le repeuplement des communes rurales nécessité
publique et désir individuel
1. L'accueil de nouvelles populations
2. Partir à la campagne
Renseignements pratiques et bibliographie
Bibliographie
Le repeuplement des campagnes reste un sujet tabou, même si un certain
nombre d'évolutions récentes tendent à ouvrir enfin
le débat : sondages favorables, représentations presque idylliques,
mouvements reconnus, création de cellules administratives ou de plans
spécialisés. Un mouvement, statistiquement vérifié,
s'opère par lui-même et touche pratiquement toutes les couches
sociales. On ne le répétera jamais assez, l'espace rural n'est
pas uniforme, il est le fruit du système socio-économique,
entre la péri-urbanisation et ses deux ou trois couronnes concentriques,
qui captent les urbains par commodité constructible, et, sans doute
déjà, un besoin d'autre chose, et le reste de l'espace rural,
lui même décomposable en des territoires d'une plus ou moins
grande vitalité économique, celle-ci n'étant pas
forcément accompagnée d'une démographie brillante. Les
grandes plaines céréalières, par leur mode de
fonctionnement, n'attirent pas de nouvelles populations, les exploitations
démesurées favorisant l'agrandissement des terres et, par voie
de conséquence, le gel du bâti. Une autre partie de l'espace
connaît, depuis la prise en compte du développement local, une
renaissance due à une diversification des activités, à
une attractivité du mode de vie et à une prise de conscience
d'un autre système de valeurs. Bien sûr, des régions
cumulent les avantages entre héliotropisme, proximité du littoral
ou transfrontalière, charmes reconnus. Et puis d'autres sont encore
en marge, même si le recensement a démontré qu'elles
perdaient moins d'habitants que prévu et disposaient souvent d'un
solde migratoire positif, ce qui semble indiquer qu'il y a moins
d'émigrants que de migrants.
On estime à près de 11 000 communes celles qui restent
déficitaires en terme de population et qui présentent des
symptômes noirs : faible natalité, vieillissement, départ
des rares jeunes, pas de mariages, beaucoup de célibat... Deux
régions, l'Auvergne et le Limousin, sont données perdantes
jusqu'en 2220 au moins. Vingt départements sont sur la mauvaise pente.
Il y a encore une dizaine d'années, le rêve de l'élu,
son espoir secret ou avoué, était l'installation lourde d'une
activité économique qui, d'un seul coup, réduirait le
taux de chômage et remplirait les logements vacants. Mais, outre le
faible nombre d'entreprises réellement créées - et il
s'agissait de petites unités -, rien n'était fait pour attirer
ladite entreprise sinon un panonceau à l'entrée de la commune
et, dans le meilleur des cas, une entente avec les chambres consulaires.
Les logements n'étaient pas sur le marché, le cadre de vie
absent, la politique d'accueil nulle. On attendait tout du nouveau venu et,
hormis quelques cas, on ne donnait pas grand chose, surtout au petit porteur
de projet. On connaît les dégâts occasionnées par
le " zapping industriel " d'unités obtenant tout et plus... et changeant
de territoires pour de nouveaux avantages.
Aujourd'hui, le développement local est entré dans les murs
politiques, mais toujours avec cette connotation économique en amont.
Les communes trient ce qui paraît non pas le viable mais le plus rapidement
profitable. Car le plus viable tient de la prospective. Qui aurait, il y
a quelques années, parié sur l'infographie, les métiers
du son ou le renouveau des artisanats, ou encore sur le terroir ? L'objectif
militant des territoires les plus avancés, c'est la transmission des
entreprises artisanales et commerciales à des repreneurs, même
venus d'ailleurs ; la reprise économique aidant, ceux-ci se font d'autant
plus rares sur le marché. Il conviendra donc de leur proposer un
système avantageux et non une série de contraintes... Les autres
propositions d'activités touchent le para-agricole, l'agroalimentaire
de qualité, le tourisme et le loisir.
L'économie reste, bien entendu, l'objectif ultime en ce que la
création de richesses induit la création d'emplois mais produire
de l'économique suppose de réfléchir en amont en termes
de globalité et de durabilité. Globalité parce que le
développement pour " se solidifier " agit autant sur le social, le
culturel, le sport, l'environnement
que sur le strict économique,
à savoir l'entreprise marchande. Durabilité parce que, plus
que jamais, dans l'incertitude des temps, la pérennisation ne peut
que s'inscrire dans une démarche d'économie de la nature, dans
un pacte de non-agression...
Il est sans doute plus habile et plus judicieux aujourd'hui d'abriter un
informaticien qui bricole un programme, un boulanger qui renoue avec une
spécialité, un café de pays, un bûcheron
que de courir après la fée industrielle, laquelle peut tout
de même prendre la forme d'ateliers agroalimentaires.
Mais, même en dehors de ces mouvements qui s'auto-manifestent un peu
partout - parce que la France rurale se repeuple un peu plus chaque jour
malgré l'absence de volonté publique -, il est une richesse
primordiale, parce qu'elle vient en premier, c'est celle des hommes.
La simple arrivée de familles en milieu rural permet de surseoir à
des fermetures de services publics. Tout gestionnaire le sait, mieux vaut
préserver que de fermer, parce que la vie souffre à se
réinstaller sur du rien administratif et sur une inertie politique.
L'absence d'emploi est souvent le prétexte derrière lequel
se cacher pour éviter tout changement, alors que le simple recours
à l'économie solidaire permet de gérer, pour un temps
et en partie, cette problématique. L'affirmation partagée est
celle selon laquelle il n'y a pas de développement sans création
directe d'emploi. L'entreprise, pour le décideur et l'agent de
développement, est un gage d'honorabilité. Même en prenant
en compte les difficultés intrinsèques du territoire, dont
parfois son manque de dynamisme, même en s'entourant de la garantie
d'une faisabilité du projet, la population est souvent la grande absente
du développement. Quant au repeuplement spontané, il est
toléré mais non accompagné, ce qui permet de comprendre
que très peu de territoires soient en recherche effective et volontaire
de migrants, pourtant solution mathématique à la relance de
la vie locale, à la réactivation des services publics et apport
d'une main d'uvre et d'une matière grise. Il paraît capital
de cesser ce grand gaspillage qui n'autorise pas la concordance entre les
opportunités rurales, les porteurs de projet sans territoire et les
territoires sans projet.
