Les circuits courts rapprochent les producteurs des consommateurs. dossier grand public. © Inra, Christian Slagmulder

Les circuits courts rapprochent les producteurs des consommateurs

Les circuits courts, des innovations favorables au développement de marchés agroécologiques

Yuna Chiffoleau est chargée de recherche en sociologie au sein du département scientifique Sciences pour l’action et le développement (Sad) de l’Inra. Spécialiste des circuits courts alimentaires, elle étudie leur diversité et leurs impacts, des producteurs aux consommateurs.

Par Philippe Fontaine
Mis à jour le 21/12/2016
Publié le 29/11/2016

Yuna Chiffoleau, est chargée de recherche en sociologie au département Sciences pour l’action et le développement de l’Inra, depuis 2001. © Jean-Pierre Divet
© Jean-Pierre Divet

L’Inra porte une attention croissante aux circuits courts. Mais à quand remontent les premiers travaux sur ce sujet ?

Yuna Chiffoleau : Dans les années 90, le département SAE2 (Sciences sociales, agriculture & alimentation, espace & environnement) observe que des exploitations agricoles  diversifient leurs sources de revenu à travers la vente directe. Les chercheurs commencent plus largement à étudier dans quelle mesure ce mode de distribution peut contribuer au développement territorial.

Mais c’est au début des années 2000 que les travaux se précisent ?

Y. C. : Oui. Claire Lamine, du Sad, travaille sur les systèmes alimentaires alternatifs, et notamment les AMAP. Elle constate que ces nouveaux modes de distribution attirent des consommateurs soucieux de défendre une autre agriculture. D’abord, pour préserver leur santé (la crise de la vache folle a laissé des traces), mais aussi par contestation du fonctionnement des filières longues, jugées opaques.

Et tout s’accélère en 2005 ?

Y. C. : Quatre ans après mon arrivée à l’Inra, je suis sollicitée par des CIVAM (Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural) pour voir dans quelle mesure les circuits courts contribuent à lutter contre la fragilisation du milieu agricole. Nos premières recherches montrent qu’effectivement, ces circuits peuvent permettre de constituer un revenu régulier, mais aussi de retrouver une certaine dignité. Mais il apparaît qu’un accompagnement est nécessaire pour mettre en place ces nouveaux modes de distribution. Et surtout, nous constatons que les circuits courts sont très divers.

D’où l’intérêt d’identifier les formes de circuits courts et leur fonctionnement ?

Y. C. : C’était indispensable. En partant des travaux sur les formes militantes, en intégrant les formes anciennes de vente directe, tels que les marchés de plein vent, et en ajoutant les nouveaux modes de distribution, comme la vente sur Internet, nous avons établi en 2007, une première typologie comprenant une vingtaine de formes différentes de circuits courts. Nous avons ensuite analysé le fonctionnement de chacune d’elles, puis nous avons cherché à les décrire et à évaluer leurs impacts, au niveau des producteurs pour commencer.

Le projet PSDR Coxinel, porté notamment par l’unité Innovation, s’inscrit dans cette démarche ?

Y. C. : Complètement. Ce projet, mené de 2008 à 2011, nous a permis de décrire et évaluer les innovations techniques et organisationnelles  mises en œuvre dans les différentes formes de circuits courts, mais aussi d’identifier les initiatives plus sociales, par exemple l’approvisionnement local de l’aide alimentaire.

2009 marque une date importante pour les circuits courts ?

Y. C. : Michel Barnier, alors ministre de l’agriculture, constitue un groupe de travail, auquel je suis associée, qui regroupe toutes les structures impliquées dans ces circuits, depuis les producteurs jusqu’aux consommateurs, en passant par les organisations agricoles et les collectivités locales. Avec un double objectif : proposer une définition des circuits courts et construire un plan d’action pour soutenir leur développement. Après quoi, le ministère a confié à l’Inra la réalisation d’une étude nationale visant à produire des références sur ces circuits.

Avec désormais des fonds alloués par l’état pour la recherche sur les circuits courts ?

Y. C. : Les agriculteurs paient une taxe destinée au financement du fonds CASDAR dédié à la recherche et développement sur l’agriculture : une partie de ce fonds, à partir de 2009, a été consacrée spécifiquement à la recherche sur les circuits courts. Ceci  a permis de financer jusqu’à présent huit projets, et de de faire progresser les connaissances sur des domaines aussi divers que les relations entre producteurs et artisans, le comportement des consommateurs ou bien encore le lien avec les territoires. Ces projets ont aidé à intégrer différentes disciplines présentes à l’Inra et même si le SAD reste le département le plus mobilisé, la participation des autres départements est croissante.

Le développement des circuits courts s’est nettement accéléré ces trois dernières années. Comment l’Inra accompagne aujourd’hui cette évolution ?

Y. C. : Un sociologue vient d’être recruté au Sad pour étudier, en collaboration avec des chercheurs du département Alimentation humaine de l’Inra, la façon dont les circuits courts peuvent inciter les consommateurs non militants à modifier leur alimentation pour plus de durabilité. Avec le département SAE2, nous étudions en quoi les circuits courts forment des innovations favorables au développement de marchés agroécologiques, en lien avec la FAO. Par ailleurs, je co-anime depuis l’an dernier le RMT Alimentation locale (Réseau mixte technologique) qui cherche à fédérer les acteurs impliqués dans le développement de ces circuits. Dans ce cadre, nous initions des travaux avec le département CEPIA (transformation alimentaire) pour étudier en quoi les circuits courts entrainent aussi de nouvelles façons de transformer les produits, potentiellement plus durables. Ceci nous amènera à faire le lien entre circuits courts et gaspillage mais aussi à préciser les enjeux sanitaires. Dans un contexte où les acteurs des villes sont aujourd’hui très volontaires pour développer ces circuits, on a plus que jamais besoin d’approches transversales.
 

À propos de

Le réseau mixte technologique « Alimentation Locale – Chaînes alimentaires courtes de proximité »

L’objectif de ce réseau est de fédérer l’ensemble des acteurs impliqués dans le développement des circuits rapprochant producteurs et consommateurs à l’échelle d’une même région, avec un nombre d’intermédiaires limité. Il est co-animé par l'Inra et les Civam (Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural). > En savoir plus