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Retour de la fièvre catarrhale ovine en France

La fièvre catarrhale ovine semblait avoir disparu de France métropolitaine depuis 2010. Sa réapparition surprise contraint le secteur de l’élevage à s’adapter de nouveau à l'émergence de cette maladie. Les recherches de l’Inra pour en contrer le développement et maîtriser son impact sur les filières couvrent un large spectre, de la virologie à l’économie.

Tête de mouton de race Ile de France. Race à aptitude bouchère élévée le plus souvent en bergerie, elle fut obtenu par croisement d'animaux Dishley et Mérinos de Rambouillet puis de De Montchamp. © Import
Mis à jour le 03/11/2015
Publié le 03/11/2015

Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui a été détecté ?

En septembre, un foyer de fièvre catarrhale ovine a été confirmé dans un élevage bovins-ovins dans l’Allier. Depuis, 55 autres élevages infectés ont été détectés dans 9 départements. Le virus est le même que celui qui avait circulé en France entre 2006 et 2008. Plusieurs hypothèses possibles sur son origine : soit le virus s’est maintenu chez des animaux, sauvages ou domestiques, sans être détecté. Soit des vecteurs ou animaux infectés ont été introduits à proximité de l’élevage, via le transport de marchandises. Peut-être aussi faut-il questionner le dogme selon lequel le virus n’est pas spontanément transmis d’un culicoïde à sa descendance.

Qu’est-ce que la fièvre catarrhale ovine (FCO) ?

La fièvre catarrhale ovine ou Bluetongue est une maladie virale transmise par piqure d’un minuscule moucheron de la famille des culicoïdes. Elle touche majoritairement les moutons mais peut aussi affecter les chèvres, vaches et, dans certains cas, des animaux sauvages. La gravité des symptômes de la FCO varie suivant les espèces : fièvres, troubles respiratoires, gonflement, bleuissement de la langue (d’où son nom), troubles de la reproduction, retards de croissance, avortements chez les femelles infectées. Les cas de mortalité sont plus fréquents chez les ovins que les bovins.

Est-ce dangereux pour l’homme ?

C’est une maladie strictement animale. Le virus (Orbivirus de la famille des Reoviridae) n’est pas transmissible à l’Homme et est sans incidence sur les produits animaux, lait et viande. Il n’y a donc aucun problème sanitaire à redouter.

Comment se propage la maladie ?

La diffusion de la maladie dépend de la dynamique de transmission du virus. L’émergence en cours correspond à une nouvelle épidémie, avec une propagation active du virus. Dans l’état actuel de la surveillance, elle produit un nombre relativement restreint de foyers avérés.
Depuis la crise de 2006-2008, on sait grâce à des approches de modélisation et de statistiques que la vitesse moyenne de propagation du virus est de 5 km/jour. Avec des pics jusqu’à 10 km en période de forte activité des moucherons. En un mois, la maladie peut parcourir 150 à 300 km. Les mouvements d’animaux sont un facteur important de la diffusion de la maladie, d’où les mesures d’immobilisation des bêtes infectées.

Comment stopper la maladie, quels sont les traitements possibles ?

Deux solutions : des mesures de restriction de mouvements des animaux et la vaccination. Une zone de 150 km de rayon est définie autour de l’élevage atteint dans laquelle les mouvements d’animaux sont restreints, les regroupements d’animaux suspendus et la surveillance renforcée.
En 2006 et 2009, la vaccination avait contribué à ralentir la propagation du virus, à 1,7 km par jour en moyenne dans les zones où une partie des animaux étaient immunisés. Cependant, les seules restrictions imposées sur les mouvements d’animaux, la maladie continuait de progresser (5 km / jour en moyenne). Difficile de maîtriser une telle maladie vectorielle ! Seule une vaccination massive mise en place très en amont du front peut la ralentir ou la stopper. Chez les bovins, il faut deux injections de vaccin à 3 semaines d’intervalle pour que la vaccination soit efficace. En cas d’épidémie, vue la vitesse de diffusion estimée de la maladie, l’efficacité de la vaccination dépendra en grande partie de la rapidité de sa mise en œuvre sur un nombre suffisant d’animaux.
Avant ces nouveaux cas, les derniers élevages français infectés datent de 2009. La vaccination ayant été arrêtée en 2013, ils ont peu de chance d’être immunisés contre le virus. Une nouvelle stratégie de vaccination est mise en place par le ministère de l’Agriculture. Le virus actuel étant le même que celui de 2008 (sérotype 8), les vaccins disponibles, plus de 2 millions de doses, pourront être efficaces. > En savoir plus

Où en est la recherche ?

