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Les agrumes, des fruits juteux pour la protection cardiovasculaire

De nombreux résultats de recherche sont largement en faveur d’un rôle protecteur des fruits et légumes vis-à-vis de la santé. Mais il est difficile toutefois d’attribuer un effet à un composé en particulier. Des chercheurs en nutrition humaine à l’Inra Auvergne-Rhône-Alpes ont réussi à mettre en évidence le rôle direct d’une catégorie de polyphénols, les flavanones, de l’orange et du pamplemousse, dans la protection cardiovasculaire.

Bienfaits sur la protection cardiovasculaire des polyphénols (flavanones) des agrumes (orange et pamplemousse). © Inra, Véronique Gavala
Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 25/03/2016
Publié le 24/03/2016

Les agrumes sont en tête des fruits les plus riches en vitamines. Mais ce qu’on sait moins, c’est qu’ils sont aussi une source exclusive et abondante d’une catégorie particulière de polyphénols, les flavanones. Une orange en contient jusqu’à 0,5 g, ce qui est 10 fois plus élevé que la teneur moyenne en vitamine C du fruit. Ces composés bioactifs abondent également dans les clémentines, les mandarines et le pamplemousse. Christine Morand et ses collègues chercheurs à l’Inra Auvergne-Rhône-Alpes, s’intéressent depuis longtemps au devenir des polyphénols dans l’organisme et à leurs effets sur les facteurs de risque cardiovasculaire. Ce sont surtout les preuves cliniques des effets bénéfiques d’une consommation des flavanones sur les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires et les mécanismes d’action impliqués qui font défaut lorsque l’équipe Inra démarre ses travaux en 2008.

Du jus d’orange pour prendre soin de ses artères

Les résultats de l’équipe sont issus d’études sur l’impact d'une consommation de jus d'orange et de pamplemousse sur la protection vasculaire. Il s’agissait plus particulièrement de déterminer le rôle spécifique de leurs deux flavanones principaux, l'hespéridine et la naringine, dans les effets observés. Une première étude, menée avec des hommes de plus de 50 ans1 en léger surpoids a montré que La consommation régulière de jus d’orange diminuait la pression sanguine et tendait à améliorer la réactivité vasculaire (la capacité de dilatation des vaisseaux sanguins). Cette étude a aussi montré que l'hespéridine est largement responsable de l'effet bénéfique des jus d’orange sur la protection vasculaire. Comme « Le fruit contient 2 à 3 fois plus d’hespéridine, car présent majoritairement dans ses parties blanches, que le jus, on peut penser que la consommation de fruits entiers est encore plus recommandable pour la santé vasculaire que celle du jus » observe la scientifique.

Une autre étude de l’équipe menée chez des animaux a mis en évidence que la consommation des polyphénols du pamplemousse protégeait leurs artères en ralentissant le dépôt de cholestérol sur leurs parois2. Pour déterminer si les effets vasoprotecteurs des flavanones du pamplemousse sont aussi observables chez l’homme, une étude d’intervention nutritionnelle contrôlée a été réalisée chez des femmes saines et post-ménopausées. Elle comparait des individus consommant quotidiennement pendant 6 mois un jus de pamplemousse naturellement riche en flavanones ou bien une boisson reproduisant la composition du jus mais sans flavanones. Les résultats obtenus montrent le rôle des flavanones pour protéger contre la rigidité artérielle - 5% moins rigide – après consommation de jus de pamplemousse. La rigidité artérielle est une composante de la fonction vasculaire, reconnue pour être fortement corrélée au risque cardiovasculaire. « Si le lien entre consommation des polyphénols et leur effet bénéfique pour la santé cardiovasculaire est bien établi, on ignore encore pourquoi certains individus tirent un meilleur bénéfice que d’autres de leur consommation, » complète Christine Morand. Les raisons des différences importantes d’absorption et de réponse vasculaire entre les sujets devraient trouver les premières réponses d’ici quelques années suite aux travaux du réseau scientifique européen COST « POSITIVe »3 piloté par Christine Morand. Sur la base des connaissances disponibles, les chercheurs de ce réseau (85 groupes de recherches dans 32 pays européens) ont pour objectif d’identifier les principaux facteurs responsables de la variabilité interindividuelle de la réponse à la consommation des composés bioactifs apportés par les produits végétaux de notre alimentation.

