Alsace Nature : 17, rue du Général-Zimmer, 67000
Strasbourg.
1. Un constat alarmant, révélateur d'un
modèle agricole en crise
2. Un objectif nécessaire : une place pour la nature
dans l'espace rural
3. Des moyens pour parvenir à cette reconquête
de l'espace rural
En conclusion
Ce texte, oeuvre collective, vient en conclusion de la campagne Agriculture
et Nature que l'Association fédérative régionale pour
la protection de la nature, Alsace Nature, a menée pendant plusieurs
mois, jusqu'à la tenue des Assises de l'agriculture, réunies
du 2 au 4 février 1996 et dont un numéro spécial du
Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse rendra
compte.
En exploitant plus de 40% de la superficie de l'Alsace, l'agriculture occupe
une place prépondérante dans l'espace régional.
Jusqu'à la IIe Guerre mondiale, même après l'introduction,
marquant une certaine intensification, de la luzerne et des plantes
sarclées dans l'assolement en remplacement des jachères, les
pratiques agricoles sont restées compatibles avec le maintien
d'écosystèmes complexes. Les modes d'exploitation diversifiés
et extensifs, perpétués pendant des siècles et adaptés
aux contraintes naturelles, ont contribué à façonner
la grande variété de terroirs qui caractérise l'Alsace.
Nombre de milieux secondaires, tels les vergers et les rieds, sont le
résultat du travail commun de l'agriculteur et de la nature. Cependant,
en une trentaine d'années, la révolution agricole, synonyme
de mécanisation et d'intensification, qu'a connue notre région
a accru la responsabilité de l'agriculture dans la dégradation
du patrimoine naturel de la plaine d'Alsace, en même temps qu'elle
a accentué la déprise agricole dans les vallées vosgiennes
où les paysages se ferment. Cette industrialisation de l'agriculture
a exclu la nature (1) et les paysages
de la nouvelle logique de productivité imposée par la
mondialisation progressive du marché des produits agricoles et
accentuée par la sous-tarification des transports. De vivrière,
l'agriculture est donc devenue spéculative, au mépris et au
détriment des équilibres naturels.
Ce texte de synthèse n'a pas pour prétention d'aborder ou de
traiter l'ensemble de la problématique agriculture et nature, car
il s'agit d'une question vaste et complexe dans laquelle interviennent de
nombreux acteurs et de nombreuses disciplines. En exposant le point de vue
des associations de protection de la nature, il cherche à montrer
pourquoi la priorité n'est plus au développement de la production,
à l'intensification des pratiques mais à une agriculture autant
ménagère du territoire que productive. La performance ne
réside plus dans la quantité, ni non plus exclusivement dans
la qualité. Elle se situe dans un juste équilibre entre
l'agriculture et la nature.
[R] 1. Un constat alarmant, révélateur d'un modèle agricole en crise
Les transformations de l'agriculture alsacienne
L'agriculture est le secteur d'activité qui occupe le plus d'espace
en Alsace puisqu'elle exploite 41% des terrains de la région. Tandis
que les forêts recouvrent 37% de la superficie alsacienne, les 22%
restant du territoire sont occupés par les agglomérations,
les infrastructures... et les milieux naturels non forestiers. Or la
densité humaine en Alsace est l'une des plus élevées
de France avec 196 habitants au kilomètre carré. Il en est
de même pour la densité de routes et d'autoroutes qui est en
moyenne de 0,78 km au kilomètre carré
(2). On peut ainsi estimer que la majeure partie de ces
22% du territoire est stérilisée par le bitume et le béton,
laissant peu de choses pour les milieux naturels ouverts non forestiers,
surtout en plaine (où l'agriculture utilise plus de 60% des terres).
Le développement de la faune et de la flore de milieu ouvert est donc
presque entièrement tributaire de la qualité de l'espace agricole.
Or celui-ci a subi depuis plusieurs années des modifications de plus
en plus marquées. Cette évolution, qui correspond en fait à
une massive substitution du capital au travail et qui a été
largement stimulée par les politiques agricoles, peut être
illustrée par quatre faits principaux :
a) L'augmentation des intrants
Entre 1970 et 1993, les consommations intermédiaires de l'agriculture
(eau, engrais, produits phytosanitaires) nécessaires à la
production d'un produit agricole d'une valeur de 100 FrF sont passées
de 30 à 46,3 FrF (en francs constants). Plusieurs facteurs expliquent
cette augmentation :
- depuis 1979, les surfaces irriguées augmentent de 6% par an. En
1988, date du dernier recensement agricole général, 33 500
ha de surface agricole utile (SAU) sont irrigués, soit 10% de la SAU
totale alsacienne. Dans certains cantons du Haut-Rhin, ce sont plus de 50%
de la SAU par exploitation qui sont irrigués
(3). Or les quatre cinquièmes de ces surfaces sont
plantées en maïs, plante grande consommatrice d'eau (l'irrigation
de 50 ha de maïs représente en moyenne la consommation annuelle
de 1 500 habitants(4)) ;
- la consommation annuelle d'engrais azotés en Alsace s'élève
à 51 000 t (dont 70% sous forme minérale), ce qui correspond
à un apport moyen de 150,7 kg d'azote par hectare de SAU et
par an (5). Nous pouvons noter avec une
certaine satisfaction que cet apport diminue régulièrement
depuis 4 ans (cette diminution est de 23% depuis 1991
(6)). Cette amélioration est peut-être
à mettre à l'actif des opérations Fertimieux en faveur
du raisonnement de la fertilisation et de l'information des agriculteurs,
menées sur la plaine de l'Ill, la Hardt et le piémont viticole.
