygotes. Ces individus se ressemblent au niveau morphologique (hauteur, couleur, présence de barbes,…) et phénologique (précocité). La diversité génétique au sein de la population varie en fonction de la biologie de la reproduction de l’espèce, de l’histoire de la variété et des pratiques de sélection/conservation à la ferme. L’utilisation de ces semences, quoiqu’encore marginale, croit depuis cinq ans. Le Réseau Semences Paysannes a été créé en 2003.