Plant adulte d'ambroisie à feuilles d'armoise.. © Inra, INRA

L’ambroisie sous surveillance

Très allergisante, l’ambroisie est aussi une nuisance pour l’agriculture et l’environnement au point qu’un observatoire a été créé en 2011 pour lutter contre sa prolifération. Bruno Chauvel, qui coordonne cet observatoire situé à l’Inra de Dijon, et ses collègues nous font partager leur expertise sur les problèmes liés à cette espèce envahissante.

Par Nicole Ladet - Patricia Léveillé
Mis à jour le 24/07/2014
Publié le 24/04/2013

En agriculture, quels sont les problèmes posés par l’ambroisie ?

Bruno Chauvel, UMR Agroécologie, Dijon. © Inra
© Inra
Bruno Chauvel
: Au printemps, cette espèce annuelle peut fortement se développer dans les cultures qui viennent d’être semées comme le pois et le tournesol, ou sous le couvert de cultures d’hiver telles que le colza ou le blé. Elle progresse aussi le long des voies de communication et colonise les zones découvertes. L’ambroisie nuit aux rendements des cultures et rend difficile la gestion de la qualité des récoltes.

Dans les zones agricoles, les populations peuvent atteindre des tailles plus importantes qu’en bord de rivière ou de route. Pourtant, avec une production de semences très tardive comparée à d’autres adventices (mauvaises herbes), l’ambroisie semble a priori peu adaptée à la survie dans les cultures. Mais c’est sans compter sur la longévité de ses semences, d’environ dix années, et sur leur taille importante, propre à faciliter son installation.

Comment gérer cette espèce pour contenir l’invasion et limiter ses nuisances ?

B. C. : Tant qu’elle est peu présente, l’éradication des petites populations est possible à condition de bien sensibiliser l’ensemble des acteurs, dont les agriculteurs, à la détecter et à l’éliminer dès son apparition. Une politique de limitation de la dispersion des semences par les engins agricoles et les déplacements de terres peut être très efficace. La gestion des tas de terre fait l’objet d’une réglementation qui n’est malheureusement pas toujours respectée car très contraignante.

Dans les cultures, lorsque la présence d’ambroisie devient importante, le désherbage chimique est la solution la plus efficace du fait de la très grande tolérance de cette « herbe à poux » aux pratiques de désherbage mécanique. Mais la gestion des herbicides doit être raisonnée de manière à réduire le risque d’apparition d’ambroisies résistantes. Car même si aujourd’hui aucun cas de résistance n’est répertorié en Europe, plusieurs cas de résistance aux molécules herbicides utilisées avec les variétés « tolérantes » de tournesol sont décrits en Amérique du Nord.

Quels moyens recommander pour l’avenir ?

B. C. : Sur les parcelles agricoles fortement envahies, la gestion la plus efficace de l’ambroisie est de combiner, au cours d’une même saison culturale, techniques et choix culturaux susceptibles d’enrayer la dynamique de l’espèce. Il est en particulier conseillé de ne plus semer de tournesol pendant dix ans dans les champs les plus touchés. Les cultures d’hiver sont alors à privilégier et il faut surtout profiter des périodes d’interculture pour épuiser le stock de semences. Malgré la durée de vie et la dormance des semences d’ambroisie dans le sol, la destruction des plantes avant production de semences réduira immanquablement la banque de graines dans la parcelle. Il est également recommandé d’éviter les jachères florales sur les zones à forte densité d’ambroisie car celles-ci favorisent son développement. La difficulté est d’articuler ces choix avec certaines mesures environnementales (couvert végétal obligatoire pendant la période d’interculture) ou relevant de la PAC (diversification des cultures successives).

Les difficultés de gestion que posent les autres milieux où se développe l’ambroisie ne font que renforcer la nécessité d’une prévention de l’extension de l’espèce. Les difficultés techniques d’intervention en bord de route et l’impossibilité d’utiliser des herbicides sur les berges de rivières limitent les possibilités de gestion à court terme et doivent inciter à une restriction de toutes les pratiques susceptibles de disperser des semences de l’ambroisie.

À l’échelle des territoires, la coordination des actions et des acteurs est un facteur déterminant dans la réussite de la lutte. C’est pour agir en ce sens au plan national, et être présent au niveau européen et international, que l’Observatoire de l’ambroisie a été mis en place en 2011. Il vise à devenir un centre de référence sur l’ambroisie.

À propos de

Bruno Chauvel est chargé de recherche à l’unité mixte de recherche Agroécologie à l’Inra de Dijon.

Il est également coordinateur de l'Observatoire des ambroisies.