• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer
Effet de la sécheresse sur des reboisements d'eucalyptus. © ETIENNE Michel

La forêt face au réchauffement climatique

La diversité comme moyen d’adaptation et de résistance

L’extrême diversité génétique des arbres est l’assurance de leur survie. Encore faut-il comprendre comment et dans quelle mesure la diversité génétique leur permettra de s’adapter, pour sélectionner les bonnes espèces résistantes de demain.

Mis à jour le 14/02/2013
Publié le 16/10/2010

Les scientifiques cherchent à comprendre comment et dans quelle mesure la diversité génétique permettra une adaptation à des évolutions aussi rapides.. © © INRA / Gérard PAILLARD, PAILLARD Gérard
Les scientifiques cherchent à comprendre comment et dans quelle mesure la diversité génétique permettra une adaptation à des évolutions aussi rapides. © © INRA / Gérard PAILLARD, PAILLARD Gérard
Une diversité génétique étonnante

Les arbres forestiers renferment une diversité génétique hors norme. Elle serait environ trois fois supérieure à celle des êtres humains. Pour des espèces amenées à vivre aussi longtemps, ce trésor constitue la meilleure assurance pour s’adapter aux changements environnementaux. Les scientifiques cherchent à comprendre comment et dans quelle mesure la diversité génétique permettra une adaptation à des évolutions aussi rapides. Là aussi, le but est de fournir des réponses aux sylviculteurs en leur indiquant éventuellement quelles espèces et quelles provenances introduire, mais aussi quelles pratiques permettent à la fois de préserver et d’utiliser au mieux cette diversité. La tâche semble déjà ardue mais elle ne s’arrête pas là. L’arbre ne vit pas isolé mais en étroite interaction avec d’autres organismes vivants comme les insectes ravageurs ou les champignons symbiotiques. Afin de déterminer l’évolution possible d’un écosystème forestier, il faudra déterminer pour chaque espèce quels gènes sont susceptibles de procurer un avantage adaptatif et estimer leur diversité dans les populations actuelles.

La génomique des populations

Devant ce travail de titan, 25 laboratoires provenant de 15 pays européens se sont mobilisés entre 2006 et 2010, dans le cadre d’un réseau d’excellence baptisé Evoltree. Coordonné par l’Inra de Bordeaux, celui-ci a permis de jeter les bases d’une nouvelle science à la frontière de la génétique, de la génomique, de l’écologie et de l’évolution : la génomique des populations. Pour ce faire, sept sites d’études intensives, dont trois en France métropolitaine1 ont été mis en place afin d’étudier la dynamique de la diversité en fonction des processus locaux et des flux de gènes à longue distance. Les bases de données émanant de ces divers sites seront mises en réseaux à l’intérieur d’un « laboratoire sans mur ». Enfin, les ADN d’arbres provenant de toute l’Europe sont conservés à Vienne dans un centre de ressources génétiques unique au monde.

Les effets de l’introduction d’îlots de feuillus

Si la diversité génétique à l’intérieur d’une espèce est très importante pour l’adaptation, le rôle fonctionnel de la diversité des espèces dans l’écosystème l’est tout autant. Les chercheurs de l’Inra l’ont illustré en étudiant les effets de l’introduction d’îlots de feuillus au milieu d’un peuplement pur de pin maritime. La présence de feuillus permet de faire chuter le niveau d’infestation des pins par leurs pires ennemis : la pyrale du tronc et la processionnaire du pin. Plusieurs phénomènes essentiels entrent en jeu. Tout d’abord, les insectes utilisent souvent un système olfactif pour reconnaître leur arbre préféré. Ce signal peut être brouillé ou masqué par les essences introduites, ce qui réduit le nombre d’arbres-hôtes potentiellement détectés. Ensuite, les feuillus sont de vrais havres de paix pour les prédateurs de la pyrale et de la processionnaire. En leur offrant des proies alternatives, d’autres ressources alimentaires, des abris ou des sites de pontes, ces arbres les rendent encore plus redoutables pour les ravageurs.

Ces résultats plaident pour la promotion de la biodiversité des forêts mélangées. Encore faut-il en évaluer la productivité, ce qui appelle d’autres recherches. Il faut par exemple explorer les relations de compétition entre les différents types d’arbres pour l’accès à l’eau, aux minéraux ou à la lumière.

(1) Situés sur le Mont Ventoux, les Landes et les peupleraies naturelles des bords de Loire.