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Analyse paysagère de l’aménagement foncier : exemple de l’implantation de la LGV Grand Ouest

L’observatoire environnemental, mis en place par la société de BTP Eiffage pour accompagner l’implantation de la ligne à grande vitesse (LGV) dans les régions Bretagne et Pays-de-la-Loire (BPL), a réalisé une analyse paysagère à l’aide du logiciel CHLOE 4.0 développé par la recherche.

Analyse de la modification du réseau bocager des trois départements (Ille-et-Vilaine, Mayenne, Sarthe) traversés par la ligne à grand vitesse Bretagne Pays-de-la-Loire. © Inra

La filiale Egis Environnement du groupe Egis a été chargée par Eiffage de mettre en place l’observatoire environnemental pour analyser les impacts liés à la construction de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne - Pays-de-la-Loire.

Partenariat EGIS Environnement avec l’Inra

EGIS Environnement a contractualisé avec l’Inra et a confié à l’Unité mixte de recherche « Biodiversité, Agroécologie et Aménagement du paysage » (BAGAP), l’étude post-construction de l’évolution du bocage dans la zone d’aménagement foncier de la LGV. Cette zone traverse trois départements : la Sarthe, la Mayenne et l’Ille-et-Vilaine et couvre une surface totale de 11 270 ha. Les travaux ont conduit à des opérations d’aménagements fonciers, d’arrachages et de plantations de haies ainsi qu’à des reboisements liés aux mesures compensatoires de l’implantation de la ligne. L’impact potentiel sur les réseaux de haies dans ces territoires, qui servent à la fois d’habitat pour de nombreuses espèces animales et favorisent leurs déplacements pour satisfaire leurs besoins vitaux (se nourrir, se reposer, se reproduire et se réfugier) a été analysé.

Cartographies réalisées et paramètres mesurés

Pour évaluer l’impact de la ligne LGV sur le bocage, les chercheurs rennais ont réalisé deux cartographies à partir de différentes sources de données (IGN, données départementales, Eiffage …) :

  • 1. Une cartographie de l’occupation du sol représentant l’état du réseau bocager avant la construction de la LGV.
  • 2. Une cartographie de l’occupation du sol représentant l’état du réseau bocager à la fin des travaux d’aménagement et de construction de la ligne, après plantations et arrachages de haies (en distinguant les plantations réalisées dans les exploitations agricoles et celles réalisées le long de la LGV).

Deux paramètres complémentaires ont été mesurés à partir de ces cartes, grâce au logiciel CHLOE 4.0 développé par les chercheurs :

  • 1. La densité d’éléments boisés, qui fournit une information sur la quantité de haies par unité de surface analysée. La quantité de haies est une variable importante en termes d'habitats pour la faune et la flore, mais elle rend très mal compte de l'organisation spatiale de ces haies. Or, la continuité du réseau bocager est importante pour la circulation de nombreuses espèces animales qui ont de faibles capacités de déplacement ou qui ne peuvent traverser une route ou une parcelle agricole par exemple.
  • 2. Le grain bocager du réseau, qui mesure l’influence des haies sur leur environnement, en prenant en compte non seulement la densité de haies, mais aussi la géométrie des parcelles. Une faible valeur de grain (grain fin) correspond à une forte influence des éléments boisés sur la parcelle. Une forte valeur de grain (grain grossier) correspond à un milieu ouvert. Cette métrique permet donc de rendre compte de la répartition spatiale du bocage facilitant le déplacement des espèces animales.

Ces deux paramètres sont souvent en interaction positive, la qualité écologique de la haie en tant qu’habitat dépend à la fois de la haie elle-même et de son environnement. Ces métriques paysagères ont été mesurées par la méthode des fenêtres glissantes à l’aide du logiciel CHLOE 4.0. Deux tailles de fenêtres ont été considérées, l’une correspondant à une surface de 1,2 ha et l’autre correspondant à une surface de 26 ha, permettant de modéliser les domaines vitaux potentiels d’espèces se déplaçant peu ou beaucoup.

Modifications locales du réseau bocager

Sur les trois départements étudiés, le réseau bocager n’est pas présent partout, certaines zones étant dénuées de haies, avant même la mise en place de la LGV.  Mais ce réseau bocager est non agrégé et un effet micro climatique des éléments boisés sur les parcelles agricoles environnantes a été mis en évidence.

La construction de la ligne LGV n’a pas modifié la densité globale de la zone étudiée, bien qu’une reconfiguration spatiale du réseau d’éléments boisés soit observée.

L’apport des plantations de haie, principalement le long de la LGV, permet le maintien de la présence des espèces inféodées au milieu bocager et leurs déplacements à travers le territoire. L’analyse met cependant en évidence des zones où le réseau est fragilisé à cause des modifications parcellaires et de l’arrachage de haies qui n’ont pas forcément été compensées par des plantations sur les mêmes parcelles. Dans ces zones, le bocage est réduit et fragmenté et offre donc moins de possibilité d’habitat et de déplacement pour les animaux. La configuration spatiale du réseau bocager est un facteur essentiel dans le maintien de ces espèces, d’où l’importance qu’il soit connecté, pour faciliter les mouvements et fournir un habitat forestier favorable.
Il ne faut toutefois pas négliger le caractère « barrière » que la ligne engendre sur le déplacement des espèces du fait de la présence de clôtures et le risque de collision. La mise en place de passages souterrains ou aériens peuvent améliorer cette difficulté.

Attention toutefois à une interprétation trop hâtive

Les résultats reflètent une prédiction de l’état futur du bocage car l’analyse cartographique considère que les nouvelles plantations de haies ont la même fonction écologique que le réseau de haies déjà présent depuis des années. Or la végétation au stade juvénile ne remplira pas son rôle avant quelques dizaines d’années et seulement à la condition que cette végétation soit maintenue et correctement entretenue.

Vers des études environnementales systématiques

Ces travaux montrent l’importance de réaliser des études environnementales et paysagères en amont des travaux d’aménagement foncier afin de prédire au mieux les impacts potentiels et de mettre en place des mesures de compensation efficaces.

Ils permettent également de proposer une méthodologie éprouvée pour analyser l’évolution paysagère (dans le cadre d’un aménagement foncier) afin de réaliser un suivi de ces effets dans 5 ou dix ans.

Dans le cas précis de cette étude, la mise à jour des analyses cartographiques dans 5 ou 10 ans, permettrait de mesurer les effets attendus des modifications du paysage avec la réalité.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Pierline TOURNANT Unité mixte de recherche Biodiversité, Agroécologie et Aménagement du Paysage UMR 0980 BAGAP - Agrocampus Ouest, ESA et INRA, 65 rue de St Brieuc CS 84215, 35042 Rennes Cedex
  • Jacques BAUDRY Unité mixte de recherche Biodiversité, Agroécologie et Aménagement du Paysage UMR 0980 BAGAP - Agrocampus Ouest, ESA et INRA, 65 rue de St Brieuc CS 84215, 35042 Rennes Cedex
Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Bretagne-Normandie

Exemple de cartes et graphiques obtenus

Cartographie du tracé de la LGV

Cartographie du tracé de la LGV. © Inra
© Inra

Densité d’éléments boisés : fenêtre glissantes 26 ha et 1,2 ha

Densité d’éléments boisés : fenêtre glissantes 26 ha et 1,2 ha. © Inra
© Inra

Grain bocager du réseau (état final)

Grain bocager du réseau (état final). © Inra
© Inra

Distances aux éléments boisés (état final)

Distances aux éléments boisés (état final). © Inra
© Inra