• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Une si grande histoire dans une si petite écaille

Suivi géographique, connaissance des histoires de vie à l’échelle d’un individu… Une écaille peut fournir un grand nombre d’éléments sur le parcours des poissons. Les chercheurs de l’Inra s’intéressent plus particulièrement aux poissons migrateurs, comme la truite ou le saumon. Embarquez au cœur de l’histoire de ces poissons qui voguent en rivière, comme en mer. 

Ecaille de poisson saumon actu, visuel pour l'article Une si grande histoire dans une si petite écaille.
Par Anaïs Bozino
Mis à jour le 17/09/2018
Publié le 17/09/2018

« Les écailles apportent énormément d’informations, c’est un outil assez magique qui permet d’étudier un cycle de vie dans sa globalité » introduit Clarisse Boulenger, chercheuse à l’Unité mixte de recherche Écologie et santé des écosystèmes. En effet, les chercheurs de l’Inra lisent les histoires de vie des poissons grâce à leurs écailles. « Âge, croissance, reproduction, espèce… Nous pouvons même déterminer combien de temps ils ont passé en rivière ou en mer. Une autre pièce calcaire, l’otolithe, permet d’être plus précis, et de savoir à quel endroit ils ont évolué (rivière ou mer) et à quel moment, ainsi que leur lieu de naissance, car chaque rivière a une composition chimique unique » complète la chercheuse. Les scientifiques peuvent également connaître, toujours grâce à l’otolithe, le temps passé dans l’estuaire, qui est une eau saumâtre : cela donne une idée du temps passé à s’adapter, à se transformer pour survivre dans la mer au cours de la migration, et ce, individu par individu, et non à l’échelle d’une population. L’ADN trouvé sur les écailles permet également de caractériser génétiquement les individus (assignation de parenté, sexage …) ou d’identifier différentes populations.

C'est un outil magique

De la rivière à la mer : le parcours d’une vie

La croissance des poissons est rythmée par le fil des saisons : en hiver, leur croissance ralentit, alors qu’elle s’accélère du printemps à l’automne. Sur une écaille, il est possible de le repérer grâce à l’espace entre les stries qui s’agrandit ou rétrécit en fonction de la période de l’année. En combinant les informations contenues dans les écailles avec les données de capture et de terrain, les chercheurs de l’Inra, qui collectent les écailles de poisson depuis les années 1970, ont repéré une nette évolution, notamment chez les saumons atlantiques. Quelle que soit la classe d’âge de cette espèce, les individus sont plus petits, et les reproducteurs passant plusieurs hivers en mer se font plus rares. Ainsi, les chercheurs ne s’arrêtent pas aux informations concernant le parcours de vie des poissons migrateurs : ils utilisent les écailles afin de mieux comprendre l’impact des activités humaines sur le rythme de vie de ces derniers. Car si cette petite pièce donne de nombreux renseignement sur la vie du poisson, elle renseigne également sur l’état de l’environnement dans lequel il évolue.

Des bioindicateurs de choix…

Si la population est en mauvais état, le milieu l'est aussi

En effet, nous ne sommes pas sans savoir qu’avec les barrages, le changement climatique, l’agriculture intensive, entre autres, l’homme modifie en profondeur l’environnement, allant même jusqu’à bouleverser le rythme des poissons. « Depuis janvier 2018, la collection d’écailles de poisson, qui comprend près de 200 000 écailles, entre autres, est labellisée Centre de Ressources Biologiques par le GIS IBISA. Elle fait partie de l’infrastructure RARe, composée de cinq piliers, dont le pilier environnement, auquel appartient ce CRB » explique Frédéric Marchand, Directeur adjoint de l'Unité Expérimentale écologie et écotoxicologie aquatique. Les écailles de poisson vont ainsi permettre de mieux comprendre les effets du changement climatique sur les espèces-cibles, la truite et le saumon, qui sont des bioindicateurs de choix. « Nous parlons de bioindicateurs car ces poissons ont un cycle de vie complexe : ils évoluent dans plusieurs milieux. Si la population est en mauvais état, ça veut dire que le milieu dans lequel ils grandissent l’est aussi… Ils sont très sensibles aux températures, à l’alimentation. En étudiant les écailles de poisson, nous voyons clairement que les conditions environnementales sont de plus en plus dégradées… » précise Clarisse Boulenger.

