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Vivre et travailler avec les chevaux, une histoire de liens en devenir

Hier, serviteur docile, aujourd’hui, compagnon de nos loisirs, le cheval est depuis longtemps lié à l’homme. Des liens que Vanina Deneux, doctorante Inra, analyse au prisme des sciences humaines et sociales, investissant plus particulièrement la notion de travail. Au gré de ses questions/réponses, elle décrit des relations qui se sont continuellement ajustées aux époques et qui doivent désormais composer avec de nombreux enjeux – éthiques, socio-économiques… pour perdurer.

Un éleveur de taureaux camarguais, champion des “courses à la cocarde”, vient saluer ses chevaux.,. © Inra, MEURET Michel
Par Catherine Foucaud
Mis à jour le 15/05/2019
Publié le 30/04/2019
Mots-clés : CHEVAL - société - travail

Qu’il s’agisse des peintures rupestres de la grotte Chauvet ou de notre quotidien, le cheval est depuis longtemps présent dans nos sociétés, du fait notamment de sa capacité à répondre aux besoins des hommes. Aujourd’hui, ces liens ne semblent plus si évidents. Dans le prolongement du Salon international de l’agriculture et de la rencontre « Cheval, agriculture et Société » organisée par l’Inra et l’Institut français du cheval et de l’équitation, Vanina Deneux, doctorante en sociologie au sein de l’unité Innovation (Inra, Montpellier SupAgro, Cirad), s’est prêté au jeu des questions/réponses, analysant les conditions de vie et de travail des chevaux tout en interrogeant la pérennité des liens qui nous unissent à eux.

Quel regard historique portez-vous sur les liens plurimillénaires que le cheval et l’homme entretiennent ?

C’est une longue histoire qui lie le cheval et l’homme.

Très loin, au plus profond du secret de notre âme, un cheval caracole*

Domestiqué quelque 6 000 ans avant notre ère, le cheval est depuis omniprésent, tant dans notre quotidien que dans notre imaginaire. S’il a été l’animal du pouvoir aristocratique, il fut aussi le compagnon de la paysannerie.

Cheval de guerre, il fut d’abord utilisé pour tracter les chars des archers égyptiens. La cavalerie, plus tardive, dut composer progressivement avec la montée en puissance des fusils et l’apparition des mitrailleuses. Durant la Première Guerre mondiale, les chevaux seront employés essentiellement pour le transport des hommes et des canons. Au combat, les tanks les ont remplacés.

En s’imposant peu à peu comme moyen de transport des personnes et des marchandises, le cheval imprimera sa marque dans les territoires. La largeur des rues, le réseau routier ou les relais de poste sont quelques témoins architecturaux de ces relations. Dès le XVIIIe siècle, il supplante le bœuf pour cultiver les terres d’Europe ou tire les péniches qui transportent marchandises et voyageurs le long des canaux.

Au cours du XXe siècle, l'arrivée des transports motorisés et du tracteur agricole sonnent le glas de la traction hippomobile dans la plupart des pays développés. Le cavalier de loisirs et de sport remplace le soldat, l’agriculteur, le transporteur et autres. La plus belle conquête de l’homme devient sportif, artiste, vedette de cirque, de spectacle équestre ou encore de cinéma. 

Quelle analyse faites-vous des conditions de vie et de travail des chevaux et des humains en regard de ces liens ?

Longtemps, l’homme a vécu au rythme du cheval et inversement.

Basé sur l'utilisation de la force musculaire de l'animal au service des besoins humains, les liens de travail entre le cheval et l'homme ont largement contribué à l'évolution de la société.

Le cheval est historiquement un animal de travail. Dans les mines, il tire les wagonnets de charbon, travaillant dans les mêmes conditions difficiles que les ouvriers. La Ligue française pour la protection du cheval voit le jour en 1850. Cette année-là est votée la loi dite Grammont qui punit ceux qui auront exercé en public des mauvais traitements envers les animaux domestiques.

Depuis quelques années, le cheval fait profession : recrutement, formation ou retraite ; sa carrière s’écrit comme se déroule celle de l’homme. Un parallèle d'autant plus prégnant qu’autrefois parce que nos professions sont plus marquées, avec des temps de travail plus divisés et des gestions de carrière différentes. Les représentations sociétales du travail se transforment également. Le travail est aujourd’hui perçu comme un mal nécessaire afin d’obtenir les moyens financiers de s’accomplir ailleurs alors que c’est aussi un vivre ensemble qui participe à notre construction identitaire individuelle et collective. La place des animaux dans la société devient aussi obsolète.

Toute cette évolution questionne d’une part, la valeur du travail et le sens que nous lui donnons et d’autre part, notre rapport à l’animal. Si celui-ci s’investit dans les tâches que nous lui proposons, cela n’a rien de naturel. Cet investissement se nourrit d’apprentissage, de communication, de familiarité… soulignant l’importance du lien affectif, nécessaire aux animaux, contrairement aux humains, pour s’engager dans le travail.

Comment notre relation au cheval se reconfigure-t-elle actuellement dans une société en pleine évolution ?

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’exode rural et la mécanisation ont profondément remis en cause le lien entre humains et chevaux et ce lien ne semble plus si évident.

Dans les années 60-70, avec l’élargissement de la classe moyenne, l’importance donnée aux loisirs et à la place du sport dans l’éducation de l’enfant, le cheval a investi le secteur tertiaire et la sphère des loisirs et du sport. Il est sorti de la ville pour être cantonné en périphérie où se sont développés les centres équestres. Devenus tous deux sédentaires, hommes et chevaux en subissent les mêmes conséquences - troubles locomoteurs, obésité, maladies métaboliques, sur fond de question de santé publique et de bien-être animal.

Le cheval est un bon maître, non seulement pour le corps, mais aussi pour l’esprit et le cœur**

Véritable catalyseur social, le cheval a récemment investi le domaine du soin donné à autrui. Depuis une dizaine d’années, l’équithérapie connaît un réel essor, les métiers de la médiation ou de l’équicoaching suscitent un réel engouement.

La relation avec le cheval se fait majoritairement à pied, donnant l’impression d’une moindre contrainte pour l’animal. Les savoir-être du cheval doivent compléter là ses savoir-faire tandis qu’il lui est demandé d’ajuster en permanence son attitude à celles des personnes dont il a la charge. Une posture qui n’est pas là encore sans interroger les conditions de travail du cheval et notre rapport à l’animal.

Aujourd’hui, dans une société en pleine mutation, les relations de vie et de travail entre le cheval et l’homme oscillent entre exclusion et attachement tandis que les métiers du cheval innovent et évoluent. De nos choix personnels, politiques et sociétaux dépendront les liens que nous entretiendrons demain avec les chevaux et plus largement des animaux domestiques.

*HH Lawrence, ** Xenophon

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Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Montpellier

En savoir plus

Deneux V. Les reconfigurations des métiers du cheval. In : Quoi de neuf en matière de recherche équine ? Le Pin au Haras : IFCE, FR (Eds). 44ème Journée de la Recherche Equine (Paris, 2018). p. 59-68.
Deneux V. Pourra-t-on encore vivre et travailler avec les chevaux demain ? 3ème Journée des doctorants de la filière équine (Paris, 2018), Le Pin au Haras : IFCE, FR (Eds).
Deneux V. Oter les œillères : la santé et le bien-être des équidés européens en 2015. Conclusions et incidences. Equ'Idée n°6, juin 2016.

La thèse de V. Deneux bénéficie d'un financement Inra/IFCE/lFonds Eperon.