Le Courrier de l'environnement n°41, octobre 2000

Les habitants du Sahel face à la déforestation
Activités quotidiennes et lutte des femmes

Un fait d'origine climatique accentué par l'homme
Un milieu contraignant

Les hommes et la forêt
Conclusion : une alternative

Ressources bibliographiques et internautiques


La sécheresse qui a touché les pays du Sahel entre 1968 et 1985 a eu des conséquences désastreuses sur la végétation et pour les populations car des pluies dépendent les récoltes, l'état des pâturages, la croissance du bétail et, donc, la survie des hommes. Le Sahel est une vaste région d'Afrique sub-saharienne au climat aride à semi-aride où les sécheresses sont récurrentes, une bordure, un rivage entre le Sahara et les pays tropicaux humides.
La majeure partie des habitants du Sahel sont agriculteurs, éleveurs, ou combinent ces deux activités ; la sécheresse fait partie de leur histoire. Nous pourrions la retracer grâce aux textes arabes, les chroniques de Tombouctou qui à travers les Tarikh (1)es-Soudan, Tarikh el-Fettach et Tedzkiret en-Nisan, ont couvert les régions d'Afrique de l'Ouest du XVIe au XVIIIe siècles. Les écrits de voyageurs ou les rapports des administrateurs coloniaux sont aussi des outils indispensables pour comprendre les conséquences des sécheresses sur les hommes et leur environnement.
Les sources provenant de la tradition orale montrent que les sécheresses appartiennent à la mémoire collective. Entre 1900 et 1903, par exemple, en raison du manque de pluie, les habitants de la boucle du Niger ont connu une période de famine. Ils l'ont appelé " Ize Necre ", la vente des enfants (2).
Le dernier grand cycle de sécheresse (1968-1985) apparaît comme l'un des plus ravageurs, parce qu'il était particulièrement long et étendu. C'est cette période de sécheresse qui a révélé le phénomène de la désertification au Sahel.
La désertification est, au sens strict du terme, la transformation d'un milieu en zone désertique. Théodore Monod disait " le désert est un fait d'origine climatique, puisque le désert c'est avant tout l'aridité " (3). Cette transformation peut se produire sous l'effet d'une longue évolution, d'un changement véritable de climat ; mais elle peut aussi se produire suite à des fluctuations plus courtes et temporaires.
Dans le cas du Sahel, la désertification se vit au jour le jour. C'est une dégradation des terres, un appauvrissement de la végétation, de la faune et des ressources en eau. Elle concerne les zones sub-humides sèches, semi-arides et arides et peut être irréversible. Cette notion doit être comprise à l'échelle de la vie d'un homme ; la dégradation est irréversible quand les terres sont improductives pour une génération.

Un fait d'origine climatique accentué par l'homme

Le manque de pluie et la hausse des températures, facteurs climatiques, sont des causes de la désertification. Les activités humaines en sont d'autres, dues en partie à l'augmentation de la population qui se répercute sur les besoins en produits agricoles et, donc, sur l'utilisation des terres.
Un boom démographique s'est produit au Sahel, au cours des années 1970-1980. L'agriculture étant de type extensive, il y a eu accroissement des terres cultivées, diminution des temps de jachère et épuisement des sols.
Cependant, le phénomène de surexploitation des ressources naturelles au Sahel ne date pas d'aujourd'hui. Durant près d'un siècle, les pouvoirs coloniaux ont exploité les forêts à des fins commerciales et les cultures de rente ont été imposées. Les quantités exigées ont mis à mal les terres, peu fertiles, du Sahel.
La dégradation du couvert ligneux est l'une des facettes de la désertification. La cause première de la déforestation est la péjoration climatique et l'assèchement que provoque le manque de pluie. Des essences disparaissent, d'autres, comme Acacia senegal, voient leur production diminuer. La savane tend à se transformer en steppe et seules les espèces les plus résistantes, Balanites aegyptiaca par exemple, peuvent perdurer (voir encadré 1).
Les hommes au Sahel sont aussi d'importants utilisateurs de bois. Le bois couvre entre 60 et 93% des besoins en énergie et n'est plus vraiment une ressource renouvelable. La productivité de la forêt sahélienne serait de 0,3 à 1,3 st/ha/an alors que la consommation individuelle en milieu urbain est de 0,6 st/an et, en milieu rural, de 1,5 st/an4. La forêt peut donc difficilement se régénérer.
En présentant les activités humaines qui utilisent ou ont un impact sur les arbres, nous voulons faire le lien entre environnement et société. Quels sont les besoins en bois des peuples du Sahel, quelles utilisations font-ils des arbres ? Quelles sont les pratiques qui nuisent à la forêt ? Quels sont les moyens de lutte contre la déforestation et plus largement contre la désertification ?

