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Gérer les forêts de manière durable : une nécessité urgente

Les forêts sont fortement impactées par les changements globaux. Or, elles jouent un rôle clé dans de nombreux processus écologiques et fournissent une grande quantité de services. Les scientifiques de l’Inra et d’Irstea promeuvent par le biais de leurs travaux une gestion durable et raisonnée de ces écosystèmes précieux.

IUFRO 2019 Gérer les forêts de manière durable, une nécessité urgente
Par Charlotte Mermier - Barbara Lacor - Nicole ladet
Mis à jour le 07/10/2019
Publié le 27/09/2019

Direction Montpellier, pour un échange avec Sandra Luque, chercheuse à l’unité TETIS d’Irstea. Les forêts et les paysages forestiers du monde entier doivent faire face aux changements globaux, comme le changement climatique, en particulier lors d'événements météorologiques extrêmes. Les impacts nouveaux et changeants des pathogènes et l'évolution de la demande sociale en matière de foresterie et d'utilisation des terres - augmentation de la demande en viande et produits laitiers, de production de bioénergie et de services environnementaux – engendrent également une pression sur la biodiversité forestière.

Les forêts sont une composante clé des écosystèmes terrestres et jouent un rôle primordial dans la régulation du cycle mondial du carbone, la protection de la biodiversité, la régulation du climat et d'autres processus écologiques comme l'hydrologie et la dynamique des nutriments. Elles produisent aujourd’hui une gamme complexe de produits allant des services écosystémiques forestiers au bois et aux bioproduits. Actuellement, la dégradation et la disparition des forêts menacent la survie de nombreuses espèces et réduisent la capacité des forêts à fournir des services essentiels .
Il est donc indispensable de gérer les forêts de manière durable et raisonnée. C’est la raison pour laquelle de nombreux scientifiques à travers le monde les étudient et cherchent à comprendre comment elles fonctionnent et comment les gérer. Parmi eux : les chercheuses et chercheurs de l’unité TETIS du centre Irstea de Montpellier.

La biodiversité forestière menacée

Malgré leur rôle crucial, les forêts continuent à perdre du terrain : alors qu'en 1990 elles couvraient environ 4 milliards 128 millions d'hectares en 2015 elles ne couvrent plus que 3 milliards 999 millions d'hectares ou 30,6 pour cent des terres. Quelque 129 millions d'hectares de forêts - une superficie presque équivalente en taille à l'Afrique du Sud - ont été perdus depuis 1990 . Selon des données satellitaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, une zone de forêt amazonienne de la taille d'un terrain de football est maintenant défrichée toutes les minutes. La déforestation peut se produire rapidement, par exemple lorsqu'un feu balaie le paysage (comme c’est le cas actuellement au Brésil) ou lorsque la forêt est coupée à blanc pour faire place à une plantation de palmiers à huile. Alors que la déforestation semble être en déclin dans certains pays, elle reste à un niveau inquiétant dans d'autres - dont le Brésil et l'Indonésie - et une grave menace pour les forêts les plus précieuses de notre planète demeure d’après le WWF.

La déforestation et la dégradation des forêts ont également un impact sur la vie de 1,6 milliard de personnes dont les moyens de subsistance dépendent des forêts. Un milliard d'entre eux sont parmi les plus pauvres du monde d’après l’Union Internationale de Conservation de la Nature (IUCN).
« Face à ces défis, il y a un besoin croissant d'écosystèmes forestiers et de paysages forestiers adaptés aux demandes de services écosystémiques et à l'évolution des environnements, explique Sandra Luque, scientifique à l’unité de recherche TETIS. Dans ce contexte, nous réfléchissons à la durabilité des forêts et essayons de déterminer comment les gérer de manière durable ».

