Le dispositif des zones refuges pour le maïs Bt aux
États-Unis
par Denis Bourguet (a), Marion Desquilbet (b) et Stéphane
Lemarié(b)
(a) INRA, unité Génétique microbienne
et Environnement, La Minière, 78285 Guyancourt cedex
bourguet@jouy.inra.fr
(b) INRA, Économie et Sociologie rurales - université
Pierre-Mendès-France, BP 47, 38040 Grenoble cedex 9
desquilbet@grenoble.inra.fr,
lemarie@grenoble.inra.fr
Ravageurs du maïs et maïs
transgéniques
Le dispositif de contrôle des résistances
En conclusion
Encadré 1. L'obtention d'une variété
OGM
Encadré 2. La stratégie dose
élevée/refuge
[R] Ravageurs du maïs et maïs transgéniques
La Pyrale du maïs
Aux États-Unis, comme en France, la Pyrale du maïs est un ravageur
important du maïs. Ses larves occasionnent des dégâts variables
suivant les régions et les conditions climatiques de l'année.
Avant l'introduction des OGM, ses dégâts étaient
contrôlés principalement en utilisant des insecticides chimiques,
par l'emploi d'un champignon entomopathogène, par le lâcher
de trichogrammes, ou encore par une modification des techniques culturales
(semis plus tardifs, broyage des cannes...) (cf in Cabanettes et Mestres
1984 ; Kabiri et al., 1991). Depuis l'évolution technologique
du génie génétique, l'utilisation de maïs
transgéniques peut venir compléter, voire remplacer, ces moyens
de lutte contre l'insecte. En effet, les premières variétés
de maïs transgénique produisent des toxines de la bactérie
Bacillus thuringiensis (Bt), qui confèrent à
ces nouvelles variétés une résistance vis-à-vis
de la Pyrale du maïs (Decoin, 1998).Tableau I. Événements
de transformation homologués par l'EPA en novembre 2002
Tableau I. Événements de transformation homologués par l'EPA en novembre 2002
| Nom de l'événement de transformation | Nom de la marque commerciale | Nom de la toxine produite | Firme commercialisant l'événement | Année d'homologation de l'événement |
| Mon 810 Bt 11 TC 1507 |
Yieldgard® Yieldgard® Herculex® |
Cry1Ab Cry1Ab Cry1F |
Monsanto Syngenta Pioneer & Dow |
1996 1996 2001 |
La communauté scientifique estime probable l'apparition de populations
de Pyrale du maïs résistantes aux toxines produites par ces
maïs Bt. L'une des raisons est que les plantes transgéniques
actuelles n'expriment qu'une toxine, ce qui facilite l'apparition d'individus
résistants. La seconde raison est que la pression de sélection
sur les insectes est plus forte avec les plantes transgéniques que
lors d'une pulvérisation de formulation contenant des cristaux et
des spores de Bacillus thuringiensis.
Trois types de maïs OGM résistants à O. nubilalis,
ou, plus précisément, trois événements de
transformation, sont actuellement homologués aux États-Unis
(voir encadré 1, ci-après). Les caractéristiques de
ces trois événements de transformation sont résumées
dans le tableau I. Par ailleurs, trois autres événements de
transformation - qui ne figurent pas dans le tableau - avaient été
homologués aux États-Unis mais ne le sont
plus.(4)
L'évolution de la proportion des surfaces semées en maïs
Bt (tous événements confondus) est indiquée dans
le tableau II. Certaines variétés de maïs couplent un
événement Bt et une résistance à un herbicide,
mais ces variétés sont très peu diffusées. Par
ailleurs, les données désagrégées par état
montrent que la diffusion du maïs Bt peut dépasser 30%,
mais reste toujours en dessous de 50%.
Ces données laissent penser que la diffusion du maïs Bt
est proche d'un plafond situé entre 25 et 30% des surfaces de maïs.
Deux principales explications peuvent être apportées :
- comme la semence de maïs Bt est plus chère que la semence
conventionnelle, l'adoption du maïs Bt est intéressante
si la prévision d'attaque de la Pyrale du maïs dépasse
un certain seuil. Or cet insecte ne constitue pas un véritable
problème agronomique pour de nombreux producteurs de maïs aux
États-Unis (c'est également le cas en France) ;
- entre 1996 et 2001, la diffusion des semences Bt s'est accompagnée
d'une réduction de la taille des populations d'O. nubilalis.