à la veille d'élections locales, l'examen de conscience des
décideurs de l'action publique territoriale, que sont les maires,
les adjoints, les conseillers, doit retenir cet aspect de l'évolution
de notre société, notamment les nouveaux rapports entretenus
entre l'espace rural et les citoyens. Faire appel à une nouvelle
population fournit une double réponse, le raccommodage de l'espace
rural, au sens d'un remaillage, et le soulagement de l'espace urbain, au
sens de sa déconcentration. Cette orientation apparaît simpliste
parce qu'elle a le mérite de poser un problème sans a priori.
Mais, s'interroger sur une migration, toute relative puisque les distances
en cause ne sont en rien comparables à celles du Canada ou de l'Australie,
provoque des réactions parfois virulentes, alors que des politiques
locales n'hésitent pas à faire appel à des migrants
et que se dessine un mouvement de retour vers la campagne.
1. L'accueil de nouvelles populations
Ce concept se heurte à des difficultés, principalement de deux ordres. Sociologiquement, il y a alliance objective entre la politique de la ville et l'esprit de caste campagnard qui, pour des raisons différentes, n'ont pas intérêt à agir. De ce fait, les contraintes techniques deviennent insurmontables et tout semble fait pour les surmultiplier.
Des freins sociologiques
Les penseurs de la ville, urbanistes et philosophes, estiment que cette
dernière est le résultat logique de l'évolution d'une
société et qu'à ce titre, il y a quasi-synonymie avec
la modernité. Que la ville ne soit pas une réussite, ils ne
le contestent généralement pas, du fait d'une reconnaissance
implicite de la crise des banlieues qui marque un échec de l'urbanisme
hygiéniste, dans un premier temps, productiviste dans un second, mais
surtout des politiques d'intégration depuis près de vingt ans.
La banlieue ne profite que peu de la reprise économique parce que
trop de liens sociaux sont coupés et trop de peurs, justifiées
ou non, paralysent ou parasitent les intentions d'installation. Dans les
années 1980, il ne fallait pas proposer de raser les tours, ce qu'on
fait aujourd'hui, ni parler de seuil de population, ce que l'on fait par
un système de quotas occupationnels : une couche de logements très
sociaux, une strate d'administrations, une rangée de chambres
d'étudiants. Propos caricaturaux mais réels. Donc, il n'est
sans doute jamais venu à l'idée des décideurs de proposer
l'autre branche de l'alternative, le départ pour d'autres cieux, si
ce n'est intra-urbains - certaines opérations ont consisté
à favoriser du logement social en centre ville -, c'est d'ailleurs
la problématique de répartition de la loi sur la solidarité
urbaine. Le départ n'est jamais proposé, ni
médiatisé.
Quitter une banlieue qui, en soi est provisoire - elle n'est pas
constituée, quoi que l'on fasse, pour fonctionner comme une ville,
la verticalité et les grands parkings bitumés ne favorisent
ni l'échange, ni la vie de quartier, même si des associations
uvrent pour redonner du sens en développant, par exemple, des
repas communs, et favorisent tous les échanges multi?culturels ou
non. Mais cette vie n'est pas celle des quartiers populaires d'autrefois
ou celle de certaines bourgades au quotidien. La population ne se fond pas
naturellement dans une atmosphère conviviale, n'a pas de lieu de
réunion spontanée, comme les places, ou difficilement. Trop
de barrières empêchent la relation de proximité.
Le chômage a, bien sûr, plus frappé là qu'ailleurs
et continue de le faire parce que la banlieue est devenue un lieu d'ostracisme,
à tel point que les " zones franches ", malgré des discriminations
positives, ne fonctionnent pas vraiment. L'absence de mixité sociale
des populations en porte la responsabilité. Ainsi, avons-nous le
sentiment, réalité vraie ou fausse, peu importe puisque nous
avons cette représentation, que rien n'est vraiment révolutionnaire
pour soigner ces maux et qu'il s'agit avant tout d'établir la paix
sociale...
Serait-il à ce point incongru de demander l'opinion des résidents,
tout du moins de ceux que notre système économique n'a pas
encore rendus invalides ? Ou, plutôt, serait-ce réactionnaire
de faciliter l'installation ailleurs, pour ceux qui le souhaitent, y compris
en campagne ? Depuis le mouvement dit " des nouveaux pauvres ", les travailleurs
sociaux et nombre d'élus ruraux ont perçu ce qu'il faut bien
appeler une fuite de certains concitoyens, en une proportion difficilement
quantifiable, vers des lieux qui leur permettent une économie de
subsistance. Ce mouvement n'est d'ailleurs pas le seul. Des zones
dépeuplées et réputées sans travail ne le sont
plus depuis l'installation d'immigrés venus de pays très pauvres
avec leur famille et qui font aujourd'hui souche ; c'est le cas de la
communauté turque, mais aussi de migrants venus de l'Est
dévoré de guerres intestines et de crises de survie. Il faut
constater que ce surplus de population n'est pas neutre, ni en terme de culture,
ni en terme d'emplois. Il a contribué à maintenir la vie locale
mais aussi à résoudre un problème de manque de
main-d'uvre, notamment dans les métiers de l'artisanat, de la
forêt et dans certaines entreprises dévoreuses de bras.
Le refus de cette réalité repose sur des reliquats
idéologiques d'un autre temps, lorsque la ville rendait libre,
c'est-à-dire désaliénait de la terre et de la religion.
Nous vivons une autre époque aujourd'hui, caractérisable par
la fin des limites et des frontières en matière de communication
matérielle ou immatérielle, la multi?résidentialité,
le changement de profession en cours de vie, le rôle omniprésent
de la formation, l'économie des services et des loisirs. En bref,
nous sommes en pleine révolution culturelle. N'est-ce pas le moment
d'oser briser les tabous ? D'autant que ceux-ci le sont depuis une dizaine
d'années par une population aisée qui a franchi le pas, choisissant
la campagne pour résider et souvent créer son emploi.
