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Cet ouvrage fait suite au séminaire annuel 2018 de l’Association française de pastoralisme sur le fonctionnement des systèmes agropastoraux en termes de résultats économiques et d’utilisation des milieux.

L’économie agropastorale revisitée

Cet ouvrage fait suite au séminaire annuel 2018 de l’Association française de pastoralisme sur le fonctionnement des systèmes agropastoraux en termes de résultats économiques et d’utilisation des milieux.

Mis à jour le 19/09/2019
Publié le 18/09/2019

Depuis les années 1950, l’évolution des techniques, des prix, des marchés, des politiques agricoles, contribuent à un accroissement rapide de la productivité physique du travail. Une forte diminution du nombre d’emplois agricoles, la spécialisation, l’agrandissement des exploitations et des troupeaux, ont contribué à renforcer la sous-utilisation des espaces de parcours (pelouses, landes, garrigues, bois...) et contribué à la fermeture des paysages. Toutefois, des pratiques agropastorales économes permettent d’accroître la création de valeur ajoutée tout en contribuant à l’entretien des écosystèmes. Un bénéfice renforcé lorsque ces pratiques sont combinées avec une valorisation plus poussée des produits : signes officiels de qualité, transformation et commercialisation en circuits courts.

Quelles sont les capacités de ces systèmes en termes de création de richesses et d’emplois, de dépendance aux soutiens publics, de robustesse face aux aléas (climatique, prix…) ? Quel est leur impact sur les écosystèmes et le paysage ? Quelles seraient alors les conditions à réunir pour favoriser leur développement (politique agricole, marchés...) ? 

 

Cet ouvrage collectif est placé sous la direction scientifique de : Nadège Garambois, enseignante-chercheuse à AgroParisTech – UFR Agriculture comparée/UMR Prodig. Claire Aubron, enseignante-chercheuse à Montpellier SupAgro – UMR Selmet. Marie-Odile Nozières-Petit, ingénieure de recherche à l’Inra – UMR Selmet 

L’économie agropastorale revisitée

Entre productions réelles et services rendus à la collectivité, à quel niveau économique se situent les systèmes agropastoraux ? 

Editions Cardère - Collection Séminaires AFP, 136 pages, illustré NB, septembre 2019 - 20 euros

EXTRAITS

Les éleveurs présents témoignent des raisons qui les ont conduits à développer des systèmes reposant plus largement sur le pastoralisme et à s’inscrire dans une recherche d’économie et d’autonomie. 

« L’idée est de ne rien gaspiller et de se donner de la liberté en investissant le minimum pour ne pas tomber dans le piège de la production, courir vers des investissements qui nous poussent à toujours produire plus... » (Théophile) 

« J’ai repris une ferme laitière dont l’alimentation du troupeau était basée sur les concentrés et le foin et qui utilisait 25 % de sa surface. Je suis sur une ferme de reconquête pastorale et un système basé sur l’herbe et la transhumance estivale. » (Renaud) 

« J’ai envie de montrer qu’on peut vivre de ce métier d’éleveur en réduisant les charges au maximum et en essayant d’optimiser et valoriser la production. C’est aussi réduire la consommation d’énergie et préserver environnement. » (Jean-Michel) 

« C’est un challenge de faire de la viande sans céréales. » (Jean-Marie) 

Pour Paul, la combinaison de ses activités de vigneron et d’éleveur de brebis lui permet de valoriser la complémentarité entre la viticulture et l’élevage, en faisant pâturer par les brebis les adventices au pied de ses vignes et en disposant ainsi d’une ressource fourragère supplémentaire au pâturage. 

