1. Impact environnemental des pratiques agricoles
actuelles
2. Analyse coût-efficacité des programmes
de réduction des pollutions nitriques
3. Choisir les objectifs de la politique publique
4. La politique agricole contre la politique environnementale
?
En conclusion
Modalités de calcul de l'indicateur des émissions
polluantes d'origine agricole (encadré)
Références bibliographiques
Depuis quelques mois, la commission " Eau-Agriculture ", réunie à
l'initiative des ministères de l'Agriculture et de l'Environnement,
réfléchit (1), entre autres,
à la configuration possible d'une politique de réduction de
la pollution nitrique d'origine agricole, qui serait mise en uvre par
un " agent régulateur " : l'État dans le cadre de la
fiscalité écologique (taxe générale sur les
activités polluantes) ou les agences de l'eau par le biais de leur
système " redevance-pollution/aides à la dépollution
". Pour l'heure, cette commission préconise de " taxer les excédents
d'azote sur la base d'un bilan azoté global, établi au niveau
de l'exploitation à partir des éléments
comptables "(2). Cependant, elle manifeste
deux craintes à l'égard de ce dispositif :
- l'assiette choisie, les excédents d'azote, bien que
considérée comme la meilleure possible du point de vue de
l'équité et des résultats attendus sur l'environnement,
risque d'engendrer un système complexe et coûteux à mettre
en uvre ;
- l'efficacité environnementale de ce dispositif pourrait s'avérer
insuffisante et des incitations complémentaires à la taxe ou
redevance devraient être envisagées afin d'encourager d'autres
modifications des pratiques culturales que la simple réduction des
apports azotés.
Cet article, qui alimente en partie le débat mené au sein de
cette commission, montre qu'il est possible de surmonter les deux
difficultés pointées ci-dessus et, plus globalement, recense
les différents arbitrages qui devront être effectués
afin de définir une politique publique de réduction de la
pollution. Dans cette optique, il répond à quatre grandes questions
qui constituent les parties de l'exposé :
- quel est l'impact sur la qualité de l'eau des pratiques agricoles
actuelles ? Quelle est l'origine exacte de la pollution et comment la mesurer
?
- quelle est l'efficacité environnementale et quel est le coût
des solutions techniques existantes pour réduire cette
pollution ?
- quels sont les choix majeurs à effectuer pour définir une
politique publique de réduction de ces pollutions, en termes d'objectif
environnemental, de population-cible et de niveau de régulation ?
- quelle est la compatibilité de cette politique environnementale
avec la Politique agricole commune, en particulier avec les critères
d'attribution des primes PAC ?
Les réponses que nous apportons à ces questions s'appuient
sur une recherche réalisée pendant quatre années, en
collaboration interdisciplinaire très étroite avec des agronomes
et des hydrologues (3) (Bel et al.,
1995 ; Mollard, 1997 ; Mollard, Vachaud, 1998). Le site étudié
est la plaine de Bièvre-Liers (région de La
Côte-Saint-André, Isère) qui s'étend sur environ
300 km2 au nord-ouest de Grenoble. L'agriculture y est l'activité
économique dominante et représente le noyau dur de la production
intensive et commerciale du département. Grâce aux apports conjoints
des hydrologues et des agronomes, il est possible de connaître assez
précisément l'impact environnemental et économique de
différents programmes préventifs de réduction des pollutions
diffuses par les nitrates, aussi bien au niveau de l'ensemble du bassin
d'alimentation que pour chaque producteur individuel. L'avancement de la
recherche permet donc de tester une situation dans laquelle l'agent
régulateur connaît très bien
l'hétérogénéité des entreprises par rapport
aux pollutions émises et donc les conséquences précises
pour chaque agent privé de différentes politiques publiques
envisageables.
[R] 1. Impact environnemental des pratiques agricoles actuelles
Dans cette partie, nous mettons en évidence les différents
facteurs qui contribuent à la pollution nitrique de l'eau, puis nous
montrons comment construire un indicateur permettant d'évaluer la
pollution émise par les différentes exploitations ; enfin,
à l'aide de cet indicateur, nous évaluons l'impact environnemental
des pratiques agricoles des agriculteurs de la plaine de
Bièvre-Liers.
Des systèmes polluants
Un bilan général de l'apport des hydrologues et des agronomes
sur les origines de la pollution de l'eau par les nitrates (Mollard et al.,
1998) met en évidence que cette pollution ne peut être
considérée comme une fonction des seules quantités d'engrais
minéraux et organiques utilisées par les agriculteurs.
Classiquement, trois ensembles de facteurs sont distingués : les facteurs
climatologiques (importance et répartition temporelle des
précipitations, températures, évapotranspiration...)
; les facteurs agrologiques (propriétés physico-chimiques,
hydrodynamiques et microbiologiques des sols) et les facteurs agronomiques
(type de culture, rotations culturales, travaux culturaux, pratiques de
fertilisation, couverture végétale, profondeur d'enracinement...).
En somme, le transfert des nitrates dans les sols résulte d'un grand
nombre de facteurs interdépendants et les conditions de leur interaction
peuvent conduire à des situations plus ou moins favorables à
la lixiviation des nitrates. Ainsi, selon certains travaux d'agronomes (Addiscott
et al., 1991 ; Mary, 1992), les niveaux élevés de pollution
nitrique observés aujourd'hui résulteraient d'un accroissement
de la capacité de minéralisation des sols sous l'effet cumulatif
de pratiques culturales intensives ; leur réversibilité n'est
donc ni spontanée, ni immédiate.
En définitive, contrairement aux explications les plus courantes,
l'origine de la pollution par les nitrates ne réside pas dans un seul
facteur : les excès d'apports en azote ; ce sont plutôt les
interactions entre différents facteurs qui expliquent le
phénomène observé, aussi convient-il mieux de parler
de " système polluant ".
C'est ce qu'ont mis clairement en évidence les mesures effectuées
en 1991, 1992 et 1993 conjointement par les hydrologues et les agronomes
sur une parcelle expérimentale du site de La Côte-Saint-André.
Au cours de la première campagne, la dose de fertilisants appliquée
sur cette parcelle de maïs a été équivalente aux
pratiques habituelles des agriculteurs (260 kg/ha d'azote en un seul apport).
Au cours des deuxième et troisième campagnes, les apports ont
été réduits de près de 40% et fractionnés
(160 et 140 kg/ha d'azote en deux fois). Les mesures permettaient de distinguer
les reliquats d'azote total et d'azote provenant uniquement des engrais
minéraux (15N). Le lessivage d'azote nitrique sous les racines après
la récolte (période début octobre à fin
février) a été évalué à 150 kg
de N-NO3 en 1991, dont près de 50 kg provenant des engrais, à
70 et 80 kg de N-NO3 en 1992 et 1993, avec des fuites négligeables
en provenance des engrais (Normand, 1996 ; fig. 1, ci-dessous). La forte
réduction du niveau de fertilisation (de 38,5 à 46%) a donc
permis une diminution de moitié des pertes de N-NO3, ce qui est très
important. Mais l'azote qui provient du sol représente encore, compte
tenu des quantités d'eau drainée en 1992 et 1993, une concentration
potentielle de 65 à 75 mg de nitrates par litre d'eau, concentration
nettement supérieure à la norme maximale admise par l'Union
européenne.
Figure 1. Lessivage cumulé d'azote nitrique
au-delà de la zone racinaire
Partition entre N-NO3 total (cercles noirs) et N-NO3
provenant de l'engrais (marqué : 15N, cercles blancs)
Site maïs 15N en 1991, 1992 et 1993 ; site maïs en 1994.
En ordonnées : le lessivage (en kg/ha de N-NO3) ; en abscisse, le
temps (juillet, août, septembre, octobre).
