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Epandage de PESTICIDE dans vignoble © Ewald Fröch - Fotolia

Pesticides, une trop grande dépendance

Inventer l’agriculture de demain

Pour réduire drastiquement la dépendance de l’agriculture aux pesticides, il ne suffit pas d’utiliser moins de pesticides ! Il faut réformer en profondeur sa manière de produire.

Mis à jour le 31/01/2014
Publié le 28/01/2014

Bordure de champs, reservoir de biodiversité pour les auxiliaires des cultures. © Christophe Maître
Bordure de champs, reservoir de biodiversité pour les auxiliaires des cultures. © Christophe Maître

Il n’existe pas de modèle unique d’agriculture qui serait moins dépendant des pesticides ! Pour réduire notre addiction aux pesticides, les pays optent pour des politiques différentes : elles peuvent taxer les pesticides, développer des réseaux d’expérimentations et de conseils aux agriculteurs et se fixer des objectifs de réduction. La France, suite au Grenelle de l’Environnement, a ainsi mis en place le plan Ecophyto, visant à réduire progressivement l’utilisation de ses produits phytosanitaires de 50 % si possible, d’ici à 2018. L’expertise de l’Inra Ecophyto R&D (2007-2009)  qui  a associé près d’une centaine de chercheurs et d’experts montre qu’une réduction de moitié des pesticides en France suppose une modification profonde de la manière de produire des agriculteurs mais que des réductions substantielles sont d’ores et déjà possibles.

Changer nos manières de produire

Les systèmes agricoles intensifs qui ont prévalu depuis les années 70-80 sont productifs mais consommateurs d'intrants, comme l’ont montré des chercheurs de l’Inra sur l’exemple du blé : les travaux sur la fertilisation azotée ont permis d’augmenter la productivité des épis mais ont favorisé, par la richesse du sol, le développement des mauvaises herbes et l’usage accru d’herbicides. De même, l’augmentation de la fréquence de certaines cultures (blé, maïs, notamment) dans les rotations, et leur densité par surface les a rendues plus fragiles aux pathogènes, obligeant les agriculteurs à recourir à des insecticides et fongicides.

Il faut donc tout repenser pour inventer de nouvelles agricultures : si l’on veut moins traiter, il s’agit, d’une part de choisir des cultures moins favorables aux pathogènes et d’autre part de favoriser les propres capacités de défense et d’ « autorégulation » du milieu. Cela exige une connaissance fine de l’écosystème cultivé : sol, pathogènes, mauvaises herbes, mais aussi faune auxiliaire pour combattre les ravageurs. C’est une combinaison de pratiques : utiliser des variétés résistantes, semer plus tard, à des densités moindres, ajuster la fertilisation azotée, favoriser la lutte biologique, etc. En grandes cultures, diversifier les espèces cultivées est aussi un moyen de rompre le cycle des pathogènes et de mieux contrôler les mauvaises herbes, tout en introduisant des cultures ayant des propriétés intéressantes, comme des protéagineux qui enrichissent le sol ou des moutardes, qui ont des effets assainissants sur certains pathogènes du sol comme les nématodes. Pour Nicolas Munier-Jolain de l’Inra qui travaille sur un essai expérimental pour réduire les pesticides, « on montre aujourd’hui qu’il est techniquement possible d’utiliser très peu de pesticides mais pas toujours facile à adopter pour les agriculteurs : diversifier les cultures implique par exemple d’intégrer des cultures moins rentables que les traditionnels blé-colza et de pouvoir les commercialiser ! »