Ceci a pu conduire les producteurs de maïs à relativiser
l'intérêt de l'adoption du maïs Bt. Il est difficile de
savoir s'il y a un lien de cause à effet entre la diffusion des maïs
Bt et cette baisse des populations du ravageur (d'autant que ses
populations ont été plus denses en 2002 qu'en 2001).
Tableau II. Évolution des surfaces de maïs semées avec des variétés de maïs Bt
| Année | Maïs Bt | Maïs Bt et tolérant à un herbicide |
| 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 |
1% 6% 21% 25% 19% 18% 22% |
0% 0% 4% 4% 2% 1% 2% |
Source : USDA : jan.mannlib.cornell.edu/reports/nassr/field/pcp-bbp
La Chrysomèle du maïs
La Chrysomèle des racines du maïs est un autre ravageur majeur
du maïs aux États-Unis, où il cause des dégâts
plus importants que la Pyrale du maïs. Il est à noter que,
jusqu'à récemment, ce ravageur n'était pas présent
en Europe. Cependant, il a été observé en Serbie en
1992, et il vient d'être détecté en France dans des
pièges disposés autour des aéroports du Bourget et de
Roissy (Reynaud, 2002). Aux États-Unis, les pertes de rendement dues
à D. virgifera virgifera ont conduit les agriculteurs à
une utilisation intensive d'insecticides chimiques. L'apparition de
chrysomèles résistantes aux cyclodiènes dans les
années 1950 puis aux organophosphorés et aux carbamates dans
les années 1990 a rendu l'utilisation de ces molécules insecticides
peu efficace (Scharf et al., 2001).
La découverte de toxines de Bt actives contre ce ravageur a
conduit au développement de maïs transgéniques produisant
ces toxines. Les traitements insecticides utilisés contre la
Chrysomèle du maïs étant peu efficaces, la mise sur le
marché des variétés de maïs résistantes
à ce ravageur devrait engendrer une augmentation significative des
surfaces semées en maïs Bt. Notamment, un
événement de transformation développé par Monsanto
a été homologué par l'Environmental Protection Agency
(EPA) en 2003 (5). Cet événement
produit une toxine de Bt active contre D. virgifera virgifera.
Ici aussi, l'événement de transformation conduit à la
production d'une seule toxine, ce qui peut favoriser l'apparition de
chrysomèles résistantes. Des variétés de maïs
Bt permettant de contrôler à la fois la Pyrale et la
Chrysomèle du maïs devraient également voir le jour en
2003. Ces maïs pourront aussi contenir une résistance à
un herbicide.
[R] Le dispositif de contrôle des résistances
Aux États-Unis, l'EPA (l'Agence de protection de l'environnement)
est actuellement en charge du contrôle des résistances aux plantes
transgéniques chez les ennemis des cultures, dans le cadre de sa
juridiction sur les pesticides. L'EPA est intervenue sur cette question à
partir de 1992, suite aux réactions de plusieurs scientifiques et
de certaines organisations environnementalistes. L'intervention publique
est légitimée par le caractère de " biens publics "
des toxines de Bt employées pour la maîtrise des ravageurs
des cultures. Plus exactement, l'apparition d'une résistance aux toxines
de Bt peut avoir deux effets jugés négatifs par l'EPA.
Tout d'abord, elle peut affecter les agriculteurs biologiques qui utilisent
des " biopesticides " dont les formulations contiennent ces mêmes toxines.
Ensuite, elle conduirait certainement à revenir à un usage
plus important d'insecticides, considérés plus dangereux pour
l'environnement et la santé que les toxines de Bt.
Nous présentons ici les grandes lignes du dispositif actuel de
contrôle des résistances. Ce dispositif est défini en
détail dans un document de l'EPA (2001). Il présente quatre
composantes : une définition des zones refuges, des mesures pour
encourager et pour évaluer la mise en uvre effective par les
agriculteurs, un suivi de la résistance dans les populations de Pyrale
du maïs, et un dispositif d'urgence à appliquer en cas d'apparition
de pyrales résistantes.