De ces observations, on déduit aisément qu'une taxe sur les
apports d'azote aurait des effets limités sur la pollution. En outre,
pour que cette taxe joue son rôle, il faut que la demande d'engrais
soit sensible à la variation du prix de celui-ci (notion
d'élasticité-prix). Or, cette question est fortement
controversée. Si certaines études font état d'une
élasticité élevée et croissante avec le
temps (4), d'autres, réalisées
à l'étranger, sont beaucoup moins optimistes, au moins à
court terme (England, 1986 ; Rude et Dubgaard, 1989). Ces écarts de
résultats tiennent pour une grande part aux hypothèses, parfois
très lourdes, qui ont été
formulées (5). Même si on
admettait une élasticité-prix de la demande d'engrais suffisamment
significative, une taxe sur les intrants azotés pourrait permettre
de réduire les fuites d'azote, notamment en encourageant la substitution
de l'azote organique à l'azote acheté et en résorbant
les inefficacités productives, mais à condition qu'elle soit
élevée. Toutefois, même dans cette hypothèse,
cette taxe ne pourrait pas, à elle seule, parvenir à diminuer
les fuites d'azote dans des proportions suffisantes pour préserver
la qualité de l'eau : un doublement du prix de l'engrais ne se traduirait
que par une diminution d'environ 20% des quantités consommées
(Le Roch, Mollard, 1996). Dans la suite du papier, nous rechercherons donc
la possibilité d'élargir l'assiette de taxation au-delà
des seuls achats d'engrais, pour envisager des instruments d'intervention
plus complexes et plus appropriés sur les " systèmes
polluants "(6). Pour ce faire, il faut
élaborer un indicateur de pollution qui permette d'apprécier
l'impact environnemental des pratiques culturales actuelles et donc l'ampleur
des modifications à envisager.
Quel indicateur de pollution ?
En matière de pollutions diffuses, la qualité observée
d'une ressource ne correspond pas nécessairement aux émissions
de polluants. Cela est vrai par exemple pour la pollution atmosphérique
ou pour la pollution diffuse de l'eau. En fait, il faut distinguer soigneusement
deux niveaux (Kneese, 1973 ; Braden et Segerson, 1993) :
- d'une part, un niveau observé de " pollution ambiante "
(e) dans la ressource considérée, et un objectif de
réduction de cette pollution défini par rapport à une
"norme ambiante" (e*<= e). Dans le cas de l'eau, pollution ambiante
et norme ambiante se mesurent par la concentration d'un polluant donné
dans la ressource, par exemple des milligrammes de nitrates dans des litres
d'eau (mg/l de NO3). Si l'observation
et la mesure d'une valeur excessive de e déclenche une politique
correctrice, le passage de e à e*, en revanche, n'est pas toujours
immédiatement observable car il nécessite de prendre en compte
les délais de transfert ;
- d'autre part, un niveau d'" émission polluante " (x)
représentant le flux initial de pollution avant transfert, supposé
être à l'origine de la pollution ambiante (e), et sur
lequel va porter l'effort de réduction de la pollution. Dans le cas
de la pollution azotée, l'indicateur retenu est calculé à
partir des reliquats d'azote sous le système racinaire ; il est
exprimé en kg d'azote à l'hectare.
La relation entre pollution ambiante et émission polluante est
définie par une fonction de transfert :
e = f [x (E), t]
dans laquelle e est la concentration terminale de polluants dans la ressource,
x le flux initial d'émissions polluantes qui peut être
observé ou estimé, e un facteur aléatoire qui fait varier
x, principalement selon les conditions pédo-climatiques
(température, pluviométrie, processus biochimiques des sols)
et t le délai de transfert des émissions polluantes vers la
ressource. Dans le cas des pollutions diffuses de l'eau, il n'est pas possible
a priori de désagréger x selon les différentes
sources de pollution. Tout au plus peut-on distinguer xa, xi, et xd
pour différencier les pollutions d'origines agricole, industrielle
ou domestique.
La question qui se pose alors est de savoir si l'on peut définir un
niveau souhaitable d'émissions polluantes x*< x ,
c'est-à-dire une norme d'émissions polluantes admissibles,
telle que l'on atteigne la norme ambiante e* (50 ou 25 mg de nitrates
par litre d'eau selon la directive européenne) au terme du délai
de transfert t , compte tenu du facteur aléatoire e :
f [x*(E), t] £ e*
Le temps de transfert t
Selon les hydrologues, les délais de transfert des émissions
de la zone racinaire vers les nappes présentent une très grande
variabilité, fonction de deux facteurs principaux : profondeur de
la ressource, volume de recharge de la nappe d'eau relativement au stock
lui-même... (Mollard et al., 1998). En somme, les caractéristiques
de la ressource en eau vont différencier les temporalités de
transfert des polluants vers l'aquifère, en jouant un rôle de
tampon entre les pollutions émises sous la zone racinaire et la
concrétisation de cette pollution dans la ressource proprement dite.
Mais il est généralement admis que tous les nitrates ayant
quitté la zone racinaire se retrouveront tôt ou tard à
la nappe, aux rares phénomènes de dénitrification naturelle
près (nappes captives). Donc, si l'on se situe dans une perspective
de long terme, le délai de transfert t peut alors être
négligé ; on est donc ramené à :
e1+n " f [x (E)]
La variable aléatoire e
Selon les agronomes (Sebillotte, Meynard, 1990), le facteur aléatoire
dépend de trois ensembles de facteurs : la nature des sols qui
détermine le taux de minéralisation (structures physico-chimique,
microbiologie, hydrodynamique), la température qui conditionne
l'importance de la minéralisation, et la pluviométrie
(répartition et importance des précipitations) qui fait varier
le drainage.
Face à l'aléa propre aux pollutions diffuses, l'économiste
a la faculté d'introduire un raisonnement probabiliste (Shortle et
Dunn, 1986 ; Segerson, 1988 ; McSweeny et Shortle, 1990) ou de retenir les
conditions les plus défavorables en s'appuyant sur le principe de
précaution. Nous avons opté pour la seconde solution, en estimant,
au nom du principe de précaution, que le risque maximal en terme de
lixiviation des nitrates et donc de pollution ne devait pas dépasser
la norme admise. La fonction de transfert peut alors éliminer le facteur
aléatoire et devient donc :
e 1+n < = xMax
L'indicateur de d'émissions polluantes
xMax
Précisons tout d'abord que les émissions industrielles
(xi)
et domestiques
(xd) d'azote peuvent être
assimilées à des pollutions ponctuelles et ne posent pas de
problème particulier d'évaluation. En ce qui concerne xa,,
nous adoptons le raisonnement en termes de " systèmes polluants "
exposé ci-dessus : le niveau d'émissions polluantes est fonction
non seulement de la quantité d'engrais azotés consommée,
mais beaucoup plus largement d'interactions entre type de cultures, successions
culturales, pratiques cumulées de fertilisation, notamment l'importance
des effluents d'élevage
(en cela, nous rejoignons d'autres
économistes : Moxey et White, 1994 ; Pan et Hodge, 1994 ; Vatn et
al., 1997). C'est donc selon cette orientation que nous avons mis au
point un indicateur d'émissions polluantes agricoles exprimé
en kilogrammes d'azote par hectare sous le système racinaire et
calculé pour les conditions pédo-climatiques les plus
risquées (pour les modalités de calcul, voir l'encadré
ci-après).
L'indicateur des émissions polluantes totales
(xMax) n'a donc plus qu'un lien
relâché avec la pollution ambiante de la ressource (e).
Sa correspondance avec la concentration potentielle en nitrates dans la nappe
peut cependant être approximée en tenant compte de la conversion
de N en NO3 et de la lame drainante
observée en moyenne sur l'année. Dans la mesure où il
peut être désagrégé et donc permettre d'évaluer
la contribution de chaque agent à la pollution, il pourrait servir
d'assiette à un instrument de régulation des pollutions agricoles.
