La faune du sol
diversité, méthodes d'étude, fonctions et
perspectives
Aline Deprince
aline.deprince@club-internet.fr
Petite histoire de la pédozoologie
Un peu de science du sol
Tentative de portrait de la pédofaune
Extraction, comptage et détermination : matériel
et méthodes
Les travailleurs souterrains : que font les animaux du sol
?
Perspectives
En conclusion
Encadré1 : Les racines du sol
Encadré2 : Quelques définitions
Encadré3 : Les maladies qui passent par les animaux
du sol
Encadré 4 : Les Nématodes
Encadré 5 : Sol piégé
Encadré 6 : Les Myriapodes
Encadré 7 : Les sols tropicaux
Encadré 8 : L'éducation à la faune du
sol
Sous nos pieds, le sol : à l'échelle de la planète, une très mince couche de terre recouvrant les roches émergées. Supports des végétaux, qui sont à la base de tout réseau trophique, les sols sont une composante essentielle des écosystèmes terrestres. On entend souvent qu'il en existe autant que de spécialistes du sol ; de même pourrait-on dire qu'il y a autant de faunes du sol que de zoologistes, écologues, agronomes, pédologues. Le but de cet article n'est pas de dresser une liste exhaustive des animaux souterrains : un mètre carré de sol d'une forêt de Hêtre pouvant contenir plus de mille espèces d'invertébrés, il aurait fallu dix volumes ! Il s'agit, en quelques pages, de donner un aperçu de l'histoire de la pédozoologie, de la diversité animale dans le sol, de son rôle et des perspectives de recherche actuelles. Les propos tenus se limiteront, sauf mention contraire, aux régions tempérées. Le champ d'action y est déjà fort vaste, si l'on veut aborder sols forestiers, prairies et terres cultivées.
[R] Petite histoire de la pédozoologie
On estime actuellement que la faune du sol représente plus de 80 %
de la biodiversité animale. Ses plus célèbres
représentants, les vers de terre
(1) , sont la première biomasse animale terrestre
: on en compte en moyenne une tonne à l'hectare en masse fraîche.
Mais dans une prairie normande, par exemple, le chiffre peut atteindre quatre
à cinq tonnes. Pourtant, la pédofaune est longtemps restée
curieusement méconnue, peut-être en raison de sa taille souvent
minuscule, de la multitude d'espèces en cause et de son manque (apparent)
d'intérêt. Ainsi, ce n'est qu'en 1826 que l'on s'avise, et
s'étonne, qu'il existe plusieurs espèces de vers de terre !
Et les Protoures (2) ne furent
découverts qu'en 1924 par le naturaliste français J.-R. Denis.
À partir de la fin du XIXe siècle, en Europe, des
zoologistes se penchent enfin sur les animaux du sol, imaginent des
méthodes d'extraction, décrivent de nouvelles espèces
et tentent d'en faire l'inventaire (encore actuellement largement incomplet).
Ainsi Berlèse, entomologiste italien (1863-1927) inventeur de l'appareil
éponyme (voir plus loin). Cependant, leur point de vue reste purement
naturaliste et descriptif. Seule exception, en 1881, Darwin publie ce qu'il
annonce comme " un curieux petit livre " : Rôle des vers de terre
dans la formation de la terre végétale. Il y met en
évidence leur formidable travail de labour. Ce sont les prémices
de l'écologie du sol. Mais, malgré le succès que rencontre
l'ouvrage, après la mort de Darwin cet aspect fonctionnel n'est plus
abordé avant les années 1950.
Jusque-là, l'objectif principal des chercheurs travaillant sur la
faune du sol est surtout de se débarrasser des phytophages nuisibles
aux cultures. Ainsi en 1947, Jacques d'Aguilar
(3) étudie les larves de taupins
(4), qui détruisent les racines des cultures
et percent les tubercules de pomme de terre. Des insecticides redoutablement
efficaces sont mis au point par les industriels et adoptés par les
agriculteurs. Mais, dans les années 1940-1950, l'écologie est
une discipline en plein essor, qui pose de nouvelles questions. Les scientifiques
s'interrogent, raconte d'Aguilar : ces produits détruisent sans doute
autre chose que les taupins. Que se passe-t-il dans le sol ? En France, mais
également en Europe, la biologie du sol prend de l'importance. En
1956, a lieu à Paris le Congrès des Sciences du sol. Plusieurs
chercheurs saisissent l'occasion pour créer un Comité de Zoologie
du sol. Parmi eux, Trouvelot, directeur de la station centrale de Zoologie
agricole au centre INRA de Versailles, Blachère, responsable du
laboratoire de microbiologie des sols à l'INRA, d'Aguilar, le Viennois
Franz, le Belge Debauche, le Britannique Murphy
Des colloques de
pédozoologie sont organisés. Cette fois, on ne se contente
plus de décrire les habitants du sol, mais on s'intéresse à
leur rôle au sein de l'écosystème, aux interactions
auxquelles ils participent.
Le sol est un milieu de composition très particulière. Une phase solide est constituée de particules minérales de toutes tailles et de matières organiques, en proportions variables. L'arrangement de ces composés solides ménage des pores, emplis d'une phase liquide (eau et composés dissous) ou gazeuse (azote, oxygène, dioxyde de carbone et vapeur d'eau) (Chenu et Bruant (5), 1998).
Figure 1. Taupin des moissons et sa larve. Larousse agricole, 1922
Pour le biologiste, trois grands horizons en forêt
Les propriétés du sol (porosité, hygrométrie,
température, teneur en oxygène et en dioxyde de carbone,
quantité de matière organique) varient selon le type de sol
(sol calcaire ou acide, argileux, sableux ou limoneux, ces propriétés
étant liées aux facteurs climatiques et à la nature
de la roche mère) mais aussi avec la profondeur. On distingue, en
pédologie, de nombreux horizons de constitution différente.
Le pédobiologiste, qui étudie essentiellement le milieu forestier,
se limite généralement à trois horizons.
La litière, composée de débris végétaux,
très riche en matière organique, peu dense, permet donc une
libre circulation des gaz, une luminosité directe ou semi-obscure,
et des conditions d'hygrométrie et de température très
variables en fonction des conditions atmosphériques. La teneur en
gaz carbonique y est égale à celle de l'atmosphère.
Cet horizon superficiel présente une forte diversité
d'espèces animales, dont les individus sont généralement
en grand nombre.
Notons que la litière est spécifique du sol forestier. Dans
une prairie permanente, les retombées végétales sur
le sol sont trop faibles pour constituer une couche conséquente. La
matière organique provient alors principalement des racines et des
animaux épigés (déjections et cadavres). Dans un champ
cultivé, les retombées sont très variables selon les
pratiques culturales. Elles peuvent être quasiment nulles lorsque les
résidus de récolte sont ôtés.
En dessous de la litière se situe l'horizon humifère,
mélange de composés organiques dégradés et de
matière minérale. La porosité y est plus faible, les
gaz circulent plus difficilement, la luminosité est nulle, la teneur
en gaz carbonique augmente. La température varie peu. L'hygrométrie
est plus forte, il y a moins de risques de dessiccation. Riche en matière
organique, cet horizon présente également une forte diversité
biologique et une biomasse animale élevée. C'est ce que Darwin
nommait la " terre végétale ".
Figure 2. Lithobie. Myriapode Chilopode
Plus on s'enfonce ensuite dans les horizons profonds, plus la porosité est faible, l'hygrométrie proche de la saturation, la teneur en gaz carbonique élevée. Le tamponnement est efficace : la température ne varie pratiquement pas. La circulation des fluides, entièrement dépendante de la porosité, est minime. On observe un appauvrissement de la matière organique ainsi que du nombre d'espèces et d'individus.
Des contraintes facteurs de diversité
Ces caractéristiques créent des contraintes particulières,
qui ont favorisé l'étonnante diversité de la
pédofaune.
La première est la difficulté de se mouvoir : le sol
se présente comme un volume compact, aéré par des pores
et des fissures. Les animaux doivent soit se couler dans la porosité,
ce qui n'est possible que pour les organismes de très petite taille
comme les microarthropodes, soit creuser, ce qui demande une énorme
dépense d'énergie. Les petits animaux se déplacent donc
peu au cours de leur vie ; ils occupent des micro-habitats qui, à
leur échelle, sont extrêmement divers. Cette diversité
des habitats est un facteur de diversité des organismes. À
l'inverse, les Protozoaires (6),
transportés sur de longues distances par les vents, sont relativement
homogènes sur la planète.
La seconde contrainte est d'ordre nutritif. Quels sont les apports de
matière organique exploitable ? Les déjections des animaux
épigés et leurs cadavres, sources très localisées,
à la répartition spatiale et temporelle fortement aléatoire,
et réservées aux consommateurs spécialisés
(coprophages et nécrophages), ne représentent qu'un faible
pourcentage. La majeure partie est d'origine végétale : ce
sont les racines, source de nourriture pour les espèces phytophages,
et les débris végétaux qui tombent sur le sol. Cependant
en forêt, par exemple, cette matière organique fraîche,
très riche en lignine et pauvre en nutriments, n'est pas facilement
assimilable. À la mort des feuilles, les vacuoles libèrent
les produits secondaires du métabolisme des plantes, qui bloquent
les protéines en formant des complexes tanins-protéines. Très
peu d'organismes sont capables de les digérer (nous aborderons plus
loin ces problèmes de digestion). La qualité et l'abondance
de la matière organique sont des facteurs limitants pour la faune.
On comprend pourquoi dans les cultures annuelles, qui laissent peu de racines
dans le sol, lorsque les chaumes sont ôtés, la faune se
raréfie.
