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DETECTION  par  IMMUNOFLUORESCENCE  de cellules infectees par un  VIRUS  grippal (en vert) , grace a un anticorps dirige contre la proteine non-structurale NS1, dans une culture de cellules observee en  MICROSCOPIE  optique.. © © INRA, MARC Daniel, VAUTHEROT Jean-Fran

H5N8, un nouveau virus aviaire sur le sol européen

H5N8, une grippe aviaire

Trois unités de l’Inra travaillent en continu sur les virus de la grippe chez les animaux. Questions à Jean-Luc Guerin, vétérinaire et virologiste aviaire à l’UMR IHAP Interactions hôtes-agents pathogènes.

Mis à jour le 28/11/2014
Publié le 25/11/2014

Que savons-nous du virus de la grippe aviaire H5N8 récemment détecté sur le sol européen? Est-il dangereux pour les élevages?

Jean-Luc Guerin : Les volailles font face à deux types de virus grippaux : les virus « faiblement pathogènes » et les « hautement pathogènes ». Les virus influenza aviaires « faiblement pathogènes » n’infectent chez les volailles que les voies digestives ou respiratoires. Pour les « hautement pathogènes », l’incubation est très rapide, et la volaille peut mourir dans les heures qui suivent ! Dans ce cas, les souches découvertes dans des foyers géographiquement très éloignés en Allemagne, Pays-Bas et Grande Bretagne sont génétiquement très proches du virus coréen hautement pathogène H5N8. Une hypothèse est qu’il soit arrivé en Europe via la Sibérie, transporté par des oiseaux migrateurs.

Quel est le risque pour l’homme ?

A ce jour, aucun cas de transmission du H5N8 à l’homme n’a été détecté. Mais il existe toujours des risques de co-infection, c’est-à-dire qu’un animal soit infecté à la fois par H5N8 et H5N1 - ou tout autre virus de la grippe transmissible à l’homme – et que cette co-infection dans son organisme amène à des « réassortiments » et à l’apparition d’un nouveau virus pouvant infecter l’homme. Notre inquiétude vient aujourd’hui du large potentiel d’espèces aviaires que le H5N8 peut infecter, multipliant les risques de co-infections et d’évolution du virus.

Vous travaillez en biologie prédictive sur les virus aviaires. Qu’est-ce que l’étude de la génétique de H5N8 peut prédire ?

Les canards hébergent fréquemment des virus grippaux  dans leur tube digestif: les pathogènes n’en représentent qu’une infime partie! Nous travaillons sur la diversité génétique des virus influenza et sur leur capacité à s’adapter à de nouveaux hôtes. Nous essayons de comprendre comment le virus se comporte, comment il mute, échange son matériel génétique avec d’autres virus et réussit à se multiplier, à l’échelle d’un oiseau ou de l’ensemble d’un élevage… Nous travaillons au laboratoire sur des « signatures » génétiques des virus influenza aviaires, facilitant leur adaptation d’une espèce à une autre, du canard à la poule,… à l’homme. Face à un virus émergent comme le H5N8, l’enjeu est de pouvoir prédire et apprécier sa dangerosité et sa transmissibilité d’une espèce à une autre.  Grâce à la génomique à haut débit, nous répertorions les séquences génétiques des virus et leurs constellations de mutants. L’objectif de ces travaux est, à terme, de surveiller de plus en plus finement ces virus et d’anticiper leur adaptation!