Mettre en place une gestion durable

une clé pour maintenir biodiversité et fourniture de services écosystémiques

De plus en plus, une valeur marchande est attachée aux services écosystémiques forestiers (production de bois, régulation du climat, loisirs, production alimentaire…), ce qui modifie les systèmes de valeurs associés à la foresterie. Les critiques soutiennent que la quantification des produits issus des forêts sert à « marchandiser » et à diminuer la valeur des forêts (y compris leur valeur spirituelle et culturelle). Cependant, en l'absence d'un prix fixé à ces valeurs, elles risquent d'être ignorées par les décideurs et l'industrie. Ainsi, l'évolution des paysages vers la durabilité exige souvent des transformations radicales, par exemple dans la façon dont les paysages forestiers sont valorisés et au niveau des relations entre les différents acteurs et de leurs rôles respectifs. Cela exige une vision holistique des forêts en tant qu'écosystèmes clés pour le maintien de la biodiversité et la fourniture durable de services écosystémiques. « Nous visons à souligner l'importance d'une perspective intégrée au niveau du paysage pour soutenir la durabilité en vue d'une gestion forestière équilibrée intégrant de multiples objectifs, y compris des objectifs de biodiversité et de conservation à la lumière des objectifs de développement durable définis par l’Organisation des Nations Unies, explique Sandra Luque. Nous nous intéressons à l’évolution des paysages forestiers, avec une vision holistique, globale de la forêt en temps qu’écosystème clé pour le maintien de la biodiversité et la fourniture de services écosystémiques. »
Des solutions telles que la restauration des paysages forestiers (RPF) peuvent inverser les effets du déboisement et de la dégradation et permettre de récupérer les avantages écologiques, sociaux, climatiques et économiques des forêts.

« L’objectif des scientifiques est de déterminer dans quelle mesure et comment l'état d'un écosystème forestier et sa dynamique devraient être inclus dans l'évaluation globale des écosystèmes à différentes échelles. Les paiements au titre des services écosystémiques (PSE), sont des incitations offertes, par exemple, aux propriétaires fonciers en échange de la gestion de leurs terres pour fournir une sorte de service écologique comme la préservation de la biodiversité. Une pratique importante pour les forêts au nord de l’Argentine soutenue par l’Institut National de Technologie Agricole argentin (INTA).

Les scientifiques du futur Inrae* travaillent avec différents pays du monde, notamment l’Argentine, le Chili et le Brésil en Amérique du Sud. En 2018, des formations et plusieurs séminaires ont été organisés en Argentine par Irstea en collaboration avec l’INTA.  Les échanges se sont concentrés sur les pratiques concernant l’utilisation des espèces natives et non des espèces introduites, mieux adaptées aux contraintes locales. Il est également important de considérer des pratiques d’agroforesterie favorisant les cultures natives comme la Yerba Mate, une boisson traditionnelle sud-américaine.

« Il est essentiel de comprendre les interactions avec les diverses pratiques de gestion forestière pour concevoir des stratégies d'aménagement forestier appropriées, saines et durables », explique Sandra Luque. Elle organise et animera une session spéciale à ce sujet dans le cadre du Congrès mondial de l'IUFRO au Brésil cet automne, intitulée : La biodiversité forestière dans le cadre du changement global et le rôle de la science de la durabilité du paysage.
* Qui résultera de la fusion entre l’Inra et Irstea au 1er janvier 2020

Focus international

Question à Philippe Rozenberg

Un laboratoire international associé (LIA) avec l’INTA, intitulé FORESTIA, a également vu le jour à l’Inra en 2018. Il porte sur l’étude intégrée de l’adaptation des forêts naturelles et plantées aux variations environnementales, biotiques et abiotiques, dans le contexte du changement global et est coordonné par Philippe Rozenberg pour le côté français. Les problématiques liées au changement climatique seront, elles aussi, abordées pendant le congrès de Curitiba, notamment lors de la session technique « Étude de l'adaptation des forêts au changement climatique à travers l’analyse des accroissements annuels et des propriétés du bois : implications pour la production de bois ». « Le Congrès de l’IUFRO est l’occasion pour le LIA de tisser des liens avec d’autres partenaires en Amérique du Sud et au-delà. Nous avons le soutien du Ministère des Affaires Etrangères, à travers son programme CLIMAT AmSud, pour discuter à Curitiba du dépérissement de certaines espèces avec nos collègues chiliens », souligne Philippe Rozenberg.