Troisième contrainte : l'hygrométrie variable. Selon
les conditions climatiques, la porosité du sol est tantôt remplie
d'eau, tantôt remplie d'air. Les organismes vivant dans le milieu
interstitiel doivent s'adapter à cette situation : beaucoup
présentent des formes de résistance à la sécheresse
(vie ralentie, enkystement) et sont ainsi capables d'attendre le retour des
conditions favorables.
Enfin, la présence d'oxygène, liée à la
diffusion des gaz dans le sol, est un facteur important pour la faune. Cela
explique la rareté des organismes animaux dans le sol profond.
[R] Tentative de portrait de la pédofaune
La plupart des groupes d'invertébrés comptent des représentants dans le sol. La raison pourrait être historique : beaucoup d'invertébrés auraient évolué du milieu aquatique vers le milieu aérien en passant par le sol, certaines espèces y étant restées. Ainsi la plupart des paléontologues s'accordent à dire que les vers de terre seraient les descendants d'Annélides marins qui vivaient dans les sédiments, qui ont remonté les rivières et qui sont finalement passés dans les sols émergés. Pour les Arthropodes, le scénario diffère : selon Philippe Janvier (7), les petits Arthropodes sortis de l'eau il y a 400 000 ans (voire plus, selon des données récentes) étaient surtout inféodés aux tapis de mousses primitives puis aux litières humides. Ils ont d'ailleurs peu évolué. La morphologie des Collemboles (8) fossiles est très proche de celle de certaines espèces actuelles, note Janvier. Des arthropodes fouisseurs seraient apparus plus tardivement. Quant aux Mollusques, on connaît mal leur histoire, mais il semble qu'ils soient directement passés de l'eau à l'air libre.
Figure 3. Oniscus asellus Crustacé Oniscidé (cloporte)
De la diversité des animaux du sol
On trouve donc dans le sol une incroyable diversité d'organismes animaux.
Classiquement, on distingue trois catégories en fonction de leur taille
(Bachelier, 1979).
La microfaune est constituée des espèces de diamètre
inférieur à 0,2 mm : des Protozoaires, quelques espèces
de Rotifères (9) terrestres, des
Tardigrades (10) et des
Nématodes (11). Ces organismes
vivent dans l'eau interstitielle du sol ; ils présentent des
résistances à la sécheresse. Les Protozoaires dans le
sol se comptent en centaines de millions par mètre carré.
La mésofaune rassemble les invertébrés entre
0,2 et 4 mm : il s'agit d'Acariens (12),
de Collemboles, de Pseudoscorpions (13), de
Protoures, de Diploures (14), de
petits Myriapodes (15) (ces groupes
se rassemblant sous le terme " micro-arthropodes "), de Nématodes
de plus grande taille et d'Enchytréides
(16). Acariens et Collemboles sont les plus nombreux des
microarthropodes du sol : leur nombre peut atteindre un million par mètre
carré dans un sol brun, ce qui représente une biomasse de
quelques grammes !
Enfin, la macrofaune est composée des animaux entre 4 et 80
mm. Ce sont les lombrics, des larves d'Insectes (en majorité des larves
de Diptères et de Coléoptères, mais aussi
d'Hémiptères, de Lépidoptères
), des
Cloportes (17), des Myriapodes
Chilopodes (18) et
Diplopodes (19), des Limaces et
Escargots (20), des Araignées
et Opilions (21), et des Insectes divers
(Hyménoptères Formicidés, Coléoptères,
Orthoptères, etc.). Lombrics exceptés, la macrofaune occupe
principalement la litière.

Figure 4. Anguilule du blé Nématode
Larousse agricole, 1922.
À ces trois catégories, on se doit d'ajouter la mégafaune,
réunissant les animaux du sol de plus de 10 cm : la Taupe
européenne (22), bien sûr,
la Marmotte alpine (23), le Lapin de
garenne (24), de petits Rongeurs comme
le Mulot sylvestre ou le Campagnol des champs
(25). Certains serpents et lézards se terrent
parfois sous la litière. C'est également dans cette catégorie
que se classent les quelques lombrics tropicaux
géants (26).
On a vu que les caractéristiques du sol présentent des contraintes
particulières pour la faune, d'autant plus fortes avec la profondeur.
Cela a favorisé la diversité des organismes, contraints de
" trouver " des adaptations. Ainsi chez les microarthropodes, qui occupent
tous les niveaux du sol, Yves Coineau
(27) distingue trois formes biologiques en fonction de
l'habitat. Acariens et Collemboles vivant à la surface du sol sont
dits épiédaphiques. Les espèces de la litière
sont dites hémiédaphiques. Enfin, celles de l'humus
et du sol profond sont euédaphiques. Ces catégories
sont facilement repérables, car les changements d'habitat se traduisent
par des différences morphologiques marquées. Les formes de
surface et de la litière forestière présentent une forte
pigmentation, des appendices bien développés, des soies, et
sont souvent de grande taille. Plus on descend dans le sol, plus les individus
deviennent petits, grêles, dépigmentés, avec des appendices
plus courts et un système visuel réduit. Les espèces
caractéristiques du sol profond sont ainsi adaptées à
une porosité moindre, une luminosité nulle et une forte
hygrométrie. Une exception confirme la règle : chez les Acariens
Oribates, il existe des genres très homogènes et occupant pourtant
plusieurs niveaux du sol.

Figure 5. Talpa europeae Taupe attaquant une
courtilière Larousse agricole, 1922

Figure 6. Gryllotalpa gryllotalpa La
Courtilière est également nommée taupe-grillon.
Tous les âges sont dans le sol : exemples surtout choisis chez les
Insectes
Tous les animaux du sol ne l'occupent pas continuellement au cours de leur
vie. Si les vers de terre ou la taupe, par exemple, y vivent de façon
permanente, certains n'utilisent le sol que comme abri. C'est le cas du Lapin
de garenne : il dort dans son terrier, s'y réfugie en cas de danger,
et élève ses petits dans une galerie spéciale, la
rabouillère, que la femelle débouche pour venir allaiter et
rebouche lorsqu'elle sort grignoter à l'air libre. Ou de la Guêpe
commune (28), qui construit souvent
son nid dans le sol. De jour, l'activité bourdonnante autour du trou
attire une buse, la Bondrée apivore
(29), qui creuse la terre avec ses serres pour se
régaler des larves de notre Hyménoptère. À l'inverse,
certaines chenilles de Noctuelles (30)
dévorent les plantes durant la nuit, et passent la journée
cachées à une faible profondeur dans le sol.


Figure 7. Glomeris sp. Les Gloméridés,
Myriapodes Diplopodes très courants, se roulent en boule.
À ne pas confondre avec Armadilidium vulgare, Crustacé, qui
a la même réaction.
D'autres ne passent dans le sol qu'une ou plusieurs phases de leur vie ;
ils l'occupent temporairement. Les Insectes fournissent des exemples
de choix, 95% d'entre eux habitant le sol durant au moins une partie de leur
cycle de vie. Certains n'y demeurent que sous forme d'ufs. C'est le
cas de la plupart des espèces de criquets
(31): la femelle introduit son arrière-train dans
le sol et y libère ses ufs groupés dans l'oothèque,
un petit sac protecteur surmonté d'un bouchon. Dès
l'éclosion, les larves s'extraient du sol. À la surface, elles
se débarrassent de la cuticule couverte d'écailles qui facilitait
leurs déplacements souterrains, et libèrent leurs appendices.
En général, le stade larvaire se déroule également
sous terre. Bien que souvent il s'agisse de larves issues d'ufs
enterrés par l'adulte (comme pour les larves de la Guêpe commune),
dans certains cas, les ufs éclosent à l'air libre et
les larves s'enfouissent elles-même dans le sol. Selon les espèces,
elles sont prédatrices, phytophages ou nécrophages. Leur
durée de vie est parfois bien plus longue que celle de l'adulte. Ainsi
la larve de la Grande cigale
(32) vit quatre ans dans le sol, creusant des
galeries pour atteindre les racines dont elle s'alimente ; elle y subit des
mues successives. La larve de dernier stade qui s'extrait de la terre grimpe
sur la végétation pour la mue imaginale, et le bel adulte chantant
(notons que seuls les mâles chantent) que l'on connaît bien n'a
que quelques semaines pour se reproduire et pondre avant de
mourir (33). Dans le sol, les larves
que l'on observe en majorité sont celles de Diptères
Nématocères, parmi lesquelles les larves de Tipules et de
Bibionidés, particulièrement actives. Les larves de Sciaridés
peuvent également pulluler en forêt : les vers
militaires (34) se déplacent
en files de plusieurs milliers d'individus, formant un ruban gris de deux
centimètres de large et pouvant atteindre quatre mètres de
long. Adultes, ce sont de simples moucherons. On trouve également
dans le sol des larves de Coléoptères, dont de nombreux
Carabidés, dont la vie imaginale se déroulera, pour la plupart,
sur le sol.
Beaucoup de larves sont des ravageuses des cultures : outre la larve " fil
de fer " du Taupin, déjà citée, on peut ainsi compter
parmi les ennemis de l'agriculteur les vers blancs, larves de
Coléoptères Scarabéidés.
D'autres espèces s'enterrent uniquement pour subir la nymphose. On
connaît la Processionnaire du pin
(35), dont les chenilles se déplacent en longs
cortèges. Arboricoles, elles descendent de leur conifère au
printemps et creusent le sol pour tisser leur cocon à quelques
centimètres sous la surface.