Ces opérations sont sans doute à améliorer puis à
généraliser, puisque l'introduction de la jachère
obligatoire en 1993, même s'il s'agit de l'un de ses objectifs, n'a
pas accéléré ce processus de réduction des intrants
;
- on estime que 18 millions d'hectares subissent au moins une intervention
phytosanitaire par an, soit 40% de la superficie de la
France (7). Il existe dans notre pays
plus de 460 molécules actives autorisées pour ces traitements,
et près de 4 000 préparations commerciales. Même si les
estimations sont délicates à effectuer, il est admis qu'en
Alsace, la consommation de pesticides par hectare est passée de 3
kg de matière active en 1976 à 5,5 kg en 1988. Depuis 1990,
cet apport diminue régulièrement, essentiellement à
cause de l'augmentation de l'efficacité des molécules et de
l'apparition de nouvelles techniques de traitement (enrobage des semences,
etc.). Toutefois, l'usage de désherbants sur grandes cultures (notamment
le maïs) constitue toujours un problème aigu et pose en corollaire
celui des déchets de traitements. L'Agence de l'environnement et de
la maîtrise de l'énergie (ADEME) a recensé en 1991-92
dans le Bas-Rhin un stock résiduel de 33 tonnes de produits
phytosanitaires inutilisables et de 12 tonnes d'emballages, en attente de
traitement (8).
b) Une simplification de l'assolement
Grâce aux progrès techniques et à la sélection
d'hybrides adaptés aux conditions climatiques alsaciennes, la production
de maïs a connu un développement fulgurant dans la région.
Ainsi, la surface cultivée en maïs-grain est passée de
36 500 ha en 1979 à 116 700 ha en 1993. Alors que la part de maïs
dans la SAU totale de l'Alsace passait de 11% à 34% durant cette
même période, celle des céréales d'hiver chutait
de 31 à 16% et celle des prairies de 35 à 23%
(9). La surface toujours en herbe a donc été
sérieusement amputée puisqu'elle est passée de 111 600
ha à 76 800 ha. Ce qui veut dire qu'en quatorze ans, alors qu'elle
gagnait 15,7 ha de maïs-grain par jour, l'Alsace perdait 6,27 ha de
prairies par jour, situées essentiellement dans les rieds et les
vallées alluviales.
c) Une généralisation des remembrements
Afin de faciliter le travail des machines, les remembrements ont été
appliqués sur toute l'Alsace depuis 1950. Aujourd'hui, 522 communes
sur les 560 que compte le Bas-Rhin et 377 sur les 386 du Haut-Rhin ont connu
au moins un remembrement. Ce sont donc près de 80% de la SAU alsacienne
qui ont été remembrés
(10). Or, un champ céréalier compte 1
à 1,5 arbres à l'hectare alors qu'un terrain non remembré
consacré à la polyculture traditionnelle en compte en moyenne
5 à 6. Depuis les premiers remembrements, l'Alsace a été
dépossédée de plus d'un million d'arbres fruitiers
(11). Les procédures
d'aménagement foncier actuelles permettent de légers
progrès dans la préservation des zones arborées et des
milieux naturels sensibles, ainsi qu'une possible renaturation des terrains
agricoles comme ce fut le cas finalement dans la plaine de la Hardt. Mais
si l'on encourage aujourd'hui la replantation d'arbres ou de haies, il ne
faut pas oublier que de telles zones sont encore détruites, même
dans le vignoble " appellation d'origine contrôlée " (AOC),
afin d'accroître la surface de production.
d) Une importante mécanisation
Le nombre moyen de tracteurs pour 100 exploitations en Alsace est passé
de 11 en 1955 à 140 en 1988. Si ce chiffre évolue peu depuis,
les tracteurs sont toutefois de plus en plus puissants puisque la part de
tracteurs de plus de 55 CV est passée de 25% en 1979 à 45%
en 1988 (12). L'Alsace apparaît
ainsi largement suréquipée avec une moyenne de 10 tracteurs
pour 100 ha contre 5 en moyenne en France. La nécessité d'amortir
ces importants investissements en matériel, 2 fois plus importants
que pour le reste de la France, conduit les agriculteurs à intensifier
encore plus leur mode d'exploitation. La productivité du sol alsacien
est ainsi l'une des plus élevées de France alors même
que la rentabilité du travail et du capital reste nettement
inférieure aux moyennes nationales
(13).
Des conséquences indéniables sur l'environnement
La polyculture traditionnelle et l'élevage, qui ne sont plus
pratiqués que sur 26% des exploitations alsaciennes, ont été
supplantés par une agriculture de plus en plus spécialisée,
notamment vers les grandes cultures, et de plus en plus intensifiée.
