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Dis-moi quel est ton ADN, je te dirai que manger…

Seul 0,1 % de notre ADN diffère d’un individu à l’autre. Mais cette proportion, si infime soit-elle, entraîne des différences notables, qu’elles soient visibles (couleur des yeux, des cheveux, de la peau, taille…) ou non. En effet, notre ADN modifie aussi, entre autres, notre façon d’absorber et d’assimiler les aliments. La nutrigénétique et la nutrigénomique ont pour objectif de nous aider à mieux comprendre les interactions des nutriments et micronutriments – dont la vitamine D – avec notre génome.

La nutrigénétique et la nutrigénomique ont pour objectif de nous aider à mieux comprendre les interactions entre notre ADN et les nutriments et micronutriments. Des chercheurs de l’Inra travaillent sur les vitamines liposolubles, et notamment sur la vitamine D. . © Inra
Par Anaïs Bozino
Mis à jour le 20/04/2018
Publié le 18/04/2018

La nutrigénétique et la nutrigénomique permettent de tenir compte du fait que « tout le monde n’a pas les mêmes besoins » commence Patrick Borel, directeur de recherche au Centre CardioVasculaire et Nutrition (C2VN) de Marseille et spécialisé en nutrigénétique. « Ces recherches aideront à faire de la nutrition plus personnalisée, notamment en prenant en compte notre génotype. Nous en sommes encore loin aujourd’hui, mais avec les progrès actuels du génotypage, du haut-débit et des big data, cela reste envisageable. Le but ultime serait d’arriver à faire des recommandations spécifiques pour chaque individu ».

Prédire pour mieux guérir

En consommant une même dose de vitamine, chaque personne va réagir différemment

Patrick Borel et son équipe font des études cliniques afin de tester des variations génétiques dans notre ADN sur l’absorption des vitamines : c’est la nutrigénétique. « Des variations génétiques mineures dans notre ADN entraînent des différences dans notre capacité à assimiler certaines vitamines, c’est ce que nous avons réussi à prouver en effectuant une étude sur 40 personnes. C’est un petit nombre pour une étude génétique, mais ça n’en est pas moins la première étude montrant un effet significatif de variations génétiques sur l’absorption de certaines vitamines ». Les résultats montrent qu’en consommant une même dose de vitamine, chaque personne va réagir différemment en assimilant 20, 50, 70 % de la vitamine… « Nous parlons de polymorphisme génétique lorsque la modification de l’ADN n’entraîne pas de pathologie, et de mutation lorsque celle-ci engendre une maladie. Par exemple, on peut réguler plus ou moins bien notre taux de sucre dans le sang (glycémie), sans pour autant être diabétique » explique Patrick Borel. L’un des objectifs ? Arriver à définir un score d’assimilation des nutriments, en fonction de notre ADN, de façon prédictive. Son collègue, le chercheur Jean-François Landrier, est, de son côté, spécialisé en nutrigénomique. « Nous nous intéressons aux effets biologiques des nutriments et micronutriments sur notre corps, qui sont médiés par des régulations de l’expression de nos gènes, et plus particulièrement, au lycopène, au bêta-carotène – qui est la source de la vitamine A – ou encore à la vitamine D sur la biologie du tissu adipeux ».

La vitamine D, indispensable pour notre organisme

« La vitamine D étant capable de fixer le calcium sur les os, nous avons longtemps pensé qu’elle avait uniquement un rôle au niveau squelettique. Or, nous sommes en train de découvrir qu’elle est aussi importante pour notre force musculaire, notre système immunitaire, notre métabolisme énergétique… Cette vitamine a donc des fonctions extrasquelettiques ». Dans l’idéal, le seuil optimal qu’il faudrait que nous atteignions est fixé à 30 nanogrammes par millilitre (ng / mL) de plasma, même si, en réalité 20 nanogrammes peuvent suffire pour être en bonne santé. Le fait d’être en dessous de ce seuil n’est pas grave en soi : avant de développer des maladies comme l’ostéomalatie (qui se produit lorsque nos os ne sont pas suffisamment calcifiés) ou le rachitisme, il faut être en-deçà de 10 ng / mL, et ce, pendant un certain temps. Cependant, des cas de rachitisme ont été recensés récemment, même dans les pays en voie de développement alors que l’on pensait cette maladie disparue. « Même s’il n’y a pas lieu de paniquer, il y a, à l’heure actuelle, un grand nombre de personnes sont en situation d’insuffisance au sein de la population, que ce soit au niveau français, européen, ou même mondial » souligne Jean-François Landrier.