Enfin, certains Insectes passent leur vie entière dans le sol : citons
les fourmis et certains carabes. Et dans les régions tropicales, il
faut ajouter les quelque 1 200 espèces de termites
humivores (36). L'étonnante
Courtilière (37) passe elle aussi
toute sa vie dans le sol. Les larves éclosent dans un nid creusé
par la femelle, y subissent deux mues, y hivernent, puis les adultes creusent
leurs propres galeries, se nourrissant de vers de terre, de larves et, au
grand dam des jardiniers, de racines de plantes légumières.
Par les nuits chaudes, il arrive qu'elles s'envolent en essaims.
Plus compliqué est le cas du redoutable
Phylloxéra (38). Ce puceron
américain dévastateur des vignobles présente plusieurs
formes biologiques : une forme gallicole (39),
qui vit sur les feuilles de la Vigne américaine, et une forme
radicicole souterraine qui, en se nourrissant des racines, cause l'infection
et la mort des ceps. Seule cette dernière fait partie de la
pédofaune. En Europe, les populations sont principalement radicicoles
; la forme épigée n'apparaît généralement
que sur la Vigne américaine.
Figure 8.
Acariens
Alors, qui appartient à la faune du sol ? Cela dépend de la
façon dont on aborde la question. S'il s'agit de recenser les individus
présents dans un échantillon de terre, toutes les espèces
que l'on vient de citer sont à inclure dans la liste au stade de leur
vie durant lequel elles sont endogées. C'est la vision du zoologiste.
Mais si l'on est un écologue s'intéressant au rôle de
la pédofaune au sein de l'écosystème, comme nous allons
le faire dans un prochain chapitre, les espèces qui sont peu actives
dans le sol n'entrent pas dans notre propos : les nymphes ou les organismes
en hivernation jouent un rôle plutôt faible. Toutefois, ces
organismes sont une source de nourriture pour les Mammifères insectivores
et les Arthropodes prédateurs. Ils ont donc une place au sein des
réseaux trophiques souterrains. Enfin, du point de vue du phytiatre
cherchant à se débarrasser d'un ravageur, connaître sa
phase souterraine est utile : on peut prévenir les ravages d'une
espèce dont l'adulte aérien est phytophage en s'attaquant à
la forme larvaire endogée.
Ainsi, la pédofaune est également diverse par ses définitions
et ses spécialistes. Néanmoins, quel que soit le but
recherché, travailler sur la faune du sol nécessite de la
quantifier, la capturer, l'observer à la loupe. Pour ce faire, les
techniques sont également très variées.
[R] Extraction, comptage et détermination : matériel et méthodes
La diversité de la pédofaune ne permet pas l'utilisation d'une méthode d'échantillonnage unique pour tous ses représentants. Certaines techniques ne sont utilisables que pour les organismes d'une certaine taille, d'autres sélectionnent des classes écologiques ou taxonomiques.
Capture et extraction
La macrofaune de la litière est facilement accessible. On la capture
par les techniques de chasse à vue chères à l'entomologiste,
mais qui fonctionnent aussi pour les Myriapodes, Araignées et Cloportes
: pince plate, pinceau humide, aspirateur
(40).

Fig. 9. Collembole
On peut établir un échantillonnage quasi exhaustif des Insectes
dont la phase larvaire et/ou nymphale est endogée en prélevant
un échantillon de sol que l'on déposera dans un
éclosoir (41). Selon le
même principe, pour une plus grande surface, on utilise une nasse à
émergence directement sur le terrain : un filet de mousseline aux
mailles très fines placé à quelques centimètres
du sol, de façon à former une cage. Si la période est
judicieusement choisie, on verra tous les adultes émergeant du sol
voleter, prisonniers de la nasse, et se poser sur les parois.
Les espèces édaphiques s'attrapent moins facilement. Après
avoir prélevé un échantillon de sol (à l'aide
d'une bague en métal ou d'une sonde pédologique, calibrées
si l'on veut être précis dans le volume de terre à extraire),
il faut séparer les animaux des grains de terre. On peut évidemment
tenter de le faire manuellement sous la loupe, mais cela se révèle
vite fastidieux. Les méthodes mécaniques sont nombreuses
: elles combinent lavage, tamisage, centrifugation, sédimentation.
Pour être réellement efficaces, ces techniques demandent une
grande minutie et des manipulations souvent longues, avec un protocole
spécifique des organismes que l'on cherche à récupérer.
Si l'on ne désire pas une étude quantitative précise,
mais un simple aperçu de la méso- et macrofaune du sol, un
tamisage peut suffire.
D'autres méthodes, dites sélectives ou actives, laissent
les petites bêtes faire le travail : la méthode
d'échantillonnage des vers de terre couramment utilisée
actuellement est basée sur une réaction épidermique
des lombrics au formol. Un cadre en bois délimite une surface de 1
m² de sol mis à nu. On y verse uniformément 30 l de trois
solutions de formol de concentration croissante. Les vers fuient aussitôt
vers la surface où ils sont collectés. Il existe des variantes,
moins efficaces : une solution de permanganate de potassium diluée,
ou encore une électrode envoyant dans le sol un courant alternatif.
La méthode classique d'extraction des microarthropodes, imaginée
en 1905 par Berlèse et perfectionnée plus tard par Tullgren,
utilise également une réaction de fuite. Un échantillon
de terre est placé pendant trois à quatre jours sur un tamis
au-dessus d'un entonnoir et surmonté d'une lampe puissante. Fuyant
la dessiccation, Acariens, Myriapodes, Collemboles et petites larves d'Insectes
quittent l'échantillon par le bas et tombent dans l'entonnoir
jusqu'à un bécher contenant de l'alcool. Il faut noter que
les individus blessés ou morts, qui ne se déplacent pas, ne
seront pas comptabilisés. Les échantillons de sol doivent
être manipulés avec précaution, afin de ne pas les compacter
et empêcher les animaux d'en sortir.
Baermann adapte ensuite l'extracteur de Berlèse pour la récolte
des Nématodes et autres représentants de la microfaune hydrobionte
: même système, mais l'entonnoir est à demi rempli d'eau.
Les petits vers s'y réfugient, et il suffit de faire couler un peu
de liquide pour les recueillir.

Figure 10. Géophile Myriapode
Chilopode
Détermination : le casse-tête
Une fois les invertébrés du sol collectés, reste à
les trier, compter, déterminer. C'est la partie la plus laborieuse
du travail du pédozoologiste. Un " culot de Berlèse ",
résultat d'une extraction à partir d'un échantillon
de sol, est un invraisemblable capharnaüm rassemblant des centaines
de Microarthropodes : chaque prélèvement de sol représente
des heures de travail sur une loupe binoculaire. Cela se complique encore
si l'on veut faire une détermination précise,
particulièrement chez les Acariens, comme l'explique Michel
Bertrand (42). On en connaît en
effet environ 40 000 espèces, dont une grande partie dans le sol,
mais on peut en découvrir de nouvelles en creusant simplement dans
son jardin. Chaque spécialiste prospectant dans sa région,
les disparités sont fortes : les Allemands ayant beaucoup
étudié ces petites bêtes, l'acarofaune du Nord de la
France est relativement bien connue. Dans le Sud, " on se débrouille
", quitte à devoir faire de la systématique à chaque
découverte d'un nouvel animal. Et même les espèces connues
ne sont pas forcément aisément classables. Chez les Acariens
Trombiculidés (la famille des Aoûtats), par exemple, certaines
espèces sont parasites à l'état larvaire et libres une
fois adultes. Les formes parasites, parfois responsables de la transmission
de maladies, ont été bien plus étudiées.
Résultat : une classification différente pour les larves et
pour les adultes du groupe.
Autres techniques
On peut parfois étudier la faune du sol sans la capturer. Beaucoup
d'estimations des populations sont réalisées indirectement
en dénombrant les indices de présence : pour une population
de fourmis, les fourmilières, une population de taupes, les
taupinières, une population de vers de terre, les turricules
(excréments rejetés à la surface et formant de petits
tas).
Les technologies récentes apportent beaucoup. Les zoologistes
s'intéressant à l'architecture des fourmilières ou à
la structure des réseaux de galeries de lombrics ont emprunté
à l'imagerie médicale l'endoscope, caméra miniature
et flexible. On peut également quantifier et visualiser les réseaux
lombriciens dans des carottes de sol par tomographie aux rayons X. La microscopie
électronique, les techniques de modélisation en trois dimensions,
sont elles aussi très utiles pour l'étude de ce milieu complexe
qu'est le sol.
Ces techniques ont permis de dépasser l'aspect quantitatif et de
répondre à une nouvelle question : que font les animaux dans
le sol ? Moulages de leurs galeries, étude de la composition chimique
de leurs déjections, ont mis en évidence l'importance des
activités de la pédofaune.
[R] Les travailleurs souterrains : que font les animaux du sol ?
Dans les années 1960-1970, l'écologie est à son
apogée. La notion d'écosystème prend de l'importance.
Durant cette période, on ne se contente plus de décrire la
faune du sol, mais on cherche à caractériser son action.
Les écologues identifient deux rôles importants joués
par la pédofaune : une action physique sur le sol et un rôle
dans la dégradation de la matière organique.
Actions sur la structure du sol
J'fais des trous
L'action physique des animaux dans le sol est bien sûr corrélée
à leur taille. La plus spectaculaire est sans aucun doute celle de
la taupe : un réseau de cent à deux cents mètres de
galeries souterraines entretenu par les générations successives.
Chaque individu creuse également ses propres galeries pour la chasse
aux lombrics, rejetant la terre en surface et formant ainsi les fameuses
taupinières, avançant d'environ vingt mètres par jour.
