Développement durable : une table ronde à l'occasion
des Journées du département Inra Hydrobiologie
et Faune sauvage
Compte rendu par Olivier Clément
Station d'Hydrobiologie, BP 3, Saint-Pée-sur-Nivelle,
64310 Ascain.
clement@st-pee.inra.fr
Gestion durable des ressources piscicoles et
d'écosystèmes aquatiques
Gestion durable de la faune sauvage
Développement durable et aquaculture
Encadré 1
Le point de vue du département Hydrobiologie et Faune
sauvage par Alexis Fostier
Encadré 2
Les recherches du département Hydrobiologie Faune sauvage
Références bibliographiques générales
[R] Gestion durable des ressources piscicoles et d'écosystèmes aquatiques
Etienne Prévost (1) insiste dans
sa contribution sur l'ambiguïté de la notion durabilité
du développement quand on s'intéresse à des ressources
au potentiel de renouvellement par nature fini et d'ailleurs, dans la plupart
des situations, menacées par le développement même des
activités humaines. La quête de la durabilité dans le
domaine de la gestion des populations de poissons et de leur exploitation
par la pêche n'est pas nouvelle (cf le concept de MSY, Maximum
Sustainable Yield). Elle est aujourd'hui considérée sous
un angle très critique en raison des échecs retentissants qui
l'ont accompagné au cours de la seconde moitié du
XXe siècle (écroulement de stocks et fermeture de
pêcheries). Cela tient essentiellement à des facteurs humains
que l'on peut résumer par une règle implicite du
pêcheur : " un tient, pour moi et tout de suite, vaut mieux
que deux tu l'auras, pour d'autres et plus tard ". Trois
éléments sont appelés à la rescousse pour tenter
encore de donner une réalité à la durabilité
dans la gestion des ressources piscicoles et d'écosystèmes
aquatiques :
- la promotion de la biodiversité et de la préservation
des habitats ;
- la mise au point et l'utilisation d'outils d'aide à la
décision en univers incertain qui obligent à prendre en compte
des ingrédients de la durabilité comme : quel pas de temps
choisir ? quels bénéfices et pour qui ? quelle hiérarchie
dans les bénéficiaires ?
- une approche de précaution pour favoriser les décisions
robustes.
Frazier J.G., 1998. Sustainable development: modern elixir
or sack dress. Environmental conservation, 24, 182-193.
Ludwig D., Hilborn R., Walters C., 1993. Uncertainty, resource exploitation,
and conservation: lessons from history. Science, 260,
17-36.
Alexis Champigneulle (2) revisite
à cette occasion l'ensemble des recherches auxquels il a participé
sur la gestion des pêcheries de salmonidés en lac et torrents
alpins. Constatant que de nombreuses données sont déjà
disponibles et que la génétique a eu un apport majeur ces dix
dernières années, il examine les points qui continuent à
poser problème :
- la mise en uvre pratique des connaissances, déficiente
en matière de patrimoine piscicole ;
- le décalage entre connaissance scientifique (disponible) et
application (mal réalisée) sur le terrain faute de cadres d'action
à objectifs partagés ;
- le contexte spatial qui doit dépasser l'habituel bassin versant
pour intégrer l'ensemble de l'écosystème (Pajak,
2001).
La gestion durable implique de plus la définition d'indicateurs
pertinents. Cette demande s'adresse en particulier aux écologistes
et aux généticiens.
La perspective de gestion durable dans le contexte des grands lacs subalpins
(Léman, Annecy et Bourget) devrait amener les divers acteurs à
travailler sur des rétrospectives critiques des années
antérieures et en cours, en vue d'en discuter la pertinence et pour
pouvoir proposer de nouvelles gestions " plus collectivement
assumées " sur la base d'analyses interdisciplinaires (Champigneulle
et al., 2001).
Champigneulle A., Michoud M., Brun J.C., 2001. Pacage lacustre
de salmonidés (omble chevalier, corégone et truite) dans le
lac Léman et le lac du Bourget. In Gerdeaux : Gestion
piscicole des grands plans deau. INRA, Paris, pp. 349-421.
Pajak P., 2001. Sustainability, ecosystem management, and
indicators : thinking globally and acting locally in the 21st
Century. Fisheries, 25(12), 16-25.
