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Le maïs franchit la Loire grâce aux premiers hybrides précoces

La création en 1955 d’hybrides de maïs franco-américains à la fois adaptés au froid et productifs a permis à cette culture de conquérir le nord de la Loire dans les années 60-70.

Epi de maïs.. © Inra, WEBER Jean
Par Pascale Mollier
Mis à jour le 18/05/2016
Publié le 29/04/2016

Avant la seconde guerre mondiale, la culture du maïs est surtout concentrée dans le sud-ouest et destinée à l'alimentation du bétail et de la famille. La France est alors importatrice nette de maïs, principalement depuis les territoires d'Outre-mer et les colonies. Les sélectionneurs privés ne s’intéressent pas à ce marché trop étroit. Après la guerre de 39-45, l’autosuffisance alimentaire devient une priorité et l’extension de la culture du maïs devient un enjeu national.

Intérêt des variétés précoces

Plus la variété de maïs est précoce, moins elle a besoin d’unités de chaleur (1) pour atteindre la maturité. Elle peut être alors cultivée dans les régions du nord de la France, ce qui n’est pas le cas des variétés tardives, plus productives, mais cantonnées dans les régions à fort ensoleillement du sud-ouest. Pour étendre la culture du maïs au nord de la Loire, il faut  donc obtenir des variétés de maïs à la fois précoces et productives.

       (1) Unité de chaleur = somme des températures

Premiers hybrides précoces franco-américains

Dès la fin de la guerre, l'Inra, nouvellement créé, a pour mission de développer des variétés françaises. Les chercheurs de l’Institut, dont en particulier André Cauderon, explorent la variabilité génétique des populations de maïs françaises et produisent en quelques années un millier de lignées précoces bien adaptées aux conditions du nord.

Parallèlement, dans le cadre du plan Marshall, des semences de maïs hybrides américains sont importées. Ces hybrides sont moins précoces, mais plus productifs, plus homogènes, plus résistants à la verse, mieux adaptés à la mécanisation et à la culture intensive.

L’alliance franco-américaine se poursuit dans les champs : le croisement des deux sources génétiques conduit dès 1955 aux premiers hybrides précoces « franco-américains », bien supérieurs aux hybrides américains. Ces hybrides (Inra 200, Inra 258, Inra 260) permettent au maïs de gagner le nord de la Loire, ce qui modifie profondément le paysage agricole français. Entre 1950 et 1960, les variétés hybrides remplacent totalement les variétés anciennes traditionnelles.

De tels bonds de productivité dans un intervalle de temps aussi court sont rares dans l’histoire des plantes cultivées.

  Période 1945-1950 (variétés françaises locales et hybrides américains) Période 1970-1975 (hybrides Inra franco-américains)
Productivité par hectare    x 5
Surfaces de culture    x 6
Production globale 3 millions de quintaux 85 millions de quintaux (x 30)
Différents épis de maïs montrant la diversité génétique.. © Inra, CHATIN J. / GENOPLANTE

La suite de l’histoire du maïs à l’Inra

A partir de 1965, l’Inra stimule le développement de la sélection privée, et contribue ainsi au développement de l’entreprise Limagrain qui développe la variété LG11, un hybride « trois voies », à partir de deux lignées sélectionnées par l’Inra croisées à une lignée américaine. Cet hybride représente 35 % des parts de marché dans les années 1970.

Dans les années 1980, l’Inra organise la gestion des ressources génétiques du maïs, suite à la prise de conscience de la perte de diversité provoquée par les méthodes modernes de sélection. Les partenaires privés de la sélection sont impliqués dès le départ et deviennent des acteurs très importants des programmes d’évaluation et de maintien des ressources génétiques. Le programme de constitution de la collection noyau européenne, coordonné par l’Inra de Montpellier, dure de 1997 à 2001. Cette collection de référence comporte une centaine de populations « représentatives de la diversité européenne ».

Les hybrides sont issus de la sélection paysanne

"À partir de 1949, les chercheurs de l’INRA procèdent à une prospection de populations de pays pour en tirer des lignées précoces et résistantes au froid à croiser à des lignées américaines. Plusieurs dizaines de populations de pays, précoces et venant de différentes régions de France, sont rassemblées, mises à l’étude et soumises à la sélection généalogique en station. Parmi elles, les lignées F2 et F7 sont à l’origine des hybrides franco-américains "INRA 200" (1957) et "INRA 258" (1958), qui domineront le marché pendant plus de quinze ans. À l’origine de ces lignées se trouve un paysan de la commune d’Anglès, dans une région particulièrement froide du Tarn où le maïs n’arrivait pas à maturité et était cultivé comme fourrage vert. Ayant repéré dans son champ des épis mûrs, il décida de ressemer ces grains à part, et ce, pendant plusieurs années. Il obtint ainsi une population améliorée pour la précocité dont il distribua des semences autour de lui ; grâce aux prospections, elles parvinrent finalement à André Cauderon à Versailles".

Extrait de : Bonneuil et al. Innover autrement ? Dossier de l’environnement de l’INRA n° 30, pages 29-52..