Cet indicateur, bien qu'il repose sur une méthode de bilan de l'azote
tout comme celui proposé par la commission " Eau-Agriculture ", prend
en compte les conditions pédo-climatiques locales ; il est donc plus
précis mais, surtout, ouvre la possibilité d'une gestion
localisée de la ressource en eau.
Application au site de La Côte-Saint-André
Grâce à une base de données presque ex-haustive des
exploitations du site de La-Côte-Saint-André (807 exploitations
dans la base, cultivant 25 500 ha sur un total de 29 900), constituée
à partir des dé-clarations PAC (7)
1994 et 1995, nous avons pu évaluer l'indicateur d'émissions
polluantes xa pour chacune
des exploitations. Évaluées pour les pratiques de fer-tilisation
les plus courantes, les fuites d'azote des exploitations sont estimées,
en moyenne, à 54 kg par hectare. La quasi-totalité des
ex-ploitations (90%) se situent au-dessus du seuil critique de 34 kg/ha qui
équivaut, sur ce site, à la norme euro-péenne de
concentration des nitrates dans l'eau potable (50 mg de
NO3/l)
(8). Il y a donc à la fois une
gé-néralité des situations à risques et une
hétérogénéité des niveaux absolus
d'émissions polluantes (coef-ficient de variation de 30 %, min. =
8 kg, max. = 118, 4 kg).
La principale variable explicative de cette distribution est l'importance
des cultures de printemps : la corrélation du niveau d'émissions
polluantes et la part des cultures de printemps dans la surface totale est
forte (R2=59%) pour l'ensemble des
exploitations ; pour les seules exploitations d'élevage, si on tient
compte, en plus, de la pression du cheptel (unités de gros bétail
/ ha), on obtient un R2 égal
à 68,5%. Au total, le niveau de pollution de chaque ex-ploitation
est largement déterminé par sa struc-ture de production :
présence ou absence d'éle-vage, chargement en UGB/ha, importance
des cultures de printemps, du maïs irrigué
Les fuites d'azote imputables à l'ensemble de l'activité agricole
de la plaine de Bièvre-Liers peuvent être estimées à
1 610 tonnes d'azote par an. Les émissions polluantes émises
par les activités domestique, industrielle et celles liées
à la forêt ont été évaluées à
303 tonnes d'azote par an, soit seulement 16 % de l'ensemble (Mollard, Vachaud,
1998). Au total, on peut donc considérer que ces fuites d'azote
correspondent à une concentration moyenne de la recharge de la nappe
de 64 mg de nitrates par litre d'eau (1 914 tonnes d'azote pour 132,7
millions de m3 d'eau). Cette évaluation de la concentration potentielle
de la nappe en NO3 est assez
élevée puisqu'elle dépasse nettement la norme de
potabilité de 50 mg/l et qu'elle représente le double des
concentrations en nitrates constatées actuellement dans la partie
inférieure de la nappe de la plaine de Bièvre-Liers, où
est prélevée l'eau potable. En effet, selon les données
DDASS concernant 22 captages en 1995, la concentration moyenne s'élevait
à 32,5 mg/l, avec une grande variabilité selon les captages
(16 à 48 mg/l).
Autrement dit, en reprenant les variables précédentes, aujourd'hui
e est égal à 32,5 mg/l ; mais à l'horizon t,
e est susceptible de prendre la valeur estimée de x
Max, soit 64 mg/l. On cherche
donc les scénarios techniques susceptibles de réduire rapidement
x Max dans une fourchette 25mg < =
x*Max< 50 mg, de telle sorte
que l'on soit certain que e* soit inférieur ou égal
à la norme à l'horizon de transfert.
Tableau I. Typologie des exploitations de la plaine de
Bièvre-Liers selon leur niveau d'émissions
polluantes
| Classes d'émissions polluantes (en kg/ha d'azote) |
Nombre d'exploitations |
SAU moyenne par exploitation |
%d'exploitations avec élevage |
UGB par expl. avec élevage |
% de maïs dans la SAU |
| <17 17-34 34-50 50-70 70-90 90-120 |
13 65 145 424 140 20 |
26,7 24,5 29,1 34,8 28,7 9,6 |
31 48 47 36 27 20 |
34,5 25,4 21,4 28,9 33,9 54,5 |
35 10,1 12,9 18,7 42,5 75,6 |
| Moyenne eto 54+-16?04 |
Total=807 | 31,1 | 37 | 27,8 | 20,5 |
Sources: base de donnée 95 INRA/R&A, INRA-Laon,
ISARA; SAU: surface agricole utile; UGB: unité gros
bétail.
[R] 2. Analyse coût-efficacité
des programmes de réduction des pollutions nitriques
Quelles solutions techniques ?
Les recherches des agronomes débouchent sur un grand nombre de solutions
possibles pour réduire les risques de pollution azotée (Lacroix,
1995). La majeure partie de leurs recommandations touche directement à
la gestion de l'azote et de l'interculture.
Mieux gérer l'azote est une proposition apparemment banale qui consiste
à tenir compte de toutes les sources d'azote (apportées ou
non) pour ajuster la fertilisation en fonction d'un rendement-objectif
raisonnable. Elle se révèle complexe à appliquer et
d'une efficacité limitée, compte tenu de l'accroissement cumulatif
de la minéralisation des sols consécutif à l'intensification
des agrosystèmes (cf ci-dessus). La gestion de l'interculture
est donc complémentaire, notamment grâce à l'implantation
de cultures intermédiaires pièges à nitrates avant les
cultures de printemps.
Des solutions plus radicales fondées sur une révision des
itinéraires techniques dans le sens d'une extensification et d'un
aménagement adapté de l'espace commencent à voir le
jour. Cela consiste à modifier les itinéraires techniques et
culturaux, par exemple à diversifier les productions ou à
réduire de manière drastique les niveaux de fertilisation et
les consommations d'intrants, en acceptant des objectifs de rendement
inférieurs aux potentialités agricoles. On peut aussi, à
plus long terme, réaménager les espaces à risques :
protection des périmètres de captages, mise en jachère
de parcelles présentant un intérêt environnemental, voire
gestion coordonnée de quotas de cultures polluantes.
Au total, deux voies sont donc proposées pour réduire les
pollutions agricoles : la première, qui consiste à mieux
gérer l'azote et l'interculture, est applicable immédiatement
et peut être proposée sous forme de programmes opérationnels
aux agriculteurs ; la seconde s'inscrit dans une perspective de plus long
terme et nécessite des délais et des coûts de
développement pour se mettre en place. Parmi ces différents
scénarios techniques, seuls les plus simples à mettre en
uvre ont été expérimentés en 1995 et 1996
sur des exploitations " volontaires " du site de La Côte-Saint-André
par les agronomes de l'INRA de Laon (Aisne) et de l'ISARA de Lyon. Leur
faisabilité technique et économique et leur impact sur la
réduction des pollutions ont été testés sur 20
exploitations agricoles, conduisant à définir trois programmes
préventifs comme base possible d'une politique publique de la
qualité de l'eau souterraine :
- le programme FARM (" fertilisation ajustée sur le rendement
moyen ") consiste à la fois à limiter les objectifs de rendement
à la moyenne des 5 dernières années et à optimiser
la fertilisation azotée, y compris la gestion des effluents
d'élevage, par rapport à cet objectif. C'est le scénario
de base minimal qui doit être appliqué à toute entreprise
pour réduire les pratiques de surfertilisation dans la mesure où
son coût économique s'avère modéré ;
- le programme FARM + CIPAN cumule le précédent avec
la mise en place systématique de " cultures intermédiaires
pièges à nitrates " avant les cultures de printemps et une
meilleure gestion des résidus de récolte (broyage/enfouissement
des cannes de maïs). Il consiste donc à réduire les fuites
d'azote pendant l'interculture. Il induit des contraintes techniques et de
travail notables qui se répercutent plus fortement sur les coûts
des entreprises ;
- le programme DISC est ciblé sur la " diversification des
systèmes de cultures ". Il est plus complexe à mettre en
uvre que les deux précédents, et donc plus difficile
à expérimenter. En effet il nécessite une modification
importante des structures de production avec une réduction des cultures
de printemps, notamment de la culture du maïs et, éventuellement,
l'introduction de prairies en cas d'élevage. C'est un scénario
certainement coûteux mais qui pourrait garantir une réduction
durable de la pollution azotée. Son impact technique et économique
est encore insuffisamment évalué.
