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Schmallenberg : un virus inconnu émerge au cœur de l’Europe

Encore inconnu en 2011, le virus Schmallenberg, affectant principalement les élevages de moutons, a été découvert dans un village d’Allemagne et s’est rapidement répandu à travers l’Europe. Les services de santé animale se sont mobilisés pour étudier ce nouveau virus et proposer au plus vite des solutions pour circonscrire la maladie.

Tête de mouton de race Blanche du massif central. Race rustique du sud du massif central c'est un rameau de la vaste race des moutons dits -caussenards-. © NICOLAS Bertrand
Par Cécile Poulain
Mis à jour le 08/02/2013
Publié le 24/01/2013

Isolé pour la première fois fin novembre 2011 dans des élevages d’un village d’Allemagne dont il porte le nom, le virus Schmallenberg a été détecté dès janvier 2012 en France dans l’est puis s’est étendu à tout le territoire national. Dans la première année de sa présence identifiée en Europe, le virus, tirant profit d’écosystèmes favorables, s’est répandu dans toute l’Europe, de l’Espagne à la Finlande, du Royaume-Uni à la Pologne. Il s’agit d’une maladie qui affecte les élevages de moutons - cible préférentielle -, de chèvres et de vaches entraînant des malformations à la naissance. Le virus n’est pas contagieux d’un animal à l’autre mais est transmis par des insectes vecteurs. Une course contre la montre se met alors en place dès janvier 2012 pour connaître et maîtriser au plus vite ce nouveau virus.

« Dès la détection des premiers signaux d’alerte, les autorités sanitaires allemandes ont été très réactives. Pour analyser ce virus inconnu, elles ont fait appel aux nouvelles technologies de séquençage de son patrimoine génétique « sans à priori », le « séquençage next generation ». Cette technique, encore au stade recherche, a comparé la génétique du virus Schmallenberg avec celle d’un ensemble de virus existant dans le monde. Sa génétique a ainsi été reliée avec le genre des Orthobunyavirus, dont le virus Akabane, circulant en Asie, Afrique et Australie, est génétiquement le plus proche ! Nous avons gagné du temps grâce aux connaissances déjà accumulées sur les virus qui lui sont génétiquement proches », explique Thierry Pineau, chef du département santé animale de l’Inra.

Un test pour dépister la maladie

La filière santé animale a ensuite retracé les différentes étapes du développement de la maladie (pathogénie) chez les trois espèces animales et la manière dont les animaux s’en immunisaient. Chercheurs et vétérinaires ont étudié les vecteurs qui pouvaient transmettre potentiellement le virus, comme les culicoïdes, les moustiques, les tiques… L’Inra a eu la chance de pouvoir travailler très rapidement en partenariat, lui permettant de mettre au point en quelques semaines un test de dépistage disponible dès mars 2012.

En janvier 2013 le virus est toujours présent sur le territoire.  L’impact économique de l’infection est cependant limité. En moyenne, dans les départements dans lesquels le virus a circulé, seuls 3% des cheptels de moutons ont présenté des signes de l’infection. Les animaux ayant été infectés présentent une immunité protectrice. Cependant, tous les animaux d’un élevage ou d’une région n’ont pas été simultanément touchés puis protégés. Ceux, demeurés indemnes, seront candidats à l’infection l’année suivante, durant la période d’activité des insectes vecteurs. Pour l’heure, il est délicat d’avoir une représentation précise de la manière dont cette maladie s’installerait d’une manière endémique en Europe. Cette pathologie, considérée comme maladie d’élevage, est source de vive inquiétude par exemple au Royaume-Uni qui craint pour des productions bovines. Pour Thierry Pineau, « l’émergence de ce virus a été l’occasion de tester notre vulnérabilité et notre réaction face au risque d’apparition de nouvelles maladies animales. Nos efforts de recherche n’avaient été basés jusqu’à présent que sur la maîtrise des maladies venant du Sud. Ce postulat est battu en brèche : l’émergence d’un virus parfaitement inconnu en plein cœur du continent européen nous recentre sur notre vulnérabilité. Des pathogènes peuvent être découverts au cœur du continent et être transmis par des vecteurs préexistants. Nous devons soigner notre préparation à répondre, dans l’urgence, à de tels évènements ».