Les caractéristiques des zones refuges
La stratégie " haute dose / refuge " retenue dans le cas des plantes
Bt aux États-Unis est l'une des méthodes les plus connues
pour freiner le développement de résistance dans les populations
de ravageurs (cf in Réjasse et al., 2000). Elle consiste
à coupler des parcelles de maïs Bt produisant une grande
quantité de toxines avec des parcelles de maïs non-Bt (appelées
zones refuges) où les larves d'O. nubilalis ne seraient pas
exposées à la toxine, ces dernières préservant
ainsi un réservoir d'individus sensibles (Alstad et Andow, 1995).
Les arguments scientifiques justifiant cette stratégie sont
présentés succinctement dans l'encadré 2.
La mise en place de ces zones refuges est devenue obligatoire en 2000. L'EPA
a défini leurs caractéristiques en se basant sur de nombreuses
études sur la biologie de la Pyrale du maïs menées entre
1995 et 2000. On peut noter que l'EPA n'a pas défini explicitement
d'horizon de temps sur lequel l'efficacité des toxines de Bt
des maïs OGM devrait être conservée. Selon les études
scientifiques qui ont été menées, les zones refuges
telles qu'elles ont été définies devraient permettre
de préserver l'efficacité de ces toxines pour plusieurs dizaines
d'années. Cependant, il n'est pas possible de connaître plus
précisément cet horizon de temps parce qu'il y a une incertitude
sur certains paramètres biologiques (et principalement sur la
fréquence initiale des gènes conférant une résistance
aux maïs Bt). Les caractéristiques des zones refuges sont
présentées ci-dessous. Elles sont identiques pour tous les
événements de transformation.
Dans les régions exemptes de cultures de cotonnier, telles que la
Corn Belt (Centre-Ouest des États-Unis), les agriculteurs doivent
semer au minimum 20% des surfaces en maïs avec des semences
conventionnelles. Dans les zones de culture de coton (Sud des États-Unis),
ces zones refuges doivent atteindre au minimum 50% des surfaces semées
en maïs. L'augmentation de la taille des zones refuges se justifie par
la présence d'un insecte dont les larves se nourrissent à la
fois sur le coton et le maïs (6).
Comme des cotonniers Bt sont plantés dans ces régions,
la culture de maïs Bt peut augmenter les risques de résistance,
d'où la nécessité de préserver des zones refuges
plus importantes.
Les cultures de maïs conventionnels dans les zones refuges peuvent
être traitées par des insecticides (à l'exclusion des
formulations à base de toxines de Bt). En pratique, les traitements
insecticides ne sont pas fréquents car ils sont souvent peu
justifiés économiquement. Les refuges peuvent être
disposés à l'intérieur ou à l'extérieur
des parcelles transgéniques. Dans le premier cas, ils doivent être
semés sur au moins quatre rangs consécutifs. Dans le deuxième
cas, le refuge doit être situé à moins de 800 m des parcelles
transgéniques.
L'agriculteur a intérêt à utiliser des variétés
aussi similaires que possible pour le maïs Bt et pour le maïs
conventionnel de la zone refuge. En effet, ceci lui permet d'appliquer les
mêmes pratiques agricoles (sauf la lutte contre la Pyrale) sur les
deux types de cultures. De ce point de vue, la gamme de variétés
offertes par les semenciers peut avoir un effet sur le coût des zones
refuges. En effet, l'agriculteur pourrait supporter une perte s'il était
contraint d'utiliser une variété moins adéquate sur
la zone refuge. Dans les faits, il semble que ce problème ne se pose
pas dans la situation actuelle. En effet, même dans les régions
où la diffusion de maïs Bt est la plus forte, le marché
des semences de maïs conventionnel est plus large que le marché
des semences de maïs Bt, si bien que la gamme des variétés
conventionnelles n'est pas trop restreinte.