Quelle efficacité environnementale et quel coût pour les
programmes envisagés ?
L'analyse coût-efficacité nous permet de rechercher quelles
performances les programmes définis ci-dessus permettent d'atteindre
en terme de réduction des émissions polluantes et de coûts.
Sous l'hypothèse d'émissions non agricoles constantes, nous
avons donc simulé, pour l'ensemble du bassin d'alimentation, l'impact
global des deux programmes les mieux référencés (FARM
et FARM+CIPAN) (9). Il s'agit bien d'une
simulation, c'est-à-dire que les entreprises sont supposées
capables d'adopter sans difficulté les solutions techniques
envisagées et que leur efficacité est censée être
maximale sans délai, ce qui, dans la réalité,
nécessiterait la mise en uvre d'un système d'incitations.
Quels coûts sont pris en compte ? Ce sont seulement les coûts
directs entraînés pour les entreprises lorsqu'elles mettent
en uvre l'un ou l'autre des programmes de réduction de pollution.
Pour le programme FARM, il s'agit principalement de pertes de recettes
liées à une baisse des rendements, déduction faite des
économies réalisées sur les engrais. Pour le programme
FARM+CIPAN, s'ajoutent aux coûts précédents les coûts
d'implantation (et d'enfouissement) des cultures intermédiaires (semences,
matériel et travail). Du fait que le travail supplémentaire
doit être mobilisé en période de pointe, on ne peut pas
admettre l'hypothèse du coût marginal du travail familial nul.
Le travail nécessaire a donc été valorisé au
coût de l'heure salariée. Ce poste est l'élément
explicatif majeur de la différence de coûts entre les deux
programmes considérés.
Par contre, à ce stade de la recherche, les coûts de l'agent
régulateur - information, contrôle, coûts administratifs
- ne sont pas pris en compte, alors qu'ils peuvent être déterminants
dans le choix de l'un ou l'autre des programmes (Russell et Shogren, 1993).
On sait cependant deux choses à leur sujet :
- l'information nécessaire pour évaluer les émissions
polluantes des exploitations et le coût des programmes existe
déjà en grande partie. Sa mobilisation n'entraînerait
donc qu'un coût marginal faible. Les émissions polluantes peuvent
être évaluées, pour l'essentiel, à partir des
données annuelles recueillies par les DDAF pour l'application de la
PAC ; ces données sont disponibles pour la grande majorité
des exploitations françaises et sont d'ores et déjà
centralisées, ce qui n'est pas le cas des données comptables,
nécessaires au calcul de bilan azoté global, tel qu'il est
préconisé par la commission " Eau-Agriculture ". Les aspects
économiques peuvent être évalués forfaitairement
par le canal des données comptables d'entreprises-types ;
- le contrôle du programme FARM, dont l'essentiel est une réduction
de fertilisation, peut être effectué via des mesures de reliquat
d'azote dans le sol après récolte ; un contrôle
systématique serait très difficile à réaliser,
sauf à des coûts élevés. Par contre, la
matérialité de l'implantation des cultures intermédiaires
est facile à constater et entraînerait donc des coûts
supplémentaires de contrôle assez faibles dans le cas de FARM
+ CIPAN.
En s'en tenant aux coûts directs, on obtient les résultats suivants
(tab. II, ci-dessous) :
Tableau II. Analyse coût-efficacité comparée de deux programmes préventifs
| FARM | FARM+CIPAN | |
| Niveaux d'efficacité obtenus Emissions agricoles par hectare (xa) en kg d'azote Réduction émissions agricoles totales (Sxa) en tonnes d'azote soit, en % Concentration attendue (e) en mg/l Coût total des programmes Par exploit. concernée (en francs) Par hectare concerné (en francs) Total plaine Bièvre (en francs) Par habitant (en francs) |
34,2 - 495 - 37 " 44 4 300 (656 ) 146 (22 ) 3 490 000 (env. 532 000 ) 87 (13 ) |
17,3 - 920 - 68 " 27 10 290 (1 569 ) 347 (53 ) 8 304 000 (env.1 265 000 ) 208 (32 ) |
| Coût unitaire d'abattement (en francs par kg d'azote abattu) |
7,04 (1,07 ) |
9,03 (1,38 ) |
Source : base de données 95
INRA/R&A
Au stade actuel de la recherche, on dispose donc d'une analyse
coût-efficacité des programmes de réduction des pollutions,
mais ceci ne constitue encore qu'un référent général
pour une politique publique. Pour définir plus précisément
celle-ci, il faut encore procéder à différents arbitrages,
notamment pour cibler les objectifs à atteindre et élaborer
les modalités pour atteindre ceux-ci.
[R] 3. Choisir les objectifs de la politique publique
Ces choix portent principalement sur l'objectif de qualité
environnementale à atteindre, sur la délimitation de la population
d'entreprises qui doit réduire ses émissions (domaine de
régulation) et la question de la cible à privilégier
: les entreprises qui polluent le plus ou celles dont le coût de
réduction des émissions est le plus faible.
L'objectif environnemental
Si l'on s'en tient à une analyse coût-efficacité classique
et sans tenir compte des différences dans les coûts de
contrôle et d'information, il ne fait pas de doute que le programme
FARM est le plus efficace et doit être adopté. En effet, il
permet a priori de garantir, en moyenne, le respect de la norme de
potabilité de 50 mg/l pour un coût unitaire d'abattement plus
faible que le programme FARM + CIPAN. Cependant deux nuances doivent être
prises en compte par l'agent
régulateur :
- le programme FARM n'atteint la norme qu'en moyenne et il ne garantit pas
que la totalité des captages respectent la norme de potabilité.
En effet, la variabilité constatée actuellement selon les captages
(de 16 à 48 mg/l) ou selon les communes est telle que la concentration
moyenne de l'ensemble du bassin d'alimentation devrait plutôt avoisiner
35 mg/l pour que soit éliminé tout risque de dépassement
de la norme dans les captages les plus pollués ;
- mais, en outre, l'application de ce programme serait paradoxale puisque,
tout en réduisant les émissions polluantes actuelles de 37%,
il aboutirait néanmoins à une dégradation importante
de la qualité de l'eau potable (44 mg/l) par rapport à celle
qui est constatée dans les captages aujourd'hui (32,5 mg/l). Autrement
dit, une dépense annuelle de 3 490 000 F (env. 532 000 ) se
traduirait par un coût global plus de deux fois plus élevé.
Certes, ce peut être le prix de l'aversion pour le risque, car une
concentration moyenne de 27 mg/l garantit avec certitude d'atteindre la norme
de potabilité dans tous les captages et permet même
d'améliorer la qualité actuelle de l'eau potable. Mais, en
passant de FARM à FARM + CIPAN, l'accroissement des coûts est
plus que proportionnel aux gains de qualité prévisibles, ce
que traduit bien l'augmentation du coût unitaire d'abattement de 7
F à 9 F (env. 1 à 1,4 ).