Faire le plein de vitamines

Mieux prévenir certaines maladies

Mais alors, où trouver de la vitamine D ? Elle peut être absorbée via certains aliments comme les poissons gras (saumon, thon, hareng…), dont il ne faut pas abuser par ailleurs. En effet, l’Anses recommande de ne pas dépasser une à deux portions par semaine afin d’éviter les risques de surexposition aux métaux lourds. Notre organisme est aussi capable d’en produire au niveau de notre peau, grâce au soleil. « Nos habitudes de vie et notre sédentarité sont un gros problème puisqu’elles limitent grandement la synthèse cutanée de cette vitamine » précise Jean-François Landrier. « Par ailleurs, pour aller plus loin, l’un de nos projets en cours est de comprendre les effets d’une déficience au cours de la période gestationnelle : quels sont les impacts d’une carence sur la descendance ? Cela prédispose-t-il à la survenue de désordres métaboliques à l’âge adulte ? Nous en saurons plus prochainement ». Grâce à ces recherches en nutrigénétique et nutrigénomique, nous pourrons, à l’avenir, mieux prévenir certaines maladies, mais aussi adapter notre alimentation à nos besoins en nutriments et micronutriments.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Jean-François Landrier, C2VN (Center for CardioVascular and Nutrition research)
  • Patrick Borel, C2VN (Center for CardioVascular and Nutrition research)
Département(s) associé(s) :
Alimentation humaine
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

En savoir plus

Le lycopène pour vaincre l’obésité

Le but de l’équipe de chercheurs qui travaille avec Jean-François Landrier en nutrigénomique est d’étudier les effets bénéfiques de certaines molécules sur le tissu adipeux. « Nous avons étudié les effets du lycopène (un pigment que nous trouvons notamment dans la tomate) sur la régulation de l’expression des gènes et nous nous sommes rendu compte qu’il était actif sur le tissu adipeux, et qu’il pourrait jouer un rôle contre l’obésité » explique Jean-François Landrier. Les chercheurs ont donc étudié, au stade préclinique, les effets préventifs d’une supplémentation en lycopène dans le cadre d’un régime obésogène. L’objectif était de montrer d’une part, l’effet sur la prise de poids, et d’autres part, l’effet sur les désordres métaboliques associés à l’obéisté, tels que l’insulinorésistance, qui est à l’origine du diabète de type 2. « Les résultats montrent que les animaux prenant du lycopène sont moins obèses, et qu’elles ont une amélioration de leur métabolisme glucido-lipidique ».

Zoom

Un micronutriment, qu’est-ce que c’est ?

Les micronutriments sont, comme leur nom l’indique, des nutriments, que nous ingérons en petite quantité (en moyenne, moins d’un gramme par jour). Il existe deux catégories distinctes de micronutriments : les vitamines, qui sont des molécules organiques, et les oligoéléments, tels que le cuivre, le zinc… Ils sont à différencier des macronutriments, que nous absorbons en grande quantité quotidiennement. « À titre de comparaison, nous consommons environ un milligramme de vitamine A par jour, contre 70 à 90 grammes de lipides, ou 200 grammes de glucides » détaille Patrick Borel.

Nutrigénétique, nutrigénomique : quelles différences ?

La nutrigénomique étudie les effets des nutriments et des micronutriments sur l’expression des gènes, ceci dans le but d’expliquer les effets de ces molécules sur notre métabolisme, sur notre santé.

La nutrigénétique s’intéresse aux effets que peuvent avoir certains variants de notre ADN sur notre capacité à absorber les nutriments et micronutriments.