La mise en uvre effective par les agriculteurs
Les zones refuges qui ont été décrites
précédemment sont obligatoires depuis 2000. Cependant, il est
possible que certains agriculteurs ne remplissent pas cette obligation, notamment
pour les trois raisons suivantes. Premièrement, la mise en place des
zones refuges engendre des coûts et des contraintes à court
terme (possibilité de perte de rendement sur la zone refuge en cas
d'attaques de la Pyrale, contraintes liées au semis de deux
variétés différentes, temps passé et retard possible
dans le calendrier de travail). Deuxièmement, compte tenu de la
mobilité des insectes, un agriculteur ne bénéficie pas
des avantages liés au contrôle de l'apparition de résistances
s'il met en place un refuge mais que ses voisins ne le font pas. Enfin,
troisièmement, il est difficile voire impossible de repérer
à l'il nu les zones refuges, ce qui rend le repérage
des " tricheurs " assez délicat.
Dans le dispositif actuel de contrôle des résistances, ce sont
les firmes de biotechnologie qui ont la responsabilité d'inciter les
agriculteurs à mettre en place les zones refuges et d'évaluer
dans quelle mesure cette obligation est respectée. L'EPA ne peut pas
contrôler elle-même si les agriculteurs respectent les obligations
sur les refuges. En revanche, elle peut prendre des mesures à l'encontre
des firmes de biotechnologie si elle n'est pas satisfaite de leurs actions
dans ce domaine (en théorie, elle peut aller jusqu'à retirer
l'homologation d'événements Bt). Jusqu'ici, les mesures
prises pour encourager le respect des zones refuges par les agriculteurs
ont consisté à les informer sur les objectifs du programme
de contrôle des résistances, sur le caractère obligatoire
des zones refuges et sur les caractéristiques de ces refuges. À
partir de 2003, les firmes de biotechnologie et de semences se sont
engagées à refuser la vente de semence Bt aux agriculteurs
ne respectant pas la zone refuge deux années de suite. En 2003, les
firmes formeront leurs représentants (qui font des visites de routine
dans les exploitations) à identifier les agriculteurs qui ne respectent
pas les zones refuges. Les méthodes proposées pour cette
identification sont un contrôle des factures ou un questionnaire verbal
ou écrit.
La question peut se poser de savoir si ces méthodes sont suffisantes
pour assurer une bonne participation des agriculteurs. Un agriculteur qui
ne respecterait pas les zones refuges pourrait ne pas être
contrôlé, et s'il l'était, la punition serait assez faible.
On peut également s'interroger sur le choix fait par l'EPA de
déléguer la responsabilité de faire respecter les zones
refuges aux firmes de biotechnologie. En effet, ces firmes ont une relation
commerciale avec les agriculteurs et il est dans leur intérêt
de leur vendre de la semence Bt. Elles n'ont donc pas
d'intérêt à sanctionner ces agriculteurs. D'autres
instruments ont été envisagés pour augmenter la
participation des agriculteurs mais n'ont pas été mis en place
jusqu'à présent. Il s'agit, par exemple, d'amendes pour les
agriculteurs ne mettant pas en place de zones refuges, de ventes liées
de lots de semences comprenant des variétés Bt et non
Bt, d'une assurance-récolte sur le refuge, de subventions à
la mise en place de refuges.
En parallèle, depuis 2000, les firmes de biotechnologie financent
une enquête téléphonique annuelle réalisée
par une société indépendante, visant à évaluer
le suivi des obligations sur les zones refuges. Les résultats des
enquêtes de 2000 et 2001 suggèrent que 70% à 80% des
agriculteurs respectent à la fois la taille et la disposition des
refuges. Cependant, puisque le dispositif des zones refuges est obligatoire,
les agriculteurs peuvent avoir tendance à dire qu'ils ont respecté
la réglementation même si ce n'est pas le cas. Cette méthode
peut donc surestimer le taux réel de mise en place des refuges.
