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Emergence de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques dans un élevage expérimental de truite

Les travaux développés au laboratoire "Chimiothérapie aquacole et environnement" visent à caractériser les flux, le devenir et les effets sur l'environnement d'agents antibactériens utilisés en pisciculture. Les traitements pratiqués entraînent le rejet le plus souvent direct dans les hydrosystèmes d'antibiotiques dont l'impact environnemental, notamment sur la sélection de bactéries résistantes, est mal connu. Dans une étude récente, les chercheurs ont mis en évidence que la sélection et l’émergence de souches bactériennes d’Aeromonas résistantes à l’acide oxolinique (antibiotique) se faisait au niveau des matières fécales après excrétion plutôt que dans le tube digestif des truites. Cette étude souligne l’importance d’une surveillance, voire d’un traitement systématique des effluents.

Poissons, truite arc en ciel.. © Inra, KAUSHIK Sadasivam
Mis à jour le 05/09/2013
Publié le 14/11/2007
Mots-clés :

La lutte contre les maladies bactériennes nécessite souvent l’emploi d’antibiotiques. Ces substances peuvent agir aussi sur des communautés bactériennes naturelles et participer ainsi à la sélection de bactéries résistantes, avec des répercussions éventuelles sur la santé animale et la santé humaine. Chez les poissons, cet effet indésirable est le fait de l’administration des antibiotiques via l’aliment. En effet, l’efficacité du traitement va dépendre de l’appétit : si un poisson malade, affaibli, peut ne pas manger suffisamment pour absorber une dose efficace, un poisson sain peut offrir un terrain favorable à la sélection de bactéries résistantes dans sa flore bactérienne intestinale. L’antibiotique contenu dans les fèces et l’aliment non ingéré pourra, quant à lui, avoir un impact sur la flore bactérienne du milieu aquatique environnant. Très peu d’études sur l’effet des doses d’antibiotiques administrées ont pour l’instant été réalisées in vivo chez les poissons. L’acide oxolinique (AO) est recommandé en France pour le traitement de la furonculose à Aeromonas salmonicida et de septicémies hémorragiques, provoquées par des bactéries du genre Aeromonas*, ainsi que de la yersiniose due à Yersinia ruckeri. C’était donc un candidat de choix pour une étude en élevage expérimental.

L’objectif de ce travail était de déterminer l’effet d’un sous-dosage (6 mg/kg de poids vif/jour), d’un surdosage (24 mg/kg/j) ou du dosage d’AO recommandé dans l’AMM en France** (12 mg/kg/jour), sur la sélection d’Aeromonas résistantes dans la flore du tube digestif de truites arc-en-ciel saines et dans l’eau de l’élevage. Des truites ne recevant aucune médication servaient de témoins. Ces traitements étaient administrés durant 7 jours. Des prélèvements de section du tube digestif, et d’eau en entrée et en sortie de bassin ont été effectués avant, pendant et jusqu’à 2 semaines après l’arrêt du traitement. L'évolution de la composition quantitative (numérations sur milieux de culture sélectifs) de la flore aérobie hétérotrophe totale et de la population d’Aeromonas dans ces prélèvements ainsi que la sensibilité d'Aeromonas spp. à l’AO ont été étudiées.

Dans l’intestin des poissons, traités ou pas, le nombre total de bactéries, et notamment d’Aeromonas, diminue fortement durant l’expérience. Les Aeromonas subsistantes restent sensibles à l’AO. Le nombre de bactéries est significativement plus élevé dans l’eau en sortie de bassin qu’en entrée. L’évaluation de la Concentration Minimale Inhibitrice (CMI) d’AO des souches d’Aeromonas isolées, c'est-à-dire la concentration minimale inhibant complètement leur croissance, indique que le traitement, quel que soit son dosage, induit l’émergence d’Aeromonas résistantes à l’AO (CMI=4 mg/l) que l’on retrouve dans l’eau en sortie de bassin. Des Aeromonas hautement résistantes (CMI=128 mg/l), dont la présence était d’autant plus importante dans la population totale d’Aeromonas que la dose d’antibiotique était forte, sont détectées jusqu’à une à deux semaines après le traitement.

Les résultats obtenus en sortie de bassin suggèrent, d’une part, que la sélection et l’émergence d’une population d’Aeromonas résistantes à l’AO se produit dans les matières fécales après excrétion plutôt que dans le tube digestif des truites, et soulignent d’autre part l’importance d’une surveillance, voire d’un traitement systématique, des effluents.

*Genre proposé par l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale) comme indicateur de l’émergence d’antibio-résistance (fiche 237-2007)
**Autorisation de Mise sur le Marché

Pour plus d'informations, veuillez contacter :

Etienne GIRAUD
UMR Chimiothérapie aquacole et environnement (Inra / ENV)
ENVN -Atlanpôle - La Chanterie
44307 NANTES Cedex 03
Tél : 02 40 68 76 75
Fax : 02 40 68 78 28
e-mail: giraud@vet-nantes.fr

SOURCE:

  • Naviner, M., Giraud, E., Thorin, C., Le Bris, H., Pouliquen, H., Ganiere, JP., 2007, Effects of three dosages of oral oxolinic acid treatment on the selection of antibiotic-resistant Aeromonas: Experimental approach in farmed trout, Aquaculture, 269, 31-40