Rien n'est fait pour proposer du radicalement innovant, une "
échappée belle " - on peut supposer qu'une enquête exhaustive
révèlerait des exceptions rarissimes - y compris dans les
formations proposées pour ouvrir la voix à des métiers
" verts ", que ce soit ceux de la forêt, du bois, ou de l'agriculture
et de ses dérivés. D'autres métiers de l'artisanat sont
peu proposés avec une destination campagne ; pourtant, la crise de
main-d'uvre qualifiée est réelle et les boulangers repreneurs
sont souvent des employés reconvertis...
De l'autre côté, nombre d'élus ruraux restent sceptiques
sur cette notion de repeuplement ou lui sont hostiles. Ce n'est heureusement
pas le cas de tous et les exemples audacieux existent, mais ils concernent
peu de communes.
Leur crainte est clairement avouée : peur de l'étranger, au
sens de l'inconnu, celui qui vient d'ailleurs avec une culture différente
qui ne respectera pas la coutume. Cette inquiétude est très
partagée et s'étend à tous : néo-ruraux,
entrepreneurs exogènes, touristes... Cette barrière s'explique
par des décennies de repli sur soi, de méfiance vis-à-vis
d'un système, d'abandon, dont on sait depuis la fin des années
1960 qu'il avait fait de la fin des paysans et, par là, des campagnes,
son cheval de bataille de la modernité. C'était le début
de la politique agricole européenne et le plan Mansholt. Nombre de
campagnards de souche ne comprennent pas le regain d'intérêt
pour cette campagne précédemment obsolète, ni
l'intérêt suscité pour les entreprises pluri-actives,
multifonctionnelles, en clair ne partagent pas les objectifs des nouveaux
venus. Dans la réalité, c'est le regard neuf, porté
sur la campagne qui leur échappe ; ils en restent à de
l'occupationnel et refusent de s'interroger sur le fusionnel. Pour eux, il
paraît évident que les prix de l'immobilier y sont plus attractifs
qu'en ville et que le rural attire parce que moins visiblement pollué
et plus sécurisant. Mais, de là à concevoir que nombre
de concitoyens soient en recherche d'un autre rapport à la nature
et d'un mode de vie plus simple, il y a un fossé difficile à
franchir, puisque l'urbain ne peut avoir de la nature qu'une vision livresque
ou théorique ; et l'autochtone, le souvenir rempli des difficultés
de vie et de travail dans la France rurale ancienne, n'envisage pas la
modernité sous cette forme. Ce que les ruraux ont tendance à
appeler " écologie ", terminologie négative parce que restrictive
dans ses objectifs. Il s'agit d'un clivage important d'autant que
l'écologie apparaît plus politique que pratique.
Mais la résistance est plus forte encore s'agissant des " cas sociaux
" venus de la ville et dont cette dernière ne sait que faire, qu'elle
envoie donc au vert. Il ne s'agit pas d'un racisme latent mais d'une
méfiance générale envers l'étranger comme autrefois
envers le colporteur, le nomade, le " manuvre ". Le pauvre inquiète
parce qu'il ne possède pas et qu'il peut être tenté de
régulariser la donne en squattant l'inhabité, la friche. Bien
sûr, plus la campagne est isolée, plus le syndrome des " bonnes
murs " est important, compte tenu de l'âge avancé de la
population. Ainsi des élus préfèrent maintenir les
frontières fermées et le laisser aller naturel qui clôt
les dernières fenêtres. Des communes rébarbatives attendent,
de leur propre faute, la fin.
Mais, pour ceux qui ne partagent pas ce défaitisme égoïste,
les difficultés occasionnées par ces mentalités sont
bien présentes et les surmonter n'est pas aisé.
Des contraintes techniques
Celles-ci sont tributaires de la nature du projet.
L'accueil de nouveaux résidents pose en premier lieu le problème
du logement. Le locatif est une nécessité, car il constitue
souvent le premier logement de jeunes couples qui ne disposent pas des moyens
financiers suffisants pour l'accès à la propriété.
Le locatif public est le résultat de la restauration du presbytère
ou de l'école désaffectés ou encore le fruit d'un petit
programme d'un office public, neuf ou dans une grande bâtisse
réhabilitée. Le locatif privé, souvent aidé par
des opérations d'amélioration de l'habitat, a le mérite
d'impliquer la population et de l'inciter à l'embellissement du cadre
de vie. Reste ce qui est du domaine de la puissance municipale, à
savoir la mise sur le marché de terrain à bâtir en
l'accompagnant des normes nécessaires au respect de l'architecture
locale. Là encore, les dispositifs existent et le savoir-faire aussi.
Le rôle du maire et de ses adjoints est primordial, eux seuls ont la
connaissance du parc local, des indivisions en cours, des hésitations,
des perspectives. Eux seuls ont un pouvoir de persuasion dès lors
qu'ils s'engagent sur un projet. Mais l'accueil, c'est savoir accompagner
les nouveaux résidents, les inviter à la vie communale, leur
présenter les usages et les résidents, être à
leur écoute dès le premier jour, parce que ces gens ont un
autre mode de vie et des pratiques souvent urbaines en matière de
facilité de garde d'enfants, de loisirs, de restaurant scolaire ou
de démarches administratives. Cela ne signifie pas qu'il faille donner
satisfaction à toute exigence, mais le faire dans toute la mesure
du possible. Il ne s'agit pas d'une uniformisation du mode de vie mais d'une
amélioration logique de l'offre de services. Le logement est, dans
certaines régions, une denrée rare. Les chiffres clé
des cantons indiquent les fluctuations dans les catégories d'immeubles
: les principaux, les secondaires, les vacants. Ce qui n'implique pas que
ces derniers soient disponibles sur le marché du fait d'indivisions
et d'indécisions souvent scandaleuses, et aucune tentative en
matière de discrimination fiscale n'a jamais réussi à
voir le jour malgré les conclusions de nombreux rapports officiels.
Le recensement de l'immobilier, l'analyse en profondeur des difficultés
à surmonter et, bien entendu, la mise " en ligne " faciliteraient
la tâche aux nombreux demandeurs.
Des locaux peuvent être trouvés dès lors qu'il s'agit
d'une activité de services ou artisanale. Mais une fois encore, en
cherchant toutes les possibilités, même celles qui paraissent
anecdotiques - qui, il y a une dizaine d'années, aurait supposé
la reprise par les boulangers et restaurateurs rapides des stations-service
désaffectées ? Des granges, des hangars, des remises, des magasins
vides peuvent être loués pour des sommes symboliques, le profit
n'étant plus l'argent, mais la présence de l'autre ! Là
encore des mentalités seront à transformer.