… menacés d’extinction

L’étude des écailles de poisson permet de prendre soin de ces espèces migratrices, qui sont en danger d’extinction : le saumon fait partie des espèces vulnérables sur liste rouge, au même titre que le panda, et l’anguille est en voie d’extinction, comme l’orang-outan… Grâce aux différentes données collectées, des outils de gestion adaptés sont mis en place pour la plupart des espèces migratrices. C’est le Comité de gestion des poissons migrateurs (Cogepomi), instance officielle de concertation où le Préfet de la région fixe les règles qui s’appliqueront aux pêcheries, qui prend une partie des décisions concernant les poissons migrateurs (pour le saumon atlantique, la grande alose, l’anguille, la truite, entre autres). Ce comité valide le plan de gestion des poissons migrateurs (Plagepomi), dont les scientifiques de l’Inra sont les signataires, permettant de faire évoluer les mentalités, et surtout, de prendre soin des poissons, et de notre environnement.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques
Centre(s) associé(s) :
Bretagne-Normandie

Zoom sur...

Colisa, une collection d’écailles essentielle

Colisa est issue du regroupement des collections de quatre unités Inra, U3E et ESE à Rennes, Ecobiop à Saint-Pée-sur-Nivelle et Carrtel à Thonon-les-Bains. Pour constituer cette collection d’écailles, plusieurs modes de collecte sont utilisés. Lors de pêches scientifiques dans un premier temps : les chercheurs font l’inventaire dans une rivière, puis prélèvent des écailles. Mais ils font également appel aux sciences participatives. Associations de migrateurs, pêcheurs (qui sont d’ailleurs obligés de déclarer leur pêche de loisir pour le saumon)… Tous fournissent des écailles prélevées dans une enveloppe, sur laquelle sont inscrits le lieu de la pêche, l’espèce, la taille et la date. « L’avantage des écailles, par rapport à d’autres ressources, c’est qu’il n’y a pas besoin de produit chimique pour les conserver, ni de les mettre dans le froid. C’est plus facile à stocker » explique Clarisse Boulenger. « Grâce à un travail entrepris depuis plusieurs années qui nous a permis d’être labellisé CRB, nous avons créé une véritable base de données organisées » complète Frédéric Marchand. En partenariat avec l’AFB, pour le moment, ce sont plus de 157 000 écailles qui sont stockées dans la base de données, le reste étant à indexer. La collection, unique en Europe, donne du poids aux dossiers déposés par les chercheurs. 

A propos du...

Comité de gestion des poissons migrateurs

Le Comité de gestion des poissons migrateurs (Cogepomi) permet à tous les acteurs de ce domaine de collaborer. Des représentants de l’État, des représentants des pêcheurs, qu’ils soient amateurs ou professionnels, en eau douce, comme en mer, un représentant des propriétaires riverains, des conseillers généraux et régionaux ainsi qu’un délégué inter-régional de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et un représentant de l’Ifremer composent ce comité de 17 personnes. Par ailleurs, des scientifiques, des associations et des comités régionaux des pêches sont également amenés à assister aux réunions afin de proposer leur regard d’expert. C’est grâce au Cogepomi que certaines mesures, comme les TAC ont été prises. Les TAC, ou Totaux Autorisés de Captures, correspondent au nombre de saumons pouvant être prélevés par bassin, tout en préservant les stocks. Pour chaque saumon déclaré (la déclaration de capture est obligatoire), un prélèvement d’écailles est demandé aux pêcheurs afin d’améliorer les connaissances sur cette espèce.