Cette intensification a des répercussions importantes sur toutes les
composantes de l'environnement.
a) L'eau
La teneur en nitrates de la nappe phréatique d'Alsace a pratiquement
doublé au cours de ces dix dernières années (la teneur
moyenne est de 36 mg/l dans le Haut-Rhin
(14)). En 1992, l'Agence de l'Eau Rhin-Meuse estimait
que 230 km2 sur les 2 800 km2 de surface de la nappe connaissaient un taux
de nitrates d'origine diffuse de plus de 50 mg/l (limite de potabilité
de l'eau). Les estimations pour l'an 2000 sont de l'ordre de 470 km2, soit
16% de la surface totale. Même si elle n'est pas la seule concernée,
l'agriculture est l'une des principales sources de pollution diffuse par
les nitrates. En effet, sur 51 000 tonnes d'azote apportées par an
en Alsace, 40 000 tonnes sont exportées sous forme végétale.
Les excédents peuvent donc être estimés à 11 000
tonnes par an, dont une grande partie est lessivée. Or, la réduction
de moitié de ces excédents représenterait une économie
de 10 millions de francs pour la profession
(15).
Celle-ci prend petit à petit conscience de son rôle dans cette
pollution et place sa réduction comme objectif environnemental
prioritaire. Les campagnes Fertimieux, complétées par des mesures
réglementaires (directives nitrates, protection des captages, etc.)
et les actions de l'agence de l'Eau Rhin-Meuse, sont autant d'outils mis
en place pour la protection de la nappe d'Alsace. Ces campagnes devraient
s'étendre aux produits phytosanitaires puisque plusieurs d'entre eux
commencent à être détectés dans la plupart des
puits de captage (19 molécules en tout dont l'atrazine, la simazine
et le lindane, parfois à des taux proches des normes admissibles).
C'est ainsi que 45% de la population bas-rhinoise consomment une eau dont
la teneur en atrazine est supérieure à 0,1
µg/l (16) qui correspond à la concentration
maximale admissible dans les eaux de consommation en Europe. Par ailleurs,
cette contamination de la nappe par les pesticides pourrait également
être à l'origine du dépérissement forestier en
plaine.
Pour ce qui est de la pollution des cours d'eau due à l'agriculture,
les principaux problèmes se situent dans le piémont viticole
et le Kochersberg où se conjuguent à la fois les
phénomènes d'érosion du sol et de lessivage de l'azote,
qui augmentent la charge de matières en suspension des rivières
et la teneur en azote et en phosphore à l'origine des
phénomènes d'eutrophisation. Certaines études ont
montré que les rivières phréatiques du Ried central
drainent jusqu'à 40 kg d'azote par hectare et par an sous forme de
nitrates (17). Cependant, les cours
d'eau sont marqués par les aménagements hydrauliques lourds
effectués suite aux pressions des agriculteurs.
b) La flore
L'intensification des pratiques agricoles et la modification de l'assolement
ont profondément perturbé la flore alsacienne. Aujourd'hui
780 espèces végétales sont rares ou menacées,
c'est-à-dire à peu près 40% de la flore régionale.
La flore prairiale est la plus touchée. En effet, l'exploitation extensive
des prairies du Ried, des collines calcaires ou des hautes chaumes permettaient
de maintenir un cortège d'une soixantaine d'espèces au mètre
carré, dont certaines espèces remarquables telles les
orchidées, l'iris des marais ou le glaïeul palustre. Aujourd'hui,
la surface en herbe du Grand Ried a été divisée par
5 au profit de maïs ou des prairies intensives qui ne comptent plus
que 5 à 6 espèces au mètre carré. Ces mêmes
prairies intensives gagnent les hauteurs vosgiennes.
La sélection génétique est responsable de la réduction
drastique du nombre d'espèces cultivées, si bien qu'il faut
aujourd'hui multiplier les conservatoires d'espèces pour conserver
ce patrimoine génétique végétal, notamment celui
des vergers.
Les plantes messicoles ont également payé un lourd tribut à
l'intensification puisqu'au début du siècle, un champ cultivé
présentait jusqu'à 50 espèces de plantes de moisson.
Aujourd'hui, les traitements phytosanitaires et la sélection des semences
ont réduit ce nombre à une ou deux espèces présentant
de plus en plus de résistance aux traitements. Ainsi du vulpin ou
de la matricaire. De nombreuses espèces annuelles discrètes
sont en voie de disparition telles la nigelle des champs ou l'adonis estivale,
ou en régression importante telles la nielle des blés ou la
silène de France. Ces plantes, associées aux cultures comme
par exemple la tulipe des vignes dans le vignoble, sont éliminées
au nom de la productivité.
c) La faune
L'agriculture intensive se caractérise par une monotonie dans l'espace
(la monoculture permettant de réduire les charges d'exploitation)
et une instabilité dans le temps (la rotation trop rapide des cultures
ne permet pas à l'écosystème de s'équilibrer).
Si certaines espèces ont pu se développer dans ces grandes
étendues agricoles, notamment le campagnol, le vanneau huppé,
ou encore les étourneaux ou certains rongeurs à la faveur de
la multiplication des silos à ensilage, la richesse faunistique en
milieu rural a fortement chuté. Ainsi, pour les vertébrés,
l'indice de richesse faunistique (qui tient compte à la fois du nombre
d'espèces et de l'abondance des individus de chacune d'entre elle)
des Rieds est de 160, contre 14 pour une steppe culturale (champs de maïs,
de blé, etc.) (18). La faune
dans ces espaces est en effet confrontée au triple problème
d'absence de lieu de reproduction (suppression des haies et d'arbres, fauche
précoce des prairies...), de contamination de la chaîne alimentaire
et de réduction des sources de nourriture (destruction des insectes,
etc.). C'est ainsi que, sur 80 espèces d'oiseaux nicheurs dépendant
des milieux créés par l'agriculture traditionnelle (de la Perdrix
grise au Courlis cendré), 70 sont en voie de régression ou
menacées de disparition en Alsace
(19). De même les effectifs de petits mammifères
tels le lièvre sont en régression. L'entomofaune, malheureusement
peu étudiée, est elle aussi concernée : des études
menées en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis ont montré que
les traitements phytosanitaires provoquent en moyenne la réduction
de 40% des effectifs de populations d'insectes non-cibles.
