Abeille visitant une inflorescence de colza.. © inra, CARRE Serge

Abeilles, reines de la survie

Mortalité des colonies d’abeilles : les causes possibles

En une quinzaine d’années, la mortalité des colonies d’abeilles a atteint 30 %. Les fléaux s’attaquant aux abeilles ne manquent pas : maladies, parasites et prédateurs. S’y ajoutent les conséquences néfastes de l’intensification de l’agriculture : pesticides, réduction des cultures nectarifères et pollinifères.

Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 22/02/2013
Publié le 06/02/2013

Depuis plus de 15 ans, les colonies d’abeilles sont en proie à un mal étrange et peu compris des apiculteurs et des scientifiques, avec chaque année, des milliers de colonies qui disparaissent. Pour expliquer ce phénomène, observé principalement par les apiculteurs européens et américains, de nombreuses pistes sont avancées :

- l’appauvrissement de la diversité et de la qualité des ressources alimentaires (en lien avec les changements climatiques),
- l’intensification des monocultures et la modification des paysages,
- l’action d’agents pathogènes responsables de maladies comme la varroase, les loques et la nosémose (voir encadré),
- le stress chimique provoqué par l’exposition des abeilles aux produits phytosanitaires et vétérinaires ou encore certains prédateurs tels que le frelon à pattes jaunes.

Abeille butinant. © VIDAL Louis
Abeille butinant. © VIDAL Louis
Bien que de nombreuses données soient disponibles sur l’influence des stress nutritionnel, parasitaire et chimique sur la santé des abeilles, aucun d’entre eux n’a pu être isolé comme unique responsable du déclin des populations d’abeilles. Aujourd’hui, les spécialistes du domaine s’accordent pour orienter les recherches sur les effets combinés de plusieurs de ces facteurs. En 2010, des chercheurs de l’Inra d’Avignon ont étudié la relation entre alimentation et immunité des abeilles. Un affaiblissement du système immunitaire serait lié notamment à une alimentation appauvrie. Ainsi, la quantité et la diversité des ressources alimentaires – pollen - ont un impact direct sur la santé du pollinisateur. Ces travaux se poursuivent pour identifier quel mélange de pollen est optimal pour développer l’immunité des abeilles.

Les recherches sur les effets croisés entre maladies et contaminations chimiques sur la santé des abeilles ont également progressé. Publiée en 2011, une étude a montré que l’infection par un champignon (Nosema ceranae) entraînait une plus forte mortalité des abeilles lorsque celles-ci sont exposées à de faibles doses d’insecticides.

Les effets des pesticides sur les abeilles se précisent

Plus récemment en 2012, une équipe de recherche française multipartenariale a pour la première fois mis en évidence le rôle d’un insecticide dans le déclin des abeilles, non pas par toxicité directe mais en perturbant leur orientation et leur capacité à retrouver la ruche. Les chercheurs ont collé des micropuces RFID sur plus de 650 abeilles. Ils ont ainsi pu constater l’importance du non-retour à leur ruche des butineuses préalablement nourries en laboratoire avec une solution sucrée contenant de très faibles doses d’un insecticide, le thiaméthoxam. Ce produit est utilisé pour la protection des cultures (maïs, colza…) contre certains ravageurs, notamment par enrobage des semences. Une simulation basée sur ces résultats laissait penser que l’impact de l’insecticide sur les colonies pourrait être significatif. D’autres études de scientifiques britanniques ont confirmé les effets néfastes sur les abeilles. En tout état de cause, il entre dans la composition de certains pesticides que pourrait interdire l’Union européenne pour deux ans, à compter du 1er juillet 2013. Le gouvernement français en a déjà interdit l’utilisation sur les cultures de colza en juin 2012, à la suite d’un avis de l’Agence sanitaire pour l’alimentation et l’environnement (Anses), qui dénonçait l’impact néfaste sur les abeilles du thiaméthoxam.

Des pathogènes qui menacent les abeilles

Le Varroa, Varroa destructor. Cet acarien reste le principal ennemi des ruches. Il est présent toute l'année. Sans décimer la colonie, le varroa affaiblit les défenses des abeilles et les rend plus sensibles aux virus et bactéries.
La nosémose est une maladie transmise par Nosema ceranae, un champignon microscopique colonisant l’intestin des abeilles.
Ascophaera apis : ce champignon est responsable du couvain plâtré. Il  contamine les larves qu’il envahit de son mycélium. Les larves se dessèchent et prennent l’aspect de morceaux de craie.
Paenibacillus larvae est la bactérie responsable de la loque américaine, pathologie des abeilles la plus courante en France.

Les prédateurs des abeilles

Un certain nombre d’animaux sont des prédateurs naturels des abeilles dont ils se nourrissent : oiseaux, fourmis, rongeurs. De nouveaux prédateurs, plus ou moins invasifs,  à l’efficacité redoutable, apparaissent et se propagent :
Le parasite du couvain, Tropilaelaps clareae : Acarien parasite présent en Asie du Sud-Est et en Inde, non encore signalé en France, ni dans l'Union européenne.
Le petit coléoptère des ruches, Aethina tumida : nouveau prédateur en provenance d'Afrique déjà bien implanté en Amérique du Nord.
Le frelon asiatique à pattes jaunes, Vespa velutina nigrithorax : originaire d’Asie, détecté pour la première en France en 2004, il s’est répandu rapidement sur l’ensemble du territoire et a déjà infesté certains pays frontaliers. Grand prédateur d’abeilles domestiques qui constituent sa principale source de protéines, il a été déclaré fin 2012 « espèce exotique nuisible ».