Ce faisant, la taupe ramène en surface des éléments
profonds et aère le sol : un véritable labour. Mais elle bouleverse
aussi les semis, coupe les racines des plantes cultivées et détruit
les beaux gazons anglais. Les Rongeurs
(43) créent eux aussi, dans une moindre mesure,
galeries et terriers (et des dégâts dans les cultures en grignotant
graines et racines).
Même des oiseaux creusent le sol ! Le Martin-pêcheur
d'Europe (44) niche dans des galeries
de cinquante à quatre-vingt-dix centimètres de long, qu'il
fore dans les berges verticales des rivières. Le Guêpier
d'Europe (45) habite lui aussi les berges
sablonneuses. Et, en Amérique, la Chouette des
terriers (46) occupe ceux que les petits
mammifères ont abandonnés, les agrandissant parfois à
son goût.
Les microarthropodes ne creusent pas, ils ne font qu'utiliser les pores naturels
et les passages ménagés par de plus grosses bêtes : les
Insectes, Myriapodes et Crustacés fouisseurs. Ces animaux participent
au maintien de la porosité du sol. C'est un facteur essentiel pour
la survie de la pédofaune, mais aussi pour le développement
des systèmes racinaires des plantes, notamment avant l'installation
d'une végétation abondante. Ensuite, les racines jouent elles
aussi un rôle dans le creusement de cavités dans le sol.
Parmi les Invertébrés du sol, les fourmis, et les termites
dans les régions tropicales, déploient, malgré leur
faible taille, une activité particulièrement impressionnante.
Elles dépensent une énergie colossale pour construire leurs
" maisons ", qui peuvent s'élever jusqu'à plusieurs mètres.
Fourmilières et termitières sont constituées de
matières minérales et organiques mêlées. Ces insectes
participent ainsi à l'intégration de la matière organique
dans le sol et réalisent un travail de " décompactage " en
remuant, dispersant, mélangeant ces éléments.
Malgré tout, les plus efficaces des travailleurs souterrains sont
les vers de terre. Mais pas n'importe lesquels ! Marcel
Bouché (47) distingue trois
catégories écologiques. Ou plutôt, précise-t-il,
des " pôles évolutifs " : il existe en réalité
de nombreux intermédiaires entre ces extrêmes. Les vers
épigés, grêles et rouges, vivent à la surface,
principalement dans les litières forestières. Ils forent très
peu le sol. Les endogés sont de plus grande taille,
dépigmentés et possèdent une musculature
développée. Ils percent un réseau de galeries profondes
en avalant la terre devant eux et en la rejetant derrière sous forme
de déjections. Enfin, les vers anéciques présentent
un mode de vie mixte : se nourrissant la nuit en surface, ils descendent
profondément dans le sol le jour pour échapper au
réchauffement des horizons superficiels. Par ces mouvements verticaux,
ils agissent fortement sur la structure du sol. Leur partie postérieure,
qui reste dans la terre lorsqu'ils sont en surface, est dépigmentée,
tandis que l'avant est coloré de gris-brun.
En creusant leurs galeries, les vers fouisseurs augmentent la porosité
du sol. Ils facilitent ainsi la pénétration de l'air. Cela
joue également sur la capacité du sol à drainer l'eau.
Bouché rappelle l'histoire de scientifiques qui avaient placé
des rigoles en bas d'un coteau dans le Sud de la France. Ils n'y avaient
récolté que l'eau tombée du ciel, mais pas celle qui
aurait dû ruisseler des champs. L'explication ? Les galeries de lombrics,
verticales et raccordées en réseau, peuvent atteindre une
profondeur de cinq à six mètres. Dans la région
méditerranéenne, selon Bouché, une population moyenne
de vers de terre permet un écoulement de 160 mm d'eau par heure à
travers ses galeries. Bouché ajoute que la disparition des lombrics,
principalement due à l'usage intensif de pesticides dans les vignes,
peut dès lors être considérée comme l'un des facteurs
responsables de l'aggravation des inondations dans cette
région (48).
De plus, les vers anéciques forment à la surface du sol des
turricules, bien visibles de mars à juin (période d'activité
des lombrics en région tempérée). Ce sont ces " crottes
de vers de terre " qui ont étonné Darwin par leur abondance.
De fait, selon les milieux, on en trouve un à neuf kilogrammes par
mètre carré et par an. Les lombrics ramènent ainsi des
éléments des couches profondes à la surface : c'est
l'équivalent d'un labour sur les vingt premiers centimètres
de sol.
Les agrégats des vers de terre

Figure 11. Lombric Larousse agricole,
1922
Les turricules sont constitués d'éléments ayant
transité par le tube digestif des vers, tout comme leurs déjections
souterraines. Ces déjections, contrairement à celles des autres
organismes, sont des mélanges de matière organique et de
matière minérale. Les espèces de Termites humivores,
dans les régions tropicales, produisent elles aussi ce type de
déjection. Dans les huit jours environ suivant la formation d'un turricule
de ver de terre ou d'une crotte de termite, explique Patrick
Lavelle (49), beaucoup
d'éléments minéraux sont encore disponibles et
l'activité microbienne est forte. On y trouve de l'azote minéral,
de l'ammonium et du phosphore assimilables. Puis l'ensemble sèche,
bloquant la matière minérale dans une structure en agrégat
très compacte et durable. Lombrics et termites jouent donc un rôle
dans la séquestration de la matière organique dans les sols,
en particulier dans la fixation du carbone. Ils régulent ainsi les
processus biologiques passant par le sol. Une biomasse moyenne de vers de
terre (environ une tonne par hectare) ingère en un an, selon Bouché,
400 t par hectare de terre et de matière organique mêlées,
soit un dixième d'un sol complet de 3 500 t. Cela peut aller jusqu'à
1 000 t dans les zones tropicales. Lavelle souligne qu'il existe une espèce
tropicale dont les jeunes avalent trente fois leur poids en terre chaque
jour. La quantité de sol ainsi " traitée " par les lombrics
est phénoménale. Ce n'est pas pour rien qu'Aristote les qualifiait
déjà d'" intestins de la terre ".
Décomposition de la matière organique et interactions avec
la microflore
La matière organique morte qui arrive sur le sol subit des transformations
dues à des réactions physiques, chimiques et biologiques.
Bien que l'on dise souvent des saprophages qu'ils sont " décomposeurs
", ces animaux ne réalisent pas eux-même les transformations
biochimiques. On l'a vu, la matière organique qui arrive dans le sol,
en majorité d'origine végétale, peut être
difficilement assimilable. Seuls les organismes microbiens sont capables
de digérer certains composés organiques. Mais eux aussi sont
soumis à des contraintes : ne pouvant se déplacer dans le sol,
ils attendent en dormance des conditions favorables (température,
hygrométrie et, surtout, présence de substrat organique). C'est
le " paradoxe de la Belle au bois dormant " : alors qu'en laboratoire, les
microorganismes ont une croissance extrêmement rapide, dans le sol,
malgré l'énorme biomasse microbienne présente, le temps
de renouvellement des populations se chiffre en mois. Bactéries et
champignons sont la plupart du temps inactifs, attendant les "princes charmants"
qui les mettront en présence de substrats organiques. Le moteur du
recyclage est donc l'interaction entre animaux et microorganismes.
Les microprédateurs qui consomment la microflore ont un rôle
de régulation des populations, mais aussi de stimulation : sous
l'influence de cette prédation, la multiplication des bactéries
et la ramification des hyphes mycéliens augmentent.
Les animaux saprophages, en se nourrissant des débris animaux et
végétaux, fragmentent la matière organique et participent
donc à l'étape de décomposition. On passe ainsi de morceaux
de plusieurs centimètres, avalés par les Cloportes, les gros
Myriapodes et les Coléoptères, à des fractions de quelques
microns dans les boulettes fécales des microarthropodes. Ce faisant,
ils augmentent la surface attaquable par les bactéries, champignons,
et autres éléments de la microflore. À l'intérieur
de leurs boulettes fécales, les conditions sont optimales pour la
microflore : chaleur, humidité et matière organique
fragmentée. L'activité microbienne y est intense. Au bout de
quelques jours, les bactéries ont dégradé les fragments
organiques en un substrat plus facilement assimilable. Ces déjections
transformées sont ingérées par de plus petits saprophages,
qui y trouvent les éléments organiques nécessaires à
leur métabolisme, et produisent à leur tour des boulettes
fécales. Certains Invertébrés, comme les Cloportes,
ont une digestion de type "rumen externe" : ils ré-ingèrent
leurs propres déjections dégradées par l'activité
bactérienne.
Les petits Arthropodes primitifs dont nous parlions au début de cet
article agissaient de même, se nourrissant de spores ou de débris
végétaux et produisant des déjections. Selon Janvier,
ils auraient ainsi contribué à la formation des premiers sols.
Certains animaux bénéficient quant à eux d'interactions
internes très fortes avec les microorganismes. Le système de
digestion des vers de terre (50) illustre
parfaitement ce mutualisme : le lombric produit du mucus (un substrat organique
très énergétique) qu'il mélange au sein de son
tube digestif avec le sol ingéré (qui contient des particules
minérales, organiques, et de la microflore) et de l'eau. Les conditions
sont alors idéales pour les bactéries, qui récupèrent
leurs capacités enzymatiques. Dans la deuxième partie du tube
digestif, elles digèrent la matière organique. La production
de mucus demande un gros investissement énergétique, mais permet
au lombric de récupérer les produits de la digestion
effectuée par les bactéries réactivées.
