• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer
 Observatoire national de déploiement des cépages résistants au mildiou et à l'oïdium, mis en place par l'Inra, en partenariat avec l'IFV et les interprofessions de la vigne.. © Inra, Laurent Delière

Vignes résistantes au mildiou et à l‘oïdium : un déploiement responsable

La problématique du contournement de résistance

Le contournement d’un facteur de résistance par l’agent pathogène est irréversible et réduit l’intérêt de ce facteur. La présence de plusieurs facteurs de résistance dans une même variété est une des solutions pour augmenter la durabilité.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 30/01/2017
Publié le 27/01/2017
Attaque de mildiou sur Vitis vinifiera. © Inra, Francois Delmotte, UMR SAVE
© Inra, Francois Delmotte, UMR SAVE
Feuille de vigne montrant des symptômes d’oïdium (champignon parasite).,. © Inra, ©
© Inra, ©
Mildiou Oïdium

Contrairement à d’autres caractères agronomiques, la résistance à un agent pathogène obtenue à l’aide de gènes n’est pas acquise définitivement. Elle est susceptible d’être « contournée » ou « érodée » par l’agent pathogène, qui peut adapter son propre génome de manière à contrer la résistance. C’est pourquoi, il ne suffit pas d’identifier des facteurs génétiques de résistance, il faut aussi les gérer durablement.

La « durabilité »(1)  d’une résistance dépend de plusieurs critères :

  • Le nombre et la nature des facteurs de résistance. La résistance sera plus durable s’il y a plusieurs facteurs de résistance et si ces facteurs de résistance ciblent des mécanismes différents chez le pathogène. On aura aussi intérêt à cumuler des gènes à large spectre d’action plutôt que des gènes à spectre d’action étroit.
  • Les pratiques culturales qui accompagnent le déploiement des variétés résistantes, afin de minimiser la pression de sélection sur le pathogène.
  • Le potentiel évolutif des populations de pathogènes.

Les résistances polygéniques apparaissent plus durables que les monogéniques

Une résistance monogénique présente statistiquement le risque d’être contournée plus rapidement par les agents pathogènes qu’une résistance polygénique (2). Ce postulat est corroboré par plusieurs études qui montrent que le pyramidage (association de plusieurs facteurs de résistance dans un même individu) diminue le risque de contournement de la résistance, et ce quel que soit le type d’agents pathogènes considérés (virus, bactéries, champignons, etc.) (3).

Relativiser les notions de résistances mono- ou polygéniques

On emploie couramment les termes de « monogénique » et « polygénique » par commodité, mais il serait plus juste d’employer les termes de « monolocus » et de « polylocus ». En effet, comme un facteur de résistance est généralement porté par un locus qui contient plusieurs gènes apparentés (4), il est difficile de savoir si la résistance est due à un seul ou à plusieurs gènes du locus. Sans compter la collaboration éventuelle de gènes d’autres locus de résistance résiduelle présents dans le fond génétique. Ainsi une variété dite « monogénique » pourrait s’avérer plus durable qu’attendu si plusieurs gènes sont impliqués dans la résistance.

Malgré ces incertitudes, il n’en reste pas moins vrai qu’introduire plusieurs facteurs de résistance (polylocus) est a priori beaucoup plus favorable à la durabilité qu’en introduire un seul (monolocus)…

Il existe déjà des cas de contournement de certains facteurs de résistances au mildiou et à l’oïdium

Un premier cas de contournement par le mildiou a été rapporté en 2010 pour le facteur de résistance Rpv3 (présent dans la variété de vigne Bianca).

Une souche américaine d’oïdium (appelée Musc4) est capable de contourner la résistance codée par Run1 (2013).

Par ailleurs, des travaux récents conduits à l’Inra mettent en évidence une érosion de la résistance de certaines variétés dites monogéniques (Regent, Prior) vis-à-vis de souches de mildiou ayant cohabité pendant cinq ans avec ces variétés (5). Il est à noter que ces variétés sont progressivement écartées du vignoble allemand au fur et à mesure de son renouvellement.

Les facteurs génétiques de résistance constituent donc un patrimoine fragile qu’il faut préserver, surtout chez une plante pérenne comme la vigne, car le contournement d’un gène de résistance est un phénomène irréversible.

Les variétés Bouquet, une durabilité à confirmer

Au contraire des variétés Resdur, les variétés Bouquet ne contiennent qu’un seul facteur de résistance pour le mildiou et un seul pour l’oïdium (monolocus), même s’il est possible, mais pas prouvé, que la résistance soit le fait de plusieurs gènes du même locus.

Ces variétés Bouquet sont cultivées depuis 10 ans à l’Unité expérimentale Inra de Pech Rouge sans être contournées par le mildiou ou l’oïdium. Cependant, les conditions de culture ne sont pas assez probantes : les variétés sont cultivées sur de petites surfaces, entourées de pieds de vigne sensibles, ce qui limite l’évolution de la population de pathogènes, dans un contexte de pression parasitaire déjà faible à Pech Rouge. La durabilité de leurs résistances doit donc être évaluée à plus grande échelle et dans des conditions favorables au développement des agents pathogènes. C’est pourquoi l’Inra a pris la décision d’expérimenter ces variétés dans le cadre d’un observatoire avant de lancer une procédure de commercialisation (6).

 

(1) Une résistance est dite durable lorsqu’elle reste efficace dans une variété cultivée sur de grandes surfaces, pendant une longue période de temps, et dans des conditions favorables au développement de la maladie.

(2) L’agent pathogène doit cumuler plusieurs mutations lui permettant de contourner plusieurs facteurs de résistance.

(3) Lire pour exemple l’article : Des pyramides contre la tavelure du pommier ? 

(4) Voir article 2, encadré 2.

(5) Lire l’article : Le mildiou de la vigne sous surveillance : s’adapte-t-il aux cépages résistants ?

(6) Voir article 4 : Position et programme de l’Inra