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Introduction d’espèce exotique et risque épidémiologique : le rôle du tamia de Sibérie dans la dynamique de la borréliose de Lyme

Les chercheurs de l’Inra ont montré que le tamia de Sibérie, nouvel hôte des forêts françaises, pourrait contribuer à augmenter le risque de transmission à l’homme de la maladie de Lyme.  Le tamia est plus contaminé par les bactéries responsables de la maladie -  B. burgdorferi s l - que les rongeurs autochtones habituelles vecteurs de la maladie.

L'écureuil de Sibérie, aussi connu comme étant l'écureuil commun.. © INRA, Maud Marsot
Mis à jour le 22/04/2013
Publié le 14/09/2011

La borréliose de Lyme

La borréliose de Lyme est une maladie bactérienne qui peut porter atteinte à plusieurs tissus (atteintes neurologiques, articulaires et dermatologiques). Elle peut être traitée par antibiothérapie mais peut parfois provoquer des symptômes sévères, si elle n’est pas diagnostiquée et traitée précocement. Cette pathologie est causée par les bactéries spirochètes du complexe d’espèces Borrelia burgdorferi sensu lato, dont les principales en France et en Europe sont Borrelia afzelii, Borrelia burgdorferi sensu stricto et Borrelia garinii. Ces bactéries sont présentes naturellement chez plusieurs espèces animales réservoirs telles que les rongeurs (campagnols roussâtres, écureuils roux), et les oiseaux.

La borréliose de Lyme est une maladie vectorielle car la transmission de l’agent pathogène entre le réservoir et l’hôte est effectuée par un acteur intermédiaire (le vecteur ). Dans le cas de la borréliose de Lyme, les bactéries pathogènes sont transmises à l’homme par les tiques (Ixodes ricinus) infectées, lors des repas sanguins qu’elles prennent pour passer du stade de larve à celui de nymphe, puis du stade de nymphe à celui d’adulte et enfin, chez les adultes femelles qui se gorgent pour pondre leurs œufs. Une tique se contamine en se nourrissant sur un animal infecté, puis transmet cette infection lors de son repas sanguin suivant sur un nouvel hôte qui peut être l’homme. Près de 12 000 nouveaux cas sont déclarés en France tous les ans. Ces contaminations apparaissent la plupart du temps après des promenades en forêts, là où vivent préférentiellement les tiques I. ricinus.

Introduction d’espèce exotique et dynamique de transmission des maladies infectieuses

Le tamia de Sibérie s’est installé dans de nombreuses forêts péri-urbaines en Ile-de-France après avoir été relâché intentionnellement par des personnes lassées de leur compagnie (les tamias ont été vendus en animalerie dès la fin des années soixante). Dans leurs nouveaux habitats, les rongeurs ont trouvé des conditions environnementales favorables à leur développement et sont localement présents en forte densité. Avec pour objectif de mesurer l’influence des populations de tamias introduites sur le risque de transmission de la maladie de Lyme, les scientifiques de l’Inra, du MNHN et du Centre National de Référence des Borrelia de l’Institut Pasteur ont étudié la contamination du tamia par B. burgdorferi sl et le rôle du tamia dans le cycle des bactéries.

Pour cela, les chercheurs ont étudié les populations de rongeurs de la forêt de Sénart - 3150 ha, trois millions de visiteurs par an - en région parisienne (Seine-et-Marne et Essonne). Ils ont réalisé cinq campagnes annuelles de capture de campagnols et de tamias (de 2006 à 2010) puis ont recherché les Borrrelia présentes dans les tissus des animaux (biopsies d’oreilles). En parallèle, les scientifiques ont prélevé dans la forêt des tiques (nymphes et adultes) à l’affût et ont mis en évidence les Borrelia présentes chez les tiques. Les bactéries présentes dans les tissus des tiques et des vertébrés ont été identifiées par biologie moléculaire.

Ces prélèvements ont permis de mettre en évidence que les tamias présentaient un taux d’infection par les bactéries B. burgdorferi sensu lato trois fois supérieur à celui de la source d’infection (les nymphes) alors que les campagnols étaient 2,2 fois moins infectés que les tamias. Les tamias avaient une prévalence moyenne de B. burgdorferi sl de 35 % (un tiers des individus contaminés) qui a culminé à 53% (plus d’un individu sur deux infectés) en 2007. De plus, chez les tamias, trois espèces de bactéries B. burgdorferi sl ont été identifiées parmi les six trouvées chez les nymphes, alors que le campagnol n’était infecté que par une espèce.

Ces travaux ont mis en évidence que les tamias sont très infectés par les bactéries B. burgdorferi sl. Des études complémentaires sont en cours pour déterminer si le tamia peut être un réservoir « compétent », c'est-à-dire qu’il peut héberger, maintenir et transmettre les bactéries sur une longue durée. Pour cela des tests d’infection contrôlée seront réalisés en laboratoire à l’USC Bartonelles et tiques de l’Inra, en collaboration avec l’unité d’Epidémiologie Animale, le MNHN et le CNR des Borrelia.

Ces travaux ont été réalisés dans le cadre de la thèse de Maud MARSOT, financée par l’Inra et le MNHN avec le soutien de la Région Ile-de-France et de Mérial. Cette thèse sera soutenue le 9 décembre 2011 à l’Inra de Clermont-Ferrand-Theix.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

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Lénaïg HALOS - MERIAL SA (+33 (0)4 72 72 34 42)
Département(s) associé(s) :
Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

En savoir plus

  • Introduced Siberian chipmunks (Tamias sibiricus barberi) harbour more diverse Borrelia burgdorferi sensu lato genospecies than native bank voles (Myodes glareolus). Applied Environmental Microbiology. 2011. Marsot M. et al. 2011. 77:5716-5721.