Il ne faut pas oublier ici la faune domestique qui est également
concernée par la course à la productivité. La recherche
du rendement a conduit à une sélection génétique
des races les plus productives et à l'abandon progressif des races
les moins productives, dont certaines se retrouvent aujourd'hui menacées
d'extinction. Ainsi, sur les 32 races bovines françaises, 5
représentent à elles seules 93% du cheptel (dont 50% pour la
race FFPN-Holstein) (20). La
productivité a également conduit à l'abandon de techniques
traditionnelles d'élevage extensif au profit d'élevages
concentrationnaires et de transports sur de longues distances, souvent nocifs
au bien-être et à la santé des animaux.
d) Le sol
Le sol est le support physique même de l'activité agricole.
Dans certaines régions, notamment dans la Hardt, l'agriculture a
contribué à la formation du sol en apportant d'importantes
quantités de matière organique et a permis la mise en culture
de ces régions. Mais le travail profond et répété
de la terre, la succession des traitements et des amendements minéraux
et la modification du couvert végétal sont à l'origine
de phénomènes inquiétants pour la fertilité à
long terme des sols. Nous pouvons distinguer 3 phénomènes majeurs
:
- l'érosion : spectaculaire lorsqu'une inondation met à nu
les graviers ello-rhénans et emporte le sol d'une parcelle prairiale
qui vient d'être labourée, l'érosion reste un
phénomène discret et continu. Des études menées
sur des terrains loessiques du nord de l'Alsace montrent que le ruissellement
a emporté 1 à 1,5 tonnes de terre/ha/an depuis les premières
mises en culture (21). Cette moyenne,
faite sur une longue période et incluant donc des épisodes
de pratique extensives, masque les chiffres actuels qui annoncent sur les
terrains en pente même légère et sur les grandes surfaces
remembrées une perte de sol de 10 à 15 tonnes/ha/an
(22). L'érosion, favorisée
par la mauvaise pratique du labour et les retournements de prairies, est
donc de 50 à 100 fois plus importante que la formation de terre
nouvelle.
- le compactage : le passage répété de machines lourdes
sur les parcelles ou les labours mal opérés peut provoquer
un compactage du sol jusqu'à une profondeur de 60 cm, modifiant la
structure du sol, donc limitant l'exploration racinaire et augmentant les
risques d'érosion. De plus, la matière organique enfouie
profondément se décompose mal. La minéralisation est
donc incomplète, ce qui amplifie les déséquilibres
nutritionnels.
- les pollutions : l'apport répété d'engrais et les
traitements successifs provoquent l'accumulation dans le sol de substances
toxiques. Les engrais, très souvent non purifiés, apportent
de nombreux métaux et métalloïdes. Ainsi, 70 kg de phosphates
apportés par hectare contiennent environ 2 à 3 g de cadmium.
Les pesticides organométalliques contribuent à augmenter la
charge du sol en cuivre (surtout dans le vignoble), en plomb et en mercure.
Ces éléments peuvent également contaminer le sol suite
à l'épandage de boues de stations d'épuration. Les produits
phytosanitaires s'accumulent identiquement dans le sol à raison de
1 à 3 kg/ha/an (23). La plupart
de ces produits, faisant intervenir des molécules de synthèse,
sont dégradés très lentement. C'est le cas notamment
des insecticides organochlorés dont le pourcentage persistant dans
le sol, quinze ans après traitement, varie de 15 à 40% de la
dose initiale. Ces éléments peuvent contaminer toute la
chaîne alimentaire, et donc en dernier lieu, l'homme.
e) La santé de l'homme
Les produits issus de l'agriculture intensive et l'eau peuvent comporter
un certain nombre de résidus néfastes à la santé
de l'homme. Ainsi, les nitrates contenus dans les végétaux
ou dans l'eau sont transformés dans l'appareil digestif en nitrites
qui se fixent sur l'hémoglobine du sang et la transforment en
méthémoglobine incapable de véhiculer correctement
l'oxygène. L'accumulation de cette substance, principalement chez
le nourrisson et les jeunes animaux, provoque des troubles de l'oxygénation
pouvant aller jusqu'à la mort. Par ailleurs, les nitrites peuvent
se combiner aux amines et aux amides (naturellement présentes dans
les aliments) pour former des nitrosamines, composés carcinogènes
impliqués dans les cancers de l'appareil digestif
(24). D'autre part, plusieurs études
épidémiologiques ont mis en évidence les liens existants
entre l'exposition aux pesticides et l'apparition de cancers. Il semble certain
aujourd'hui que les organochlorés multiplient par 4 les risques de
cancer du poumon et que les triazines interviennent dans les cancers de l'ovaire
et du côlon (25).
