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Cet ouvrage campe dix personnages d’une famille, selon leur âge et leurs activités, en nous présentant les actions, bénéfices et opportunités des bactéries, virus, levures, champignons et autres microorganismes. Souvent indispensables, parfois indésirables, les microbes nous entourent et nous habitent. Ce livre nous fait découvrir au grand public les 1001 fonctions des microbes.

Que serions-nous sans eux ?

Cet ouvrage campe dix personnages d’une famille, selon leur âge et leurs activités, en nous présentant les actions, bénéfices et opportunités des bactéries, virus, levures, champignons et autres microorganismes. Souvent indispensables, parfois indésirables, les microbes nous entourent et nous habitent. Ce livre nous fait découvrir au grand public les 1001 fonctions des microbes.

Mis à jour le 19/04/2018
Publié le 25/04/2018

Souvent indispensables, parfois indésirables, les microbes nous entourent et nous habitent

Sans en avoir toujours conscience, nous cohabitons constamment avec des microbes, qu’ils se trouvent sur ou dans notre corps ou qu’ils soient présents dans les environnements que nous fréquentons. Sans que nous le sachions toujours, notre cohabitation avec eux s’illustre à travers notre quotidien, de la confection de nos aliments jusqu’à la médecine légale.

Certains d’entre eux nous sont depuis longtemps indispensables. Il est connu que le pain, le vin ou encore le café nécessitent une fermentation réalisée par des microbes. Mais savez-vous qu’utiliser certains microbes permet de réduire le recours aux conservateurs chimiques dans les aliments ? Que l’usage de virus propose une alternative aux antibiotiques ? Que la police scientifique de demain résoudra peut-être des crimes grâce à nos microbiotes ?

Ou encore que certaines bactéries nous mettent d’humeur joyeuse ? Que les microbes peuvent favoriser nos cultures car ils interagissent naturellement dans le sol avec toutes les plantes ? Certes, ils peuvent causer des infections, et des précautions d’hygiène restent nécessaires. Mais vous découvrirez aussi que certaines organisations microbiennes en biofilms nous protègent contre des microbes pathogènes. 

 

Murielle Naïtali est spécialiste en microbiologie de l’environnement et en sécurité microbiologique des aliments, enseignante à AgroParisTech, chercheuse à l’Inra et Écrivain-Conseil®.

Que serions-nous sans eux ?

Les microbes de notre quotidien 

Editions Quae –  128 pages, avril 2018 – 15 euros

EXTRAITS

Ce week-end, Louise est la reine : pas question d’apparaître négligée. Un coup d’œil au miroir la rassure. Ouf ! Aucun bouton n’est apparu cette nuit.  Ces boutons redoutés proviennent d’une - altération  ou dysbiose -  du microbiote cutané, qui se met à rougir, gratter ou « fleurir ». Pour une fois, parlons de microbiote cutané sain ! La peau saine héberge une flore cutanée installée, non pathogène, appelée « flore résidente commensale ». D’autres microbes peuvent temporairement la rejoindre, sans s’implanter durablement. La peau abrite en moyenne 1 000 milliards (1012) de bactéries, qui se trouvent en surface (couche cornée), dans les recoins (glandes sudoripares et follicules pilo-sébacés), et même « infiltrées » (derme et hypoderme, longtemps supposés stériles). Comme tous les microbiotes, le micro- biote cutané est sélectionné : il résulte d’un équilibre entre les conditions de son environnement et les propriétés métaboliques de ses microbes. 

Le microbiote de Louise n’est pas le même que celui d’Antoine, son père. Différence homme-femme ? Les hommes ont un microbiote quantitativement plus important que les femmes. Mais n’allons pas en déduire qu’ils se lavent moins, cela n’a que peu de rapport. Le microbiote est aussi moins diversifié chez les hommes. L’acidité plus importante de leur peau serait un facteur de sélection. Louise n’a pas non plus le même microbiote que sa mère ou que sa petite sœur Flore. Question d’âge ? Cela joue, évidemment. Chaque individu vit quatre grandes périodes : l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte et la vieillesse. Son microbiote cutané évolue avec ces périodes. À chaque fois, il forme une empreinte microbienne qui lui est propre. 

La composition du microbiote cutané varie en fonction de l’âge, de facteurs génétiques, alimentaires, géographiques... C’est une question de sueur, d’hormones, de sébum, d’épaisseur de peau et, peut-être, de produits cosmétiques. Malgré tout, c’est un de nos caractères, tout comme la couleur de nos cheveux. 

 

Choyer ses microbes cutanés 

Sous la douche, Louise chante et s’empare de son shampooing. Elle se prépare à perturber la microflore de son cuir chevelu... 

Notre microbiote cutané est une communauté à l’équilibre. Mais attention, à l’équilibre ne signifie pas statique. Le microbiote se renouvelle constamment pour s’adapter à la desquamation de la peau, ainsi qu’aux pratiques d’hygiène corporelle. Lorsque Louise se lave la tête, c’est une tempête qui s’abat sur le microbiote de son cuir chevelu. Il subit non seulement l’action mécanique du lavage, mais également celle, chimique, des tensio-actifs dégraissants et des conservateurs du shampooing. Rappelons d’ailleurs l’importance de bien se rincer pour laisser le moins de traces possible de ces produits sur nos cheveux. Toutes les composantes microbiennes sont touchées par le lavage, certaines plus que d’autres. Il faudra 4 à 7 jours pour que le microbiote du cuir chevelu de Louise se rétablisse. Juste à temps pour un nouveau shampooing. Les microbiotes sont dans un équilibre en constant rééquilibrage ! 