Quant aux termites, ce serait grâce à des symbiontes de leur
panse rectale qu'ils parviendraient à digérer la cellulose
pour les espèces xylophages, ou les composés
aromatiques (51), par exemple, pour
les espèces humivores. Le système de digestion extrêmement
performant de ces animaux leur permet sans doute de déployer
l'énergie nécessaire au creusement de leurs galeries ou à
la construction de leurs édifices.

Figure 12. Culot de Berlèse Microarthropodes
et fragments de sol.
Cliché Marc Fouchard
Techniciens et ingénieurs de l'écosystème
Galeries, fourmilières et déjections sont des structures
biogéniques, c'est-à-dire produites par des organismes vivants.
Celles créées par les lombrics et les termites sont
particulièrement importantes, qu'il s'agisse de leur capacité
à remuer le sol ou bien de la nature organo-minérale stable
de leurs déjections.
Lavelle propose une classification fonctionnelle des organismes du sol, selon
leur impact sur l'écosystème à travers leurs deux
rôles (structuration du sol et interaction avec la microflore). Les
microprédateurs, de très petite taille, ont peu d'impact
physique sur le sol, et interagissent avec la microflore en exerçant
une pression de consommation. Les transformateurs de litière
(ici la " litière " n'est pas l'horizon superficiel forestier, mais
bien la matière organique fraîche sur le sol) sont les animaux
fragmenteurs : la majorité de la mésofaune en fait partie,
ainsi que les gros Arthropodes saprophages de litière et les larves
d'insectes au régime saprophage. Enfin, le troisième groupe
est celui des organismes ingénieurs : lombrics, termites dans
les régions tropicales et fourmis. Nous l'avons vu, ces animaux jouent
un rôle prépondérant dans la structuration du sol par
la formation de galeries, l'apport d'éléments profonds en surface
et, inversement, l'insertion d'éléments organiques en profondeur,
et enfin la production d'agrégats organo-minéraux stables.
Ces Invertébrés sont également ceux qui entretiennent
les interactions les plus fortes avec la microflore
(52). De ce fait, ils occupent une position clé
au sein de l'écosystème.
Tableau I. Principaux groupes composant la pédofaune et leur rôle au sein de l'écosystème sol
| Qui sont-ils ? |
Combien sont-ils ? (par m², dans un sol brun tempéré non cultivé, selon plusieurs auteurs, d'après G. Bachelier, 1979) |
Que mangent-ils ? |
Que produisent-ils ? |
Classification fonctionnelle (d'après P. Lavelle et autres auteurs) |
|
| Microfaune |
Protozoaires | de 100 à 1 000 millions | des bactéries et des champignons | microprédateurs | |
| Nématodes |
de 1 à 20 millions |
beaucoup d'espèces sont phytoparasites ; certaines sont prédatrices d'autres Nématodes et d'Acariens ; les autres sont saprophages |
des pelotes fécales avec des fragments de 5 µm3 |
microprédateurs ou transformateurs de litière |
|
| Mésofaune | Acariens | de 20 000 à 500 000 | la plupart ingèrent des Bactéries,
des pollens, des débris végétaux et animaux divers : ce sont des saprophages ; certains sont prédateurs |
des pelotes fécales avec des fragments de 20 µm3 |
transformateurs de litière |
| Collemboles | de 20 000 à 500 000 | la plupart sont saprophages ; quelques espèces sont prédatrices |
des pelotes fécales avec des fragments de 20 µm3 |
transformateurs de litière |
|
| Enchytréides | de 10 000 à 50 000 | des débris végétaux en
décomposition, les déjections des micro-Arthropodes |
des agrégats et des petites galeries |
fouisseurs et transformateurs de litière |
|
| Macrofaune | Lombrics | de 50 à 400 | des débris végétaux,
qu'ils ingèrent avec de la terre |
des agrégats organo-minéraux,
des galeries, des turricules |
ingénieurs de
l'écosystème |
| Larves de Diptères, de Coléoptères, de Lépidoptères... |
larves de Diptères : 400 larves de Coléoptères : 100 |
les régimes varient selon les espèces : on trouve des saprophages, coprophages, nécrophages, prédatrices, phytophages |
les saprophages produisent des
pelotes fécales, les phytophages, beaucoup de dégâts dans les cultures |
transformateurs de litière, consommateurs primaires ou prédateurs, selon les espèces |
|
| Coléoptères adultes |
quelques-uns |
la plupart sont saprophages ; certaines espèces sont parasites des fourmilières |
des pelotes fécales avec des fragments d'1 mm3 |
transformateurs de litière |
|
| Fourmis, Termites |
très variable selon les lieux |
les fourmis sont saprophages et/ou prédatrices selon les espèces, elles ingèrent aussi du miellat sucré ; les termites sont xylophages |
des galeries ; les termites produisent des boulettes fécales organo-minérales |
ingénieurs de
l'écosystème |
|
| Autres insectes |
quelques-uns |
ils se nourrissent d'une grande diversité de matières végétales et animales |
des pelotes fécales |
transformateurs de litière |
|
| Myriapodes |
250 (très variable) |
les Diplopodes sont saprophages, les Chilopodes sont tous prédateurs-chasseurs |
les saprophages produisent des pelotes fécales avec des fragments d'1 mm3 |
transformateurs de litière ou macroprédateurs |
|
| Cloportes |
100 |
saprophages |
des pelotes fécales avec des fragments d'1 mm3 |
transformateurs de litière |
|
| Araignées |
quelques-unes |
prédatrices d'autres Arthropodes |
macroprédateurs |
||
| Limaces et Escargots |
50 |
ils se nourrissent de végétaux |
consommateurs primaires |
||
| Mégafaune | Taupe, marmotte, lapin, musaraigne, crapaud fouisseur, etc. |
les Mammifères Insectivores mangent des Insectes, les Rongeurs grignotent les plantes et les racines |
de très gros trous qui peuvent
être des habitats pour une faune nombreuse, des déjections et des cadavres sources de matière organique |
bioturbateurs (ils remuent le sol) et macroprédateurs |
Tableau II. Caractéristiques principales des trois
types d'humus
d'après Ponge.
| Types d'humus | MULL | MODER | MOR |
| Écosystèmes |
prairies et pelouses, forêts de feuillus avec
une riche strate herbacée, maquis méditerranéens |
forêts de feuillus et de conifères avec
une strate herbacée pauvre |
landes, forêts de conifères, tourbières
à sphaignes, pelouses alpines |
| Type de sol | sols bruns | sols lessivés podzoliques | sols podzoliques |
| Biodiversité | haute | moyenne | basse |
| Faune |
mégafaune, macrofaune, mésofaune, microfaune | macrofaune (pauvre), mésofaune (riche), microfaune | mésofaune (pauvre), microfaune (pauvre) |
| Groupe animal dominant en biomasse |
vers de terre |
enchytréides |
rareté de la faune |
| Groupe microbien dominant en biomasse |
bactéries |
champignons |
rareté de la microflore |
| Humification | rapide | lente | très lente |
| Matière organique humifiée |
agrégats organo-minéraux
|
boulettes fécales organiques |
oxydation lente des débris végétaux |
| Productivité | haute | moyenne | basse |
Ce modèle " idéal " vaut surtout pour les sols calcaires forestiers, systèmes les plus couramment étudiés. Mais, selon le type de sol, la forme d'humus, la végétation en présence, les différences sont fortes. On distingue trois types d'humus ; le tableau ci-contre montre leurs principales caractéristiques. Ces dernières sont fortement liées entre elles. La pédofaune, principalement les organismes ingénieurs, s'inscrit dans un ensemble d'interactions impliquant non seulement le sol, mais aussi les végétaux qui y poussent et, par là-même, l'ensemble de l'écosystème : la qualité de la litière, qui dépend de la végétation, et les propriétés physico-chimiques du sol conditionnent la présence de telle ou telle espèce de la faune du sol, et principalement celle des organismes ingénieurs, particulièrement exigeants. À l'inverse, explique Jean-François Ponge (53), ces animaux, en assurant l'humification de la matière organique et le maintien de la structure du sol, conditionnent la présence des autres espèces animales et végétales. Ainsi, dans les sols acides, la pédofaune est plus réduite. Les lombrics sont très peu présents ; ils sont remplacés par des enchytréides, qui ne produisent pas d'agrégats et réalisent une structure en " éponge " très fine de par leur petite taille. La matière organique n'est pas incorporée rapidement à la matière minérale, comme c'est le cas en présence de lombrics. Le recyclage des nutriments y est moins rapide qu'en mull, car l'humification est plus lente. Cela ne convient pas aux plantes vernales, qui fleurissent au printemps et doivent donc disposer très tôt d'une grande quantité de nutriments. Cet humus de type moder est au contraire apprécié des Hêtres, des Chênes et de certains résineux.

Figure 13. Menge-mallol
Vesperus xartartii, Coléoptère
Cérambycidé
larve dévoreuse des racines de la vigne. F. Petré
del.
Le problème des agroécosystèmes
Que se passe-t-il alors dans un sol cultivé de façon traditionnelle
? Selon la plupart des spécialistes, labour, déchaumage et
pesticides déciment les animaux du sol. Lavelle montre qu'une prairie
fortement polluée au zinc est plus riche en macrofaune qu'un champ
de maïs. Seuls les ravageurs, favorisés par l'absence de
prédateurs et l'accessibilité des ressources, colonisent ce
type de cultures. L'utilisation préventive de pesticides conduit ainsi
à une aberration agronomique, montre Lavelle. Dans une culture, les
animaux décomposeurs sont la proie de prédateurs
généralistes. Lorsque, avec la croissance des plantes, les
herbivores colonisent le champ, les prédateurs sont assez nombreux
pour les réguler. Mais l'application de pesticides " préventifs
" élimine les décomposeurs, et les populations de prédateurs
sont réduites. Les ravageurs envahissent le champ sans être
contrôlés ; il faut remettre des pesticides, avec tous les
coûts que cela entraîne.