Ces conséquences de l'agriculture moderne, telles que nous venons
de les décrire, concernent essentiellement la plaine d'Alsace. Les
problèmes sont d'un ordre différent pour ce qui est du Massif
et du Piémont vosgiens. Les Hautes-Chaumes, soumises à une
pression touristico-agricole, devraient retrouver leur équilibre naturel
dans le cadre d'un parc national. Les vallées vosgiennes et les collines
sous-vosgiennes, désertées par leurs agriculteurs, voient les
parcelles non entretenues s'enfricher ou s'enrésiner et les paysages
se ferment. Paradoxalement, dans les vallées où certaines
exploitations agricoles subsistent, le modèle productiviste conduit
à intensifier les prairies (fumures, sursemis de graminées,
ensilage) qui deviennent des plus banales. Le piémont viticole accueille
aujourd'hui une véritable monoculture de vigne, à l'origine
de graves phénomènes d'érosion des sols et de pollutions
des eaux (à cause des traitements appliqués mais aussi des
effluents de vinification).
Un bilan social tout aussi négatif

dessin CB
Si l'industrialisation de l'agriculture, stimulée par les politiques
agricoles, a généré un véritable conflit entre
les objectifs agricoles et environnementaux avec les conséquences
que nous venons de décrire, le bilan social de cette rationalisation
est tout aussi désastreux.
Il l'est d'abord pour le monde agricole. Ne pouvant amortir leurs investissements
dans un marché agricole mondialisé où elles se retrouvent
en concurrence avec d'autres régions éloignées par le
truchement du faible coût des transports et de l'énergie, les
exploitations alsaciennes les moins rentables n'ont pu subsister dans cette
course à la productivité. S'est donc installé un formidable
mouvement de concentration et de spécialisation des exploitations
qui a été fatal à 58 990 d'entre elles entre 1942 et
1993 (le nombre d'exploitants en 1993 est de 17 750)
(26). Ces chiffres correspondent donc à une
réduction de 77% des effectifs. Ce qui veut dire que durant cette
période, plus de 3 exploitations par jour ont cessé leur
activité en Alsace. La spécialisation, la mécanisation
et l'intensification des pratiques provoquent une perte d'emplois importante
puisqu'entre 1988 et 1993, la main d'oeuvre agricole a diminué de
5 120 unités de travail annuel familial
(27), soit près de 3 unités par jour. Il
n'y a donc plus que 3,5% de la population active alsacienne qui travaille
dans l'agriculture (28). Et ce déclin
risque de se poursuivre puisque plus de 50% des chefs d'exploitation ont
plus de cinquante ans. Comment ne pas rapprocher ces chiffres avec ceux du
chômage en Alsace ? La réforme de la Politique agricole commune
(PAC) ne stoppera sans doute pas cette évolution qui conduira les
exploitations à s'agrandir et se concentrer encore. Cette adaptation
se dessine déjà puisque la moyenne de la SAU par exploitation
continue d'augmenter (elle est de 20 ha actuellement). Cette évolution
profite aux grandes exploitations concernées par la PAC (exploitation
de cultures céréalières, de grandes cultures et
d'élevages bovins et ovins) qui ont vu leurs revenus moyens progresser
d'environ 15% en deux ans en partie grâce aux
subventions (29).
Mais cet " exode rural " a des conséquences qui vont bien au-delà
du monde agricole. La place de l'exploitant dans ce tissu rural diminue et
avec elle, sans doute celle d'autres artisans et commerçants. La
monoculture, le remembrement, l'irrigation, le drainage justifiés
par la recherche de rentabilité et de productivité, induisent
une uniformisation et un appauvrissement de l'espace rural et du cadre de
vie. Un paysage qui se banalise ou se ferme et une vie rurale qui s'épuise
sont autant d'obstacles à l'équilibre du territoire, au
bien-être des Alsaciens, qu'ils soient d'origine rurale ou urbaine,
et au développement d'un tourisme important pour l'économie
régionale.
De ce constat, nous pouvons tirer trois conclusions majeures :
- l'agriculture, par certaines de ces pratiques intensives, est polluante,
non respectueuse des besoins fondamentaux des animaux domestiques, et
incompatible avec le maintien d'une vie sauvage diversifiée ;
- elle peut mettre en danger, sous l'impulsion de logiques productivistes
et de soutien des marchés, à la fois l'emploi des agriculteurs,
la pérennité des milieux naturels et l'équilibre du
territoire ;
- parce qu'elle perd en Alsace chaque année entre 600 et 1 000 ha
de terre au profit de l'urbanisation ou la création d'infrastructures,
parce que les dispositions foncières lui sont favorables, elle est
tentée de gagner ou de récupérer des terres sur le milieu
naturel.
[R] 2. Un objectif nécessaire : une place pour la nature dans l'espace rural
Dans un contexte de surproduction, l'agriculture alsacienne n'a pas pour
vocation prioritaire d'alimenter le marché mondial en denrées
alimentaires ou en matières premières industrielles. Son objectif
premier ne doit pas être l'exportation mais bien la satisfaction des
besoins de chaque Alsacien, que ce soient ses besoins alimentaires ou ceux
d'un cadre de vie de qualité. En ce sens, l'espace rural ne doit pas
être uniquement voué à l'agriculture productive. C'est
aussi un lieu de vie, de récréation et d'échanges pour
les hommes et les femmes qui y sont nés ou qui ont choisi de s'y
installer. Il doit donc être diversifié, accueillant et vivant
afin que l'homme mais également les autres êtres vivants puissent
s'y implanter, y vivre et s'y épanouir.