Une grande diversité des polyphénols dans nos aliments. © Inra
© Inra

1/ Les femmes sont moins sujettes aux maladies cardiovasculaires jusqu’à l’âge de la ménopause, car protégées par leurs hormones. Passé cet âge, le risque devient identique entre femmes et hommes.

2/ Ce dépôt de cholestérol a tendance à faire diminuer le diamètre des artères et favorise donc l’épaississement et la rigidité de la paroi interne. A terme, une gêne dans l’écoulement sanguin apparaît, la paroi artérielle se rigidifie, se fragilise pour aboutir avec le temps à sa rupture. Pour cette étude, une supplémentation de naringine à une dose nutritionnelle (équivalente à celle apportée chez l'homme par un verre de jus de pamplemousse) met clairement en évidence, chez les souris nourries avec un régime athérogène (riche en graisses) un effet antiathérogène associé à une réduction de la cholestérolémie, une amélioration des biomarqueurs de la dysfonction endothéliale et également à une meilleure sensibilité à l’insuline. Des études mécanistiques réalisées au niveau des cellules ont montré que les flavanones agiraient dans notre organisme en protégeant l’intégrité de la paroi de nos vaisseaux.

3/ En savoir plus : site du projet COST POSITIVe 

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Christine Morand, unité Nutrition humaine – Équipe Alimentation, micro-constituants végétaux et santé vasculaire
Département(s) associé(s) :
Alimentation humaine
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

En savoir plus

Les polyphénols sont une catégorie de molécules produites par les végétaux supérieurs en réponse à tout type de stress.  
Ils confèrent aux aliments des propriétés organoleptiques :

  • L’amertume, comme dans le cas du cacao
  • L’astringence, comme dans le cas du thé
  • La couleur, comme pour les baies

Selon leur structure chimique, les polyphénols sont répartis en différentes grandes familles : acides phénoliques et flavonoïdes, les plus représentées dans nos aliments, d’autres moins abondantes comme les lignanes, stilbènes, curcuminoïdes. La famille des acides phénoliques comporte deux sous-classes : les acides hydroxybensoïques (relativement limités dans nos aliments) et les acides hydroxycinnamiques (très ubiquitaires, abondants dans les céréales et le café).

Les flavonoïdes sont répartis en différentes classes selon leur particularité structurale :

  • Flavonols. Ils sont ubiquitaires, abondants dans les oignons
  • Flavones. Beaucoup plus restreints dans notre alimentation car essentiellement présents dans les herbes aromatiques
  • Flavanones. Spécifiquement présents et abondants dans les agrumes
  • Isoflavones. Caractéristiques du soja et certaines légumineuses.
  • Anthocyanes. Très largement distribuées dans nos aliments. Ils sont responsables de la couleur rouge, violette, bleue des baies, fruits rouges et vin

Voir aussi

> Phenol-Explorer, première base de données complète sur les polyphénols et leurs aliments en ligne.

En chiffres

Les maladies cardiovasculaires

Les maladies cardiovasculaires (atteinte des coronaires, accidents vasculaires cérébraux, artériopathie oblitérante des membres inférieurs) sont les causes majeures de mortalité chez l’adulte dans la plupart des pays industrialisés. En France, les MCV sont à l’origine  de 32% des décès annuels (environ 170 000 décès). Le chiffre atteint 40 % pour l’UE (soit 2 millions de morts) et les coûts directs liés à ces pathologies atteignent 192 milliards/€/an. Le coût de la maladie coronarienne exprimé en % des dépenses totales de santé publique a été estimé à 7,9 % dans les pays industrialisés. La part la plus grande des coûts directs revient à l’hospitalisation, alors que les pertes de productivité sont la principale composante des coûts indirects.

Source : Revue Innovations Agronomiques 42 (2014), 47-62