Le suivi de la résistance
Dans le dispositif actuel de contrôle des résistances, les firmes
de biotechnologie sont également chargées du suivi de
l'évolution de la résistance. L'objectif de ce suivi est de
détecter de manière précoce l'apparition de
résistances. De plus, ce suivi permet de valider des paramètres
biologiques utilisés pour définir les caractéristiques
des zones refuges. Si une résistance était détectée,
un dispositif d'urgence serait appliqué. Ce dispositif n'est pas
détaillé ici. Il consiste principalement en quatre actions
dans la zone où la résistance serait détectée
: une augmentation du suivi de la résistance, la mise en uvre
de moyens alternatifs pour lutter contre la Pyrale du maïs, la mise
en place d'un refuge plus important et l'arrêt des ventes de maïs
Bt.
Afin de surveiller la sensibilité des populations d'O. nubilalis
au maïs Bt, l'EPA a retenu l'application de doses diagnostiques
de toxines de Bt sur des populations prélevées dans
des champs. Chaque année et pour l'ensemble des États-Unis,
des analyses seront faites sur une quinzaine d'échantillons, d'une
centaine d'individus chacun, prélevés dans quatre régions
dans lesquelles des superficies importantes de maïs Bt ont
été semées. Avec un tel protocole, les gènes
conférant la résistance auront malheureusement peu de chances
d'être détectés avant d'atteindre une fréquence
supérieure à 10%. Ce point est important car l'efficacité
des maïs Bt peut être réduite si la fréquence des
gènes de résistance dépasse 1 à 5%. De plus,
lorsque cette fréquence est atteinte, le risque d'évolution
vers une situation où les individus de Pyrale du maïs deviennent
pratiquement tous résistants devient élevé. Dans une
telle situation les maïs Bt perdraient toute efficacité.
Pour des raisons de faisabilité et de validité, d'autres
méthodes de surveillance, permettant de détecter une
fréquence plus faible des gènes de résistance
(inférieure à 1%), n'ont pas été retenues.
À ce jour, aucun problème de résistance n'a pu être
mis en évidence dans les populations de la Pyrale du maïs, y
compris dans les régions des États-Unis où des maïs
Bt sont semés depuis 1996 (Bourguet et al., 2003). De
plus, aucun gène de résistance aux maïs Bt n'a pu être
sélectionné dans les différents laboratoires
américains et européens travaillant sur le sujet. Enfin, des
estimations réalisées conjointement en France et aux
États-Unis suggèrent les fréquences des gènes
de résistance dans les populations naturelles d'O. nubilalis
sont suffisamment faibles pour permettre une gestion des problèmes
de résistance.
Le dispositif de zones refuges aux États-Unis qui est présenté
dans cet article permet de dégager des caractéristiques
générales à prendre en compte dans tout programme potentiel
de contrôle des résistances chez les ennemis des cultures.
Tout d'abord, la politique élaborée par les pouvoirs publics
instaure nécessairement un compromis entre des parties ayant des
intérêts différents sur les programmes de contrôle
des résistances. Ainsi, plusieurs conflits d'intérêt
peuvent être identifiés dans le cas des zones refuges aux
États-Unis.
Les firmes de biotechnologie qui commercialisent les maïs Bt
peuvent avoir intérêt à ce que l'apparition de
résistances soit retardée, puisque la durée de
commercialisation de leurs événements de transformation est
ainsi prolongée. Cependant, cet intérêt n'est pas
nécessairement partagé par toutes les firmes, car certaines
d'entre elles ont la perspective de mettre sur le marché de nouveaux
événements de transformation avec des toxines différentes.
De plus, cet intérêt éventuel doit être mis en
balance avec les coûts imposés aux firmes par le dispositif
de contrôle des résistances (notamment les coûts pour
évaluer et augmenter la participation des agriculteurs, et les coûts
pour surveiller l'apparition de résistances).
Pour les agriculteurs qui cultivent du maïs Bt, les zones refuges
présentent un intérêt seulement si une participation
collective est assurée, dans la mesure où un agriculteur ne
peut pas freiner seul l'apparition de résistances. De plus, si de
nouvelles variétés résistantes sont disponibles à
moyen terme, la mise en place des zones refuges n'est pas nécessairement
dans l'intérêt des agriculteurs, même au niveau collectif,
comme elle leur impose des coûts à court terme.