La capacité d’une population de microbes - ou d’animaux, de plantes - à assurer son retour à l’état initial se nomme « homéostasie ». Elle est importante, car le microbiote cutané remplit des fonctions capitales, et son déséquilibre peut entraîner des maladies, dont certaines chroniques. 

La peau maintient un équilibre délicat entre les microbes commensaux qui l’habitent, tout en repoussant les envahisseurs potentiellement dangereux. Elle a ses propres mécanismes de défense. Et le microbiote cutané l’aide. Déjà, il occupe le terrain et consomme les nutriments disponibles. Premier arrivé, premier servi. Ensuite, il modifie ce terrain : Propionibacterium acnes, en hydrolysant le sébum, acidifie la peau. Si ça ne suffit pas, le microbiote cutané produit, par exemple, des bactériocines ou des peptides antimicrobiens qui peuvent être fatals aux envahisseurs. Enfin, plus subtil, il participe au déclenchement, chez l’hôte, de réactions de défense (immunité, voir chapitre 8). 

Le microbiote cutané s’illustre aussi dans des domaines autres que la protection contre les pathogènes. Par exemple, Propionibacterium acnes produit la protéine antioxydante RoxP qui limite le stress oxydatif, lequel est responsable de nombreuses maladies inflammatoires, et parfois de cancers cutanés. 

Le microbiote cutané de Louise ne se fait pas uniquement transporter et nourrir par elle. Il lui rend de multiples services. D’ailleurs, son appellation de « flore résidente commensale » ne reflète pas l’actualité de nos connaissances : commensal vient de cum (avec) mensa (table) et signifie « qui est avec, à table ». Une relation commensale indique donc une relation qui profite à l’invité - ici le microbiote cutané -, tandis qu’elle est neutre pour l’hôte - vous et moi. Or la relation microbiote/homme est très positive pour l’hôte. On devrait donc parler ici de mutualisme, voire de symbiose (qui implique une relation nécessaire), et renommer le microbiote cutané « flore résidente symbiotique ». 

En attendant, quel que soit son nom, Louise doit choyer son microbiote pour préserver sa peau. Voici cinq conseils pour le visage : commencer le matin par une lotion non agressive, sans alcool, pour garder le microbiote régénéré de la nuit ; le soir, nettoyer les impuretés (traces de maquillage, poussières, squames de peau morte) sans produit agressif ; utiliser uniquement de l’eau tiède (30-35 °C), car la chaleur détruirait le microbiote ; choisir des produits avec le minimum de conservateurs, ceux-ci tuant les micro- biotes ; supprimer les produits trop alcalins, la peau a un pH de 5 que le microbiote cutané aime.  L’industrie cosmétique commence à percevoir l’importance de ce microbiote. Des eaux thermales cosmétiques contiennent naturellement la bactérie Vitreoscilla filiformis, qui participe à leurs propriétés. Certains soins ou lotions sont enrichis en composés favorisant le développement du microbiote (comme le sucre mannose), voire en bactéries (Lactobacillus, Vitreoscilla filiformis).  

 

Quand l’équilibre microbien est perturbé

Louise termine sa douche et se sèche. En tant qu’adolescente, elle a la chance de n’avoir que quelques légers boutons sur le front, masqués par une mèche judicieusement arrangée. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Au moment où les hormones s’affolent, la production de sébum augmente et le microbiote varie. De l’acné peut apparaître. 

Une des bactéries responsables de l’acné est Propionibacterium acnes. La même que celle qui nous rend des services ? Non, pas tout à fait. Des souches pathologiques s’implantent chez les sujets acnéiques. De plus, les lésions d’acné peuvent aussi contenir des Staphylococcus epidermidis et des Corynebacterium, alors pathogènes. C’est ennuyeux : les biofilms pluriespèces sont plus difficiles à éradiquer que ceux monoespèces. Heureusement, de nouvelles pistes de traitement sont prometteuses. L’ingestion de probiotiques, notamment, donne des effets bénéfiques sur l’acné. Le microbiote cutané est impliqué dans l’acné. Il semblerait donc que le microbiote intestinal le soit aussi. 

Le déséquilibre du microbiote cutané peut aller dans le sens de l’augmentation de la diversité microbienne (cas de l’acné), ou au contraire d’une perte de cette diversité. Par exemple, dans la dermatite atopique (un type d’eczéma), Staphylococcus aureus devient dominant, et l’application d’une crème « à Vitreoscilla filiformis » a un effet positif sur cette maladie. On connaît l’expression «soigner le mal par le mal». Ici on pourrait dire « soigner le microbiote par le microbiote ». 

 

Une « aura » microbienne 

Louise se sèche les cheveux, saute dans son jean et son tee-shirt préféré. Elle se lave les dents. Une légère crème. Un peu de mascara. Un pschitt de parfum. La star est prête. 

On l’aura compris : pour choyer son microbiote cutané, crème et fond de teint sont à utiliser avec modération. Du mascara ? C’est possible. Mais le sien. Les acariens des cils se régalent de résidus de peau et de sébum dans ou à proximité des follicules pileux ; ils peuvent se transférer au mascara, tout comme les autres microbes présents. D’ailleurs, dans la salle de bains, peu de choses s’échangent : ni la serviette, ni la brosse à dents, ni le gant de toilette (que l’on évite), ni le baume ou le rouge à lèvres, ni le mascara... On se doit d’être égoïste et de garder son microbiote. Précautions supplémentaires : on jette le rouge à lèvres en cas d’herpès, et le mascara en cas de conjonctivite. 

À noter : les produits cosmétiques affichent une date de péremption s’ils se conservent jusqu’à trente mois, ou une période après ouverture (indiquée par un nombre de mois à côté d’un pot ouvert) pour les autres. Passé cette date ou cette période, les produits ne sont plus garantis.