Entre ces deux solutions alternatives, FARM moins coûteux mais
peut-être insuffisamment efficace et FARM + CIPAN très efficace
mais au prix d'un coût élevé, on peut être tenté
de rechercher des solutions intermédiaires à travers une
application progressive ou partielle de ces programmes.
Si l'agent régulateur recherche un objectif de qualité
intermédiaire, alors il doit inévitablement aller au-delà
du programme FARM et opter pour une application partielle et
différenciée du programme FARM + CIPAN. Dans cette perspective,
il existe au moins un objectif pertinent, celui de la préservation
de la qualité actuelle de l'eau potable. Cet objectif permettrait
de contenir la progression de la concentration en nitrates dans les captages
et de la maintenir à son niveau actuel (soit 32,5 mg/l) ; il garantit
en outre que la norme de potabilité de 50 mg/l ne puisse jamais être
dépassée dans l'un ou l'autre des captages. Si cet objectif
était retenu, il faudrait alors que le critère de sélection
des exploitations pour l'application partielle du programme soit défini,
ce qui implique d'ériger une frontière plus ou moins arbitraire
et contestable entre les agents pollueurs. Nous traitons ce problème
plus loin.
Au total, différents objectifs de réduction des pollutions
diffuses peuvent être retenus. Mais, en l'absence d'une évaluation
du gain de bien-être pour les usagers d'une amélioration de
la qualité de l'eau, une classique analyse coût-bénéfice
est impossible à réaliser et le choix entre ces différents
objectifs environnementaux reste indéterminé pour
l'économiste. L'arbitrage est donc renvoyé dans le champ du
politique et le rôle de l'économiste se limite à mettre
en évidence les implications économiques d'un tel arbitrage.
La population-cible
Pour un objectif donné, quel qu'il soit, le régulateur se doit
de choisir une population-cible, c'est-à-dire de définir le
" domaine de régulation " : il peut privilégier un programme
modéré, appliqué à tous les agents ou
au contraire un programme ambitieux, appliqué seulement à une
partie d'entre eux.
Les arguments ne manquent pas pour justifier le premier choix :
l'interdépendance des agents face au caractère diffus et
indivisible des pollutions, la possibilité de résorber
aisément les inefficacités les plus générales
et les plus criantes et la difficulté de définir des critères
de sélection indiscutables entre les agents. Inversement, un choix
plus sélectif permet d'agir avec la plus grande efficacité
économique possible ou de la manière la plus juste possible
en direction d'une population-cible très restreinte, qui serait plus
facile à " réguler " et qui minimiserait les coûts
d'information et de contrôle.
On peut illustrer les incidences d'un tel choix dans le cas de la plaine
de Bièvre-Liers. Supposons que l'objectif de réduction des
émissions polluantes agricoles soit de 34 kg/ha d'azote, de manière
à atteindre une concentration moyenne de 44 mg/l de
NO3 sur l'ensemble du bassin versant.
Deux solutions permettent de l'atteindre :
- le programme FARM appliqué à toutes les exploitations, avec
un objectif moyen de réduction des émissions polluantes ; dans
le cas analysé, un tel choix est légitimé par le fait
que plus de 90% de entreprises sont au-dessus du seuil admissible
d'émissions polluantes ;
- le programme FARM + CIPAN appliqué à une population plus
restreinte, en privilégiant les entreprises qui ont le coût
d'abattement le plus faible et en leur appliquant le programme par ordre
de coût décroissant jusqu'à ce que l'objectif visé
soit atteint.
Tableau III. Coûts comparés de deux programmes pour un objectif de 44 mg/l de NO3
| FARM Application générale |
FARM + CIPAN critère efficacité |
|
| Coût total plaine Bièvre-Liers (en F) Coût par hectare concerné (en F) Coût moyen par exploitation concernée (en F) |
3 490 000 (env. 532 000 ) |
3 544 000 (env. 540 300 ) 326 (50 ) 9 254 (1 411 ) |
| Nombre d'exploitations régulées soit, en % de l'ensemble Nombre d'exploitations polluantes soit en % de l'ensemble des exploit polluantes |
807 |
383 |
Source : base de données 95
INRA/R&A
Les résultats comparés de ces deux solutions (tab. III, ci-dessus)
permettent de tirer quelques enseignements :
- par rapport à l'ensemble des entreprises visées par le programme
FARM, la population régulée est réduite de plus de
moitié dans le cas du programme partiel (47%). Ceci a nécessairement
des conséquences favorables sur les coûts de régulation
et de contrôle. Mais, en contrepartie, il faut que le critère
de sélection retenu soit viable et socialement évident ;
- le coût global de ces deux solutions pour l'ensemble du bassin versant
est presque identique. Mais les coûts unitaires, par hectare ou par
exploitation, sont très différenciés allant du simple
au double. Pour chaque agent, par conséquent, l'incidence de l'une
ou l'autre solution est très différente ;
- dans le programme FARM + CIPAN appliqué partiellement, les entreprises
polluantes (dont les émissions polluantes sont supérieures
à la médiane de 55 kg/ha d'azote) sont relativement
épargnées : 42% d'entre elles ne mettent pas en uvre
le programme. Plus précisément, 26% des gros pollueurs (>
64 kg/ha d'azote, 3e quartile) seraient
écartés du programme, du fait de leurs coûts d'abattement
élevés ; inversement, 38% des entreprises peu polluantes (<
45 kg/ha d'azote, 1er quartile)
seraient mises à contribution, ce qui peut être contesté
au nom du principe d'équité.
Autrement dit, dans ce cas de figure, on met bien en évidence la tension
qui existe entre une solution " démocratique " qui rend tout le monde
solidaire face à la pollution et qui, de ce fait, est socialement
évidente et une solution qui se présente comme inéquitable
en faisant supporter, en partie, la charge de réduction de la pollution
sur des agents qui n'en sont pas responsables.
Pour atteindre un objectif plus exigeant de préservation de la
qualité de l'eau (32,5 mg/l), on est confronté à la
même difficulté puisque, là encore, il faut délimiter
une population cible et, notamment, arbitrer entre des critères de
niveaux de pollution cohérents avec le principe pollueur-payeur, et
des critères d'efficacité économique visant à
minimiser le coût social des politiques environnementales.
Viser les plus gros pollueurs ou minimiser le coût social ?
La nécessité de cet arbitrage naît du fait que les
critères d'équité et d'efficacité ne se superposent
pas, c'est-à-dire que les exploitations les plus polluantes ne sont
pas les plus performantes pour réduire leur pollution. Il n'existe
en effet aucune liaison fonctionnelle, linéaire ou non linéaire
(R2 maxi = 6% ;
h2 maxi = 8%), entre niveaux de
pollution et coûts d'abattement, appréhendés au niveau
des exploitations. Une liaison n'est mise en évidence que dans les
classes extrêmes, pour 15% seulement des exploitations : 130 avec FARM
et 110 avec FARM + CIPAN. Sur celles-ci, les coûts d'abattement sont
plus faibles dans les exploitations les plus polluantes et plus
élevés sur les exploitations les moins polluantes.
Cette opposition entre équité et efficacité est classique
en économie (Sen, 1987), notamment en économie de l'environnement
(Henry, 1990). Ce débat se pose, tant pour le calcul de l'assiette
d'une taxe " verte " que pour l'attribution de permis d'émission
négociables :
- soit on adopte des critères physiques sur les émissions
polluantes en appliquant en priorité les programmes aux entreprises
à risques. Ceci revient à pénaliser le dépassement
par rapport à une norme soutenable et, au-delà, à
préparer un système de taxation sur le niveau de pollution.