Les recherches mises en place suite à l’épisode 2006-2008 sont disponibles pour optimiser la gestion de l’épisode actuel. Les connaissances scientifiques ont avancé sur les vaccins, les dispositifs de diagnostic, l’étude du virus, la vitesse de propagation, les effets de l’infection.
Des tests de dépistage sont également mis au point pour une détection rapide et efficace de la réponse des animaux à l’infection (l’animal infecté répond en synthétisant des anticorps capables de fixer le virus et de bloquer l’infection) et la mise en évidence des anticorps, afin de savoir si les animaux ont été exposés au virus ou au vaccin.
Une perspective est de développer des vaccins dits « recombinants » permettant d’induire une réponse contre une sélection de protéines du virus de la FCO. De tels vaccins offriraient le gros avantage de permettre de distinguer facilement les animaux exposés au vaccin en comparaison de ceux exposés au virus natif.  Ce serait un meilleur outil de gestion du contrôle des mouvements d’animaux, incluant les exportations.
Enfin, les chercheurs étudient précisément comment les virus agissent sur les tissus et les cellules des animaux infectés. Ceci aide à mieux comprendre comment traiter les symptômes provoqués par le virus ou à développer des vaccins plus efficaces et sélectifs.

Le climat entre-t-il en jeu ?

L’effet des modifications du climat sur le risque de transmission de la FCO est étudié par des épidémiologistes en collaboration avec des climatologues. Ces 20 dernières années, le climat a favorisé l’émergence, depuis l’Afrique, de la maladie dans le nord et le sud de l’Europe. Dans le sud, les températures plus élevées ont favorisé l’extension et l’augmentation des culicoïdes. Et dans le nord, un climat plus clément accélère le cycle de transmission.
Les scientifiques s’intéressent également de près à la question de la maîtrise des insectes vecteurs à l’heure du changement climatique. En effet, il peut résulter d’un réchauffement sur un territoire une baisse de la mortalité des moucherons infectés durant leur période usuelle d’inactivité hivernale. De plus, leur période d’activité peut se trouver prolongée si les conditions climatiques ne deviennent pas assez critiques pour leur activité et leur survie. Les réflexions portent sur les stratégies de recherche à mettre en œuvre pour améliorer la prévention et les contrôles des maladies vectorisées dans ce contexte.

Bovin de race blonde d'Aquitaine (race à viande) s'alimentant en stabulation libre.. © © INRA, CAUVIN Brigitte

En savoir plus

La crise 2006-2008

30 août 2006 : premier cas de FCO en France (virus sérotype 8) dans le département des Ardennes, puis extension rapide à toute la France de septembre 2007 à octobre 2008. Deuxième épidémie concomitante (sérotype 1) venant d’Espagne et affectant le Sud-ouest. Plus de 21 000 troupeaux ont été infectés, avec une mortalité allant parfois jusqu’à 30 %.  A l’issue de cette épizootie, les pertes sont estimées à plus de 32 000 petits ruminants et 65 000 bovins (DGAL).
Campagne de vaccination entre 2008 et 2010 : 12 millions de bovins et 2,5 millions de petits ruminants vaccinés au 1er mars 2010. Vaccination arrêtée en 2011, interdite en 2013 (pour éviter de confondre les animaux vaccinés et les animaux porteurs de la FCO).
Dernier cas répertorié : 2010 (sérotype 1 près de Nice).
Statut indemne de FCO regagné en France le 14 décembre 2012.

Une maladie qui impacte durement les filières bovines et ovines françaises.

> Lire l’article sur l'impact économique de la FCO

Mouton corse. © Inra, Jean-Baptiste Marchioni

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Dossier

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