L'agriculture entre contrats et
contrôles
à
l'Université d'été de l'innovation rurale
Marciac (Gers), les 7 et 8 août 2002
Qu'est-ce qu'un contrat ?
débats en groupe
mercredi 7 août 2002
Au programme de la matinée
Ouverture de luniversité dété par Jean-louis Guilhaumon, Maire de Marciac, Henri Cormier, Président de la communauté de communes Marciac et Vallons et Jean-Claude Flamant, directeur de la Mission dAnimation des Agrobiosciences.
Principe de travail de la première journée
La première journée de luniversité dété est organisée avec la volonté de privilégier le dialogue entre les participants. Pour cela, durant la matinée et laprès-midi, sous les frondaisons de Marciac, se tiendront une série de tables rondes dune douzaine de personnes qui auront à discuter sur deux grandes questions. Ces débats en groupes restreints sont précédés dun apport par trois ou quatre intervenants choisis pour leur compétence, chaque intervention nexcédant pas une dizaine de minutes. La discussion en groupes parallèles est ensuite reprise en collectif. Cest alors loccasion pour les intervenants de réagir aux restitutions des groupes dans le cadre dune table ronde, qui se conclut tout naturellement par une discussion générale.
Première question : quest ce quun contrat ?
Ouverture par le Groupe de réflexion de Marciac. Les malentendus,
les incompréhensions entre agriculture et société donnent
le blues aux agriculteurs. Quel objectif donner alors à
lélaboration dun nouveau contrat entre lagriculture
et la société ? Trois angles, trois interventions pour mieux
voir ce quest un contrat
Economique : économie du contrat, économie du
marché.
Socio-philosophique : intérêt public, intérêt
général, intérêt individuel. A quel niveau
sorganise lagent contractuel : territoire ? filière ?
collectivité ? coopérative ? entreprise de distribution
Politique : la logique des contrats cest la confiance, mais
alors quelle doit être la place du
contrôle ? Entre la confiance et Big-Brother.
Débats en groupes pendant une heure sur ces ouvertures
8 cercles, sur des chaises sous les platanes, de 12 à 20 participants, avec animateur et rapporteur.
Apports des groupes de débat sur la question
en quelques mots-clés
Cercle 3
Obligation de moyens, obligation de fin. Aléas et difficultés
à prendre en compte.
Renégociation ; difficultés du fait du nombre de
contractants.
Engagement d'argent public ; la légitimité pour les tiers implique
la transparence.
Coût de le confiance et certification ; augmentation du coût
du produit.
Cercle 8
Les mots clés qui ont guidé les réflexions : les valeurs,
le mariage, le manque de confiance et le malentendu.
Les valeurs, d'abord, qui sont censées être la base de tout
contrat. Or il y a souvent, actuellement, une distorsion entre les valeurs
de l'agriculteur et celles de la société urbaine. Face à
ces différences, le droit intervient, venant formaliser un lien à
travers le contrat. Ce dernier serait alors un lieu permettant d'échanger,
voire de changer les valeurs.
Le mariage, ensuite. Car le contrat qui liait autrefois deux parties
s'opérait sur une base volontaire et d'égal à égal.
Bref, un mariage d'amour. Aujourd'hui, en revanche, l'agriculteur a le sentiment
de subir le contrat, "le fusil dans le dos". Un contrat inégal et
unilatéral. Bref, un mariage de raison. Cela dit, certains types de
contrat, tels que les CTE -à condition de les "reterritorialiser"-
pourraient faire évoluer le mariage de raison vers un peu plus
d'amour...
Venons-en au manque de confiance. Celui de l'agriculteur en lui-même,
souvent complexé, qui se sent dépossédé et qui
ne comprend pas forcément le vocabulaire technocratique, voire les
abus de langage de la communication et des médias. Celui de la
société en l'agriculture, également, du fait d'une distance
qui s'est creusée et d'une méconnaissance grandissante du travail
de l'agriculteur. D'où le malentendu entre les deux parties contractantes
qui ne parlent ni le même langage, ni des mêmes choses.