Or, l'espace rural que nous propose aujourd'hui l'agriculture moderne tend
vers la dichotomie zone d'agriculture intensive-forêt (en détruisant
notamment les milieux semi-naturels) qui ne peut répondre à
ces besoins fondamentaux de chacun. Il est donc nécessaire de
permettre à la nature de reconquérir cet espace rural,
de plus en plus stérile. Pour des raisons éthiques, sociales,
économiques et environnementales, il est indispensable qu'à
l'échelle de chaque ban communal, un espace correspondant à
au moins 30% de la surface agricole utile soit réservé à
la nature. Ce chiffre moyen pour toute l'Alsace pourra être
adapté en fonction des conditions écologiques, économiques
et sociales de chaque terroir, à l'issue d'études scientifiques
et de la consultation de tous les acteurs communaux : il inclut les surfaces
actuellement vouées à la jachère et celles toujours
en herbe. Il est évident que dans de nombreux bans communaux de
piémont, de vallées et même de rieds, ce chiffre sera
largement dépassé : il s'agit d'un strict minimum.
Ce partage de l'espace ne devra pas se faire entre une agriculture très
intensive et une nature plus ou moins préservée et exposée
dans quelques petites réserves. Au contraire, en fonction des
potentialités écologiques de chaque terroir, des zones naturelles
et semi-naturelles subsisteront, se développeront et seront reliées
entre elles, formant une véritable trame verte, tandis que l'espace
agricole sera géré d'une façon extensive compatible
avec le maintien de ces milieux.
[R] 3. Des moyens pour parvenir à cette reconquête de l'espace rural
Deux préalables à la mise en place de ces moyens
Le préalable indispensable à cette reconquête est le
partage des responsabilités. Devenu aujourd'hui minoritaire
en terme de nombre de personnes dans l'espace rural, l'agriculteur ne peut
plus en effet rester le seul responsable de la gestion de ce dernier. La
fiscalité foncière assurant le financement des chambres
d'agriculture, le pouvoir des sociétés d'aménagement
foncier et d'établissement rural (SAFER), le droit des baux ruraux
donnent de fait une position de monopole à l'agriculture dans la gestion
de l'espace rural. Ce pouvoir du lobby agricole doit être aujourd'hui
remis en cause tout en admettant que, si la collectivité souhaite
préserver son patrimoine naturel, elle doit en assumer la
co-responsabilité et être solidaire des agriculteurs. Pour
construire un territoire équilibré, il convient donc d'instaurer
une véritable cogestion démocratique avec l'ensemble
des acteurs ruraux, ceci d'autant plus que les fonds publics destinés
au financement d'une agriculture gestionnaire de l'espace - mesures
agri-environnementales, fonds de gestion de l'espace rural - sont et seront
prélevés chez l'ensemble des contribuables. Ces dernières
mesures peuvent être considérées comme les prémices
de cette cogestion mais leur répartition et leur organisation sont
au main de la profession et de l'administration (direction départementale
de l'Agriculture et de la Forêt) agricoles et, de ce fait, restent
très insatisfaisantes du point de vue de l'environnement naturel.
La mise en place de cette cogestion nécessitera alors des réformes
législatives, touchant la fiscalité foncière, les baux
ruraux, le fonctionnement des SAFER et des chambres d'agriculture. Il s'agira
de se donner des lieux de dialogue et de décision et des outils efficaces,
pour préserver la nature et gérer l'espace de façon
contractuelle, dans l'intérêt général. C'est dans
cette perspective que pourra se créer une instance de cogestion
de l'espace rural, qui regroupera paritairement l'ensemble des acteurs
ruraux et qui organisera localement des projets de gestion et de
réhabilitation pour lesquels chacun des acteurs apportera ses
compétences. Au niveau administratif, la gestion de l'espace rural
ne sera plus du ressort du seul ministère de l'Agriculture. Le
ministère de l'Environnement devra pouvoir y prendre une place
prépondérante.
Une deuxième exigence préalable à cette reconquête
est la préservation de l'existant. Compte tenu de leur rareté
en plaine d'Alsace, il s'agira de conserver les sites naturels de toutes
valeurs (d'intérêt international, national, régional
ou local) qui ont été décrits dans les différents
inventaires menés dans la région (Natura 2000, ZNIEFF, ZICO,
inventaire zones humides, etc.). Cette sauvegarde se fera grâce à
la combinaison des mesures réglementaires, des mesures
agri-environnementales et de maîtrise foncière. Ceci implique
la mise en place de la politique départementale des espaces naturels
sensibles et le renforcement des actions du Conservatoire des sites alsaciens
et du Fonds alsacien de restauration des biotopes. Cette préservation
suppose également la transformation des remembrements en
aménagements fonciers respectueux de l'environnement, conservant les
derniers réseaux de haies, d'arbres le long des cours d'eau, les ceintures
de vergers autour des villages, les vergers de plein champ, etc.