S'agissant de terres agricoles et de terrains, la pression est aujourd'hui
importante dans la majorité des régions, soit sous l'avancée
du bitume urbain ou pour des infrastructures, soit du fait de l'agriculture
fortement demandeuse ou encore de l'avancée de la forêt. La
tâche de la puissance publique sera donc de favoriser toute reprise
de terre, ce que tente le Centre national pour l'aménagement des
structures des exploitations agricoles (CNASEA), toute négociation,
quitte à créer des associations foncières communales
et de privilégier l'installation plutôt que l'agrandissement
des exploitations.
Quant aux projets solidaires, les possibilités dépendent de
la nature du chantier souhaitée. Chantier environnemental qui doit
s'appuyer sur une formation opérationnelle et un partenariat avec
le département, les services de l'État et les associations
d'économie solidaire. Chantier de repeuplement alliant la
réhabilitation d'un logement à une pratique de formation en
matière de bâtiment. Dans tous les cas, il conviendra de
dépasser les considérations défavorables dès
lors qu'il s'agit de RMistes...
Aujourd'hui, il n'est plus du rôle d'une commune de mener seule ce
genre d'opérations mais, bien plus, celui d'une communauté
de communes qui, dans ses compétences obligatoires, comporte
l'aménagement de l'espace et le développement du territoire.
Le guichet unique réservé au porteur de projet manque cruellement
et le site de gestion immobilière par Internet aussi, bien que
l'élargissement de la coopération intercommunale entraînera
de fait la modélisation de ses outils et donc leur
généralisation.
Mais la contrainte majeure reste, une fois les autres réglées
ou dépassées, celle de la volonté politique. Quelques
rares exemples émaillent le territoire national d'une telle volonté,
le plus connu restant celui de la région Limousin qui a créé
une direction de l'accueil, ou ceux de maires ruraux, au sein d'une union
départementale ou en solitaire, qui ont su créer des
opportunités médiatiques, saisir la chance d'un concours pour
affirmer leur besoin de population.
De nouveaux territoires structurés s'organisent, ainsi le plateau
de Langres en Haute-Marne, cinq cantons de la région Rhône-Alpes,
trois en Ardèche, un dans la Drôme et un dans la Loire, et enfin,
plus largement, le Grand Massif central qui, sous l'égide de la
Délégation à l'aménagement du territoire et à
l'action régionale (DATAR), s'apprête à lancer un appel
d'offres en la matière. Le commissariat à l'aménagement
et au développement du Massif central affiche une volonté d'accueil
de populations nouvelles sur des territoires prêts à les recevoir,
au sein desquels les pratiques de l'accueil et du développement sont
réelles. C'est une première pour un organisme gouvernemental
d'affirmer, dans sa convention interrégionale de MASSIF 2000-2006,
un objectif de repeuplement : " La Convention prévoit, en appui des
efforts régionaux, de mettre en uvre un certain nombre de mesures
pour installer 500 actifs supplémentaires par an dans le Massif central
". Cette convention lie l'État et cinq régions : l'Auvergne,
le Limousin, le Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et
Rhône-Alpes. Il convient de noter enfin l'organisation de la première
foire à l'installation en milieu rural à Limoges en juin
2001 (1).
On ne peut s'empêcher de souligner l'évolution récente
des mentalités. En effet, depuis le lancement du Collectif ville-campagne
qui donnait l'impression d'accompagner un rêve, le repeuplement s'est
hissé, certes avec difficulté mais avec de plus en plus de
conviction, au rang de politique publique. L'analyse des avantages pour la
puissance publique est riche d'enseignements.
Des avantages évidents pour la collectivité
Ceux-ci sont de plusieurs ordres : économique, sociologique et
philosophique.
Chacun sait que le système de concentration spatiale répond
à une tendance économique similaire : un maximum de richesses
et de clients dans un faible rayon de façon à cerner les
coûts et accroître les profits. La verticalité est
conçue dans le même esprit : une économie d'échelle
pour les équipements, le modèle idéal de l'univers
contemporain étant Hong Kong. L'ultra libéralisme ne se prive
pas de cette analyse. Mais celle-ci entraîne dans son sillage le
déménagement de territoires entiers au sein desquels, faute
de population, les services publics sont condamnés avec logique, et
traîner des pieds ne fait que reculer le phénomène
fatal.
écoles, postes, trésoreries, gendarmeries sont concernées...
Le sens de l'histoire est là : la Poste s'ouvrira un jour ou l'autre
à la concurrence et devra faire face à des territoires
surcoûteux. Elle conservera une ultime mission de service public plus
que déficitaire, ayant abandonné ses bénéfices
aux autres opérateurs. L'Éducation nationale, hors période
électorale, tient le même discours. Quant aux gendarmes, on
ne leur reprochera pas d'assurer la sécurité dans les lieux
à risques... La réponse tient et ne peut tenir que dans le
repeuplement, une fois usés les remèdes des regroupements
administratifs. Le maintien du service public, parce qu'il est une
nécessité pour la population, est la meilleure garantie de
persistance d'un territoire. L'acte économique ne s'arrête pas
au maintien du fonctionnariat. La population consomme sur place pour partie
et dynamise le secteur de l'artisanat et de l'alimentation, sachant que le
travail appelle le travail, la rénovation, la construction, l'entretien
du bâti.
Sociologiquement, " déghettoïser " la ville est un impératif.
La redistribution territoriale participe de la lutte contre l'isolement et
la solitude. L'isolement, pour paraphraser une notion de physique, est une
mise hors contact avec la conduction sociale ; il y a enclavement parce que
la société s'est retirée. La solitude, au contraire,
même si étymologiquement elle caractérisait un lieu
désert, est surtout l'acte de vivre seul, de n'avoir plus de contact
ou trop peu avec l'autre. Même si les deux concepts s'entrecoupent,
il semble que la solitude se ressent plus au sein des grands ensembles et
que l'isolement est plutôt caractéristique de l'espace vide.
Les deux stigmates du système peuvent trouver un début de solution
par le repeuplement rural, l'isolement par la venue de l'autre, la solitude
par un nouveau rapport à l'autre, sans doute plus facile.