Cercle 2
Ambiguité, enjeux ou objectifs, obligations, confiance, contrôle
et santction, intérêt économique
Tout d'abord, ambiguité sur le terme de contrat : quelles situations
définit-il ? Ambiguité, ensuite, sur la détermination
des partenaires les plus à même de réaliser les objectifs
de la contractualisation : qui sont-ils ? Quelles sont leurs capacités?
Ambiguité, enfin, sur la détermination des ces objectifs ?
En effet, comment définir et travailler les enjeux ? Comment
rétablir la discussion et la confiance notamment entre les consommateurs
et les agriculteurs ? Quelle est la légitimité de l'Etat à
représenter les citoyens? Quelle est la place de chacun, élus,
agriculteurs, citoyens etc. dans l'élaboration des contrats ? Comment
définir les obligations contractuelles : faut-il un moyen ou un
résultat ?
De plus, il est apparu nécesaire d'avoir une vision globale de la
chaîne de responsabilité. Le contrat nécessite le
contrôle et, bien sûr, une sanction. Les responsabilités
de chacun doivent être déterminées.
Enfin, il est apparu primordial de ne pas oublier l'intérêt
économique du producteur à s'engager dans des démarches
contractuelles.
Cercle 6
Après cinq interventions, mon propos se situera dans le rajout.
Concernant les acteurs du contrat, notre groupe a voulu souligner au-delà
de l'autonomie, la passion de l'agriculteur. Son engagement n'est pas dû
au hasard, mais à la passion, de donner la vie, de nourrir. Face à
la complexité grandissante des contrats et à leur évolution
de contrats d'objectifs à des contrats de moyens, où la
stratégie même de l'exploitation -les processus de production-
est au coeur de la contractualisation, sa passion doit se transformer en
intelligence.
Sur les contrats eux-même, on désire distinguer entre les contrats
privés et publics, le contrat étant large et bien établi,
le contrat privé étant soumis en permanence au rapport de forces,
à la renégociation.
Enfin, on a souhaité mettre l'accent sur l'échelle des contrats
: contrat individuel ou collectif, association et coopératives face
au monde de la distribution ou aux consommateurs, mais aussi se pencher sur
la territorialisation des contrats, leurs décentralisation : les
filières contre les pays ? Mais dans cette nouvelle donne du contrat
"sociétal" entre agricultures et société, qui organise
l'évaluation ? Les acteurs ont-ils, auront-ils leur mot à dire
?
Cercle 1
Dans un premier temps, il faut faire la distiction entre deux types de contrats
avec l'Etat : contrats entre l'Etat et un seul parenaire et entre l'Etat
et différents acteurs.
Est abordé ensuite l'autonomie du contractant et son degré
de liberté dans les négociations des teres du contrat. On introduit
ainsi le concept des rapports de force : nécessité d'une
association de petits contractants face à un gros.
L'idée de la dépendance du contractant est évoquée
: est-ce uniquement le fait des agriculteurs ? La dépendance à
l'égard de l'Etat est beaucoup plus ressentie qu'à celle d'un
industriel ou autre partenaire, il y a plus de flou et de lourdeur avec l'Etat.
Comment est évalué un contrat : le contrôle est-il une
évaluation ? Il est important de faire la distinction entre
évaluation et efficacité : un contrat individuel peut être
bien évalué mais être moins efficace que s'il est
réalisé collectivement où il y a plus de synergie.
Cercle 4
Quels sont les apports des contrats ? Il faut que le contrat soit avantageux.
Le retour sur investissement doit amener une meilleure appréciation
des produits et services.L'évaluation vaut si elle est
réciproque.
Les contrôles sont importants en matière de sécurité
alimentaire. Le suivi du contrôle doit, par sa réactivité,
sécuriser également l'exploitation. Les contrôles sont
adaptés à chaque objectif.
Quelle rémunération pour les services inclus dans le contrat,
notamment quand les objectifs dépassent la seule production agricole
(au sens strict)
Cercle 5
Sans forcément définir ce qu'est un contrat, la question se
pose d'abord de savoir pouquoi la problématique du contrat devrait
être centrée sur l'agriculture. Les véritables
problèmes semblent en effet se poser dans les rapports entre l'amont
et l'aval de l'activité agricole.