La nature entre les champs
Ces deux impératifs de partage des responsabilités et de
préservation de l'existant fourniront une bonne assise à la
reconquête de l'espace rural par la nature. La nature devra ensuite
reprendre ses droits entre les champs par la reconstitution d'une trame
interconnectée d'espaces non cultivés (des haies, des arbres
isolés, des ripisylves, des bandes herbeuses, des prairies, des mares,
des vergers, etc.) et d'espaces semi-naturels extensifs, prenant la place
des jachères qui n'offrent pas des milieux suffisamment stables pour
la faune et la flore sauvages. Ces milieux constitueront à la fois
des coupures paysagères dans la plaine, une animation paysagère
dans les vallées, une restauration du patrimoine biologique et des
protections face à diverses pollutions. Cette restauration, qui devra
concerner toute l'Alsace, sera organisée dans le cadre d'une
planification territoriale qui pourrait prendre la forme, au niveau
de chaque ban communal, de plan d'occupation de l'espace non bâti.
Les communes s'attacheront à recréer ou à développer
un maillage vert, grâce à des procédures d'aménagement
foncier à objectif " nature ". A titre d'exemple, les
propriétés communales seront les premières à
bénéficier d'une renaturation.
Au niveau de chaque entité biogéographique (Hardt, Sundgau,
piémont, secteurs loessiques, rieds, Vosges, etc.), des schémas
directeurs écologiques fixeront, en fonction des potentialités
écologiques de chacune, les objectifs de reconquête en termes
quantitatif et qualitatif. L'Alsace s'offrira ainsi un plan de ménagement
du territoire, dans lequel au moins 30% de la SAU seront gérés
de façon à ce que la vie sauvage puisse s'épanouir et
circuler, que la diversité biologique redevienne réelle, pour
le plaisir de tous les ruraux. De plus, grâce à cette planification,
le tourisme rural pourra se développer et s'intégrer dans une
démarche locale partenariale organisant et répartissant le
flux touristique dans le respect des sites.
La nature dans les champs
Ce partage de l'espace sera renforcé par un retour de la nature dans
les champs. Ceci veut dire que les techniques agricoles deviendront compatibles
avec le maintien d'une faune et d'une flore variées et les besoins
des animaux d'élevage. Les champs ne seront plus des déserts
biologiques, sources de pollution des eaux et du sol. La voie déjà
tracée pour atteindre cette " éco-compatibilité " des
pratiques agricoles est l'agriculture biologique. Il faut donc dès
aujourd'hui se donner les moyens de tendre vers la prédominance de
cette référence technique réglementée. Ce qui
veut dire qu'il faut mettre en place un plan régional de
développement volontariste de l'agriculture biologique, qui comportera
plusieurs volets :
- un volet financier visant à l'aide à la reconversion à
l'agriculture biologique et à son maintien : développement
de la mesure " reconversion à l'agriculture biologique " du programme
agri-environnemental, prise en charge des frais de contrôle, réforme
de la fiscalité à taux réduit des intrants et reversement
des produits à l'agrobiologie, adaptations des cotisations sociales
pour les agriculteurs bio, etc. ;
- un volet " développement de la demande " à travers des campagnes
de promotion des produits bio et d'éducation des consommateurs. Par
exemple, l'approvisionnement en aliments issus de l'agriculture biologique
des cuisines des lycées, des collèges, des centres d'initiation
à la nature, des hôpitaux pourrait être organisé
avec le soutien des collectivités ;
- un volet " développement de la formation " à travers le
développement de l'enseignement de l'agriculture biologique en lycée
agricole et la mise en place de fermes expérimentales et de
démonstration ;
- un volet " organisation de la distribution " grâce au développement
de partenariat entre producteurs et distributeurs, à la promotion
des points de vente auprès des consommateurs.
Compte tenu des enjeux, et notamment celui du maintien de la ressource en
eau potable, l'objectif de ce plan doit être ambitieux : à terme,
l'agriculture biologique doit devenir la référence technique
dominante. A moyen terme, un objectif d'une ferme sur cinq pourrait être
visé.
Cette transformation de l'agriculture alsacienne implique de faire
évoluer dans un premier temps les pratiques actuelles vers
l'extensification. Cette évolution pourra se faire en plusieurs
étapes incluant par exemple :
- le développement des productions de terroir, disposant d'un label
et soumises à un cahier des charges incluant la protection du milieu,
attestant de l'origine et de la qualité du produit ;
- l'application du principe " pollueur-payeur " avec la taxation des intrants
chimiques au profit des méthodes extensives ;
- le développement des techniques permettant de réduire la
fertilisation chimique et les traitements phytosanitaires ;
- la mise en place de techniques d'exploitation extensives et moins
dévastatrices de la faune ;
- la mise en place d'un élevage conforme à la biologie des
animaux.
Depuis plus d'une trentaine d'années, l'intensification des pratiques
agricoles, stimulée par les politiques et soutenue par les responsables
agricoles, a des conséquences dramatiques dans notre région
: elle est responsable de la raréfaction et de la disparition de la
faune et de la flore sauvages, de la dégradation des sols, de la
détérioration de la qualité des eaux souterraines, de
la destruction des paysages et de la disparition de bon nombre d'exploitations
alsaciennes. Le choix en Alsace est simple : soit l'application de ce
modèle intensif se poursuit et l'on condamne définitivement
à la fois l'agriculture familiale à disparaître, l'espace
rural à devenir un véritable désert biologique et la
nappe phréatique à être inexploitable pour nos besoins
en eau ; soit l'agriculture se tourne vers une exploitation extensive et
accepte une cogestion de l'espace rural et l'on maintient de façon
durable un espace rural vivant, un milieu naturel diversifié et la
qualité de nos ressources en eau.
