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Population de blé tendre issue de croisements de variétés dites « anciennes » (dont la variété Rouge de Bordeaux), suivie dans le cadre d’une thèse sur la méthodologie de la sélection participative (projet européen Solibam). Ferme de Port Sainte Marie.. © Inra, Véronique Chable

Sélection classique ou participative, plusieurs stratégies pour les blés bios

Mise au point d’une méthodologie de sélection participative sur le blé tendre

Un travail de huit ans co-construit entre associations et paysans du Réseau Semences Paysannes (RSP) et l’équipe de recherche Diversité évolution et adaptation des populations (DEAP) de l’Inra du Moulon (UMR de Génétique Végétale) a permis d’élaborer une approche innovante de sélection décentralisée et participative à la ferme pour le blé tendre bio. ITW de Pierre Rivière, qui a réalisé sa thèse à l’Inra du Moulon.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 10/06/2014
Publié le 06/06/2014

Population de blé tendre développée par une approche de sélection participative et suivie dans le cadre de la thèse de P Rivière (projet européen Solibam).. © Inra, Véronique Chable
Population de blé tendre développée par une approche de sélection participative et suivie dans le cadre de la thèse de P Rivière (projet européen Solibam). © Inra, Véronique Chable

Quels sont vos principaux résultats ?

Pierre Rivière : Les innovations sont de deux types. Variétale, avec la création de nouvelles populations adaptées aux pratiques, aux terroirs et aux débouchés de chacun. Certaines de ces populations ont été adoptées par les paysans. Innovation organisationnelle et méthodologique aussi, puisque nous avons co-construit un système de sélection certes collectif, mais qui laisse une flexibilité à chaque agriculteur. La collaboration a fait évoluer nos pratiques respectives, celles des paysans au niveau de leurs méthodes de croisements et de sélection, les nôtres dans l’interdisciplinarité ! 

Comment s’est déroulée la sélection ?

P. R. : Au départ du projet, un paysan-boulanger près d’Agen, Jean-François Berthellot, a réalisé sur sa ferme, avec l’aide des chercheurs, 90 croisements pour créer de nouvelles populations, à partir de variétés de pays, de variétés anciennes et de quelques variétés modernes de Suisse et d’Allemagne créées pour l’AB. Ces populations hétérogènes ont été multipliées sur sa ferme entre 2006 et 2008. En 2008, il a effectué une sélection d’épis dans plus de trente familles différentes et a distribué les populations issues de ces sélections et d’autres non sélectionnées au sein du RSP (20 à 25 paysans). Chaque ferme a testé entre 6 et 35 populations de son choix, avec comme témoins la variété pure Renan, largement utilisée en AB, la variété population Rouge du Roc et deux autres populations selon la taille du dispositif. Les paysans qui le souhaitaient pouvaient sélectionner des épis et envoyer les bouquets d’épis sélectionnés à l’équipe de recherche, qui analysait leurs caractéristiques morphologiques et génétiques.

Comment évaluer « le progrès génétique » de ces populations ?

P. R. : Des fiches de suivi ont été mises en place pour chaque étape du cycle du blé : semis, tallage, épiaison et maturité. Elles comportent des critères agronomiques classiques : port, date d’épiaison, maladies, etc., ainsi qu’une note d’appréciation globale (subjective et holistique) souhaitée par les paysans. En plus de ces fiches qualitatives, des mesures quantitatives sont réalisées à la récolte par l’équipe de recherche (hauteur, poids de l’épi, poids de mille grains, taux de protéines, etc.). Cette nouvelle approche (sélection décentralisée sur les fermes) nous a conduits à développer de nouvelles méthodes scientifiques. Nous avons conçu un modèle d’analyse statistique qui permet de comparer les populations deux à deux dans chaque ferme, ainsi que d’étudier les interactions génotype x environnement dans le réseau de ferme. Nous avons aussi construit une base de données pour stocker les informations. Chaque lot de semences est relié à un autre lot de semences par une relation de type : « reproduction », « diffusion », « sélection », « mélange », ce qui permet de détailler l’historique de chaque lot.

En conclusion ?

P. R. : La réussite de ce type de projet demande du temps et beaucoup de concertation : réunions, visites de ferme et communications téléphoniques. Le groupe s’est mis d’accord sur les mesures à réaliser, les dispositifs expérimentaux à mettre en place. La réussite dépend également de la confiance entre les différents acteurs. Nous avions des objectifs partagés mais il a fallu faire des concessions de part et d’autre : par exemple, il a fallu convaincre les paysans de faire des répétitions, nécessaires pour les résultats de recherche, mais consommatrices d’espace.

 Dans cette démarche, les paysans sont acteurs de la sélection car ce sont eux qui choisissent ce qu’ils vont semer sur leur ferme. Cette stratégie permet donc l’innovation au niveau individuel. Cependant, la mise en réseau est primordiale car elle permet le partage des connaissances et des résultats, de réaliser les statistiques et d’échanger de nouvelles populations à tester. Les outils que nous avons développés sont en libre accès et adaptables à d’autres contextes et d’autres espèces. La pérennisation de cette démarche impliquerait de former des animateurs, qui ont un rôle clé dans le projet et de créer un espace juridique pour les variétés populations en termes de protection et de commercialisation à petite échelle (voir partie 5).

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Biologie et amélioration des plantes
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon

Référence

Pierre Rivière. Méthodologie de la sélection décentralisée et participative : un exemple sur le blé tendre. Doctorat Université Paris-Sud, 15 janvier 2014.

Cette thèse a été réalisée grâce au financement de la région Ile de France à travers le DIM ASTREA.

Le fonctionnement du projet  depuis 2007 a été assuré par un projet PICRI de la région Ile de France et le projet européen FP7 SOLIBAM