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Neurones (en vert) et cellules microgliales (en rouge) de cerveau de souris nourries avec des omega 3.. © Inra

Santé du cerveau : l’alimentation idéale pour chaque âge de la vie

Microbiote et cerveau : des bactéries qui réduisent le stress

Les liens entre le cerveau et le microbiote, ensemble de bactéries qui tapisse l’intestin, sont de mieux en mieux compris. Des chercheurs ont montré que des rats dépourvus de microbiote sont plus susceptibles au stress et à l’anxiété.

Par Sebastián Escalón pour Inra
Mis à jour le 03/12/2015
Publié le 02/12/2015

Personne travaillant avec une chambre de Freter permettant l'étude du microbiote intestinal en milieu confiné et contrôlé. © Inra, Bertrand Nicolas
Personne travaillant avec une chambre de Freter permettant l'étude du microbiote intestinal en milieu confiné et contrôlé © Inra, Bertrand Nicolas

On a coutume de l’appeler « le deuxième cerveau ». Et pour cause, l’intestin possède un vaste système nerveux indépendant. Cet organe bien plus complexe qu’on ne le pensait, est en permanence à l’écoute du microbiote, un ensemble constitué de milliers de milliards de bactéries qui tapissent la paroi intestinale. Le microbiote joue plusieurs rôles cruciaux tels que la conversion des aliments en nutriments et en énergie, la synthèse de vitamines, ou encore, le bon équilibre du système immunitaire.  
Les chercheurs savent aussi que l’influence de ces bactéries bénéfiques remonte beaucoup plus haut : cette flore intestinale joue de façon importante sur le fonctionnement cérébral. Ce nouveau domaine de recherche, ouvert depuis une dizaine d’années, est actuellement en pleine ébullition.

Des rats dépourvus de germes

Une équipe scientifique1 de laquelle faisaient partie des chercheurs Inra de l’Unité NutriNeuro se sont intéressés au lien entre l’anxiété et le microbiote. Pour cela, ils ont utilisé une souche de rats connue pour sa grande réactivité au stress. Une partie des rongeurs a été élevée de façon à ce qu’ils soient dépourvus de microbiote intestinal. Vivant dans des incubateurs spéciaux soigneusement écartés de tout contact avec des bactéries, toute leur nourriture était préalablement stérilisée.  
Les chercheurs ont alors soumis ces animaux dits « germ free », ainsi que les animaux témoins, à une situation inattendue et anxiogène. Elle consistait à les placer dans une arène violemment éclairée dans son centre. Les animaux dépourvus de microbiote ont montré un comportement anxieux plus marqué, tentant d’éviter le plus possible la zone éclairée pour se réfugier dans les coins les plus sombres. Les autres rats, au microbiote normal, se sont révélés moins intimidés, plus explorateurs.  
Les chercheurs ont ensuite mesuré les taux de plusieurs hormones et neurotransmetteurs caractéristiques de la réponse au stress. Ils ont observé que les taux de dopamine, sérotonine et noradrénaline, ainsi que l’expression de certains gènes des rats « germ free » étaient altérés par rapport à ceux des rats témoins. Ainsi, les chercheurs ont montré qu’il existe une relation entre le microbiote et la réactivité au stress.

Questions ouvertes sur le microbiote

Ces résultats sont concordants avec des travaux réalisés dans d’autres laboratoires qui montrent que la nature et la diversité du microbiote peut aussi jouer sur certains aspects liés à l’anxiété, voire même à la dépression. Cependant, ce domaine de recherche est encore très jeune et de nombreuses questions n’ont pas encore trouvé de réponse. Par exemple, on ne sait pas vraiment par quels mécanismes, les bactéries logées dans l’intestin influencent la réponse au stress.  Les chercheurs pensent que l’une des composantes de ce jeu de rétroactions entre cerveau et intestin pourrait être liée aux processus inflammatoires : des facteurs d’inflammation produits au niveau de l’intestin pourraient atteindre le cerveau et modifier certains aspects de son fonctionnement.
En tout cas, ces travaux doivent nous faire prendre conscience de l’importance de cette immense biodiversité qui nous habite et à redoubler d’efforts pour bien la connaître. De quoi nous inciter à chouchouter ces minuscules alliés de notre santé physique et mentale !
 

(1) Travaux menés par l’Unité Micalis de Jouy-en-Josas.

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