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Dossier sur Influenza, la grippe aviaire: qu'est-ce que c'est, épidémiologie, élevages.... © Inra

Éclairages sur la saison des grippes

La virologie dans le sang

Qui pourrait « adorer » le virus de la grippe ? Charlotte Foret-Lucas, contaminée par la fascination pour un virus « mystérieux, changeant, sur lequel on ne saura jamais tout ». Depuis 2013, la jeune femme est technicienne de recherche spécialisée en virologie à l’unité de recherche Interactions hôtes-agents pathogènes (IHAP) rattachée au département de Santé animale de l’Inra. Elle est également responsable adjointe du laboratoire de niveau 3 de l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT).

Par Emmanuelle Manck
Mis à jour le 22/02/2018
Publié le 22/02/2018

Au sein de l’unité IHAP (1), Charlotte Foret-Lucas se consacre à la spécialité à laquelle elle se sait destinée depuis plus de dix ans : la virologie. « La façon dont les virus réussissent à manipuler leur hôte est incroyablement intéressante à observer : ils détournent toute une machinerie à leur service, tout en préservant l’organisme dont ils ont besoin pour assurer leur survie et leur développement. Les virus possèdent indubitablement une forme d’intelligence ». La technicienne effectue actuellement des manipulations permettant d’élucider les mécanismes du passage de la barrière de l’hôte d’un virus Influenza aviaire du poulet à l’homme. « Pour cela, j’étudie l’interaction d’une protéine du virus avec les protéines des cellules de poulet par des techniques d’immunoprécipitation, c’est-à-dire d’extraction par un anticorps », explique Charlotte Foret-Lucas.

Les virus possèdent une forme d’intelligence

Le métier de technicien de recherche en virologie suppose de maîtriser des méthodes de manipulation classiques comme l’amplification en chaîne par polymérase (PCR), mais aussi d’en développer de nouvelles. Lors de l’épidémie du virus Influenza A hautement pathogène H5N8 chez les canards dans le sud-ouest de la France en 2017, Charlotte Foret-Lucas a ainsi fait évoluer le prélèvement pour le diagnostic qui habituellement, s’effectue par écouvillonnage sur les animaux. « Ayant constaté que le virus était présent dans des tissus situés à la base de la plume, j’ai mis au point la technique permettant d’en extraire du virus ».

Du diagnostic à la recherche

Dès son BTS de biotechnologie et sa licence de génomique en 2007, Charlotte Foret-Lucas a voulu percer les secrets des organismes pathogènes, « invisibles, impalpables, et pourtant si ravageurs ». En travaillant à la sortie de ses études chez Serial Genetics puis à l’Institut de recherche Servier, elle a « appris les fondements des techniques de biologie moléculaire et mis au point une méthode de PCR quantitative en temps réel aujourd’hui utilisée en routine ». Au Centre national de référence des arbovirus de l’Institut Pasteur qu’elle a ensuite intégré, elle a « fait (s)es premiers pas en virologie de niveau 3, qui implique de travailler dans des laboratoires confinés et contrôlés sur des virus qui provoquent des maladies graves et pour lesquelles les traitements ou les vaccins manquent ». Elle s’est notamment occupée des analyses pour la surveillance et le diagnostic d’infection par arbovirus (chikungunya, dengue, virus du Nil occidental…) en France et a mis au point des anticorps et antigènes spécifiques aux nombreux virus de cette famille.

À partir de 2010, en tant qu’assistant ingénieur contractuelle à l’Inserm de Toulouse, elle a étudié l’influence du Bornavirus sur des neurones corticaux des rongeurs. Elle a également produit des protéines issues du virus avec lesquelles elle a immunisé des souris afin de produire des anticorps. « C’était une expérience très enrichissante : j’ai pu lancer de nombreuses techniques et procédures dans une jeune équipe et leur laisser des outils toujours utilisés depuis mon départ ». Embauchée en 2013 par l’Inra, elle a d’abord pris la responsabilité technique de la technologie de PCR quantitative à haut débit disponible sur la plateforme de génomique GET Plage de l’Inra de Toulouse. Dans le cadre d’une étude de l’infection de bovins par des agents pathogènes tels que le virus respiratoire Syncytial, elle a ainsi contribué à « mieux comprendre l’expression des gènes de l’immunité innée des animaux face à ces pathogènes». Elle a ensuite été chargée de mettre en place, gérer et faire vivre un nouveau laboratoire de niveau 3 à l’ENVT destiné à la manipulation de virus hautement pathogènes, notamment Influenza aviaires. Charlotte Foret-Lucas a « pris les choses en main » : elle a vérifié les infrastructures et s’est formée au management de ce type de laboratoire. Aujourd’hui, elle écrit et suit les procédures, forme les utilisateurs, gère les commandes et les stocks et fait le lien avec les prestataires d’entretien « Cela fait maintenant plus d’une année qu’il tourne en routine », conclut-elle non sans une certaine fierté.

(1) Unité mixte de recherche Interactions hôtes-agents pathogènes (Inra-INPT/ENVT), centre Inra Occitanie-Toulouse

Mini-CV

  • 31 ans, mariée, 1 enfant
  • Depuis 2015 : Formation en vue du diplôme de l’École des hautes études pratiques (EPHE) SVT - Virologie
  • 2015 : Formation Inra / ANSM de Toulouse : Management d’un laboratoire BSL3
  • Depuis 2013 : Technicienne de recherche à l’unité mixte de recherche Interactions hôtes-agents pathogènes (Inra-INPT/ENVT), centre Inra Occitanie-Toulouse
  • 2010 - 2013 : Assistant ingénieur au Centre de physiopathologie de Toulouse-Purpan de l’Inserm, équipe Physiopathologie des infections virales persistantes du système nerveux central
  • 2009-2010 : Technicienne supérieure à l’Institut Pasteur de Paris, Centre national de référence des arbovirus
  • 2004 - 2007 BTS de biotechnologie et licence professionnelle de génomique à l’École nationale de chimie, physique et biologie (ENCPB) de Paris.