Des équilibres importants peuvent être modifiés par la
baisse de la diversité des espèces. Ainsi, la présence
de vers de terre annihile l'effet négatif des nématodes
phytoparasites sur le rendement des cultures. Les nématodes, avalés
par les lombrics, sont en contact avec une bactérie produisant de
la tyrosine, substance qui détruit leur système d'orientation.
Sortis du tube digestif des vers, ils ne peuvent plus se diriger vers les
racines. De plus, les lombrics agissent positivement sur les plantes en
évitant (par des mécanismes complexes que je ne détaillerai
pas) l'expression de certains gènes de stress. Les plantes sont en
meilleure " condition physique " pour résister aux parasites. La
présence de lombrics assure alors une forme de protection des cultures.
Or, les vers de terre sont parmi les espèces les plus exigeantes et
les premières à disparaître des sols trop chargés
en pesticides.
L'absence d'animaux fouisseurs cause également un problème
majeur : la compaction des sols. Si le blé, par exemple, possède
un système racinaire très puissant capable de traverser les
couches compactes, beaucoup d'autres plantes ne peuvent pousser dans un sol
rendu massif. Pire, la faible porosité empêche les amendements
et les éléments fertilisants de s'incorporer rapidement dans
le sol : ils perdent en efficacité. Cette compaction est également
un facteur d'érosion, car elle diminue l'infiltration de l'eau dans
le sol. Les eaux ruissellent sur les versants avec les fractions fines des
sols, et entraînent ainsi les produits phytosanitaires vers le bas
des parcelles, où des phénomènes de toxicité
peuvent alors survenir (Le Bissonnais et Gascuel-Odoux
(54), 1998).
Utiliser la faune du sol ?
La disparition de la pédofaune serait une des causes de la perte de
fertilité des terres arables. Des études montrent l'obtention,
dans des parcelles gérées selon les principes de l'agriculture
intégrée (utilisation limitée de produits chimiques,
diminution voire abandon du labour selon les cas) préservant les
communautés édaphiques, de rendements supérieurs à
ceux de l'agriculture conventionnelle.
En plus de développer ces pratiques raisonnées, peut-on envisager
d'utiliser certains animaux du sol pour " restaurer " des sols abîmés
par les méthodes classiques ? C'est ce qu'a réalisé
l'équipe dirigée par Lavelle dans des plantations de thé
en Inde. Subissant plus d'une vingtaine d'applications d'intrants chimiques
par an, et privée de tout apport organique par la récolte des
feuilles et la taille régulière des plants, la faune avait
complètement disparu des sols de ces exploitations. Résultat
: compaction des sols, érosion et prolifération des parasites.
" Il fallait remettre des vers de terre, raconte Lavelle, mais aussi leur
permettre de survivre dans ces conditions ! " Les chercheurs ont donc
créé des zones de fertilité en creusant des fossés
remplis de fumier, de bois de taille et de lombrics entre les rangées
de théiers. Ils ont constaté une répartition de la
matière organique dans tout le volume du sol, une distribution plus
profonde des racines et, surtout, une hausse de rendement atteignant en moyenne
275%. D'autres travaux sont menés sur ce sujet, qui n'utilisent pas
que des lombrics. Ainsi, au Burkina Faso, un paillis placé par terre
a permis d'attirer des termites qui ont restauré la capacité
de drainage des sols.

Figure 14. Steropus globulosus Coléoptère
Carabidé
Claire Villemant del.
Selon Ponge, la pédofaune pourrait même contribuer à
la dépollution des sols. Leur pollution par les métaux lourds
est liée à la disponibilité de ces métaux,
présents sous forme libre. Une méthode de dépollution
serait de fixer ces métaux dans les sols. La plupart des travaux actuels
recherchent pour ce faire des techniques physico-chimiques. Mais, dans les
sols naturellement acides, les métaux sont également sous forme
libre. Et les espèces animales qui y vivent sont adaptées à
cette toxicité. Une solution, suppose Ponge, serait donc d'introduire
ces organismes dans les sols pollués par l'homme que la pédofaune
d'origine, non adaptée, a désertés. En participant à
la dégradation de la matière organique, ils créeraient
les molécules humiques susceptibles de fixer les métaux. Et
leur présence accélérerait la vitesse de dégradation
des polluants organiques. Néanmoins, en se nourrissant de matière
organique, les animaux libèrent également les composés
en excès par rapport à leurs besoins. L'hypothèse de
Ponge est que l'effet d'immobilisation dans des agrégats durables
l'emportera, à long terme, sur l'activité de libération.
Affaire à suivre ! Notons, toutefois, que de bons résultats
de dépollution sont obtenus par un ensemble de techniques physiques,
chimiques et biologiques. La contribution que pourraient apporter, dans certaines
conditions, les organismes vivants du sol reste à étudier.
D'autres chercheurs envisagent d'utiliser certains animaux du sol comme
bioindicateurs. Ainsi, le groupe Inv.ent.for, coordonné par Louis-Michel
Nageleisen (55), travaille actuellement
sur une méthode utilisant les insectes forestiers pour évaluer
l'état de parcelles forestières, sur demande de l'ONF et de
Réserves naturelles de France. Parmi ceux du sol, les scientifiques
ont choisi des Coléoptères Carabidés et la Fourmi
rousse (56). La conservation des milieux
a besoin de ce genre de méthodes standardisées, à l'image
de l'IBGN (57) pour les milieux aquatiques,
explique Pierre Zagatti (58), membre
du groupe de travail. La difficulté est de choisir les espèces
indicatrices et de déterminer des méthodes d'échantillonnage
standard. Les insectes du sol peuvent être de bons indicateurs, remarque
Zagatti, mais beaucoup sont difficilement accessibles à notre
investigation. L'intérêt des carabes : ils sont mieux connus
que beaucoup d'autres groupes, ils se capturent aisément et, surtout,
un sol de bonne qualité en contient au maximum une centaine
d'espèces sur les mille présentes en France.
Le sol est un réservoir de ravageurs, mais aussi de leurs prédateurs
et d'animaux dont l'action dans le sol est essentielle à son bon
fonctionnement. Leur présence contribue à un équilibre
forcément fragile. " Lorsqu'un organisme devient nuisible, affirme
Lavelle, c'est souvent parce qu'une bonne partie de la biodiversité
a chuté. " La FAO (Organisation mondiale pour l'alimentation et
l'agriculture) rappelle à présent que " les communautés
du sol et leurs activités sont fondamentales pour la fertilité
des sols et la productivité agricole. " Ici se rejoignent la vision
de l'écologue, fervent défenseur des équilibres naturels,
et celle de l'agronome, qui recherche la meilleure productivité possible
au moindre coût. L'histoire de la pédozoologie suit celle de
l'écologie : la tendance est aujourd'hui à la préservation
de la biodiversité et à une agriculture moins chimique. La
faune du sol, " agent doux de la nutrition des végétaux ",
sourit Ponge, constitue une alternative. Les spécialistes de l'agriculture
des régions tropicales, où les mauvaises gestions ont des
conséquences particulièrement graves (voir l'encadré
Les sols tropicaux), l'ont sans doute plus vite compris.
Mais, si l'écologie du sol est de nouveau un sujet " à la mode
", il reste à reconstituer les équipes de recherches. Le manque
d'intérêt porté à la discipline au cours des vingt
dernières années a laissé bien des spécialistes
partir à la retraite sans successeurs.
Figure 15. Phylloxera Femelles virginipares radicicoles
sur radicelle de vigne.
Brocchi, Traité de Zoologie (1886).
J'adresse tous mes remerciements à Michel Bertrand,
Marcel Bouché, Yves Coineau, Jacques d'Aguilar, Jean-Jacques Geoffroy,
François Lasserre, Patrick Lavelle, Jean-François Ponge et
Pierre Zagatti, qui m'ont très aimablement reçue et
éclairée sur ce vaste sujet.
Merci également aux éditeurs de Millepattia
pour la reproduction des illustrations suivantes :
Figure 2 : d'après Demange, 1981, in Clé d'identification des
classes de myriapodes et des ordres de Chilopodes fréquents dans le
sol et ses annexes, J.J. Geoffroy, Millepattia n°1, 1992.
Figure 7, à droite : d'après Blower, 1985, in Clés
d'identification des ordres de diplopodes fréquents dans le sol, J.J.
Geoffroy, Millepattia n°2, 1993.
Figure 7, à gauche : d'après Demange, 1981, in Clés
d'identification des ordres de diplopodes fréquents dans le sol, J.J.
Geoffroy, Millepattia n°2, 1993.
Figure 10 : d'après Koch in Lang et al., 1971, in Clé
d'identification des classes de myriapodes et des ordres de Chilopodes
fréquents dans le sol et ses annexes, J.J. Geoffroy,
Millepattia n°1, 1992.
Figure 14 : in C. Villemant & A. Fraval : La faune du
Chêne-liège. Actes Éditions, Rabat, 1991.
Autres dessins, sauf mention contraire : Aline Deprince.
Aline Deprince, future étudiante du DESS de Journalisme scientifique
de l'université de Montpellier, a préparé cet article
durant le stage qu'elle a effectué à la ME&S, d'avril à
août 2003.