Philosophiquement, la campagne est synonyme d'un univers humain et non
technologique ; elle repose sur un rapport plus évident entre les
êtres, sur un relationnel qui va plus de soi. C'est par cette entrée
que l'on peut envisager le rapport à la nature, l'homme appartenant
encore de visu à la chaîne écologique. Être citoyen
paraît, par ailleurs, une évidence plus simple parce que la
cellule de base reste la commune, voire le village, un univers repérable,
délimitable. Toute décision est conséquente dans la
vie immédiate. Il y un nom sur un visage. Plus d'ancrage pour tous,
y compris les enfants.
En complément, on pourrait citer les exemples européens, programmes
entrepris notamment dans le cadre de l'initiative communautaire de
développement rural Leader (2).
Pays scandinaves, Italie, Espagne et Irlande font de l'installation rurale
un élément clé de leur politique nationale.
Le repeuplement rural sert la ville, en ce qu'il la désengorge, et
la campagne, en ce qu'il la rajeunit et la renforce. Alors, que valent quelques
scories idéologiques, quelques certitudes figées devant une
évolution constante depuis vingt ans ? Ce qui compte, n'est-ce pas
avant tout le bien-être des gens ? Et souvent celui-ci reste en
deçà. Si la nécessité de repeuplement se
conçoit pour les collectivités, il est essentiel de s'interroger
pour l'autre composante du projet, à savoir les migrants. Parce qu'il
s'agit tout de même de leur liberté !
Il est bon de souligner cet état de fait résurgent : la demande de départ est là. La revue Village magazine, par ses reportages et ses petites annonces, le démontre, mais aussi la demande de conférences sur ce thème à laquelle nous sommes quelques-uns à tenter de répondre, ou encore la constitution d'un Collectif ville-campagne, ou encore d'associations d'aide à l'implantation. Il convient donc de s'interroger sur la nature du territoire convoité et sur le système de valeurs qui conduit des femmes et des hommes à changer de vie, à la reconstruire à la campagne.
Les territoires du départ
Pourquoi partir ? L'analyse est nécessaire, notamment sur la nature
des motivations ; il faut voir si celles-ci sont superficielles ou
réfléchies, prises sur une fatigue momentanée ou un
courant plus profond. Parce qu'il y a engagement souvent lourd de
conséquences matérielles et psychologiques : vente d'un bien
immobilier, séparation affective avec sa famille et des amis, rupture
avec un lieu commun et, certaines fois, impossibilité financière
de retour.
On peut partir pour une série de motivations plus ou moins affirmées
et mêlées.
Pour se reposer, fuir des pollutions, le bruit, l'embouteillage, le stress
organisé, entre autres. Cette raison est dans la réalité
souvent plus majeure qu'on ne le croit, ces pollutions menant à des
réactions violentes, à des rejets globaux de la société
et, bien sûr, à la panoplie des maladies psychosomatiques et
au panel des allergies. Le départ se veut alors révolte des
sens et de la raison.
Pour se rapprocher d'un lieu électif, anciennement familial ou reconnu
lors de séjours. Tel est souvent le fil conducteur d'une vie en
pointillé, dans un lieu qui, par essence, ne peut satisfaire. Le
départ est construit, il hante l'esprit. Il est une libération
et, dans cette attente, le mode de vie a entièrement été
basé sur une projection.
Enfin, les entreprenants estiment que leur projet professionnel passe par
un ailleurs, pour monter une affaire, s'installer. Le support envisagé
est souvent un territoire " ciblé ".
Dans tous les cas, il s'agira de mener une vie différente. Mais la
motivation, même profonde, ne suffit pas en soi. Elle n'est jamais
unique, ainsi sont apparue-villages en fait foi, le souci, en période
de difficulté sociale, de mieux résister par la débrouille,
le jardinage, les petits travaux dans un espace déserté et,
enfin, l'affirmation d'une philosophie de la vie induisant une relation
renouvelée à la nature. Mais ces trois orientations sont dans
la réalité l'émanation d'une recherche de
sécurité, d'une réassurance pour les siens et
soi-même, face à un économique qui va trop vite et trop
loin.
La volonté de départ doit s'articuler autour d'une connaissance
du milieu envisagé. L'espace rural est un monde compliqué,
soumis aux mêmes complexités administratives que la ville,
auxquelles s'ajoutent celles liées à la propriété
de la terre ou à sa location, en clair le Code rural, qui établit
un régime dérogatoire favorable aux agriculteurs. La campagne
n'existe pas en soi, elle est constituée d'un ensemble de
microrégions, de petits pays. Ce qui implique des cultures et des
spécificités locales. Elle ne vit pas de la même
manière sur les hauts plateaux du Massif central et dans le bocage
normand, même si les valeurs partagées sont les mêmes.
Aussi se pose la question du territoire à choisir et celle des
éléments facilitateurs. On comprend que le choix dépende
de la motivation première. Mais tout cela est connoté. Le choix
électif, le coup de foudre répondent aussi à des
représentations profondes et à des désirs lointains.
Il s'agit alors de mettre un peu de rationalité, de quadriller la
région choisie, de parler, d'échanger, d'insister sur ce qui
paraît anodin et qui se révèlera être une
difficulté : éloignement de tel ou tel service, absence de
telle ou telle pratique... Le rapprochement affectif a l'avantage de provoquer
un changement en douceur, le territoire est connu, déjà "
habité ". L'installation professionnelle guide le choix du territoire
dès qu'il s'agit d'une opération agricole ou para-agricole.
Le type d'activité implique des microrégions précises,
élevage, culture, agrotourisme, etc. La recherche de renseignements
portera donc en priorité sur ces aspects.
Les villages qui accueillent les populations " exclues " sont rarissimes.
Le phénomène s'est auto-régulé. Cette population
a, la plupart du temps, bénéficié du prêt d'une
maison oubliée, lointaine, ou a eu accès à des locations
modiques car sans aucun confort. Elle s'est intégrée comme
elle a pu ou est revenue à son point de départ.
Quant aux autres formes de motivations, elles impliquent des choix territoriaux
captifs, écovillages peu nombreux, retraites en monastère,
etc.