Parc à Faidherbia albida, clé de l'équilibre pastoral et écologique au sahel - Pays Senofo
dessin CB d'après une photographie de Claude Dejaux (IRD)

Un milieu contraignant

Le Sahel s'étend, d'ouest en est, du Sénégal à l'Éthiopie. Nous avons choisi de nous limiter aux pays sahéliens de l'Afrique de l'Ouest : le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad. Ces pays se sont regroupés au sein du CILSS, Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel, créé en 1973.
Les géographes déterminent trois zones climatiques : la zone saharo-sahélienne (100 à 200 mm de pluie annuelle), la zone sahélienne (200 à 600 mm de pluie annuelle) et la zone soudano-sahélienne (600 à 800 mm de pluie annuelle). Il y a une saison des pluies au cours de l'année, entre les mois de mai et d'octobre, mais sa durée connaît de fortes variations interannuelles et interrégionales. Plus on va vers le nord, et à latitude égale de l'ouest vers l'est, plus la saison des pluies est courte.
Les ressources en eau sont celles fournies par les fleuves allogènes (Sénégal, Niger, Gambie et Chari), les nappes superficielles, en profondeur, mais aussi les lacs, les rivières et les oueds. Ces ressources sont limitées du fait de la faiblesse des pluies mais aussi d'une évapotranspiration supérieure à la pluviométrie.
Ce sont les savanes, de type arbustive et arborée qui dominent. 114 espèces d'arbres et d'arbustes se répartissent selon les caractéristiques des sols et du régime pluviométrique. La forêt est formée essentiellement d'arbustes épineux, comme Acacia ou Ziziphus mauritiana. Des arbustes non épineux sont aussi présents, comme Combretum micranthum ou Combretum aculeatum. Les arbres que l'on peut rencontrer sont, entre autres, des figuiers (Ficus gnaphalocarpa), des tamariniers (Tamarindus indica).
La forêt a des effets bénéfiques sur le milieu, elle permet de préserver la biodiversité, d'améliorer les capacités d'infiltration et de stockage de l'eau, de réduire le ruissellement et, donc, l'érosion hydrique. Elle permet aussi de limiter l'érosion éolienne, la perte des éléments nutritifs du sol, contribue à leur fertilité et limite l'ensablement. Les sols déboisés, dans les pays tropicaux, peuvent se transformer en cuirasse latérite stérile. Les espaces déboisés qui deviennent des terres cultivables sont de mauvaises qualité, du fait de l'érosion.
Si la déforestation a des conséquences néfastes sur les terres, l'eau et les animaux, elle en a aussi sur les hommes. D'abord pour l'agriculture et les pâturages, mais aussi pour tous les services rendus au quotidien par les arbres. Les groupes humains au Sahel sont multiples et leurs rapports à l'environnement, leurs connaissances et l'exploitation qui en est faite, le sont tout autant. Certaines activités et modes de vie qui sont liés à la forêt peuvent néanmoins être généralisés à l'Afrique de l'Ouest sahélienne.

Transport du bois à usage domestique récolté en brousse. À l'aube, sur la digue du lac de Sologo ", d'après une photographie de Christian Lévêque (IRD)

