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La puberté prend de l’avance

Si l’on expose des souris femelles pré-pubères à des odeurs de mâle contenues dans l’urine ou de la litière souillée, leur puberté est avancée de deux ou trois jours, ce qui, dans la courte vie d’une souris, n’est pas négligeable. Des chercheurs de l’Inra s’intéressent à ce phénomène, connu depuis les années 60 sous le nom d’« effet  Vandenbergh ».

Par Service de presse
Mis à jour le 27/05/2013
Publié le 20/01/2012

La fonction de reproduction peut être contrôlée par de nombreux facteurs de l’environnement et en particulier par les signaux sociaux provenant de partenaires sexuels potentiels. Parmi ces signaux, les informations olfactives jouent un rôle prépondérant dans les relations entre mâles et femelles, tant au niveau physiologique que comportemental.

Effet mâle sur l’apparition de la puberté

En particulier chez les rongeurs, il a été montré que l’exposition à des odeurs de mâle accélérait l’apparition de la puberté chez la femelle et ainsi sa capacité reproductive. Une femelle pré-pubère exposée à des odeurs de mâle à partir du sevrage (21 jours d’âge) présente une ouverture vaginale plus précoce (un signe externe d’apparition de la puberté) ainsi qu’un poids plus important de l’utérus, un tissu sensible à la montée d’œstrogènes.
Ce sont les phéromones contenues dans l’urine des souris mâles et liées au taux de testostérone qui déclenchent cet effet baptisé « Vanderbergh ». L’urine de mâles castrés ne produit aucun effet sur les jeunes souris.

Partenaire particulière cherche partenaire particulier

Les chercheurs de l’Inra ont étudié également les conséquences à plus long terme de cette exposition olfactive péri-pubère aux odeurs de mâles. Ils ont montré que cette exposition induisait chez la femelle une préférence plus précoce pour ces odeurs. Ces données suggèrent que les signaux olfactifs émis par un partenaire sexuel avant la puberté pourraient influencer le choix ultérieur de la femelle, une fois celle-ci apte à se reproduire.

Une odeur qui modifie le cerveau des souris

Des recherches menées à l’Inra tentent de mieux comprendre les circuits neuronaux impliqués dans cette accélération du développement pubertaire. Elles ont montré que l’exposition à ces phéromones émises par le mâle pouvait agir sur les neurones dits à Kisspeptine. Ces derniers sont situés au centre du cerveau, dans l’hypothalamus, et ils contrôlent la fonction de reproduction ainsi que l’arrivée de la puberté. L’exposition des souris aux odeurs de mâle induit un développement plus rapide de ce groupe de neurones. Les neurones à RFRPs pourraient être une deuxième cible. À l’inverse des neurones à Kisspeptine, ceux-ci inhibent la fonction de reproduction. Les phéromones libérées par le mâle, en bloquant l’action de ces neurones, pourraient ainsi causer le développement précoce des souris.

Et pour le futur ?

Ces recherches pourraient déboucher sur des applications. Pour les éleveurs, on peut imaginer la mise au point d’odeurs qui accélèrent le développement pubertaire des animaux de ferme. Des applications médicales pourraient également voir le jour. En effet, si un mécanisme analogue existait chez l’Homme, il serait imaginable de traiter, grâce à des phéromones de cette nature, les personnes ayant des troubles du développement sexuel, ou des retards importants.

* Unité Physiologie de la reproduction et des comportements. Centre Inra de Tours

Que d’effets mâles…

En plus de l’effet Vandenbergh, les souris mâles produisent d’autres réactions chez les femelles qui ont été largement étudiées :
• Effet Bruce : l’exposition d’une femelle enceinte à l’urine d’un mâle inconnu provoque une interruption de la gestation.
• Effet Whitten : lorsqu’un groupe de femelles souris est mis en présence d’un mâle, automatiquement leurs cycles ovulatoires se synchronisent.
• Effet Lee-Boot : lorsque, au contraire, un groupe de femelles est isolé des mâles pendant une période prolongée, leurs cycles menstruels s’allongent et peuvent même finir par être inhibés.