Sur le site Internet du Courrier, la page Faune du sol est à
www.inra.fr/dpenv/faunedusol.htm
D'un point de vue linguistique, le sol a des racines latines. Dérivé
du latin solum signifiant " fondement, base, surface de la terre, contrée
", le mot sol est aujourd'hui couramment employé pour désigner
la " partie superficielle de la croûte terrestre ", sur laquelle
on se tient, à l'état naturel ou aménagé (le
sol peut être de terre battue, pavé, bétonné,
voire marbré). C'est également la " surface plane,
généralement horizontale, constituant la limite inférieure
d'une construction " : le carrelage ou le plancher. Pour le juriste,
c'est un territoire, une propriété, et pour l'ingénieur
des travaux publics, un matériau grenu intervenant dans la composition
de la chaussée. L'astronome parle aussi du sol lunaire ou du sol martien.
Et pour le gymnaste, les exercices au sol se réalisent tout de même
sur un praticable.
Les termes scientifiques du sol, comme beaucoup de vocables savants, ont
plutôt des racines grecques :
Pédo- : du grec pedon, qui signifie " sol ". Ainsi la
pédozoologie est la science (-logie, du grec logia, " théorie
") des animaux (zoo-, du grec zôon, " animal ") du sol.
-gée : du grec gê, qui signifie " terre ". Les animaux
dits épigés vivent au-dessus (épi-, du grec epi, " sur
") de la surface du sol.
Édaph- : du grec edaphos, qui signifie " sol ". L'édaphon
est l'ensemble des animaux présents dans le sol de façon
permanente.
Chton- : du grec khthôn, qui signifie " terre ". " Chtonien
" s'applique aux monstres et divinités surgissant du monde souterrain,
catégories de la faune non traitées ici. On retrouve la même
racine dans " autochtone ".
D'après, entre autres, Le nouveau Petit Robert, 1995.
[R] Encadré2 : Quelques définitions
Le sol de l'agriculteur : Formation naturelle superficielle, meuble, de
l'écorce terrestre, résultant de la transformation, au contact
de l'atmosphère et des êtres vivants, de la roche-mère
sous-jacente, sous l'influence de processus physiques, chimiques et biologiques.
(Larousse agricole, 2002)
Le sol d'un spécialiste en science du sol : Partie superficielle
de l'écorce terrestre fortement soumise à l'action des agents
climatiques et colonisée par les êtres vivants. Ceux-ci,
conjointement et lentement, la transforment par un ensemble de processus
où interagissent phénomènes physiques, chimiques et
biologiques. La formation qui en résulte couvre l'essentiel des surfaces
continentales et constitue la couverture pédologique. Suivant les
climats locaux, les roches dont elle est issue, la végétation
qui l'occupe, le régime des eaux auquel elle est soumise, le relief
et, finalement, l'usage qu'en fait l'homme, elle se différencie en
formant des sols. (Stengel, dans Sol : interface fragile, Stengel
P., Gelin S. (coord.), INRA Éditions, 1998)
Humus : Ensemble des produits d'altération ou en voie
d'altération de la matière organique du sol. Ces produits sont
de couleur foncée et plus ou moins stable. (Dictionnaire de
Science du sol, éd. Lavoisier, 1997)
Horizon : Couche parallèle à la surface du sol. " Les horizons
sont différents les uns des autres par leurs constituants, leur
organisation et leur comportement ; ils sont dus aux transformations subies
par les matériaux depuis le début de son évolution "
(Boulaine).
[R] Encadré 3 : Les maladies qui passent par les animaux du sol
" Ne touche pas la terre, c'est sale ! " dit-on aux enfants. Non, ce n'est
pas " sale ", mais il est vrai que certaines maladies transitent par le sol.
Bon nombre de parasites internes sont expulsés de l'hôte à
l'état d'ufs par les selles, qui tombent sur le sol, puis les
larves (ou les ufs selon les cas) pénètrent un nouvel
organisme hôte, par consommation (d'eau souillée, de légumes
non lavés, d'herbe pâturée) ou, plus rarement, par contact
avec la peau. Dans les régions tropicales, l'ankylostomea et l'anguilluleb
sont des parasites de l'homme dont les larves persistent longtemps dans le
sol et pénètrent dans la chair de qui marcherait pieds nus,
gagnant ensuite l'intestin. La Douve du foiec présente un cycle complexe
: passant du foie du mouton au sol, à l'escargot, puis à la
fourmi que les larves contrôlent en parasitant son cerveau, l'obligeant
à grimper sur les hautes herbes broutées par le
mouton
! L'homme peut également être contaminé, car la douve
prolifère dans les cressonnières sauvages.
Enfin, d'aucuns soutiennent l'hypothèse selon laquelle des acariens
des fourrages auraient une part de responsabilité dans la transmission
des maladies à prion.
a Ancylostoma duodenale et Necator americanus,
Némathelminthes Nématodes.
b Strongyloïdes stercoralis, Némathelminthe
Nématode.
c Fasciola hepatica, Plathelminthe Trématode.
[R] Encadré 4 : Les
Nématodes
Ces tout petits vers sont les animaux les plus abondants sur la planète
; il en est de même dans le sol. La plupart sont des parasites d'animaux
ou de végétaux. Les phytophages sont des ravageurs de cultures
: ils forment des kystes ou des galles dans les racines des plantes, qui
pourrissent et meurent. On leur oppose quantités de
nématicides
dont beaucoup disent en riant (jaune) que seuls
les nématodes leur résistent ! La lutte biologiquea emploie
à leur encontre des champignons prédateurs. A contrario, des
Nématodes parasites d'insectes ravageurs sont utilisés comme
auxiliaires.
Il existe des Nématodes libres, tous aquatiques ; on en trouve par
millions dans l'eau interstitielle des sols. Ils sont microphytophages,
saprophages ou prédateurs d'autres Nématodes, de Protozoaires
et d'Enchytréides.
a Voir " La lutte biologique contre les Nématodes phytoparasites ",
par J.-C. Cayrol, C. Déjian-Caporalino et E. Panchaud-Mattei, Le
Courrier de l'environnement de l'INRA n°17, 31-34.
La larve du Fourmiliona, dès sa naissance, s'enterre à reculons
dans un sol sableux en creusant une sorte d'entonnoir. Les petits insectes
qui circulent à la surface du sol y tombent et arrivent directement
à la portée des impressionnantes mandibules de la larve. Si
la proie convoitée, en général une fourmi, tarde à
se faire prendre au piège, l'ingénieuse envoie dans sa direction
quelques grains de sable qui provoquent une petite avalanche, entraînant
l'animal vers le fond.
a Myrmeleon, Insecte Névroptère Myrmélonidé.
[R] Encadré 6 : Les Myriapodes
Les Myriapodes, ou mille-pattes, sont présents dans la plupart des
sols. Les Myriapodes Symphyles et Pauropodes, encore peu connus, appartiennent
à la mésofaune. Diplopodes (deux paires de pattes par segment)
et Chilopodes (une paire de pattes par segment) font partie de la
macrofaune.
Les Chilopodes, tous prédateurs, chassent en courant sur le sol. Parmi
eux, les scolopendres ont mauvaise réputation, note Jean-Jacques
Geoffroya. Pourtant, ajoute-t-il, seules les grandes espèces tropicales
sont à craindre, et si leur morsure est douloureuse, elle n'est
généralement pas mortelle pour l'homme.
Les Diplopodes sont très diversifiés. Parmi les plus connus
: les gloméris, qui se roulent en boule, et les iules (au masculin),
ces longs cylindres pleins de pattes. Tous possèdent des glandes
répugnatoires sécrétant des substances répulsives.
Certaines espèces se regroupent parfois en masses de millions d'individus
sortant du sol, sans que l'on en connaisse les causes exactes. Au Japon,
raconte Geoffroy, ces déplacements massifs ont bloqué des trains
!
a Jean-Jacques Geoffroy, du département Écologie et gestion
de la biodiversité du Muséum national d'histoire naturelle,
est secrétaire général du Centre international de
myriapodologie.
Voir à www.mnhn.fr/assoc/myriapoda
[R] Encadré 7 : Les sols tropicaux
Les sols des régions tropicales sont particulièrement fragiles.
Sous ces climats, l'altération de la roche est intense : les sols
sont donc constitués d'argiles inertes (kaolinite) et dépourvus
de nutriments minéraux. Les réserves de nutriments sont uniquement
accumulées dans la biomasse végétale. Les
éléments nutritifs sont libérés par la
minéralisation très rapide de la matière organique,
contrôlée en partie par les organismes du sol, et aussitôt
réabsorbés par les racines.
Déforestation, mise en culture selon les principes conventionnels
occidentaux, ou pastoralisme ont alors des conséquences catastrophiques
: le recyclage des nutriments ne s'effectue plus. En l'absence d'animaux
fouisseurs, le sol devient compact. L'eau n'est plus drainée vers
les couches profondes mais ruisselle en surface, entraînant la couche
meuble : c'est l'érosion.
Ce phénomène peut également être dû au passage
des lourds engins de déforestation ou à
un ver de terre
! Pontoscolex corethurus, très résistant, prolifère
là où toutes les autres espèces ont disparu. Ses
déjections créent une couche compacte et solide à la
surface du sol. Seul remède contre ce trop actif lombric : la
reforestation, qui permettrait en moins d'un an, selon des résultats
récents, la réapparition d'une faune diversifiée et
le retour à l'équilibre initial.