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soja © Shutterstock

Focus Économie forestière

Déforestation au Brésil : que fait vraiment la France ?

Ces derniers mois, sécheresses et déforestation ont fait bondir de 83 % le nombre d’incendies au Brésil par rapport à l’année passée. La production de matières premières destinées à l’exportation (huile de palme, cacao, bois, soja, café) contribue largement à la perte de couvert forestier dans les pays producteurs. Comment la France peut-elle s’assurer qu’elle ne contribue pas, par ses importations, à ce phénomène ? Dans un article publié dans The Conversation, Philippe Delacote, Antoine Leblois, économistes au Bureau d'Economie Théorique et Appliquée (Inra Grand-Est Nancy), et Julia Girard, Université Paris Dauphine (PSL) analysent le cas du soja brésilien importé en France pour l’alimentation du bétail, principalement depuis le Cerrado, l’une des zones les plus riches en biodiversité. Si nos importations diminuent depuis le début des années 2000, l’Hexagone reste parmi les plus gros importateurs de soja brésilien. En novembre 2018, la France s’est dotée d’une stratégie de lutte contre la « déforestation importée » (SNDI), avec l’ambition d’y mettre un terme d’ici 2030. Elle prévoit la mise en place, d’ici 2022, d’une politique d’achats publics « zéro déforestation », une plate-forme ouverte à tous pour publier et partager des informations sur les approvisionnements et les pratiques à risque des entreprises, ainsi qu’un label pour orienter les choix des consommateurs vers des produits à plus faible impact sur la déforestation. Pour les trois auteurs, la SNDI va globalement dans le bon sens : « elle est ambitieuse dans ses objectifs, mais malheureusement moins dans les moyens pour y parvenir ». Car analysent-ils, cette stratégie compte en très grande partie sur la pression exercée par les consommateurs sur les entreprises importatrices, sans se donner d’objectifs chiffrés ni d’instrument incitatif. Pour améliorer l’efficacité des politiques publiques dans ce domaine, les trois économistes proposent des pistes pour alléger notre dépendance au soja ainsi qu’un travail sur la cohérence des politiques environnementales.

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Couleurs d'automne dans les jardins du Parc de Saint-Cloud (92).. © Inra, BOSSENNEC Jean-Marie

Thématique émergente

La santé des arbres en ville

Avec la recrudescence des canicules, les voix s’élèvent pour réclamer une amélioration des conditions de vie en milieu urbain. La reconnaissance des espaces verts, et notamment des parcs boisés, comme îlots de fraîcheur, suggère de planter plus d’arbres en ville. De nombreux maires de par le monde, soutenus par des initiatives intergouvernementales, se lancent dans des programmes ambitieux de boisements urbains. Au-delà du problème climatique, les arbres sont aussi connus comme très utiles pour réduire la pollution, les risques d’inondation, donner refuge à la biodiversité, améliorer le bien-être humain dans les grandes cités . « Mais peu de connaissances sont encore disponibles pour décider quelles essences doivent composer les forêts urbaines afin de rendre ces services tout en se maintenant durablement. » rappelle Hervé Jactel, écologue forestier à l’Inra. En effet les arbres en ville sont eux-mêmes soumis à de nombreux stress, abiotiques (sécheresse, compaction des sols) ou biotiques (attaques d’insectes, infections fongiques). Récemment des équipes de l’Inra et de l’ISA au Portugal ont en outre révélé que dans pratiquement 90% des cas les nouvelles espèces d’insectes exotiques forestiers ayant colonisé l’Europe ont été détectées pour la première fois en forêts urbaines ou péri-urbaines . L’Inra propose donc de développer de plus amples recherches sur la santé des arbres en ville et organise une session sur ce thème au congrès mondial de l’IUFRO à Curitiba le 1er octobre 2019.