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Les plantes voient la vie en rose

Un film plastique destiné à la couverture des cultures maraîchères possède l’étonnante capacité de transformer la lumière qui le traverse, pour améliorer la production des plantes qu’il abrite. Il a été  développé dans le cadre du projet ORCA associant l’Institut de recherche en horticulture et semences, l’Institut des molécules et des matériaux du Mans et la société Cascade. Et il est rose.

films roses pour les tunnels maraîchers. © Inra
Par Philippe Fontaine
Publié le 17/02/2016

On le sait, les plantes adorent la lumière. Cela dit, elles ont une nette préférence pour certaines longueurs d’ondes qui la composent. Ainsi, la chlorophylle des plantes vertes, qui intervient dans le processus de la photosynthèse, est nettement plus sensible aux rayonnements bleu et rouge, qu’au vert ou à l’ultra-violet. Evidemment, pour les maraîchers qui souhaitent améliorer les rendements de leurs cultures, l’idéal consisterait à n’utiliser que ces couleurs. C’est possible, en faisant appel à l’éclairage artificiel. Problème, cette solution, envisageable pour des petites surfaces, est bien trop coûteuse pour être généralisée.

Des films plastiques qui adaptent la lumière aux besoins des plantes 

Culture de melon sous tunnel réalisé avec un film agricole innovant. © Inra
Culture de melon sous tunnel réalisé avec un film agricole innovant © Inra
Mais dès 2017, les maraîchers pourront compter sur un nouveau moyen d’améliorer leurs productions, aussi simple à mettre en œuvre qu’efficace : le film plastique rose. Destiné à recouvrir les serres et les tunnels, ce matériau intègre des molécules organiques ou cristaux aux propriétés fluorescentes (fluorophores), capables de capter certaines longueurs d’ondes de la lumière solaire, et de les réémettre dans une longueur d’onde différente. Ainsi, le vert, peu utile à la plante, est absorbé et réémis dans le rouge, tandis que l’ultraviolet est transformé en bleu. Conséquence : les plantes reçoivent plus de bleu et de rouge que n’en fournit naturellement la lumière du jour. Et cela, elles adorent, comme l’ont montré les premiers essais réalisés l’an dernier en plein champ sur des melons : 10% de rendement supplémentaire, comparé aux fruits cultivés sous films plastiques traditionnels, malgré une réduction des apports en fertilisants ! Ces fruits se sont aussi révélés près de 10% plus sucrés et ils sont arrivés à maturité quelques jours avant les autres. Seul bémol, les fluorophores inscrits dans le plastique perdent leurs propriétés sous l’effet combiné des UV et de l’oxygène et s’éteignent progressivement. Lors des premiers essais, ils n’ont fonctionné qu’un mois environ. Mais les films qui vont être testés cette année sont plus résistants, et devraient agir tout au long de la saison de culture. Les avantages devraient donc être encore supérieurs à ceux obtenus l’an passé.  La commercialisation des deux premiers films roses, adaptés à la culture sous tunnel du melon et de la fraise débutera l’an prochain. Viendront ensuite les tomates et les roses. Quant au prix, il reste à définir, mais ce qui est sûr, c’est qu’il sera très largement compensé par le gain agronomique attendu.

L’Inra apporte son expertise au projet ORCA

Ce film plastique rose représente l’aboutissement du projet ORCA (ORganic CAscade), labellisé par le pôle de compétitivité Végépolys. C’est la société Cascade, qui a mis au point les concentrés optiques comprenant les fameux fluorophores, en partenariat avec la société Trioplast, spécialisée dans la fabrication de films plastiques agricoles. Très impliqué dans le projet, l’Institut de recherche en horticulture et semences (Inra Angers-Nantes/Agrocampus Ouest/Université d’Angers) a apporté son expertise en communiquant notamment les caractéristiques de lumière adaptées aux différentes plantes. Pour commencer, les chercheurs se sont attachés à mesurer l’efficacité des films enrichis en bleu ou en rouge, qui agissent principalement sur la photosynthèse. Ils étudient à présent les moyens d’adapter le film à une plante précise, ou à un caractère particulier, suivant par exemple que l’on souhaite stimuler la floraison, le rendement ou les propriétés gustatives du fruit. Mais l’objectif ultime consiste à développer un film capable de modifier progressivement le type de lumière émis, afin de répondre aux besoins de la plante à ses différents stades de développement.