[R] Encadré 8 : L'éducation à la faune du sol
Pour les instituteurs, la faune du sol présente des atouts non
négligeables : facile à attraper, d'aspect étonnant,
elle permet d'intéresser les enfants au monde animal et d'introduire
la notion de cycle biologique. Les programmes officiels de maternelle et
de primaire citent la capture et l'observation des animaux du sol comme exemple
d'activité destinée à éveiller l'esprit scientifique
des jeunes élèves, et de nombreux projets pédagogiques
développent ce thème. Au collège, le sol et ses habitants
apparaissent dans le chapitre " Notre environnement " du programme de sciences
de la vie et de la terre des classes de sixième. Dans la plupart des
livres scolaires, une page consacrée au " sol vivant " présente
les invertébrés du sol et insiste sur le travail des vers de
terre. On crée parfois une ferme à lombrics. Durant la suite
du collège, puis au lycée, les choses se gâtent pour
la pédofaune : le sol est enseigné d'un point de vue
géologique et physico-chimique.
À l'Université, le sol se situe au carrefour de nombreuses
disciplines. La pédofaune est nettement plus présente dans
le chapitre " Sol " des cursus de sciences environnementales et d'agronomie
que de sciences de la terre, mais peu de formations insistent sur sa
diversité et son rôle. La biologie du sol se limite souvent
à la microbiologie. En écoles d'agronomie, la faune du sol
apparaît surtout dans le chapitre " ravageurs ". Elle revêt toutefois
un aspect plus positif dans les formations, relativement récentes,
consacrées à l'agriculture biologique.
Source : Colloque sur l'éducation au sol, Association française
pour l'étude des sols, Académie d'agriculture de France et
ministère de l'Écologie et du Développement durable,
Paris, Institut national agronomique, 11 juin 2003.
[R] Notes
(1) Annélides
Oligochètes Lumbricidés.[VU]
(2) Arthropodes Hexapodes
Entognathes.[VU]
(3) Entomologiste français, aujourd'hui retraité,
Jacques d'Aguilar fut responsable du Laboratoire central de faunistique de
l'INRA. [VU]
(4) Insectes Coléoptères
Élatéridés. [VU]
(5) Dans Sol : interface fragile, Stengel P., Gelin
S. (coord)., INRA Éditions, 1998, pp. 3 à 17.
[VU]
(6) Les Zooflagellés et Ciliés sont très
abondants dans le sol. Les Rhizopodes n'y sont représentés
que par les Amibes. [VU]
(7) Philippe Janvier est directeur de recherche au laboratoire
de Paléontologie du Muséum national d'histoire naturelle.
[VU]
(8) Arthropodes Hexapodes Entognathes.
[VU]
(9) Rotifera, Métazoaires Pseudocoelomates
vermiformes.[VU]
(10) Les plus petits des Métazoaires, groupe
charnière entre les Annélides et les
Arthropodes.[VU]
(11) Nematoda, Métazoaires Némathelminthes.
[VU]
(12) Arthropodes Arachnides Acarina ; Oribates (Acariformes)
et Gamasides (Parasitiformes) sont particulièrement
représentés dans le sol.[VU]
(13) Arthropodes Arachnides.[VU]
(14) Arthropodes Hexapodes
Entognathes.[VU]
(15) Arthropodes Myriapodes Symphyles et
Pauropodes.[VU]
(16) Annélides Oligochètes
Enchytréidés.[VU]
(17) Arthropodes Crustacés Isopodes
Oniscoïdes.[VU]
(18) Scolopendromorphes, Géophilomorphes, Lithobiomorphes
et Scutigèromorphes.[VU]
(19) Les familles des Gloméridés,
Polydesmidés, Iulidés sont les plus représentées
en Europe.[VU]
(20) Mollusques
Gastéropodes.[VU]
(21) Arthropodes Arachnides. [VU]
(22) Talpa europaea, Mammifère Insectivore
Talpidé.[VU]
(23) Marmota marmota, Mammifère Rongeur (Rodentia)
Sciuridé ; voir " La Marmotte alpine ", par R. Ramousse, M. Le Berre
et O. Giboulet, Le Courrier de l'environnement de l'INRA
n°36.[VU]
(24) Oryctolagus cuniculus, Mammifère Lagomorphe
Léporidé.[VU]
(25) Respectivement Apodemus sylvaticus, Mammifère
Rongeur (Rodentia) Muridé, et Microtus arvalis,
Mammifère Rongeur (Rodentia)
Microtidé.[VU]
(26) Le plus grand est le Lombric géant d'Australie,
Megascolides australis, qui mesure plus de 3 m pour 3 cm de
diamètre. [VU]
(27) Yves Coineau, naturaliste, a été directeur
du laboratoire de Zoologie des Arthropodes au Muséum national d'histoire
naturelle ; il a publié de nombreux ouvrages de vulgarisation
destinés au grand public. [VU]
(28) Vespula vulgaris, Insecte Hyménoptère
Vespidé.[VU]
(29) Pernis apivorus, Oiseau Accipitridé,
autrefois appelée Buse bondrée. [VU]
(30) Par exemple, la Noctuelle des moissons, Agrotis
segetum, la Noctuelle noirâtre, Euxoa nigricans, Insectes
Lépidoptères Noctuidés.[VU]
(31) Insectes Orthoptères Caelifères
Acridoidea.[VU]
(32) Lyristes plebejus, Insecte Homoptère
Cicadidé.[VU]
(33) Le record est détenu par une Cigale
américaine, Magicicada septemdecim, dont l'état larvaire
souterrain dure dix-sept ans, et la vie adulte seulement quelques
heures.[VU]
(34) Sciara militaris, Insecte Diptère
Nématocère Sciaridé.[VU]
(35) Thaumetopoea pityocampa, Insecte
Lépidoptère Thaumetopoeidé.[VU]
(36) Insectes Isoptères. Sur les 2 300 espèces
de Termites connues au monde, seules quelques-unes (dont les espèces
européennes) s'attaquent au bois. D'autres se nourrissent de microflore.
Les termites humivores, à l'instar des lombrics, ingèrent de
la terre et se nourrissent des débris organiques qu'elle
contient.[VU]
(37) Gryllotalpa gryllotalpa, Insecte Orthoptère
Gryllotalpidé.[VU]
(38) Viteus vitifoliae, Insecte Homoptère
Phylloxéridé.[VU]
(39) Qui vit dans une galle ou cécidie (excroissance
anormale sur un organe végétal, produite par la piqûre
d'un Insecte ou l'installation d'un Insecte, dit " cécidogène
", au sein des tissus végétaux).[VU]
(40) Voir l'article d'Alain Fraval " Capture et
collection
Aspirateurs ", revue Insectes
n°124.[VU]
(41) Voir l'article d'Alain Fraval " Capture et
collection
Les éclosoirs ", dans Insectes n°126.
[VU]
(42) Michel Bertrand est enseignant-chercheur au Centre
d'Écologie fonctionnelle et évolutive, département
Écologie des Arthropodes, Université de Montpellier III / CNRS.
[VU]
(43) Voir " Lutte chimique, Campagnol terrestre, bavures
et états d'âme : mise au point ", par M. Pascal, Le Courrier
de l'environnement de l'INRA n°35, 61-65.
[VU]
(44) Alcedo atthis, Oiseau
Alcénidé.[VU]
(45) Merops apiaster, Oiseau
Méropidé.[VU]
(46) Speotyto cunicularia, Oiseau
Strigidé.[VU]
(47) Marcel Bouché a dirigé l'ancien laboratoire
de Zooécologie du sol au centre INRA de Montpellier. Spécialiste
des lombriciens, il est aujourd'hui retraité.
[VU]
(48) Voir " In memoriam : Scheterotheca ssp., Lumbricina,
Animalia, Plantae, Homo sapiens et Sapientia ", par M. Bouché,
Le Courrier de l'environnement de l'INRA n°30.
[VU]
(49) Patrick Lavelle est directeur de l'unité de
recherche Biodiversité et fonctionnement des sols, Université
de Paris VI / IRD.[VU]
(50) Ce modèle a été décrit
chez un ver africain, puis confirmé pour une dizaine d'autres
espèces, dont des espèces tempérées. Les vers
des régions tempérées, où la température
est plus faible, fabriquent plus de mucus. On suppose que cela compense les
effets de la température et permet d'accélérer la
réaction microbienne.[VU]
(51) Formées à partir de cycles de six atomes
de carbones, particulièrement résistantes, ces molécules
entrent dans la constitution de tous les
végétaux.[VU]
(52) Notons que les fourmis ne bénéficient
pas des interactions internes avec la microflore que nous venons d'évoquer,
et ne produisent pas d'agrégats. Mais, selon Lavelle, ces insectes
font partie des ingénieurs de l'écosystème par le travail
physique qu'ils accomplissent dans le sol. [VU]
(53) Jean-François Ponge est chercheur au Laboratoire
d'écologie générale du Muséum national d'histoire
naturelle.[VU]
(54) Dans Sol : interface fragile, Stengel P., Gelin
S., coord., INRA éditions, 1998, pages 129 à
144.[VU]
(55) Louis-Michel Nageleisen est responsable de l'antenne
spécialisée Santé des forêts (département
Santé des forêts du ministère de l'Agriculture) au centre
INRA de Nancy. [VU]
(56) Formica rufa, Insecte Hyménoptère
Formicidé. [VU]
(57) L'indice biologique global normalisé (Norme
NF T90-350) est une note de 0 à 20 attribuée à une station
de mesure sur un cours d'eau après étude du peuplement
d'invertébrés aquatiques. Son interprétation permet
d'évaluer la qualité générale de la station.
[VU]
(58) Pierre Zagatti, directeur de recherche au centre INRA
de Versailles et secrétaire général adjoint de l'Office
pour les insectes et leur environnement, est entomologiste et spécialiste
de la conservation des Invertébrés.
[VU]
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