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Diaporama  AGROFORESTERIE  - Photo 1

L’agroforesterie élargit le champ des possibles

C’est prouvé, planter des arbres sur une parcelle cultivée peut être rentable. C'est aussi une solution d'avenir : l’Union européenne vient de citer les travaux de l’Inra sur l’agroforesterie comme un exemple concret de stratégie d’adaptation au changement climatique. Un programme de recherche européen impliquant l’Institut devrait permettre d’apporter des réponses à l’horizon 2018.

Par Eric Lecluyse pour Inra
Mis à jour le 08/10/2013
Publié le 06/06/2013

Crédit photos : C. Dupraz, Inra

Lentement, l’arbre retrouve sa place dans les champs. Très présent jusqu’à la fin du XIXe siècle dans l’Europe agricole, il avait disparu au nom de l'intensification. Pourtant, les agriculteurs ont tout intérêt à planter des arbres sur leurs parcelles, de façon à diversifier leur activité. «Nous l’avons mesuré : un hectare d’agroforesterie produit autant de bois et de produits agricoles que 0,8 hectare d’agriculture et 0,6 hectare de forêt. Le gain est très fort : c’est une intensification écologique, sans intrants supplémentaires», relève Christian Dupraz, ingénieur de recherche à Montpellier (UMR Inra System*).

Les formes modernes d’agroforesterie étudiées par cette unité sont adaptées à la mécanisation. Typiquement, des allées d’arbres sont espacées d’une trentaine de mètres. Cette configuration permet de combiner cultures (ou pâtures) à la production à plus long terme de bois (comme celui du cormier ou du noyer, très précieux). Les bénéfices environnementaux potentiels sont multiples : amélioration de la biodiversité car les arbres sont accompagnés par leur cortège d’animaux et de plantes, protection des sols de l’érosion, réduction des pics de crue (les arbres stockent l’eau dans les parcelles), filtration des nitrates et stockage d’importantes quantités de carbone (1 à 2 tonnes par hectare et par an pour 50 à 100 arbres à l'hectare).

Un atout dans la lutte contre le changement climatique

« L’agroforesterie s’est développée ces 5 dernières années, se réjouit Christian Dupraz. En France, on est passé de quasiment rien à près de 10 000 hectares. Les agriculteurs savent désormais de quoi il s’agit. Et c'est envisageable pour toutes les cultures, ou presque, à condition d’adapter la densité d'arbres.» Cette pratique, encouragée par le ministère de l’Agriculture, est désormais reconnue dans la nouvelle PAC (politique agricole commune). L'Inra et le centre de Montpellier (notamment l'UMR System) viennent de voir leurs travaux reconnus : ils sont largement cités par la Commission européenne dans les options crédibles pour la lutte contre le changement climatiques1. Les travaux de l’Inra sont également repris dans un livre récent sur l’adaptation au changement climatique2.

L’Inra va participer au prochain programme de recherche européen en agroforesterie (Agforward, 2014-2018), doté de 6 millions d’euros et qui rassemblera 23 partenaires de 16 pays. Dans ce programme, l’Inra abordera de nombreux aspects, comme la sélection de cultures adaptées à l’ombre des arbres pour qu’ils développent des enracinements profonds. «Nous imaginons des systèmes agroforestiers de 'deuxième génération’ plus subtils, avec plusieurs espèces d'arbres en mélange. Le peuplement est ainsi moins exposé aux maladies qui pourraient toucher telle ou telle espèce», explique Christian Dupraz.

Les chercheurs de l’Inra espèrent tirer parti des parcelles agroforestières de démonstration qui ont été mises en place depuis 5 ans dans une quarantaine de départements chez des exploitants privés. « Mais comme l’expérimentation au champ est longue - il faut jusqu’à 50 ans pour mesurer la production finale des arbres et des cultures -, nous utilisons des modèles de simulation numérique ». Le programme européen devrait également aider à perfectionner cette approche.

* Unité mixte de recherche Fonctionnement et conduite des systèmes de culture tropicaux et méditerranéens (System), centre Inra à Montpellier.

(1) Lire le communiqué de presse « EU strategy on adaptation to climate change » 

(2) Adaptation Inspiration Book, édité par le réseau Circle 2

Une eau bien partagée

Planté au milieu d'un champ, ou en bordure, l'arbre va puiser l'eau en profondeur alors que les cultures boivent superficiellement. Le système agroforestier exploite donc mieux la réserve hydrique, comme l'a vérifié l’équipe de Philippe Mérot, directeur de recherche à l’UMR Inra Agrocampus de Rennes dans un bocage breton. «En ce moment nous étudions les consommations respectives des arbres et des cultures à travers les nitrates et les chlorures, utilisés comme traceurs», précise-t-il. Les modélisations devraient permettre d'appréhender le comportement d'un tel système dans la perspective du changement climatique.

Des arbres anti-vermines

Les agriculteurs considèrent souvent les bordures de champ et les friches comme des «nids à vermine», constate Jean-Pierre Sarthou, enseignant chercheur Ensat (UMR Inra Agir, Toulouse). «Pourtant, c’est tout le contraire : ces espaces sont plus riches en insectes utiles ou neutres qu’en ravageurs», note-t-il. La présence de rangées d'arbres sur une parcelle, et donc de bandes non cultivées qui peuvent mesurer 1,20 mètre de large, attire les auxiliaires comme les araignées, les syrphes ou les coccinelles, ce qui peut aider à limiter l'emploi d'insecticides. «Il a été démontré que les cultures agricoles entre des lignes d’arbres sont moins sujettes aux pullulations de ravageurs, car elles favorisent la présence de ces auxiliaires qui recherchent des situations plus tempérées.»

Un livre de référence

Agroforesterie, des arbres et des cultures

couverture agroforesterie. © La France Agricole
© La France Agricole
Depuis un siècle, les arbres avaient plutôt été retirés des parcelles cultivées, notamment pour faciliter le passage des machines agricoles. La pratique du mélange avait été délaissée, chaque parcelle étant affectée à une seule culture, et les arbres cantonnés à la périphérie des champs ou en parcelles forestières. Aujourd'hui, elle tend à se redéployer avec d'autres modalités d'associations de végétaux. Pour établir des références, des premières parcelles expérimentales ont été plantées il y a plus de vingt ans.

Ce livre témoigne des résultats obtenus sur le long terme ; ses textes sont soutenus par une iconographie illustrant la diversité des exemples traités. C'est un tour d'horizon très complet pour celui qui envisage d'organiser des cultures associées à des arbres, qu'il soit étudiant, professionnel agricole ou gestionnaire d'espaces végétalisés. Un DVD reprend l'essentiel du livre et propose des documents techniques complémentaires. > En savoir plus

Éditions La France Agricole, 2011, 434 pages.