Un tel choix, cohérent avec le principe pollueur-payeur, a l'avantage
de correspondre à une certaine évidence et à un
critère éthique ;
- soit on se réfère à des critères d'efficacité
économique, en privilégiant les entreprises qui ont les coûts
unitaires de réduction de la pollution les plus faibles. Cette option
" réaliste ", en faveur du coût social minimum, peut
apparaître plus cynique puisqu'elle peut conduire à exclure
du programme les entreprises les plus polluantes, dont les coûts
d'abattement seraient trop élevés.
Nous avons donc testé ces deux critères dans le cas de la plaine
de Bièvre-Liers en appliquant le programme FARM+CIPAN jusqu'à
ce qu'il atteigne l'objectif de préservation de la qualité
actuelle de l'eau (32,5 mg/l de
NO3). Deux modalités de mise
en uvre du programme sont programmées :
- selon un ordre décroissant d'émissions polluantes, en
commençant par les entreprises qui présentent les indices les
plus élevés exprimés en kg d'azote résiduels
;
- selon un ordre croissant des coûts, en donnant la priorité
aux entreprises qui ont les coûts unitaires d'abattement de la pollution
les plus faibles (tab IV, ci-après).
Au niveau global, les coûts respectifs des deux programmes envisagés
pour préserver la qualité de l'eau sont peu différents
(l'écart est de l'ordre de 5%), c'est à dire que le ratio
coût-efficacité est presque identique. Cet écart limité
s'explique par le fait que dans l'un et l'autre cas environ les ¾ des
entreprises (73% et 78%) sont concernées et que l'on se situe donc
dans la zone où les différences s'estompent entre les deux
critères de sélection (fig.2, ci-après).
Tableau IV. Coûts comparés de deux programmes pour
un objectif de 32,5 mg/ de
NO3
| FARM + CIPAN selon critère pollution |
FARM + CIPAN selon critère efficacité |
|
| Coût total plaine Bièvre-Liers (en francs) Coût par hectare concerné (en francs) Coût moyen par exploitation concernée (en francs) Coût par kg d'azote abattu (en francs) |
7 116 000 (env ; 1 085 000) |
6 726 000 (env. 1 025 000 ) |
| Nombre d'exploitations régulées soit, en % de l'ensemble Nombre d'exploitations polluantes soit en % de l'ensemble des exploitations polluantes Nombre d'exploitations efficaces soit en % de l'ensemble des exploitations efficaces |
592 |
627 |
Source : base de données 95 INRA/R&A
Au niveau microéconomique, par contre, les différences sont
un peu plus accentuées, que ce soit par hectare ou par entreprise.
L'essentiel des entreprises polluantes sont touchées par les deux
solutions. Ce n'est pas tout à fait le cas pour les entreprises efficaces
(dont le coût d'abattement est inférieur à la médiane,
c'est-à-dire < 9,7 F/kg - ou 1,48 /kg - d'azote abattu) dont
près du quart est exclu par le critère du niveau de pollution.

Figure 2. L'arbitrage entre niveau de pollution et coût
d'abattement
Analyse coût-efficacité du programme FARM + CIPAN selon
deux critères :
pollution (trait continu) et efficacité (trait interrompu).
En ordonnée : coût total (en millions de francs) ; en ordonnée
: réduction des émissions (en t d'azote).
Source : base de données 95 INRA/R&A
Au total, il y a un léger avantage pour le programme FARM + CIPAN
appliqué selon le critère d'efficacité économique
par rapport au critère physique du niveau de pollution. Mais cet avantage
est trop limité pour motiver un choix clair de politique publique
en sa faveur. D'autres éléments, en effet, pourraient très
bien inverser l'avantage, par exemple les coûts d'information et de
contrôle, la faisabilité technique ou l'acceptabilité
sociale des solutions respectives. Finalement, dans une situation où
l'adoption d'un principe d'équité ne coûte pas beaucoup
plus cher, le régulateur pourrait opter, sans regrets, pour
celui-ci.
Mais il ne faut pas perdre de vue que, pour un objectif de qualité
de l'eau moins élevé, le dilemme entre critère
d'efficacité et critère d'équité serait plus
aigu et qu'un arbitrage devrait s'opérer en faveur de l'un ou l'autre.
Nous allons voir qu'il serait possible d'échapper à ce dilemme
en cherchant à réguler les exploitations au niveau de leurs
systèmes de culture.
Le niveau de régulation : les exploitations ou les systèmes
de culture
Dans les simulations que nous venons de présenter, les programmes
de réduction des pollutions s'appliquent à toute la surface
de chaque exploitation, dès lors que celle-ci répond au
critère choisi : niveau de pollution ou d'efficacité
économique. Il y a donc un risque d'inefficacité du programme
si l'entreprise considérée comprend des parcelles peu polluantes
ou des surfaces pour lesquelles les coûts d'abattement sont
élevés. Nous allons montrer qu'en prenant mieux en compte
l'hétérogénéité des systèmes de
cultures au sein des exploitations, on peut réduire très
sensiblement cette inefficacité.
En effet, chaque système de culture - défini ici par un type
de culture, sa place dans la rotation, l'importance des effluents d'élevage
épandus et par la présence ou non de l'irrigation - se
caractérise par des émissions polluantes spécifiques
(Mollard, Vachaud, 1998). Or, les coûts de réduction de ces
émissions sont inversement proportionnels au niveau des émissions
elles-mêmes ; autrement dit, il y a une corrélation forte entre
émissions polluantes et coût d'abattement au niveau des
systèmes de culture, alors que cette liaison n'existait pas au niveau
des exploitations.

Figure 3. Relation entre émissions polluantes et coût
d'abattement
pour FARM + CIPAN selon les systèmes de culture.
En ordonnée : coût par kg abattu (en francs) ; en abscisse :
émissions initiales (en kg).
Source : base de données 95 INRA/R&A
On constate, en effet, qu'avec le programme FARM, le coût d'abattement
unitaire varie fortement selon le type de culture sur lequel il est
appliqué : faible pour le maïs (des économies sont même
observées en maïs irrigué), élevé pour les
céréales d'hiver (blé, orge). Cela provient de niveaux
de surfertilisation beaucoup plus importants en culture de maïs qu'en
céréales d'hiver. On le vérifie tout particulièrement
sur les exploitations d'élevage où le maïs apparaît
bien souvent comme une " culture poubelle ", car il ne risque pas de baisse
de rendement en cas d'excédent d'azote. Au total, avec FARM, le coût
d'abattement unitaire est inversement proportionnel au niveau de pollution
émis par le système de culture
(R2 = 0,69).
Avec le programme FARM + CIPAN (fig. 3, ci-dessus), cette corrélation
est encore plus nette (R2 = 0,79).
Cela s'explique par l'efficacité technique supplémentaire de
ce programme, par rapport à FARM, pour les systèmes de cultures
les plus polluants (pois, maïs irrigué). Les excédents
d'azote restants sont en effet éliminés en grande partie par
les cultures intermédiaires pièges à nitrates.
Le tableau V (ci-dessous) simule, dans une optique de préservation
de la qualité de l'eau, deux modalités de mise en uvre
du programme FARM + CIPAN :
- l'une applique le programme sur toute la superficie de chaque exploitation,
en donnant la priorité aux exploitations dont les coûts d'abattement
sont les plus faibles ;
- l'autre ne l'applique qu'à une partie de chaque exploitation, en
commençant par les systèmes de cultures les plus polluants.
