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Commune de Peypin d'Argues (Vaucluse, 84). Feu expérimental par l'équipe de l'Ecologie des forets méditerranéennes d'Avignon. Progression de front de flamme latéral, et silhouettes d'agents ONF en arrière plan.. © Inra, SLAGMULDER Christian

Incendies de forêt : des recherches dans le feu de l’action

Par Patricia Léveillé - Éric Rigolot
Mis à jour le 04/02/2015
Publié le 02/08/2013

La météo pluvieuse de ce printemps a offert un répit à la forêt méditerranéenne française. Rien à voir avec l’été caniculaire de 2003 où les incendies avaient ravagé 62 000 hectares dans cette région. Selon les prévisions de changement climatique, ces conditions alors exceptionnelles - une sécheresse précoce, des températures record - pourraient se répéter et devenir plus intenses.

Deux autres facteurs aggravent la vulnérabilité des forêts du sud du pays face au risque incendie. D’une part, le recul des activités agricoles qui transforme les zones abandonnées en friches très sensibles au feu. D’un autre côté, l’urbanisation et le mitage multiplient les causes de départs de feu et le nombre de personnes à protéger prioritairement, souvent au détriment de l’environnement.

500 millions d’euros : c’est ce que coûtent les efforts en matière de prévention et de lutte sur une année moyenne (2/3 sont dédiés à la lutte). D’après un rapport interministériel* publié en 2010, ils devraient augmenter d’au moins 20 %, suite à l’extension prévue à la moitié nord du pays des territoires à risques d’incendie de forêts en 2040.

Située au 8e rang européen en termes de surfaces incendiées, la France est, par son savoir-faire et son dispositif national, un des pays les mieux à même de maîtriser l’aléa. Le nombre de feux a tendance à stagner, tandis que les surfaces brûlées sont en diminution. Mais, lorsqu’elle rencontre de grands feux au comportement exceptionnel, la lutte a ses limites malgré tous les moyens déployés. Il est donc impératif d’imaginer des méthodes complémentaires de prévention des incendies et de gestion des forêts exposées.

Du feu subi au feu domestiqué

Pour maîtriser le feu, il faut d’abord en comprendre le comportement. C’est ce à quoi travaille l’unité Écologie des forêts méditerranéennes de l’Inra d'Avignon. Les scientifiques y étudient les mécanismes de la propagation du feu et ses effets sur les écosystèmes méditerranéens pour prédire le risque incendie, mettre en place des mesures de prévention et restaurer les terrains incendiés.

Une série d'outils d'analyse de la propagation des feux à différentes échelles est issue des travaux de l’unité. Leur pierre angulaire, Firetec1, produit des résultats utilisés par des bureaux d’étude dans la réalisation de plans de prévention du risque incendie, déterminants pour l’aménagement du territoire et la réglementation de l'urbanisation.

Grâce aux recherches sur les effets du feu sur les écosystèmes, on connaît aujourd’hui parmi les espèces qui peuplent les forêts méditerranéennes celles qui sont les mieux armées pour survivre à l’assaut des flammes. Autant de pistes d’aide à la décision pour une gestion raisonnée des forêts, avant et après passage du feu.

Les scientifiques de l’Inra ont joué un rôle prépondérant dans l’intégration du brûlage dirigé dans le code forestier en 2001 et la réhabilitation du contre-feu (ou feu tactique). Car si le feu est destructeur, il peut aussi être employé efficacement contre les incendies : en prévention avec le brûlage dirigé et dans la lutte avec le contre feu. Ce paradoxe a donné son nom à un vaste projet européen, « Fire Paradox », co-animé par l’Inra d’Avignon, de 2006 à 2010.

* Changement climatique et extension des zones sensibles aux feux de forêts

(1) Co-développé avec le Los Alamos National Lab ("Earth and Environmental Sciences Division", Nouveau Mexique, États-Unis).

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Éric Rigolot, unité de recherche Écologie des forêts méditerranéennes (URFM).
Département(s) associé(s) :
Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Dispositif expérimental Désiré. © Inra, MAITRE Christophe
Dispositif expérimental Désiré © Inra, MAITRE Christophe

Recherches tout terrain

Les chercheurs avignonnais en Physique et écologie du feu s’appuient sur un  réseau expérimental en forêt. Ils ont étudié l’impact de la gestion sylvicole sur le comportement du feu sur le site atelier de Lamanon, représentatif de la forêt mélangée pin d’Alep / chêne-vert. Ils s’appuient également sur l’utilisation de divers outils, parmi lesquels la halle au feu des Vignères où ils ont mis au point le dispositif Désiré de suivi et comportement du feu.

Coopérations régionales et collaborations internationales

L’URFM est depuis longtemps impliquée dans des projets européens et internationaux et travaille en étroite collaboration avec le Los Alamos National Laboratory (USA) sur la modélisation du feu et les processus de propagation. Elle est à l’origine d’une plateforme de représentation et de gestion des scènes de végétation combustibles, le Fuel Manager, connectée à une base de données des combustibles européens, aujourd’hui mutualisée avec ses homologues espagnols, portugais, italiens, grecs, marocains… Dans le bassin méditerranéen, l’unité est un partenaire privilégié des gestionnaires forestiers, professionnels et organismes de recherche ou d’universités.

Quelques chiffres
  • Pins maritimes. © MARECHAL Joël
    Pins maritimes. © MARECHAL Joël
    En France métropolitaine, la superficie forestière est de 16 millions d’hectares, soit 30 % du territoire. La forêt méditerranéenne, quant à elle, couvre environ 4 millions d'hectares.
  • 2 000 départs de feu par an ; 13 000 ha de forêts incendiés (moyennes 2003-2012 pour la en région méditerranéenne).

Source :  http://www.promethee.com

  • 6 000 communes (32 départements) classées à risque de feu de forêt, soit une commune sur six. Les ¾ sont situés dans la moitié sud du pays. Les régions Corse, Paca, Languedoc-Roussillon et Aquitaine et les départements de la Drôme et de l’Ardèche sont les plus exposés.
  • 60 000 incendies par an en Europe, environ 130 000 hectares de surfaces brûlées, soit près du double des années 70
  • Les 5 pays les plus affectés par les feux de forêts sont le Portugal, l'Espagne, la France, l'Italie et la Grèce
  • 2003, année noire : 740 000 hectares détruits par le feu dont 417 000 hectares au Portugal, suivi par l’Espagne (131 000 ha), la France (73 000 ha) et l’Italie (59 000 ha).

Source : ministère de l’Écologie.