On n'insistera jamais suffisamment sur la déception ressentie face
à une campagne qui ne s'identifie pas au lieu du rêve mais
plutôt à un espace complexe et résistant, avec des relents
de culture passéiste, des intérêts corporatistes aigus,
des pratiques qui peuvent heurter, la chasse notamment. L'écart entre
les conceptions culturelles urbaines et rurales peut faire souffrir et
empêcher de combler un différend préalable, d'autant
plus que l'autochtone se dit que ce n'est pas à lui de changer. Par
ailleurs, seuls la confrontation et l'échange permettent l'évolution
d'un territoire, l'ouverture des mentalités, sachant qu'en l'occurrence
une philosophie est à réinventer aujourd'hui en matière
de rapport à la culture et à la nature.
Ainsi, dans la majorité des cas, faut-il connaître le territoire
plus finement. Les études départementales de l'INSEE - notamment
les fascicules oranges, qui détaillent commune par commune, et les
fascicules jaunes Tableaux, références et analyse - fournissent
l'analyse de la population, des ménages, des migrations, des niveaux
de formation, des logements... Ces analyses restent un outil remarquable
pour repérer les territoires en mouvement et, notamment, ceux qui,
faiblement peuplés, auront tendance à être plus attractifs
en matière d'habitat libre, voire d'accueil. Certaines lectures sont
capitales : la presse privée de proximité, l'écho des
cantons ou la gazette d'un pays, la littérature publique, celle des
communautés de communes ou les publications du parc naturel
régional. En clair, tout ce qui permet de connaître la vie
coutumière, les petites annonces en tout genre, y compris
immobilières, créent un corpus qui se dévoile peu à
peu, une aide à la construction de sa propre emprise locale.
La connaissance identitaire est ainsi essentielle : on feuillettera avec
attention les ouvrages d'histoire, d'ethnologie et de littérature
régionales. Cela permet non seulement de s'imprégner de la
culture locale, mais aussi de voir son degré de mouvement, de
vitalité.
On peut supposer que plus un territoire est déserté, plus il
offre a priori de possibilités d'installation, mais plus il risque
d'être fermé, difficile. Les deux schémas coexistent
: un refus de toute modernité et de tout dérangement ou, au
contraire, la foi dans le sauveur extérieur, l'attente fébrile
d'un renouveau. À telle enseigne que des nouveaux venus se retrouvent
par la suite élus du territoire malgré leur absence de
racines.
Comment se loger ? Telle est aujourd'hui la véritable question. Le
temps des maisons données n'est plus. Pourquoi ? Plus de la moitié
de l'espace rural est presque surhabité : effet du péri-urbanisme
et de certaines zones touristiques. Une autre partie est la proie de
résidences secondaires peu ouvertes et qui bloquent l'offre.
La recherche s'effectue par les annonces de la presse locale, des " gratuits
" (un ou plusieurs par département), le téléphone
auprès des structures intercommunales en leur demandant s'il existe
une liste à jour de l'immobilier disponible, auprès des notaires,
qui peuvent pressentir des décisions familiales, et des agences
immobilières de plus en plus nombreuses mais dont il faut vérifier
les dires.
Le petit domaine se fait rare et, pour le trouver, mieux vaut choisir des
régions plus désertées, moins touristiques, moins "
mode ", ce qui ne signifie pas pour autant qu'elles manquent
d'intérêt patrimonial. Elles risquent d'ailleurs par leur faible
densité de favoriser la rencontre d'une population plus authentique,
plus sincère.
Les promesses d'arrangement ultérieur, de vente du petit terrain d'à
côté, doivent être négociées dans la plus
grande prudence. Il vaut mieux acheter les différentes pièces
cadastrales le même jour et les lier lors du compromis.
En revanche, de nombreuses propositions existent dans les petits bourgs qui
peuvent offrir de l'intérêt, moins isolés, plus
sécurisants, peu chers. Le bourg est souvent un lieu auquel on ne
pense pas ; il dispose pourtant de nombreux atouts, y compris en matière
de terrains, et d'une attractivité financière, car les
régions ont compris que le maillage de ces microvilles constituent
l'accroche sine qua non de la population des communes adjacentes.
Dans tous les cas, il faut prévoir large financièrement en
matière de remise en état, surtout dès qu'il est
envisagé une restauration eu égard au style.
Enfin, la construction neuve ne doit pas être écartée,
elle est dans certains endroits la seule possibilité, l'ancien
n'étant plus accessible. Bien pensée, elle peut donner toute
satisfaction. Le terrain est, dans les parties les moins peuplées,
souvent abordable, de 50 à 120 francs (8 à 18 ) le
mètre carré. Là encore, tout dépend de sa propre
option en matière d'habitation, sachant que la modernité -
l'ossature bois, par exemple - peut être sujette à contestation
administrative...
Le locatif peut être une solution momentanée ou durable. Pour
le momentané, le temps des recherches par exemple, la location d'un
gîte est une solution. Pour le durable, les communes disposent de plus
en plus souvent d'un ou deux appartements à louer, en régie
directe ou grâce à un propriétaire privé, suite
à une opération d'amélioration de l'habitat. Les offices
publics, y compris les gestionnaires du 1% logement, offrent aussi des locatifs
en milieu rural mais dans tous les cas, il faut dénicher
l'opportunité, s'inscrire sur une liste qui, par nature, privilégie
les locaux - ce qui se comprend.
Le travail en milieu rural est souvent une source d'angoisse pour celui qui
en cherche. Pourtant, il existe mais il est souvent potentiel. L'espace rural
est un lieu entrepreneurial par excellence. Agricole et para?agricole avec
la reprise d'une exploitation en se rappelant qu'une formation est exigée
pour toute installation aidée. Deux organismes rendent de précieux
services, TRAME (3) et son réseau
et les Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural
(CIVAM (4)), mais ce ne sont pas les seuls.