Il faut donc aujourd'hui permettre à la nature, dans le cadre d'une
gestion collective de l'espace, de reconquérir au moins 30% de la
surface agricole grâce à la mise en place de plans régionaux
de ménagement du territoire et de développement volontariste
de l'agriculture biologique. Cette agriculture diversifiée, s'appuyant
sur un réseau de milieux naturels et semi-naturels, permettra de
recréer dans notre région un cadre de vie harmonieux, riche
et gratifiant. L'application de ce nouveau modèle suppose la participation
de l'ensemble de la société, qui doit être solidaire
et comptable de la gestion de l'espace devant les générations
futures. Cet objectif doit aujourd'hui réunir agriculteurs, protecteurs
de la nature et l'ensemble de forces vives de notre région.
[R]
(1) Georges Bertrand,
dans sa contribution à l'Histoire de la France rurale de Duby
et Wallon (Coll. Points, Le Seuil, Paris, 1975, pp. 48-49), distingue quatre
types de milieux : les milieux soumis à la culture intensive dont
les sols sont modifiés par les modes de culture et les apports d'intrants
; les milieux climaciques ou primaires, fruits de l'évolution naturelle
sans intervention humaine ; les milieux semi-naturels qui ont conservé
l'essentiel de leur structure naturelle (couverture végétale,
sol, etc.) mais dont l'évolution est modifiée ou
contrôlée par l'intervention humaine ; les espaces
intermédiaires soumis à des phases alternées d'exploitation
et d'abandon humain (friches, landes). Si ces trois derniers types de milieux
composent la nature, ce sont les deux derniers types, formant le
saltus (en opposition à l'ager cultivé et à
la silva préservée) qui ont le plus régressé
en Alsace.[VU]
(2) Album de géographie de l'Alsace. Bulletin de
la Société Industrielle de Mulhouse, n°826,
3/1992.[VU]
(3) SCEES-INSEE, Recensement agricole 1988, Alsace,
Principaux résultats. Agreste, ministère de l'Agriculture et
de la Forêt, janvier 1990.[VU]
(4) IFEN : L'environnement en France. Edition 1994-1995,
Editions Dunod, 1994.[VU]
(5) R. Oberlé : Terres d'Alsace. Serengeti
éditions, 1994.[VU]
(6) B. Desjardins : L'agriculture alsacienne s'adapte
à la nouvelle donne européenne. INSEE-Chiffres pour l'Alsace,
n°28, juillet 1995.[VU]
(7) F. Ramade : Eléments d'écologie ;
écologie appliquée. Ediscience international,
1992.[VU]
(8) Le guide de l'environnement. Jeunes agriculteurs,
Hors série, février 1995[VU]
(9) Service régional de statistique agricole :
Mémento agricole et rural, Alsace, Résultats 1993. Direction
régionale de l'Agriculture et de la Forêt,
1994.[VU]
(10) Album de géographie de l'Alsace, op.
cit.[VU]
(11) A. Waechter : L'agriculture industrielle face à
la nature. Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse
" Agriculture et Nature (1ère partie) ", n°781, 2/1981, pp.
45-52.[VU]
(12) SCEES-INSEE, op.
cit.[VU]
(13) INRA-SCEES : Le grand atlas de la France rurale.
Editions J.P. De Monza, 1989.[VU]
(14) C. Schenck : La pollution d'origine agricole de la
nappe phréatique d'Alsace. Bulletin de la Société
Industrielle de Mulhouse " De l'eau et des hommes en Alsace ", n°817,
2/1990, pp. 101-112.[VU]
(15) R. Oberlé, op.
cit.[VU]
(16) Service Santé-Environnement : Qualité
de l'eau distribuée dans le Bas-Rhin en 1994. Direction
départementale des Affaires sanitaires et sociales du Bas-Rhin, mai
1995.[VU]
(17) C. Schenck, op.
cit.[VU]
(18) A. Waechter, op.
cit.[VU]
(19) Ciconia, livre rouge des oiseaux nicheurs
d'Alsace. Vol. 13, numéro spécial,
1989.[VU]
(20) IFEN, op. cit.[VU]
(21) A. Waechter, op.
cit.[VU]
(22) D. Heinrich et M. Hergt : Atlas de
l'écologie. Editions La Pochothèque,
1993.[VU]
(23) D. Heinrich et M. Hergt, op.
cit.[VU]
(24) Conseil de l'Europe : Health aspects of nitrates and
its metabolites (particularly nitrite). Actes du colloque international
de Bilthoven (Pays-Bas), 8-10 novembre
1994.[VU]
(25) E. Pluygers et P. Gourdin : Evaluation of Cancer
Risks related to the use of agricultural chemicals. UNED-RISCAPE, Haine
Saint Paul, Belgique.[VU]
(26) SCEES-INSEE, op.
cit.[VU]
(27) Service régional de Statistique agricole, op.
cit.[VU]
(28) Album de géographie de l'Alsace, op.
cit.[VU]
(29). B. Desjardins, op.
cit.[VU]
[R]