Tableau V. Analyse coût-efficacité de deux
modalités de mise en uvre du programme FARM + CIPAN
| Exploitations | Systèmes de culture | |
| Réduction émissions agricoles (Sxa) (en tonnes d'azote) soit, en % Concentration attendue (e) (en mg/l) Coût total du programme (en F) Coût unitaire d'abattement (en F/kg d'azote abattu) |
797 |
822 |
Source : base de données 95
INRA/R&A
La mise en uvre du programme sur la base des systèmes de culture
permettrait de gagner en termes de coût-efficacité. Cependant,
elle s'avérerait très compliquée dans la pratique, car
elle suppose de distinguer les cultures selon leur mode de conduite et,
notamment, selon l'importance des effluents d'élevage qui leur sont
apportés. Il convient donc de rechercher une modalité de
régulation des pollutions plus facile à mettre en uvre,
plus facile à contrôler et dont les coûts administratifs
en seraient donc réduits d'autant. La solution consisterait à
appliquer le programme de réduction des pollutions sur les cultures
les plus polluantes : par ordre décroissant maïs, pois,
colza
(10)
Mais, en ciblant ces cultures qui sont celles pour lesquelles les primes
PAC sont les plus élevées, un problème saute aux yeux
: des incitations à réduire les émissions polluantes
peuvent-elles être efficaces compte tenu des incitations en vigueur
via la PAC ?
[R] 4. La politique agricole contre la politique environnementale ?
Répondre à cette question nécessiterait de développer
une recherche en tant que telle, qui prenne en compte, notamment, les
anticipations des agriculteurs face à différents scénarios
de régulation des pollutions : taxe sur les émissions polluantes,
subvention à la réduction de ces émissions
qui
auraient, bien évidemment, des effets très différents
sur l'évolution de leurs marges économiques
(11). Pour l'heure, nous voulons simplement montrer que
chercher à réguler les pollutions d'origine agricole, sans
prendre en compte les modalités d'attribution des primes PAC risque
d'être aberrant, car la politique agricole européenne actuelle
s'avère " distordante " par rapport à une politique
environnementale. Nous mettons, en effet, en évidence une série
de liaisons entre primes PAC et niveaux de pollution.
Évolution des facteurs de risques
En l'absence d'un recensement exhaustif de l'occupation du sol après
la réforme de la PAC, il est difficile d'évaluer l'incidence
de celle-ci sur l'évolution de la pollution émise par
l'agriculture. Toutefois, sur la plaine de Bièvre-Liers, on peut noter
une nette progression de certains facteurs de risques de pollution depuis
le dernier recensement agricole (tab. VI, ci-dessous), progression qui pourrait
être mise en relation avec le niveau des primes PAC attribuées
aux différentes cultures concernées :
- un très fort accroissement de la culture du pois
(12) qui s'avère une culture très polluante
dans les conditions actuelles de sa conduite ;
- la poursuite de la progression des cultures de printemps (maïs, pois,
tournesol) ;
- l'accélération de l'augmentation de la surface
irriguée(13).
Tableau VI. Évaluation de l'évolution des cultures
depuis la réforme de la PAC en plaine de
Bièvre-Liers
| RGA 1979 |
RGA 1988 |
Base de données INRA/R&A 1995 |
|
| SAU concernée (en ha) Maïs grain et ensilage (en ha) Tournesol (en ha) Colza (en ha) Pois (en ha) % des cultures de printemps / total SAU Superficie irriguée (en ha) |
30 678 ha |
29 846 ha |
25 500 ha |
RGA : Recensement général
agricole
Au-delà de ces indicateurs généraux, on peut procéder
à une analyse plus fine, pour l'année 1995, sur les exploitations
de notre base de données.
Des primes proportionnelles aux émissions polluantes
Pour les 807 exploitations, nous constatons une liaison positive entre le
montant d'aides perçues dans le cadre de la PAC et le niveau
d'émissions polluantes : cette liaison est sensible
(R2 = 0,42) quand on teste l'ensemble
des primes (attribuées aux céréales, oléagineux
et protéagineux, aux vaches allaitantes, bovins mâles, ovins
et caprins) ; elle s'accentue pour les seules primes aux cultures
(R2 = 0,46) ; mais, par contre,
elle est inexistante avec les primes à l'élevage
(R2 = 0,03).
Pour les exploitations non soumises au gel des terres (production en
céréales, oléagineux et protéagineux < = 92
tonnes), la corrélation entre montant des primes aux cultures et
émissions polluantes est encore plus marquée
(R2 = 0,63). Pour ces exploitations,
les primes ne sont pas différenciées selon le type de cultures
et primes perçues et pollutions émises varient toutes deux
quasi proportionnellement à la surface en céréales,
oléagineux et protéagineux (SCOP) ; pour les exploitations
qui gèlent des terres, l'attribution de primes aux surfaces en
jachère atténue un peu cette liaison.
Pour les exploitations d'élevage, les émissions polluantes
sont, là aussi, bien mieux corrélées aux primes
attribuées aux cultures qu'à celles à l'élevage
(R2 = 0,47 contre 0,09). Cependant,
le coefficient de détermination reste inférieur à celui
des exploitations sans élevage ; en fait, les différences de
pression organique (importance des effluents d'élevage) modulent les
émissions polluantes sans que le montant des primes varie.
Tableau VII . Primes SCOP et pollution pour différentes
catégories d'exploitations
| Exploitations soumises au gel | Exploitations non soumises au gel | |||
| avec élevage | sans élevage | avec élevage | sans élevage | |
| Nombre d'exploitations Primes SCOP (F/ha de SAU) Émissions polluantes (kg/ha de SAU d'azote) R2 primes SCOP et émissions polluantes |
189 |
296 |
109 |
213 |
Source : base de données 95 INRA/R&A
Au total, la corrélation entre primes SCOP et niveaux de pollution
s'avère forte pour les trois quarts des exploitations (tab. VII,
ci-dessus). Ceci montre que, compte tenu de l'existence des primes PAC,
l'efficacité d'une politique de réduction des pollutions agricoles
resterait limitée. Il ne serait notamment guère possible
d'infléchir, dans le bon sens, le choix des cultures par les agriculteurs
(programme DISC) tant que les primes PAC favorisent les cultures polluantes.
Cette contradiction entre politique environnementale et politique agricole
saute encore plus aux yeux lorsque l'on compare les enveloppes financières
en jeu de part et d'autre.
Des montants incommensurables
Au total, le montant des aides directes aux cultures et à l'élevage,
versées aux exploitations de la plaine de Bièvre-Liers dans
le cadre de la PAC, est estimé à 48,863 millions de francs
pour l'année 1995. Du fait de la structure de production de ces
exploitations, la quasi-totalité de cette enveloppe (94%) est
constituée par les primes SCOP. Les aides à l'élevage
sont donc minoritaires, alors qu'a priori elles devraient, du fait de leurs
modalités d'attribution, encourager une extensification de la production
et donc une réduction des émissions polluantes, via une diminution
de la pression organique (quantité d'effluents d'élevage à
épandre par hectare) (tab. VIII, ci-après).
Ces différents montants sont à comparer avec les coûts
des programmes de réduction des pollutions, coûts qui indiquent
le montant des incitations à mobiliser pour que ces programmes soient
mis en uvre. Les seules primes SCOP seraient 13 fois plus importantes
que les incitations à prévoir pour le programme FARM et
représenteraient 5 fois et demi le volume des incitations liées
au programme FARM + CIPAN.
Il va donc de soi que les mesures de politique agricole pèseraient
davantage sur les stratégies de choix des agriculteurs que les instruments
économiques visant à réduire leurs émissions
polluantes, tout au moins tels qu'on peut les envisager à partir des
résultats de notre recherche.
Tableau VIII. Importance des aides PAC
pour les exploitations de notre base de données sur la plaine
de Bièvre-Liers
| Moyenne par exploitation primée | Nombre d'exploitations primées | |
| Primes SCOP (en francs) Primes PMTVA (vaches allaitantes) (en F) Primes PSBM (bovins mâles) (en F) |
57 036 (8 695 ) |
807 |
| Total aides directes (en francs) | 60 549 (9 230 ) |
807 |
Source : base de données 95
INRA/R&A
[R] En conclusion
De cette étude, trois groupes de conclusions peuvent être
dégagés sur les conditions de mise en uvre d'une politique
de régulation des pollutions diffuses d'origine agricole.
