Cerises : la lutte biologique veut faire mouche contre Drosophila suzukii

Drosophila suzukii a été détectée en France à partir de 2009. Devant le potentiel invasif inquiétant de cette minuscule mouche s’attaquant à une très large variété de fruits, l’Inra a rapidement engagé des recherches en priorisant la lutte biologique. Depuis l’interdiction en 2016 du diméthoate, insecticide utilisé par les producteurs de cerises, apporter des solutions alternatives est d’autant plus d’actualité.

Chrysalide Drosophila suzukii. © Inra, Myriam Siegwart
Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 28/06/2016
Publié le 20/06/2016

Cerises, fraises, framboises, mûres, cassis, myrtilles, abricots, pêches, mais aussi figues, tomates et raisins… Aussi minuscule soit-elle, Drosophila suzukii soulève l’inquiétude chez bien des producteurs. À la différence des autres drosophiles, la femelle suzukii perce la peau du fruit en maturation pour y pondre ses œufs, favorisant ainsi la contamination par diverses bactéries et champignons. Les larves se nourrissent de la pulpe, creusent des galeries entre la chair et l’épiderme du fruit qui coule et se vide. Les pertes estimées peuvent atteindre 80 % de la production.

Drosophila suzukii a été détectée en France à partir de 2009 et a commencé de poser problème aux producteurs de cerises et de fraises du sud-ouest à partir de 2011. Devant ce potentiel invasif inquiétant, l’Inra a rapidement engagé des recherches en priorisant la lutte biologique. L’interdiction récente du diméthoate renforce l’importance de recherches pour contrôler les populations de ce ravageur,qui prolifère aussi largement sur les fruits sauvages, et apporter des moyens de lutte alternatifs aux produits phytosanitaires.

Faire tomber Drosophila suzukii comme des mouches !

Les chercheurs de l’Institut Sophia-Agrobiotech (Inra Paca) explorent actuellement la piste des parasitoïdes exotiques, en l’occurrence des micro-guêpes, qui pondent dans les larves de Drosophila suzukii, s’y développent et les tuent. Pour Jean-Luc Gatti et Nicolas Ris qui participent au projet de recherche international Dropsa, « Drosophila suzukii est trop bien implantée dans le pays pour qu’il soit encore possible de l’éradiquer. La piste des parasitoïdes locaux n’a pas donné de résultats probants. » Testés sous quarantaine dans le laboratoire, les parasitoïdes candidats prélevés dans l’aire d’origine de la mouche (Japon et Chine) semblent plus prometteurs. Pour être efficaces, ils doivent être capables de s’implanter, de survivre sous nos latitudes et concentrer leur parasitisme sur Drosophila suzukii.

« Il s’agit de lutte biologique par acclimatation. Nous avons de bons espoirs avec des espèces de micro-guêpe des genres Asobara ou Ganaspis. Nous réalisons pour l’instant les tests requis en milieu confiné sur des élevages d’espèces locales et courantes de drosophiles, comme par exemple Drosophila melanogaster, pour montrer que ces parasitoïdes exotiques n’ont pas ou peu d’impact sur la biodiversité locale, conformément à la législation en vigueur depuis un an », expliquent les chercheurs. L’entretien des vergers, des parcelles, l’élimination des fruits abimés, l’utilisation des filets de protection… Toutes ces méthodes ont un impact important et sont prises en compte dans le projet Dropsa. « Nos travaux actuels en lutte biologique sur les parasitoïdes exotiques sont conditionnés par les autorisations pour passer aux expérimentations sur le terrain et un financement durable. Ils pourraient déboucher sur des résultats d’ici 2 à 3 ans. »

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Drosophila suzukii mâle adulte. © Inra, Myriam Siegwart

Anticiper les effets indésirables des insecticides

Après l’interdiction du diméthoate en Europe en 2016, les producteurs de cerises ont obtenu des dérogations pour utiliser deux autres familles chimiques pour lutter contre Drosophila suzukii. Mais pour contrer l’apparition de résistance à l’avenir, il leur faudrait avoir plus de choix dans la façon de traiter. Myriam Siegwart, de l’unité Plantes et systèmes de culture horticoles, collabore à un projet de recherche, SusZsuz, dont le but est de trouver des techniques pour estimer la sensibilité des insectes ravageurs à différents insecticides. Depuis un an, l’ingénieur attrape dans ses filets la Drosophila suzukii. Elle imagine des techniques pour estimer précisément les niveaux de sensibilité de populations de drosophiles à des insecticides. Cette année un échantillonnage, en partenariat avec l’Anses et la Fredon, est programmé à travers la France et bientôt en Europe pour constituer un réseau de surveillance de résistance de cette espèce invasive. « Si nous parvenons à comprendre comment la Drosophila suzukii devient résistante à telle ou telle molécule, il sera plus facile de conseiller les arboriculteurs dans l’utilisation des produits ou autres techniques de lutte. Ils pourront savoir aussi quel insecticide est devenu inefficace et ne plus l’employer ».

Contact : Myriam Siegwart, unité Plantes et systèmes de culture horticoles, Inra Paca