La plupart des intervenants ont souhaité insister sur la
nécessitéd'une plus grande maîtrise de leur activité
(de leur métier) ou de leur image, notamment pour la certification,
voire l'auto-certification. Le véritable virage consisterait à
conclure un contrat avec le consommateur considéré comme un
allié et à ne pas laisser d'autres acteurs économiques
définir l'image de l'agriculture et contrôler ses cahiers des
charges.
Le désaccord majeur (et peut-être unique) porte sur les moyens
de sortir du cercle vicieux "perte de confiance du consommateur/perte de
confiance de l'agriculteur/perte de statut de la profession" par la sortie
du modèle d'agriculture sociale de l'après-guerre, par
l'installation d'une nouvelle communication directe agricumteur/consommateur.
A suivre....
Deuxième question : quels sont les domaines en contractualisation entre société et agriculture ?
Ouverture de la question par des syndicalistes agricoles. Comment se
débattent, comment se construisent les contrats ? Qui prend
linitiative des débats ? Quelle place pour la société,
les consommateurs, les citoyens ?
Trois interventions, trois angles :
Anthropologie : Lévolution de la figure de
lagriculteur. Représentation de soi et efficacité sociale.
Lagriculteur et son avocat : vers la judiciarisation de lagriculture
?
Développement : les niveaux de contractualisation, la question
du développement, les contradictions.
Politique : demain les enjeux.
Débat en groupes pendant une heure sur ces interventions.
(comme le matin)
Apports des groupes de débat sur la question
en quelques mots-clés
Cercle 4
Le CTE, ça marche ! C'est la première innovation avec la
reconnaissance de la multifonctionnalité.
Cependant, un problème : certaines fonctions de l'agriculteur sont
encore mal rémunérées.
C'est devenu un outil tro technique et la spécificité des
territoires est mal reconnue.
Le CTE relève d'une logique contractuelle mais l'ensemble de
l'admainistration agricole française est encore mal préparée
à cette logique contractuelle et territoriale. A noter, l'absence
de nouvelles scènes de médiation.
Question : le CTE va-t-il améliorer l'image des agriculteurs. Il reste
encore trop méconnu et souffre de la faible implication des élus
locaux.
Cercle 3
Diversité, gestion lourde, confiance.
Lors de nos discussions, il est apparu qu'il existait une grande diversité
de contrats et une multiude de catégories. Malgré divers
critères de classement, trois catégories ont semblés
emerger des débats : une première correspondant à des
contrats imposés dans lesquels la liberté ou l'autonomie des
agriculteurs est faible et où intervient l'argent publique, une seconde
relative à des contrats volontaires, c'est-à-dire des contrats
faits à l'initiaive de un ou plusieurs agriculteurs, et une
troisième catégorie dits de contrats d'ouverture des fermes
tels que les contrats ferme de démonstration ou Excellence Gers.
Il est ensuite apparu qu'il était difficile de gérer cette
diversité, d'articuler les divers contrats et obligations. Il est
aussi peu évident d'assurer une gestion quotidienne administrative
et lourde des contrats. L'aide, notamment de ruraux retraités, ne
doit pas être sousestimée.
Distinguer ce qui est contrôlé et ce qui est controlable n'est
pas toujours évident. La multiplication des contrats entraine celles
des contrôles. Il y a besoin d'un contrat moral, de faire confiance
à un moment pour le respect de la parole donnée. On ne peut
mettre un contrôleur derrière chaque agriculteur! Ceci est d'aileurs
particulièrement nécesaire en matière de
traçabilité et de sécurité alimentaire.
Enfin, notre groupe s'est accordé sur le fait que la convention
agriculture/ société n'est pas claire, contrairement à
celle qui prévalait il y a quelques années. A qui appartient-il
maitenant de définir les enjeux, notamment locaux ? Quelle politique
agricole établir compte tenu de la multitude des enjeux ?
Cercle 2
Quand les conditions d'un contrat sont abordées par la profession
agricole, elles ne portent uniquement que sur la production agricole ; Si
elles le sont par les administrations, elles insistent surtout sur la
qualité de la production alimentaire et sur l'entretien du paysage.