Cette volonté de favoriser le développement d’une agriculture plus durable et les options techniques choisies à cette fin par ces éleveurs relèvent bien d’une réflexion économique, mais pas seulement. C’est ce qu’exprime Jean-Marie : 

« La part écologique sur ma ferme est très importante. Si on a fait ce choix d’élevage, ce n’est pas que pour des rai- sons économiques, c’est aussi lié à l’environnement, le bien-être animal... Sortir des agneaux, les voir évoluer dehors, s’alimenter avec de l’herbe, téter leurs mères, grandir, courir, sauter... je veux dire à la garde c’est super quand on voit 80-90 agneaux qui courent dans les prés. C’est plus agréable que de les voir en bergerie. Je pense que la question du bien-être animal est hyperimportante, d’autant plus aujourd’hui avec tous les problèmes qu’on voit dans les médias. Il y a cette partie, il y a la partie environnement, et aussi économique. Mais pas que. » 

Les résultats économiques révélés par l’étude (cf. Aubron et al. et Garambois et al. p. 19 et 43) posent question : s’ils sont si bons que cela, pourquoi un plus grand nombre d’éleveurs ne se lancent-ils pas dans cette démarche ? Faire le choix de ce type de système n’est parfois pas si simple ? 

Jean-Michel souligne plusieurs éléments qui peuvent expliquer la difficulté à développer ce type de systèmes : 

« 1) Aujourd’hui les aides PAC n’encouragent pas du tout à aller vers des systèmes comme les nôtres. De mon côté, j’ai perdu des terrains primables car considérés comme indésirables alors que même avec des vaches, c’est là que je sors le plus de biomasse à l’hectare. 2) Je suis fils d’éleveur, je sais de quoi je parle : le mimétisme. Faire comme papa ou comme les voisins car si on sort du rang, on se fait montrer du doigt. C’est quelque chose que nous voyons, les col- lègues et moi, au quotidien. Nous sommes pris pour des extraterrestres ou des gens qui sortent de l’ordinaire. 3) Le lobbying, tout ce qu’il y a autour de l’élevage et de l’agriculture. En étant en système économe, on ne fait pas plaisir à tous ces vendeurs d’intrants, de tracteurs, et même à certaines banques parce que nous n’avons pas besoin d’investir des millions et de nous endetter jusqu’à la fin de nos jours, quitte à devenir riche quand on meurt. » 

Théophile témoigne également de la difficulté à changer de référentiel quant à la performance de son système : 

« Moins je produis, plus je gagne de l’argent ! Mais chaque année, quand je vois que je fais moins de lait, c’est difficile à accepter et mon orgueil est blessé. » 

(...) Le facteur travail est questionné : charge de travail est-elle plus lourde en système économe et autonome et, le cas échéant, est-elle un frein à son plus large développement ?  « Le travail n’est pas du tout le même. Aujourd’hui, il y a plus de personnes qui préfèrent passer 12 heures dans un tracteur que 12 heures derrière des brebis qui courent ou d’aller sous la pluie faire une clôture. C’est une affinité. On est plus soumis au rythme de nos animaux que ceux qui ont des mélangeuses et des récolteuses. Mais ce n’est pas le même travail. On s’interdit au maximum d’ouvrir une botte de foin, on se met des limites pour utiliser tout ce qui est là. Je ne crois pas qu’on travaille plus que celui qui doit payer son tracteur de 200 chevaux. Je crois même l’inverse. » (Théophile) 

Néanmoins, Renaud souligne que la mise en place du système demande de l’énergie et du temps : 

« Nous devons remettre de la résilience dans nos systèmes. Ça peut être très fragile au départ. Mais dès que la résilience est atteinte, on arrive à surfer sur les vagues, on retrouve un système qui dominait il y a 50 ans, et quoiqu’il arrive on survit ! » 

Pour Jean-Marie, cette question du métier est à mettre en lien avec la formation agricole : 

« En formation, apprend-on à garder un troupeau ? Est-ce qu’on parle de chiens ? En formation agricole, on parle de rations, de savoir-faire de l’ensilage des céréales, du foin... on apprend à apporter l’aliment aux animaux et pas l’inverse. » 

Et si le travail peut parfois paraître intense, il y a aussi des périodes de creux. Pour certains des éleveurs présents, il s’agit de l’été : 

« Notre période de creux dans la disponibilité des ressources alimentaires pour le troupeau est en été, donc on la gère en transhumant dans les Cévennes, explique Paul. Pendant la transhumance, l’éleveur est soulagé du troupeau. » 

Cela est possible grâce à une organisation collective : 

« Les éleveurs montent chacun à leur tour en estive, le groupement pastoral emploie un berger. C’est une cou- pure très saine pour les éleveurs et leurs contraintes. »