Bien-être animal, un effet de mode ou une lame de fond irréversible ?

Face aux aspirations des citoyens, la question du bien-être animal prend une importance grandissante dans la réflexion sur l’avenir de l’élevage. Des initiatives voient le jour à l’image du Laboratoire d’Innovation Territorial « Ouest Territoires d’Elevage » qui organisait au Space une conférence sur « Le bien-être animal, un atout pour les élevages de l’Ouest ».

Bien-être animal, un effet de mode ou une lame de fond irréversible ?
Mis à jour le 11/10/2017
Publié le 02/10/2017

Le bien-être animal, une question récente ? Pas vraiment, du moins dans la réglementation européenne où la notion apparait en 1976 dans la convention du Conseil de l’Europe  sur la protection des animaux dans les élevages. Depuis 40 ans, le bien-être animal est intégré dans les réflexions européennes suivies par la mise en place de législations. Mais certains pays n’ont pas attendu les autorités européennes pour voter des lois ayant trait au bien-être animal. En Belgique par exemple, une loi de 1929 punit « tout acte de cruauté envers les animaux ».

Du règlement subit à l’indispensable adaptation au marché

C’est la demande citoyenne à travers le monde entier qui a remis la question du bien-être animal au cœur des préoccupations des éleveurs. Face à la position des citoyens, les marchés se sont adaptés, jusqu’à demander des « preuves » de bonne conduite dans les élevages. Le bien-être animal n’est donc plus un choix pour les élevages, mais bien une bonne pratique dont la démonstration est indispensable pour accéder au marché.

En France, les investissements dans les élevages s’élèvent à 2 Mds € depuis 10 ans, des avancées considérables sont observées un peu partout. Le Grand Ouest (Bretagne-Normandie-Pays de la Loire), premier territoire d’élevage de France, ne fait pas exception à la règle ; les bâtiments, les équipements se sont radicalement modernisés. Ces progrès ont-ils apporté une valeur ajoutée aux éleveurs ? Pas toujours, c’est bien là que le bât blesse !

Au-delà du seul bien-être animal

Au-delà des gros efforts effectués par les éleveurs, c’est toute la chaîne de production qui doit être mobilisées, transports, abattoirs et distribution. La demande sociétale doit être écoutée, mais il ne faudrait pas oublier les questions de santé, d’environnement et in fine de marchés, essentiels pour trouver une valeur ajoutée à tous ces efforts. C’est en tenant compte de cet ensemble de questions que l’élevage se projettera dans l’avenir de façon durable.

Ouesterel, une mobilisation pour créer de la valeur ajoutée

Ayant bien intégré cette approche englobante, les partenaires du projet « Ouest Territoires d’Elevage » ont placé au cœur de leur réflexion les agriculteurs, les consommateurs et les citoyens avec les ONG qui contribuent à l’amélioration des pratiques d’élevage, les collectivités territoriales, les opérateurs économiques, les instituts techniques et les chambres d’agriculture. La recherche et la formation viennent en support de ce premier cercle. Ce grand projet se focalise sur les productions de poulet de chair, d’œufs, de porcs et les vaches laitières. Il s’inscrit au démarrage dans trois territoires caractéristiques de la diversité des situations de l’Ouest :

  • La Communauté de Communes du Kreiz-Breizh en centre Bretagne pour le modèle de poly-élevage en zone rural à l’écart des agglomérations,
  • La Communauté de Communes du Pays d’Ancenis pour le périurbain, et
  • Les trois Communautés de Communes des Pays d’Argentan, d’Auge et d’Ouche pour le modèle de l’élevage bovin herbager.

L’espoir est d’étendre ensuite plus largement à d’autres territoires de l’Ouest, plus tard du reste de l’hexagone.
Ouesterel se découpe en quatre axes de travail :

  • Le développement d’Innovations au sein des filières de façon à réduire douleur et stress, favoriser l’expression des comportements naturels et diminuer l’usage d’antibiotiques
  • Création de valeur via le développement de circuits de proximité et la création d’un label
  • Reconquête de l’opinion via le développement d’un outil numérique de traçabilité tout le long de la chaîne de valeur et la co-construction des actions avec les citoyens
  • Formation, information, communication.

Une opportunité de financement se dessine pour ce projet avec les investissements d’avenir, appel à manifestation d’intérêt « Territoires d’innovation de grande ambition » (clôturé fin septembre 2017).
Quoiqu’il en soit, le dialogue a démarré, les initiatives se fédèrent, l’objectif est de croiser l’offre et la demande pour trouver le ou plutôt les modèles pour un nouvel élevage durable.