1. Tout d'abord, le choix de l'assiette du système d'incitations
s'avère stratégique :
- un système qui se donne les intrants azotés achetés
comme assiette a l'avantage de reposer sur une variable connue ; mais son
efficacité sera limitée du fait que le lien entre le facteur
taxé et l'émission polluante est distendu et que la demande
pour ce facteur est insuffisamment élastique par rapport aux prix.
Tout au mieux, peut-on en attendre une diminution très limitée
de la pollution grâce à la réduction des inefficacités
productives les plus criantes ;
- se baser sur un indicateur global des émissions polluantes permettrait
vraisemblablement d'atteindre des objectifs de réduction de la pollution
plus ambitieux ; mais, ce choix pose d'emblée le problème de
la validation et de l'acceptabilité sociale de cet indicateur. Autrement
dit, faut-il chercher à approcher au plus près ces émissions
polluantes, en mettant au point un indicateur du type de celui que nous avons
élaboré ou bien peut-on se contenter de retenir une
évaluation grossière des excédents d'azote ?
2. La délimitation du domaine de régulation renvoie
à des choix politiques de grande importance :
- réguler l'ensemble des exploitations, en considérant qu'elles
participent toutes à la pollution, ou choisir une population cible
;
- si cette seconde option est retenue, quelle cible choisir ? Retenir les
exploitations les plus polluantes serait conforme au principe pollueur-payeur,
retenir les exploitations les plus efficaces aurait l'avantage de minimiser
le coût social de la politique ;
- pour échapper à ce dilemme, la seule solution consiste à
réguler, non pas l'exploitation dans sa totalité, mais ses
systèmes de culture. Mais, cette solution pourrait ouvrir la voie
à des coûts d'information et de gestion du système
relativement élevés.
3. Dans tous les cas, la mise en uvre d'une telle politique
pose le problème de la distorsion générée par
les modalités d'attribution des primes PAC aux cultures. Une solution
de type " double dividende " pourrait être envisagée, par exemple
en modifiant la hiérarchie des primes aux cultures en fonction de
leurs émissions polluantes, ou bien en conditionnant leur attribution
à un changement des pratiques culturales ("
éco-conditionnalité "). Dans ce second cas, on peut envisager
de n'attribuer les primes que lorsque l'exploitation ou la parcelle est
engagée dans un contrat de réduction des intrants ou, simplement,
de les supprimer au-delà d'une valeur maximale de l'indicateur
d'émissions
polluantes.
[R] Modalités de calcul de
l'indicateur des émissions polluantes d'origine agricole
(encadré)
L'indicateur xa, calculé
pour l'ensemble du bassin d'alimentation, résulte de l'agrégation,
à ce niveau, des quantités d'azote potentiellement lessivables
sous chaque système de culture dans les conditions pédo-climatiques
les plus
risquées :xa =
E(Nrotij x
Sij), où :
Nrotij est la quantité d'azote
potentiellement lessivable sous la rotation culturale ij,
Sij est la surface consacrée
à la rotation culturale ij.
La quantité d'azote potentiellement lessivable sous la rotation culturale
ij est calculée de la manière suivante :
Nrotij =
Nfij +
f(SFi) , où :
Nfij = excédent d'azote
minéral en début de drainage pour la rotation culturale ij,
excédent estimé par les agronomes (INRA-Laon, ISARA),
f(SFi) = excédent d'azote
minéral dû à la surfertilisation pour la culture i. Cet
excédent résulte d'une fonction croissante des niveaux de
surfertilisation (SFi ).
Les niveaux de surfertilisation ont été estimés en
confrontant les préconisations des organismes de développement
et les pratiques des agriculteurs, telles qu'elles ressortent d'une enquête
auprès d'une vingtaine d'exploitations.
SFi =
Bi -
(Mi +
Oi +
Fsi +
Ii), où :
Bi = besoins en azote de la culture
i, c'est-à-dire le nombre d'unités d'azote par quintal (selon
les préconisations Pil'Azote) multiplié par le rendement moyen
de la culture i,
Mi = apports minéraux sur
la culture i (selon enquête), en considérant que la totalité
de l'azote contenu dans les engrais est utilisable,
Oi = apports organiques sur la culture
i (selon enquête et estimation de la pression organique de chaque
exploitation), en considérant que la totalité de l'azote contenu
dans les effluents est utilisable,
Ii = apports par l'eau d'irrigation,
estimés pour le maïs irrigué,
Fsi = fournitures du sol pour la
culture i (selon les préconisations Pil'Azote pour les graviers
superficiels).
Il faut noter que l' indicateur peut être calculé aussi au niveau
de chaque exploitation k :
xk= E (Nrotij
x Sij) /
Sk
avec Sk , la surface totale de
l'exploitation
k.
(1) Dans le cadre
d'un sous-groupe "fertilisants" composé de représentants de
l'administration (ministères, agences de l'Eau, etc.), de la profession
agricole (syndicats, coopération, chambre d'agriculture...) et d'experts
(économistes et agronomes). [VU]
(2) compte rendu de la réunion du 17 novembre
1998.[VU]
(3) B. Mary, S. Recous et N. Beaudoin de l'INRA de Laon;
C. David et Y. Gautronneau de l'ISARA de Lyon; G. Vachaud, B. Normand et
F. Bouraoui du LTHE de grnoble. Qu'ils soient tous ici remerciés.
[VU]
(4) Par exemple, -0,7 à court terme et -1,7 à
long terme, à partir du modèle Magali (Armand-Madelin,
1992).[VU]
(5) par exemple, dans le modèle Magali, la substitution
entre productions selon leur niveau décroissant d'exigence en azote.
[VU]
(6) Ce point est longuement développé dans
la thèse en cours de C. Le Roch, "Les instruments économiques
de lutte contre la pollution azotée diffuse", réalisée
dans le cadre de la même convention INRA-aghence de l'eau
Rhône-Méditerrannée-Corse. [VU]
(7) déclarations des surfaces emblavées,
fourragères et autres faites par les agriculteurs chaque année
(avant le 30 avril) pour bénéficier des aides compensatoires
prévues par la Politique agricole commune
.[VU]
(8) la lame d'eau drainée est estimée à
300 mm (moyenne sur les 30 dernières
années).[VU]
(9) Le scénario DISC n'a pas été pris
en compte dans la simulation, car il n'a pas encore réuni suffisamment
de références expérimentales, tandis que les programmes
FARM et FARM+CIPAN ont bénéficié de mesures
expérimentales pendant deux campagnes agricoles sur 4 exploitations.
[VU]
(10) A noter d'ailleurs qu'il s'agit aussi des cultures
à risques dans le département de l'Yonne (Grozellier, 1998)
et, donc, on peut se poser la question de savoir si cette hiérarchie
des cultures ne pourrait pas être généralisée.
[VU]
(11) Cette recherche sera menée dans le cadre du
contrat de plan Etat-Région 1998-1999. [VU]
(12) Cette progression est mise aussi en évidence
sur l'ensemble des exploitations françaises du RICA (Blanc et al.,
1997). [VU]
(13) L'irrigation peut avoir des effets positifs sur le
niveau de pollution émis puisqu'elle permet de régulariser
les rendements; mais, si elle n'est pas modulable ou si elle est mal
maîtrisée, ce qui est souvent le cas, elle a aussi des effets
négatifs: elle entraîne des lessivages en été
et, en laissant un sol humide en fin d'été, occasionne un
démarrage précoce du lessivage
hivernal.[VU]
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