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Neurones (en vert) et cellules microgliales (en rouge) de cerveau de souris nourries avec des omega 3.. © Inra

Santé du cerveau : l’alimentation idéale pour chaque âge de la vie

Protéger le cerveau via l’alimentation

Les travaux de l’Unité NutriNeuro montrent que ce que nous mangeons a un effet sur la mémoire, l’humeur, la plasticité neuronale. Des résultats qui changent l’idée reçue selon laquelle, tant que le cerveau reçoit du glucose pour son énergie, tout va bien pour lui. Interview de Sophie Layé, directrice de Nutrineuro.

Par Sebastián Escalón pour Inra
Mis à jour le 10/12/2015
Publié le 02/12/2015

Sophie Layé. © Inra, Christophe Maître
Sophie Layé © Inra, Christophe Maître

Comment les résultats de votre laboratoire sont-ils reçus dans la communauté scientifique ?

Sophie Layé : Encore aujourd’hui, je constate que la communauté des neurobiologistes est surprise lorsque l’on montre que les composés issus de l’alimentation influencent le fonctionnement cérébral. L’attention particulière portée à la compréhension des systèmes moléculaires des neurones a fait perdre de vue la complexité physiologique. L’activité des neurones est souvent étudiée indépendamment du fonctionnement des autres organes et de l’environnement.
En revanche, la communauté des nutritionnistes est moins étonnée. Pour eux, tout n’est pas qu’énergie. Ils se posaient déjà la question de l’action des vitamines, des acides gras et autres nutriments sur les organes.  

Les besoins nutritionnels du cerveau changent-ils considérablement en fonction de l’âge ?

S. L. : Oui, en effet, et c’est l’un des grands résultats des travaux sur la nutrition et le cerveau. Par exemple, les besoins en vitamine A augmentent avec l’âge. Plus l’individu vieillit, et moins il est capable d’assimiler certains micronutriments. Voilà pourquoi, il peut être recommandé de consommer plus certains aliments selon l’âge. Par ailleurs, une alimentation adaptée dès le jeune âge permet aussi de protéger les neurones, ce qui, à terme, permet un vieillissement plus harmonieux.

Quelles sont les prochaines lignes de recherche ? À quel type de résultat scientifique peut-on s'attendre ?

S. L. : Nous nous intéressons à deux âges critiques. Le premier est la naissance, alors que le cerveau est en plein développement. Le deuxième est l’adolescence, lorsque certaines structures cérébrales finissent de mûrir. Nous étudions en particulier les cellules microgliales qui permettent aux neurones d’établir des connections entre eux. Ces deux périodes de vie nous intéressent car ce sont aussi des moments de rupture nutritionnelle. Dans le premier cas, c’est le début de la lactation. Dans le deuxième, il est fréquent que les adolescents adoptent un régime appauvri, trop riche en graisses et en sucres. Ceci pourrait nuire à la maturation des structures cérébrales et les rendre plus vulnérables au vieillissement et au stress.

Vous travaillez autant avec des rongeurs que sur des humains.

S. L. : Le travail sur les rongeurs nous permet de comprendre les mécanismes d'action de nutriments tels que les acides gras, les vitamines ou les polyphénols dans le cerveau. Chez l’homme, nous étudions en population générale (individus âgés, adolescents) ou chez des individus souffrant de pathologies nutritionnelles (obésité, diabète) ou psychiatriques (dépression) les habitudes alimentaires et le statut nutritionnel établis sur la base de questionnaires alimentaires et de mesures biologiques. Nous pouvons ainsi faire le lien entre leur état nutritionnel et métabolique et certains symptômes émotionnels ou des pertes de mémoire. Par l’imagerie cérébrale nous pouvons comprendre les mécanismes neurobiologiques reliant habitudes alimentaires, symptômes dépressifs ou mémoire. Ces approches de recherche sont complémentaires et indispensables !
L’idée n’est pas de voir les nutriments comme des médicaments en soi, mais plutôt comme des facteurs de prévention et de protection. Comprendre comment le statut nutritionnel  favorise le fonctionnement optimal du cerveau est nécessaire. D’autre part, if faut tenir compte de l’état nutritionnel dans le diagnostic et la caractérisation des individus malades, pour une meilleure prise en charge. De plus, des stratégies combinées qui associent nutrition et médicaments pourraient augmenter l’effet de ceux-ci.

Le consommateur lambda reçoit en continu des informations sur ce qu’il doit ou ne doit pas manger. Ces informations sont parfois contradictoires, et parfois changent d’un moment à l’autre. N’est-ce pas là un facteur d’anxiété ?

S. L. : Cela ne devrait pas être le cas. En fin de compte, garder un régime équilibré, diversifié, riche en fruits et légumes, sont bien des recommandations de bon sens !

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Alimentation humaine
Centre(s) associé(s) :
Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux

Portrait

Sophie Layé, lauréate du Laurier Défi scientifique 2015

Sophie Layé, Directrice de l’unité Nutrition et neurobiologie intégrée à l’Inra Bordeaux-Aquitaine, lauréate du Laurier Défi scientifique 2015.. © Inra, Christophe Maître
© Inra, Christophe Maître

Le prix « Défi scientifique » distingue un(e) chercheur(e) qui répond à une problématique d’intérêt majeur pour la société : cette année, il s’agit des liens entre alimentation et cerveau, sur lesquels travaille Sophie Layé avec son équipe. Directrice de recherche depuis 12 ans au sein de l’Institut, Sophie Layé dirige le laboratoire Nutrition et neurobiologie intégrée à l’Inra Bordeaux-Aquitaine. Co-directrice d’un laboratoire international (OptiNutriBrain), elle souhaite aujourd’hui développer les recherches sur les liens entre nutrition périnatale et développement cérébral.

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Pour aller plus loin

Inauguration du laboratoire international OptiNutriBrain

De gauche à droite : Jean Dallongeville, responsable du Département d’alimentation humaine de l’Institut national de la recherche agronomique de Bordeaux, Sylvie Turgeon, directrice par intérim de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l’Université Laval, Denis Brière, recteur de l’Université Laval, Sophie Layé et Frédéric Calon, les codirecteurs du Laboratoire international associé OptiNutriBrain, Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, Pierre Dos Santos, vice-président en charge de la recherche de l’Université de Bordeaux et Nicole Lacasse, vice-rectrice adjointe aux études et aux activités internationales.. © Université Laval, Marc Robitaille
© Université Laval, Marc Robitaille
L’Université Laval (Québec), l’université de Bordeaux et l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) ont lancé en novembre 2015 la création du Laboratoire international associé (LIA) OptiNutriBrain.

Ce nouveau réseau international de recherche aura pour mission d’étudier les effets de la nutrition sur la santé du cerveau. > Lire la suite