[R] Gestion durable de la faune
sauvage
Philippe Clergeau (3) insiste en introduction
sur l'objectif de construction de connaissances utilisables en gestion des
espèces et des espaces et à leur intégration dans des
schémas pluri- puis interdisciplinaires de prise de décision
ou tout du moins de négociation collective.
Il pense qu'il est nécessaire dans une stratégie de gestion
durable des espèces sauvages (nuisibles, introduites, gibiers) :
- de raisonner sur des espaces plus larges et sur des échelles
de temps supérieures (Clergeau, 1995) ;
- d'utiliser les systèmes d'information
géographique car ils permettent d'intégrer analyses
écologiques et données des sciences humaines (Le Lay et
al., 2001) ;
- de passer obligatoirement par la connaissance de l'organisation
et de la construction des paysages.
Sa réflexion est construite à partir de l'examen des
difficultés de gestion de l'Étourneau en Bretagne et, surtout,
à partir de l'expérience de la gestion d'une espèce
d'oiseau frugivore de la Réunion, le Bulbul : montage d'une recherche
sur les mécanismes éco-éthologistes de la dispersion,
construction d'un groupe de négociation, implication des acteurs aux
différentes échelles, perspectives de nouvelles recherches
en liaison avec les demandes et compétences des acteurs (notamment,
simulation et cartographie du risque pour l'installation de nouveaux vergers).
Clergeau P.,1995. Importance of multiple scale analysis for
understanding distribution and for management of an agricultural bird pest.
Landscape and Urban Planning, 31, 281-289.
Le Lay G., Clergeau P., Hubert-Moy L., 2001. Computerised map of risk to
manage wildlife species in urban areas. Environmental Management,
27, 451-461.
[R] Développement durable et aquaculture
Thierry Boujard (4) anime
depuis trois années un thème transversal au département
Hydrobiologie et Faune sauvage sur le sujet de l'aquaculture et de
l'environnement dont les objectifs sont de développer une capacité
d'expertise entre disciplines différentes et de permettre une meilleure
synergie entre équipes de recherche et intégrer au mieux cette
problématique dans les recherches du département.
Les programmes développés au sein de ce thème transversal
ont pour objectif l'évaluation des impacts environnementaux des
activités aquacoles. Ils s'inscrivent donc dans le cadre de la
connaissance de la durabilité environnementale. Mais ils ne relèvent
pas, à une exception près, de l'aquaculture durable sensu
stricto. Pour lui, le " durable " est une question de
société que chaque discipline essaie de traduire en termes
scientifiques. Mais il est rare que la prise en compte des trois facettes
du développement durable
(économie/environnement/société) soit complète.
L'expérience menée dans le cadre de cette transversalité
l'amène à constater que le partage des cultures disciplinaire
est possible mais qu'il est très difficile pour un chercheur de se
détacher du cadre de sa discipline.
Olivier Clément est chargé depuis un an d'une mission sur
l'aquaculture durable au sein du département. Au travers d'une
investigation bibliographique sur l'aquaculture durable et plus
généralement sur le développement durable, il fait le
constat que si beaucoup de publications font référence au
développement durable dans ce secteur, beaucoup s'attardent sur des
définitions personnelles et des contenus qui n'engagent que leur auteur
alors que peu sont relatifs à des mises en pratique collectives. Un
facteur déclenchant réside toutefois dans la résolution
du conflit qui a opposé, durant les années 1990, les promoteurs
de l'aquaculture de crevettes dans la ceinture tropicale et les ONG
environnementalistes. La proposition d'un Code de conduite pour une aquaculture
responsable en 1998 par la FAO a amené divers gouvernements, institutions
nationales ou internationales et organisations professionnelles à
suivre ce chemin. Divers programmes, lois et cahiers des charges (codes de
conduite et guides de pratique) ont alors vu le jour.
La notion de développement durable offre aujourd'hui
deux intérêts majeurs pour ce secteur de l'aquaculture dont
on attend qu'il fournisse une part grandissante de protéines dans
le contexte de la démographie galopante de ce début de
millénaire :
- la possibilité pour les gouvernants de construire des cadres
conceptuels dans une perspective à long terme ;
- l'occasion pour les producteurs de reconstruire leurs priorités
et lignes d'action avec un nouveau regard.