Ils aident au montage de dossier, bien entendu dans des directions de
développement durable. D'autres domaines offrent des possibilités
: la reprise ou la création d'un commerce ou l'artisanat, l'embauche
dans une entreprise existante souvent en recherche d'une qualification qui
manque sur place. Les syndicats corporatistes et les fédérations
et associations professionnelles disposent de supports d'information
précieux, sans parler du Web. Dans tous ces cas, des aides sous formes
de prêts, de subventions, d'aides à l'immobilier professionnel
peuvent être accordées. Les renseignements sont aujourd'hui
plus faciles d'accès, même lorsque le guichet unique n'est pas
encore en fonction, en s'adressant à la mairie, à la
communauté de communes, au département et au conseil
régional. Ne pas hésiter à présenter son projet
au conseiller général et à pratiquer le lobbying
auprès des élus pouvant être intéressés,
en se souvenant que toute appropriation est un gage de réussite.
Il est certain, même si les enquêtes chiffrées manquent,
que l'espace rural est déficitaire en matière d'artisans du
bâtiment, de professionnels des métiers de la bouche et de
forestiers à tous les échelons de la filière bois.
Hormis ces pistes, le rural offre, par l'utilisation des nouvelles technologies
d'information et de communication, la possibilité de toute activité
pouvant fonctionner à distance grâce aux réseaux, dès
lors qu'on accepte une autre organisation du travail et la pratique de la
multirésidence.
Enfin, ne l'oublions pas, le travail n'est pas l'intérêt unique
de la vie et, pour certains, il n'est même plus une nécessité,
soit parce qu'il y a rente, préretraite ou retraite.
La formation est l'outil essentiel de l'acte d'installation. Le temps n'est
plus au dilettantisme, certaines formations sont prérequises en
matière de subventionnement, d'autres le sont par souci de réussite,
c'est-à-dire de professionalisation. Le ministère de l'Agriculture,
les syndicats agricoles, les organismes spécifiques, les lycées
et les centres de formation pour adultes proposent aujourd'hui un panel
très large de formations diplômantes en agriculture, services
en espace rural, gestion et protection de la nature, entreprise
forestière...
Mais l'agriculture ou le tourisme ne sont pas les seules pistes. On semble
désormais manquer de tout. Il convient donc de voir un conseiller
en formation et, pourquoi pas, de se faire établir un bilan professionnel.
Le projet personnel doit être pensé et écrit avec les
scénarios les plus défaitistes : la méthode est connue.
Diagnostic de territoire, étude de marché, plan d'actions et
de financement, sans oublier la part de rêve et de risque...
L'invention de système de valeurs partagées
Le mode de vie en milieu rural n'est pas celui de la ville. C'est aussi à
ce titre qu'il peut tenter. Un certain nombre de valeurs en voie
d'affaiblissement rythment encore les relations humaines. Le travail est
une valeur fondamentale, source souvent d'incompréhension ou de
rapprochement entre les natifs et les nouveaux. Les tâches ne s'effectuent
pas d'elles-mêmes. Devenir bricoleur, savoir utiliser des outils quitte
à se faire expliquer leur maniement ou trouver un stage explicatif
est une quasi-nécessité. La prévoyance est une seconde
valeur fondamentale ; selon la localisation, on peut être
éloigné de certains services. Aussi, on apprend à ne
pas être surpris par une tempête, une pénurie d'essence
ou le froid soudain. Il y a de quoi se chauffer et se nourrir pour un petit
moment. En clair, il est certaines fois difficile de faire ses courses au
dernier moment.
Cette valeur débouche sur une troisième, le sens de l'organisation.
On ne commence pas des travaux par n'importe quel bout. On veille à
commander en temps utile ses matériaux, à penser aux
déplacements s'il y a de nombreuses activités personnelles
pour les enfants ou soi-même.
Enfin, il faut parler de ce qui est du ressort de l'entraide. Il est de bon
ton d'aider dans toute la mesure du possible le voisinage, parce que
lui-même le rendra sous une forme ou une autre : tracteur, bois,
fumier...
Quel mode de vie ? On comprend que celui-ci rejoigne les motivations et
réponde en fait à la question " Que suis-je venu chercher à
la campagne ? ".
Quelques traits apparaissent fondamentaux, qui s'articulent autour de la
valeur d'exemplarité. Le néorural est toujours suspecté
de murs différentes car il vient de la ville, presque une autre
civilisation. Le choix de la campagne doit s'accompagner des explications
du cheminement, de valorisation des raisons profondes du départ, en
prenant bien soin de ne pas heurter et de ne pas se présenter en
conquérant, de ne pas raviver le " syndrome du Parisien ". La
facilité financière n'étant pas le cas de tous, il faut
alors montrer que le projet est construit, réfléchi, fiable.
C'est cette capacité à la gestion entrepreneuriale qui influera
sans doute le plus sur l'environnement villageois.
Le sentiment écologique n'est pas perçu de la même
manière dans les campagnes. Cela ne veut pas dire qu'il soit inexistant,
mais 50 ans de désertification et de détresse pour nombre de
ruraux agissent comme un atavisme en la matière et les médias
et les politiques ont constamment joué sur l'opposition ville-campagne,
créant parfois une barrière forte entre les deux. L'écologie
risque dans un premier temps de se résumer à l'agriculture
biologique et au problème de la chasse. Là encore, l'explication
est la meilleure voie. Le biologique est chaque jour de plus en plus
accepté et pour cause. La chasse, souvent vécue passionnellement,
nécessite non pas un regard d'opposition systématique sur laquelle
se focaliseront toutes les différences mais un accompagnement
éducatif, en démontrant, par exemple, les ravages liés
au productivisme agricole, en expliquant qu'il s'agit aussi d'un combat
écologique de rétablissement des milieux naturels qui peut
profiter à tous.
La relation à la terre est capitale, par la pratique du jardinage,
d'une petite activité agricole, en s'inspirant de certains conseils
des locaux, par exemple les lunaisons pour les plantations et les coupes
de bois. Car la campagne, c'est fondamentalement la prise en compte de la
nature, même si elle ne s'opère pas partout.
L'implication dans la vie locale est le garant de l'intégration, si
on la souhaite. Généralement par la pratique sportive commune,
la participation aux associations, par exemple au comité des fêtes,
par le relationnel autour des enfants. Créer une activité nouvelle
et manquante est un moyen de reconnaissance, tout en revitalisant la
commune.
La participation à la vie municipale, à sa politique constitue
un moment d'intégration fort, au fur et à mesure des années.
Il faut d'abord être accepté avant de passer pour celui qui
veut donner des leçons aux autres. Enfin, il faut citer les deux principes
intégrateurs de nombreuses petites communes rurales : l'harmonie
municipale et les sapeurs pompiers volontaires.
