Un buveur excessif développe-t-il toujours une grave maladie du foie ? Tout dépend de son microbiote !

Les buveurs excessifs ne sont pas tous égaux face à l’alcool. Au cours de leur vie, certains ne souffriront que d’affections bénignes du foie, tandis que d’autres développeront des maladies graves, telles que l’hépatite alcoolique aiguë et la cirrhose. En fait, tout dépend de leur microbiote intestinal, comme viennent de le démontrer des médecins et scientifiques, notamment de l’Inra.

La susceptibilité individuelle à la toxicité hépatique de l'alcool dépend du microbiote intestinal. © Inra, Andrey Cherkaso-Fotolia
Par Philippe Fontaine
Mis à jour le 27/01/2017
Publié le 27/01/2017

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, on le sait. Les dégâts que peut entraîner une consommation excessive sont légion. L’alcool est en effet responsable de plus de 200 maladies* et atteintes diverses. Et qui ciblent notamment le foie. Mais étonnamment, avec une gravité qui varie considérablement selon les individus. Ainsi, chez certains buveurs excessifs, la maladie alcoolique du foie se traduira par une accumulation de graisse dans les cellules (stéatose hépatique) et n’évoluera pas vers des pathologies plus graves. D’autres en revanche, consommant pourtant la même quantité d’alcool, développeront une hépatite alcoolique aiguë et une cirrhose, deux affections potentiellement mortelles. D’où provient une telle inégalité face à la toxicité de l’alcool ?

Eh bien du microbiote intestinal, comme l’ont découvert des scientifiques et des médecins de l’Université Paris-Sud, l’Inra, AgroParisTech, l’Inserm, l’APHP (hôpital Antoine-Béclère) et Aix-Marseille Université. Autrefois appelée flore intestinale, le microbiote intestinal contient des milliards de bactéries qui sont tout autant impliquées dans les fonctions digestives et physiologiques, que dans la stimulation du système immunitaire et la protection contre les microorganismes pathogènes. Propre à chaque individu, il se constitue au cours des deux premières années de la vie, et n’évolue à nouveau qu’avec la vieillesse, en raison notamment des changements de mode de vie, des habitudes alimentaires ou de la prise de certains médicaments. On sait aussi qu’une pathologie peut entraîner son altération. En comparant le microbiote intestinal de patients présentant une simple stéatose, et celui de buveurs excessifs souffrant d’hépatite alcoolique aiguë, les chercheurs se sont aperçus que ce dernier présentait un sérieux déséquilibre. Suffisant pour justifier l’aggravation de la pathologie ?

Pour le vérifier, les chercheurs ont mené deux expériences. Dans un premier temps, ils ont constitué deux groupes de souris élevées dans un environnement totalement stérile, et par conséquent dépourvues de microbiote intestinal. Puis ils leur ont transféré ceux des patients, avant de les alcooliser. Le résultat s’est révélé conforme à leur intuition : les souris ayant reçu le microbiote des malades souffrant d’hépatite alcoolique aiguë ont rapidement montré des symptômes indiquant le développement de cette maladie, et notamment une inflammation du foie et des tissus adipeux. Au contraire, les souris ayant reçu le microbiote de patients sans hépatite n’ont pas développé ces symptômes, en raison notamment d’une production plus importante d’acide ursodésoxycholique. Or, cet acide, produit par les bactéries, est prescrit sous forme de médicament pour le traitement de certaines maladies chroniques du foie. Autrement dit, ce microbiote jouait un rôle protecteur face à la toxicité de l’alcool. Pour confirmer cette observation, les chercheurs ont renouvelé l’expérience en utilisant cette fois des souris élevées en condition normales, dotées comme l’homme d’un microbiote, qu’ils ont remplacé par celui des patients. Avec au final un résultat identique.

Ces expériences confirment que le microbiote intestinal joue un rôle majeur dans la susceptibilité des individus à la toxicité de l’alcool. Mais surtout, elles démontrent qu’il est possible de réduire les lésions hépatiques causées par la consommation excessive, en remplaçant le microbiote déséquilibré par celui de patients ne présentant pas de pathologie grave. Une découverte qui ouvre la voie à de nouveaux traitements curatifs ou préventifs, qui peuvent aller de la simple modification du microbiote par un changement des habitudes alimentaires ou l’absorption de probiotiques, jusqu’à son remplacement complet par un microbiote sain.

* Source : Inserm

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Microbiologie et chaîne alimentaire, Alimentation humaine
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Jouy-en-Josas

Un test non invasif pour dépister et déterminer le stade d’avancement de la cirrhose.

Aujourd’hui, dépister la cirrhose et évaluer son stade d’avancement implique de réaliser une biopsie du foie. D’ici quelques mois, cet acte chirurgical pourrait être remplacé par un simple examen des selles. Des chercheurs de l’Inra associés à une équipe chinoise ont en effet constaté que le microbiote des patients souffrant de cirrhose est très différent de celui de personnes en bonne santé, les patients présentant une proportion importante de bactéries rares chez les personnes en bonne santé. Plus encore, les chercheurs ont découvert que la plupart d’entre elles correspondent à des bactéries que l'on ne trouve que dans la bouche. Or il semble que leur présence soit due à un dysfonctionnement du foie. Les chercheurs ont alors développé un test destiné à détecter la présence de certaines de ces bactéries dans les selles des patients... Et c’est un vrai succès : sa fiabilité avoisine les 95%. Et ce n’est qu’un début. Car les résultats montrent qu'il existe une corrélation entre la proportion de ces bactéries buccales dans l'intestin et le stade d’avancement de la maladie. Maintenant que les bactéries ont été identifiées, il s’agit de découvrir pourquoi le dysfonctionnement du foie provoque leur migration de la bouche vers l’intestin, et comment éliminer celles qui s’y sont déjà installées.