La commercialisation de maïs Bt peut affecter les agriculteurs
biologiques qui utilisent des biopesticides contenant des toxines de
Bt. Telles qu'elles ont été définies, les zones
refuges devraient permettre de retarder l'évolution de la résistance
de plusieurs dizaines d'années. Si la résistance apparaît,
l'efficacité des toxines de Bt qui sont présentes dans
les maïs OGM sera perdue pour les agriculteurs biologiques.
Ensuite, la définition d'un dispositif de contrôle des
résistances nécessite des recherches transdisciplinaires. En
effet, il est nécessaire de bien connaître la biologie des ravageurs
cibles pour définir des stratégies adaptées de
contrôle et de suivi de l'apparition de résistances. De plus,
sur le plan économique, il est nécessaire d'analyser le compromis
entre les coûts à court terme et les bénéfices
à long terme, ainsi que les incitations des différents acteurs
à participer à de tels programmes. Ainsi, dans le cas des zones
refuges aux États-Unis, nous avons vu que les méthodes
utilisées pour inciter la participation des agriculteurs et pour suivre
l'évolution de la résistance sont imparfaites. Pour ces deux
méthodes, des alternatives plus effectives existent mais elles sont
plus coûteuses. Il est important d'être en mesure d'évaluer
ces coûts et de les mettre en balance avec l'objectif du dispositif
de contrôle des résistances. Pour le dire autrement, la
non-participation de certains agriculteurs et la détection imparfaite
de l'apparition de résistances ne sont peut-être pas très
gênantes si l'objectif du programme est de retarder de quelques
années l'évolution de la résistance. Cependant, elles
sont problématiques si l'objectif est de retarder cette évolution
sur un horizon de temps plus long.
Si le maïs Bt venait à être massivement semé
en Europe, la mise en place d'une gestion concertée entre les partenaires
européens serait souhaitable. Dans cette optique, on ne peut que souhaiter
le renforcement de recherches pluridisciplinaires visant à étudier
les effets des différentes alternatives possibles. Ceci permettrait
d'évaluer et d'accompagner au mieux les politiques qui pourraient
être mises en place pour les OGM, et au-delà, pour d'autres
programmes concernant la gestion durable des résistances aux ennemis
des cultures.
Les recherches correspondant à cet article ont reçu un financement du ministère de la Recherche (appel d'offre " impact des OGM "). Ce financement a permis de réaliser une mission d'une semaine aux États-Unis en novembre 2002 pour rencontrer différents acteurs impliqués dans la définition et la mise en place des zones refuges sur le maïs Bt.
[R] Encadré 1. L'obtention d'une variété OGM
Une variété OGM est élaborée en deux
étapes.
La première étape est la construction d'un événement
de transformation. Il s'agit d'introduire, en laboratoire, une série
de gènes provenant d'autres espèces, dans une plante. Les
transformations réussies sont appelées événements
de transformation. Les événements de transformation sont retenus
si le caractère qui résulte de l'expression des gènes
introduits présente une bonne valeur technique (par exemple, une bonne
résistance à un insecte). Les plantes ainsi transformées
ne possèdent pas pour autant de bonnes caractéristiques
agronomiques.
La deuxième étape consiste donc à introduire
l'évènement de transformation dans des variétés
élites. Cette étape est réalisée par les semenciers
sur la base de schémas conventionnels d'amélioration des plantes.
Le même événement de transformation peut ainsi être
introduit dans un large éventail de variétés adaptées,
par exemple, à différentes conditions climatiques. Il se peut
in fine qu'un semencier propose dans son catalogue plusieurs versions d'une
même variété, avec ou sans les différents
évènements de transformation disponibles pour cette espèce
(résistance à tel ou tel insecte, tolérance à
un herbicide).
[R] Encadré 2. La stratégie dose élevée/refuge
Chaque pyrale a deux gènes de sensibilité au maïs Bt,
un reçu de chaque parent. Chaque gène confère soit un
caractère de sensibilité à la toxine de Bt (que nous
appellerons S), soit un caractère de résistance (que nous
appellerons R). Selon les gènes reçus de ses parents, une pyrale
donnée est donc de type SS, RS ou RR. On s'attend à ce que
le maïs Bt tue toutes les larves SS et presque toutes les larves
RS, mais soit sans effet sur les larves RR.