Les contraintes à tout projet doivent être prises en
considération et méritent question. Le budget n'est jamais
assez important au vu des imprévus et dépassements. La solitude
face à l'absence de liens familiaux ou affectifs proches peut être
prégnante. Le cercle relationnel met du temps à se construire.
L'isolement, l'absence de ville à proximité importent. La vente
par correspondance ne suffit pas à remplacer le quartier chaland pour
ceux qui aiment la foule et les magasins. Le travail physique capte de nombreuses
heures, car tout dépannage peut être un problème, il
faut devenir un manuel du quotidien.
Quant aux aides financières, il faut faire attention aux promesses
et considérer l'autre versant de la subvention : la perte d'une autonomie.
A quel prix accepter l'aide publique ? C'est l'exemple, entre autres, des
gîtes et des opérations d'améliorations de l'habitat.
En fait, tout peut être subventionné et parfois rien.
Aujourd'hui, repeupler les communes rurales est possible. Chacun y trouve
dans la réalité des raisons d'espérer, de vivre en commun
une philosophie du patrimoine, un rapport nouveau à la nature, des
relations conviviales. Avons-nous dix ans d'avance en soulevant cette question
ou vingt ans de retard ?
Bernard Farinelli est cadre pédagogique au Centre national de la fonction publique territoriale, en charge, entre autres, des formations en développement local, chargé de cours à l'université Blaise-Pascal et à l'École d'architecture de Clermont-Ferrand, auteur de Pour la campagne (Sang de la Terre, 2000) et chroniqueur à Village magazine et France Bleu, pays d'Auvergne.
Notes
(1)
www.projetsencampagne.com
; tél. : 05 55 32 68 21.[VU]
(2) www.rural-europe.aeidl.be/rural-fr/index.html
[VU]
(3) Tête de réseau pour l'appui méthodologique
aux entreprises en milieu agricole ; www.trame.org/
[VU]
(4) www.civam.org/
[VU]
Renseignements pratiques et bibliographie
Comment trouver le lieu et l'activité, soit par les
réseaux établis, soit par des initiatives ponctuelles des
collectivités, soit, mais c'est une voie plus étroite, par
la recherche personnelle du " saut de puce " ?
Les réseaux constitués sont de plusieurs ordres
:
- le Collectif ville-campagne : 4, rue Marcel-Sembat,
87000 Limoges (tél. : 05 55 32 68 21). Contact : Claire Dutray. Ce
collectif donne la liste des membres adhérents : Cnasea, Fondation
pour le logement social, Assemblée des chambres de métiers...
-la chaîne Demain sur le câble ou sur Canal satellite : annonces
de reprise de commerces, d'appels de collectivités, voir Minitel 3615
DEMAIN. Sur Internet : www.Demain.fr
- les associations qui se constituent, par exemple, l'Association
destination-campagne, qui édite un journal, Le canard migrateur, avec
annonces, relations d'expériences, conseils. Contact : Joëlle
Noguera, 6, rue Danielle-Casanova,
94120 Fontenay-sous-Bois.
D'autres réseaux présentent un intérêt majeur,
même si leur vocation première n'est pas à tout coup
de recueillir de nouveaux habitants. Ce sont les agents de développement.
Voir l'UNADEL (tél. : 01 41 71 30 37) et se renseigner auprès
des conseils généraux ou régionaux dans le service
développement économique ou rural sur les noms et contacts
des agents de développement. Il y en a dans les communautés
de communes, les " pays " lorsqu'ils sont constitués, voire les parcs
naturels régionaux.
Par principe, se renseigner aussi, systématiquement, auprès
des consulaires : les chambres d'agriculture, de métiers et de commerce
et d'industrie, qui peuvent avoir des opérations en cours ou des projets
de reprises, d'installation ou d'accueil.
Enfin, la recherche personnelle est une solution, mais plus aléatoire,
quoique plus libertaire.
Les territoires repérés comme lieu d'accueil
:
- les sites de proximité Rhône-Alpes. Contact : Éric
Chausson, lycée agricole du Valentin, 26500 Bourg-lès-Valence
(tél. : 04 75 82 90 49) ;
- la " cellule accueil " du conseil régional du Limousin :
27, bd de la Corderie, 87000 Limoges (tél. : 05 55 45 19 00) ;
- le Plateau de Langres avec ADECAPLAN, dans la Haute-Marne. Contact : Isabelle
Georges (tél. : 03 25 84 22 26) ;
- Commissariat à l'aménagement et au développement
économique du Massif central : 19, bd Berthelot, 63400 Chamalières
(tél. : 04 73 19 20 36).
Pour l'agriculture :
- les CIVAM, Centres d'initiative pour valoriser l'agriculture en milieu
rural. Il y en a un dans chaque région. La Fédération
nationale : 140, rue du Chevaleret, 75013 Paris (tél. : 01 44 06 72
50).
- TRAME - Tête de réseau pour l'appui méthodologique
aux entreprises en milieu agricole : 9, rue de la Beaume, Paris 75018 (tél.
: 01 44 95 08 00).
Farinelli F., 2000. Pour la campagne. Éditions
Sang de la Terre/L'Acteur rural, 158 p
FNCIVAM, 1999. Pour un développement durable et solidaire.
Fédération nationale des centres d'initiatives pour valoriser
l'agriculture et le milieu rural, Paris.
Lachaud J., Manteau L., 2000. Les sociétés en agriculture.
Comment choisir, comment gérer ? Édition France agricole,
Paris, 319 p.
Moinet F., 2000. Le tourisme rural - Comment créer, gérer
? Édition France agricole, Paris, 384 p.
Ruralités. Les campagnes entre terroirs et traditions, n°842.
La documentation française, 2000.
X., 2000. Agriculture service compris. Mallette pédagogique.
Éditions Éducagri.
La collection de Village magazine, sans oublier le hors-série
numéro 2, "Tout pour s'installer à la campagne ". Site Internet
: www.village.tm.fr
Éducagri et les CIVAM publient, par ailleurs, un certain nombre d'ouvrages
pouvant servir à un projet, méthodologie, expériences,
branches novatrices, le bio par exemple, les produits du terroir, les haies,
les énergies renouvelables.