C'est dans ce cadre qu'un partenariat peut s'établir entre recherche
et profession.
Une des priorités annoncée par lINRA vise à
" Gérer l'espace, préserver l'environnement et produire
durablement. ". Autrement dit, pour le département HyFS,
il sagit daccompagner le développement de modes de gestion
de ressources biologiques pour différents usages à long terme
intégrant les attendus environnementaux, sociaux et économiques
du développement durable, à un niveau national et
international.
Deux étapes préliminaires, particulièrement délicates
pour cette orientation, consistent à identifier correctement une demande
de recherche sinscrivant bien dans les missions du département
HyFS; et à identifier sans exclusive, mais en restant sélectif
par rapport à lobjectif, les actions de recherche à
encourager.
Trois principes conduisent laction du département dans cette
démarche qui se veut pragmatique : définir un contenu
opérationnel pour la communauté scientifique du département,
en aidant à la réflexion, à lanimation, à
la diffusion de linformation, et en engageant des actions
spécifiques ; prendre en compte la participation incontournable
des partenaires socioprofessionnels en encourageant et structurant les relations
avec ceux-ci ; veiller, le plus possible, à une démarche
collective et interdisciplinaire, en encourageant les projets entre
équipes, et en recherchant les complémentarités hors
du département.
Pour les équipes, il est possible, dès aujourdhui, de
sinformer et de se former, d intégrer le concept du
développement durable dans lanalyse des finalités des
travaux réalisés ; de proposer des expertises aux partenaires
socioprofessionnels dans le cadre de définition de codes de bonne
conduite ou daccompagnement des politiques publiques ; de
proposer des recherches innovantes, y compris méthodologiques, dans
la pratique des gestions de ressources.
Aujourdhui, une petite dizaine dactions, allant de la mise en
place progressive dun thème transversal " Aquaculture
durable " à un projet danalyse de cycle de vie en passant
par diverses formes de relations partenariales, peuvent être
identifiées au département comme relevant spécifiquement
dune thématique " développement durable de
laquaculture ".
[R] Encadré2
Les recherches du département Hydrobiologie Faune sauvage
ont pour objectifs l'acquisition de connaissances et de savoir-faire,
le développement d'outils et de méthodes et la construction
d'une capacité d'expertise en :
Gestion et la valorisation d'espèces aquacoles, essentiellement
les poissons :
- la diversification, la caractérisation et l'amélioration
des produits aquacoles ;
- le développement d'une aquaculture durable, notamment au travers
de l'impact de l'aquaculture sur l'environnement, du bien-être et de
la domestication ;
- les perspectives offertes par l'analyse et la fonctionnalité du
génome et les nouvelles biotechnologies.
Le fonctionnement et la gestion d'écosystèmes aquatiques
:
- la compréhension du fonctionnement d'écosystèmes
aquatiques (lacs, étangs, fleuves, rivières) ;
- la mesure et la prévision de l'impact des activités humaines
sur la qualité des écosystèmes aquatiques ;
- la gestion des ressources naturelles aquatiques : poissons de lacs et de
rivières, poissons amphihalins (salmonidés, aloses, anguilles),
écrevisses, grenouilles ;
Le fonctionnement et la gestion des populations de vertébrés
terrestres :
- éco-éthologie et fonctionnement de populations animales sauvages
(ongulés sauvages, oiseaux, certains rongeurs) ;
- méta-populations, peuplements et paysage ;
- éthologie en conditions naturelles et contrôlées
(essentiellement ongulés sauvages
[R] Références bibliographiques générales
Landais E., 1998. Agriculture durable : les fondements
d'un nouveau contrat social ? Courrier de l'Environnement de
lINRA, 33, 5-22.
Stengers I., 2001. Le développement durable, une nouvelle approche ?
Courrier de l'Environnement de lINRA, 44, 5-12.
Jollivet M., 2001. Le développement durable, notion de recherche et
catégorie pour l'action. Canevas pour une problématique hybride.
In M. Jollivet : Le développement durable, de
l'utopie au concept. De nouveaux chantiers pour la recherche. Elsevier,
Paris. 288 p.