S'il n'y a pas de refuge à proximité des champs Bt,
les papillons RR et RS issus des larves qui ont survécut sur les
maïs Bt risquent de s'accoupler entre eux. Les descendances de tels
croisements comportent inévitablement des individus avec deux gènes
de résistance (c'est-à-dire de type RR). Le maïs Bt
serait sans effet sur ces pyrales, ni sur leur descendance si elles s'accouplent
entre elles.
En présence d'un refuge à proximité des champs de Bt,
le refuge produira un grand nombre de pyrales dont la plupart seront
sensibles à la toxine de Bt. Si quelques insectes RS ou RR
survivent dans les champs transgéniques, il y a alors une grande
probabilité pour qu'ils s'accouplent avec des insectes du refuge sensibles
à la toxine de Bt. Leur descendance sera alors soit de type
RS, soit de type SS. Mais aucun descendant ne sera de type RR. Les individus
SS seront tués sur les champs transgéniques ainsi que la plupart
des individus RS.
Article repris, avec l'aimable autorisation de la revue, d'un texte proposé à Phytoma - La défense des végétaux, à paraître dans le n°554 d'avril 2003.
Notes
(1) Sur HYPPZ,
encyclopédie en ligne des ravageurs européens :
www.inra.fr/hyppz/RAVAGEUR/3ostnub.htm [VU]
(2) À voir dans Insectes n°127,
2002.[VU]
(3) En effet, le Parlement européen doit se prononcer
prochainement sur deux projets de nouvelle réglementation, l'un concernant
la mise sur le marché et l'étiquetage des OGM, l'autre concernant
la traçabilité des OGM (projets sur lesquels les ministres
de l'Agriculture et de l'Environnement des États Membres de l'UE sont
parvenus à des accords en novembre et décembre 2002). La mise
en place d'un tel cadre réglementaire avait été exigée
en 1999 par les cinq États Membres (dont la France) qui étaient
à l'origine du moratoire sur les nouvelles autorisations d'OGM.
[VU]
(4) Le premier est l'événement 176 de Ciba/Novartis
et Mycogen codant la toxine Cry1Ab de Bt (cet événement est
toujours homologué en France). Le second est l'événement
DBT418 de DeKalb codant la toxine Cry1Ac de Bt. Pour ces deux
événements, l'homologation expirait en 2001 et les firmes qui
le commercialisaient n'ont pas demandé son renouvellement pour des
raisons commerciales (événements peu concurrentiels). Le
troisième événement qui n'est plus homologué
est l'événement CBH-351 (Starlink®) d'Aventis Crop Science
(actuellement Bayer Crop Science) codant la toxine Cry9C de Bt. Son
homologation avait été accordée en 1998 pour l'alimentation
animale et les usages industriels, mais pas pour l'alimentation humaine.
Elle a été volontairement annulée par Aventis en 2001
suite à un scandale aux États-Unis, après la
découverte de cet événement dans des produits destinés
à l'alimentation humaine.[VU]
(5) Il s'agit de l'événement Mon 863, produisant
la toxine de Bt Cry3Bb1. La dose de toxine produite par cet
événement n'engendre que 40 à 50% de mortalité
mais assure une protection efficace du maïs contre ce ravageur.
[VU]
(6) NDLR : Le Ver de l'épi de maïs. Voir la
Brève " Le coton Bt file un mauvais cocon ? " en fin d'ouvrage.
En ligne à www.inra.fr/opie-insectes/epingle.htm#coc
[VU]
Agricultural Biotechnology Stewardship Technical Committee,
2001. Bt Corn Insect Resistance Management Survey - 2000 Growing Season.
January 2001 (www.biotech-info.net/bt_corn_survey_2000.pdf).
Alstad D., Andow D.A., 1995. Managing the evolution of insect resistance
to transgenic plants. Science, 268, 1894-1896.
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Cabanettes J.P., Mestres R., 1984. Comparaison de l'efficacité de
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(www.ucsusa.org).
Réjasse A., Bethenod M.T., Bourguet D., 2000. à propos de zones
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non de cultiver du maïs " Bt ", il est bon de savoir si on peut
gérer les risques de résistance et comment ! Phytoma,
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