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Une bactérie de l’intestin aux vertus bienfaitrices

Depuis près de 10 ans, des chercheurs de l’Inra s’intéressent aux bienfaits de Faecalibacterium prausnitzii, une bactérie intestinale bénéfique. Présente chez tous les individus en bonne santé, elle diminue chez les personnes souffrant de certaines pathologies, telles que les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ou les troubles fonctionnels intestinaux. Après avoir découvert en 2008, les propriétés anti-inflammatoires de cette bactérie, les chercheurs viennent de démontrer qu’elle contribue aussi à lutter contre la douleur viscérale.

Bactérie Faecalibacterium prausnitzii. © CNAM, Nadia Vasquez
Par Philippe Fontaine
Mis à jour le 21/03/2016
Publié le 15/03/2016

Cent mille milliards. C’est le nombre de micro-organismes qui se nichent dans notre intestin. Composé essentiellement de bactéries, le microbiote intestinal joue un grand rôle dans l’assimilation des aliments que nous consommons. Mais pas seulement. Il contribue aussi à nous protéger des bactéries et des virus. On le sait, un changement dans sa composition peut provoquer des désordres au niveau de l’intestin, et entraîner un affaiblissement du système immunitaire et même des troubles neurologiques ! Considéré désormais comme un organe à part entière, le microbiote intestinal commence à livrer ses secrets. Grâce notamment aux recherches menées par l’Inra, sur l’influence des bactéries dans le déclenchement ou l’évolution des maladies intestinales et métaboliques. Pionnier en la matière, l’Institut multiplie les découvertes, parfois surprenantes.

Faecalibacterium prausnitzii, une bactérie bénéfique

En 2008, des chercheurs  de l’Inra de Jouy-en-Josas découvrent ainsi que la quantité de Faecalibacterium prausnitzii (Fprau), une bactérie présente en grand nombre dans notre intestin, est réduite chez les personnes souffrant de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), telles que la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique. Mais ils constatent aussi que la diminution progressive de Fprau aggrave la pathologie. À priori, la bactérie semble très impliquée dans l’évolution de la maladie. Mais jusqu'à quel point ? Des tests sur des souris de laboratoire montrent que non seulement la bactérie entraîne une baisse de l’inflammation, mais aussi qu'elle joue un rôle protecteur. Grâce aux travaux réalisés par une équipe regroupant des chercheurs Inra, Inserm, AP-HP et UPMC, on sait aujourd’hui qu’une des molécules sécrétées par Fprau, baptisée MAM (pour Microbial Anti-Inflammatory Molecule), joue un rôle majeur contre l’inflammation intestinale. En outre, des essais sur des souris atteintes de colites reproduisant des symptômes de type MICI ont montré que l’administration de MAM améliorait leur santé en limitant leur perte de poids.

Un espoir pour les patients

Mais ce n’est pas le seul atout de cette bactérie décidément pleine de surprise. Une équipe impliquant l’Inra, l’Inserm et l’Université d’Auvergne vient de révéler que Fprau possède aussi des propriétés antalgiques ! Son administration  à des souris présentant une hypersensibilité viscérale entraîne la disparition de la douleur. Les chercheurs en sont persuadés : l’administration de Fprau aux patients atteints de MICI permettrait, sinon de guérir la maladie, du moins de rétablir le bien-être intestinal. Et ce ne sont pas les seuls concernés : les personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable (SII), qui représentent 30% des consultations des gastroentérologues, montrent aussi un déficit de Fprau, qui pourrait être corrigé. Comment ? Plusieurs pistes sont à l’étude. La bactérie pourrait par exemple être consommée sous forme de complément alimentaire (probiotique) ou d’aliments fonctionnels à l’instar des  yaourts enrichis en bifidobactéries ou lactobacilles. Avec des effets à plus long terme, puisque Fprau, une fois ingéré, pourrait coloniser l’intestin et s’y reproduire. Autre solution, la protéine MAM pourrait être administrée sous forme de médicaments. Reste à présent à réaliser les essais cliniques afin de confirmer les bienfaits de la bactérie chez les patients atteints de MICI ou SII. Si tout se passe bien, les premiers probiotiques et médicaments pourraient voir le jour dans 3 ou 4 ans.   
 

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

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Microbiologie et chaîne alimentaire
Centre(s) associé(s) :
Jouy-en-Josas

Le microbiote fongique, objet de toutes les attentions dans les MICI

Il n’y a pas que la partie bactérienne du microbiote intestinal qui est chamboulée chez les patients atteints de MICI. Une équipe de chercheurs Inra-APHP/Inserm/UPMC (équipe ATIP-AVENIR), vient de démontrer que le microbiote fongique intestinal, composé de champignons et levures, est lui aussi bouleversé. Suivant la pathologie, certains champignons sont plus représentés ou au contraire, moins nombreux que chez les personnes en bonne santé. La connaissance de ces mécanismes complexes pourrait permettre, à terme, de concevoir des traitements destinés à rétablir l’équilibre des microbiotes bactériens et fongiques. > En savoir plus : communiqué de presse

Les phages, ces virus tueurs de bactéries

La plupart des bactéries du tube digestif peuvent héberger un ou plusieurs phages, des virus qui ne s’attaquent qu’aux bactéries. Une équipe de l’Inra vient de découvrir qu’un de ces phages, en général dormant, se réveille dans l’intestin 50 fois plus souvent qu’on le pensait. Et le résultat est désastreux. Non seulement il détruit son hôte, mais il s’attaque ensuite aux autres bactéries. Les chercheurs souhaitent désormais déterminer dans quelle mesure ce comportement agressif peut concerner Fprau, et à quel point il pourrait être lié à l’apparition ou au développement de pathologies telles que la maladie de Crohn. > En savoir plus : communiqué de presse