On parle de forum d'innovation rurale : on a l'air de considérer que
la gestion de l'espace rural est du seul fait des agriculteurs et non des
autres acteurs. Mais il faut tenir compte des différences du poids
de l'agriculture dans l'économie es différentes
régions.
Il est nécessaire de faire de la prospective agricoles, de créer
des des systèmes alternatifs économiques. Les CTE pourraient
être un outil pour favoriser l'innovation et aider les agriculteurs
à prendre des risques pour imaginer de nouveaux systèmes e
production.
Cercle 1
Les interventions de l'après-midi ont incité le groupe à
reprendre la question initiale au départ : un contrat pour quoi faire
; quels peuvent en être les objectifs ; quel contenu doit-il embrasser
? Le prix - mais il ne profite qu'aux gros producteurs-, les compensations,
l'emploi.
De telles questions mènent à constater qu'il n'est pas possible
d'assimiler des contrats avec l'État comme les CTE et l'idée
plus globale de contrats avec la société.
Ces CTE encourent d'ailleurs un certain nombre de critiques relatives à
leur naissance, à leur négociation, à leur diversité
selon les départements.
En réalité, c'est l'échelon du raisonnement qui doit
être revu (national, européen, mondial), car les problèmes
se posent aux trois niveaux.
Comme doit aussi être précisée la notion de
multifonctionnalité.
Que veut-on des agriculteurs ? Produire une quantité donnée
; maintenir des exploitations pour éviter le retour de la forêt
; augmenter la richesse nationale par l'exportation ; aménager l'espace
?
Le principal mérite d'un tel questionnement peut être de faire
renaître des espaces de dialogue, avec ou sans CTE.
Cercle 6
Quel est le sens du contrat : est-il précureseur, ouvrant la voie
pour une longue période à des initiatives des acteurs, ou bien
intervient-il pour régulariser des situations subies ?
Quelle est légitimité du politique : deux ou trois angles de
cette question ; la politique agricole est-elle contingente aux
législatures successives, ou l'autonomie du secteur agro-agri est-elle
suffisante pour que les politiques contractuelles résistent à
l'alternance ? A quel niveau les politiques peuvent-ils intervenir : les
intercommunalités semblent un bon niveau d'intervention ; la question
de la gestion par le politique de la reproduction des forces agricoles, et
notamment dans le cadre du départ de la génération
baby-boom.
Demandes sociales : si l'on voit bien les nouveaux types de demandes faites
aux agriculteurs regroupées sous le titre multifonctionnalité,
reste à savoir qui les nomme, qui les organise, qui les
rémunère. Par ailleurs, se trouvent hors de ce champ les
réformes des systèmes de production agricole : qui va les porter
? Les agriculteurs, la société, et comment ? Quelle place pour
le débat public sur ces enjeux ?
jeudi 8 août 2002
Au programme de la matinée : Principe de travail de la journée : La matinée se tiendra sous la forme dun débat collectif autour des questions soulevées la veille et reprises, avec un apport particulier, celui de personnes impliquées de manière ou dautre dans la contractualisation. Ces acteurs (une quinzaine) qui auront participé à la première journée, ne seront pas simplement invités à témoigner de leur expérience, mais aussi à mettre en débat leur approche et comment elle se transforme ou non- au vu du débat sur la question du contrat. Ils sont choisis selon deux critères : origine géographique (des gens dici, des gens dailleurs), origine professionnelle (des agriculteurs impliqués dans des productions diverses).
- Ouverture de la matinée par une intervention reposant les questions
qui ont fait débat la veille et proposant une poursuite.
- Débat général
- En guise de conclusion : une personnalité invitée,
spécialiste des enjeux entre agriculture et société,
après avoir suivi les deux journées, jouera le rôle de
Grand Témoin. Elle disposera dune cinquantaine de minutes pour
proposer une synthèse qui devrait nous conduire à dautres
débats, ici ou ailleurs.
L'après-midi, reprises en tables rondes, sur des sujets divers
qui émaneront de la demande, autant que de besoin.
A suivre....