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Cet ouvrage propose de suivre le devenir du message olfactif, depuis le nez jusqu’au cerveau.

Faut-il sentir bon pour séduire ?

Cet ouvrage propose de suivre le devenir du message olfactif, depuis le nez jusqu’au cerveau.

Publié le 07/03/2019

Imaginez-vous dans la nuit noire, avec les oreilles bouchées. Comment faire pour vous orienter, pour déceler des présences ? Utilisez donc votre nez !

Que se passe-t-il dans la cavité nasale ? Comment le message olfactif voyage-t-il dans le cerveau ? Quels comportements l’odorat influence-t-il ?

L’homme s’intéresse aux odeurs depuis la plus Haute Antiquité et certains passionnés placent même l’olfaction au cœur de leur métier. Parfumeurs ou œnologues, ces artistes témoignent des capacités olfactives et créatrices de l’espèce humaine : comment conçoit-on un parfum ? Quel fut le premier parfum moderne ? Qu’est-ce que la roue des vins ? L’homme accorde volontiers aux animaux des pouvoirs olfactifs surprenants : détecter le passage d’un animal, sentir une proie à distance, dialoguer chimiquement avec ses congénères, attirer l’âme sœur grâce à de mystérieuses phéromones. Mais notre odorat n’est pas si sous-développé : il fonctionne bien avant la naissance, le nouveau-né reconnaît sa mère à son odeur et les souvenirs olfactifs peuvent rester gravés dans notre esprit durant toute une vie.

Ce livre est aussi un voyage à travers différentes cultures olfactives, du kōdō japonais à la jungle colombienne, pour apprendre enfin que l’odorat intervient aussi dans le diagnostic médical, trouve sa place dans les arts ou influence notre sexualité.  

Roland Salesse est ingénieur agronome, spécialiste en biologie moléculaire et cellulaire. De 2001 à 2009, il a dirigé le laboratoire de Neurobiologie de l’olfaction à l’Inra de Jouy-en-Josas. Actuellement, il se consacre à l’animation scientifique et participe régulièrement à des conférences grand public et des émissions de radio.  

 

Faut-il sentir bon pour séduire ?

120 clés pour comprendre les odeurs

Editions Quae, coll. Clés pour comprendre - 80 pages, mars 2019 – 20 euros

EXTRAITS

Pas d’odeur corporelle en Asie 

Alors que les Africains et les Européens présentent une odeur axillaire consistante, les Asiatiques n’émettent qu’une faible odeur acide. Au Japon, la règle est que le corps ne sente rien et les Européens sont surnommés les batakusaï (« pue-le-beurre »). Au Japon, la discrétion est de mise dans les parfums et les cosmétiques, où les concentrations d’arômes sont très inférieures à celles des marchés occidentaux. D’où vient la relative neutralité olfactive des Orientaux ? Il semble qu’elle soit due à la mutation d’un seul gène. Ce gène code une protéine nommée ABCC11 qui se trouve dans la membrane des cellules sécrétrices des glandes apocrines. Sa fonction est de transporter hors des cellules différentes molécules chargées négativement (des acides gras, des stéroïdes sulfatés, des sels biliaires, des nucléotides cycliques, sous forme de conjugués inodores), toutes retrouvées dans la sueur axillaire.

Une mutation ponctuelle (une seule base) du gène de la protéine ABCC11 entraîne sa disparition. Il s’ensuit une diminution importante des sécrétions axillaires (et auriculaires*) et des odeurs corporelles associées. Il ne reste que quelques acides gras à longue chaîne (d’origine différente) pour communiquer cette faible odeur acide à leur gousset. La prévalence de l’absence d’ABCC11 atteint 95 % de la population, ce qui est étonnant pour une mutation récente ; elle fut peut-être favorisée par le choix du partenaire sexuel dans une civilisation qui privilégiait l’hygiène plus que les Occidentaux. Cette pression sociale est tellement forte que certains Japonais dotés du gène ABCC11 fonctionnel se font enlever les glandes apocrines pour ne pas exhaler de « mauvaise odeur ». 

* C’est même la différence de consistance du cérumen entre les Occidentaux et les Orientaux qui a conduit à la découverte du gène ABCC11. Le cérumen occidental est fluide et abondant alors que l’oriental est blanc et sec.  

 

Les mères reconnaissent-elles l’odeur de leur bébé ? 

Oui ! Si l’on fait porter à plusieurs enfants un maillot, puis qu’on demande aux mères de retrouver celui porté par leur enfant, elles réussissent très bien ce test. Les pères ont des performances à peine inférieures. On se reconnaît très bien également entre frères et sœurs uniquement sur des indices olfactifs. Dans les familles recomposées, seules les personnes ayant des liens génétiques se reconnaissent. La reconnaissance mère-enfant n’est pas réservée à l’espèce humaine. A l’Inra de Tours, on a montré que chez les brebis primipares, il existe une fenêtre d’environ 6 heures après la naissance où la mère apprend l’odeur de son agneau.

Cet apprentissage est déclenché par la mise-bas et l’hormone ocytine qui est sécrétée à cette occasion. Au-delà des 6 heures, le petit n’est plus reconnu et peut être abandonné ; mais la mère repousse aussi les agneaux étrangers qui voudraient téter. Pour l’éleveur, cette fenêtre est aussi le moment où il peut faire adopter un agneau orphelin par une jeune brebis.