Les hommes et la forêt

Au Sahel, les deux plus importantes activités économiques sont l'agriculture et l'élevage. L'agriculture est de type itinérant (roulement des terres utilisées et mise en jachère d'environ 10 ou 15 ans), extensive et pluviale. C'est essentiellement à l'échelle familiale que se cultivent les terres ; c'est une agriculture peu ou pas mécanisée, les outils principaux étant la houe et la charrue. Très peu de terres sont irriguées et seul du fumier est apporté. Un accroissement des récoltes va nécessiter le défrichage de nouvelles terres et donc la coupe d'arbres. Les cultivateurs ont presque abandonné la jachère, ce qui ne laisse pas le temps à la végétation de se reconstituer.
L'agriculture itinérante en se modifiant, pour des raisons climatiques et socio-économiques, serait une des causes principales de la déforestation dans le monde.
Il faut rappeler que les paysans ne coupent jamais tous les arbres d'un terrain, ils laissent ceux qui procurent de l'ombre, des fruits ou qui ont une signification sociale ou religieuse. Les cultivateurs pratiquent aussi, dans certaines régions, le système de cultures sur brûlis et de feux de brousse pour défricher. Ce système prête à controverse. Bien utilisés, les feux de brousse peuvent être un élément de stabilité pour l'écosystème et, mal utilisés, ils peuvent être néfastes.
Les éleveurs nomades n'ont pas la même conception de leur environnement que des cultivateurs sédentaires. Ils gèrent d'immenses parcours en se déplaçant pour faire paître leur bétail. Après les différents passages des troupeaux et des hommes, la végétation a le temps de repousser.
Certains arbres et arbustes produisent du fourrage " aérien ". Les espèces sempervirentes (Balanites aegyptiaca) ou ayant des feuilles pendant la saison sèche (Ziziphus mauritiana) fournissent une alimentation complémentaire essentielle pour le bétail pendant cette période où il ne pleut pas.
Les alentours des points d'eau sont des zones fragiles en raison du piétinement des troupeaux qui viennent s'abreuver. Un pasteur qui possède un puits contrôle et limite l'accès aux pâturages environnants. Les politiques d'installations de pompes démarrées dans les années 1950 laissaient l'accès libre et gratuit aux éleveurs. Il y a eu, autour de ces pompes, dénudation des sols à cause de la surcharge de bétail, du piétinement et du déchaussement des arbres. L'accès à certaines pompes est, depuis, devenu payant.
La richesse des éleveurs, ce sont leurs troupeaux. Pendant les années de sécheresse, nourrir le bétail est difficile, les pâturages étant de mauvaise qualité. La nécessaire survie du bétail peut alors pousser les éleveurs à oublier les règles de gestion traditionnelles des ressources naturelles. Les animaux, par exemple, mangent les jeunes pousses d'arbres, rarement protégées par un système de clôtures.
Des groupes d'éleveurs sont devenus en partie sédentaires et pratiquent l'agriculture. Pour qu'un nouveau venu puisse cultiver, il va emprunter une terre à un habitant ou en défricher de nouvelles. L'habitat des peuples nomades est une maison faite de paille, ou une tente. Une sédentarisation à long terme implique aussi des modifications de l'habitat et les tentes vont devenir des maisons en adobe (d'une terre argileuse appelée " banco "). Au Tagant, en Mauritanie, pour la couverture du toit les habitants utilisent Calotropis procera (pomme de Sodome), résistant aux termites. Pour les poutres maîtresses, la préférence est au palmier-dattier (Phoenix dactylifera) et, s'il n'est pas disponible, aux Balanites aegyptiaca, Acacia tortilis et Acacia radiana. Si le bois est rare, toutes les espèces pourront être utilisées (5).
L'arbre fournit donc du bois, utilisé ici comme bois de construction. Ce sont en général les hommes qui vont chercher les gros troncs d'arbres qu'ils véhiculent sur une charrette ou un vélo. Ce sont aussi eux qui peuvent disposer des permis de coupe des Eaux et Forêts. Le bois d'œuvre peut être utilisé à titre individuel ou commercial. Les entreprises de bois de construction sont parmi les plus importants utilisateurs de bois.

Le bois sert aussi de combustible dans l'espace domestique. Il est source de chaleur et de lumière quand il n'y a pas l'électricité, permet de faire cuire les repas ou de faire chauffer de l'eau.

Il se présente sous la forme de bois de chauffe ou de charbon de bois qui est surtout utilisé dans les villes. Ce sont les femmes, en général, qui sont chargées de la collecte du bois et leur préférence va vers le bois mort et les petits branches qu'elles transportent sur leur tête, ou à vélo si elles en ont un. La cuisson se fait sur un foyer de type traditionnel, à trois pierres, qui nécessite d'importantes quantités de bois. Le feu doit être constamment maintenu par les femmes, lors de la préparation des repas (un à deux par jour).

L'arbre a de multiples fonctions et utilisations, en dehors du bois. Il a non seulement une fonction écologique, fourragère, énergétique, mais aussi alimentaire, sociale et économique. L'arbre est utilisé pour la pharmacopée locale, il fournit la gomme arabique.

Les fruits sont des compléments alimentaires indispensables pour les gens pendant les " périodes de soudure "6, d'autant plus que, dans la brousse, ils sont à la portée de tous. Les arbres fournissent de l'ombre, sont des abris contre le vent, des lieux de palabres.

La cueillette des fruits, des feuilles, des branches est, en général, une activité féminine. Cette activité, qui répond à des besoins quotidiens, est aussi une activité économique source de revenus. Les femmes peuvent vendre les fruits des arbres et obtenir ainsi des ressources monétaires. Lorsque le bois tend à manquer, il finit par devenir l'objet d'un commerce ; les femmes, ou les hommes d'ailleurs, qui vont chercher du bois pourront en vendre une partie sur les marchés. Les femmes savent aussi transformer les produits des arbres ; l'amande du karité donne ainsi du beurre, de l'huile et du savon.

Les arbres sont aussi utilisés par les artisans, potiers, fabricants d'instruments de musique, forgerons mais aussi les bûcherons et les charbonniers (voir encadré 2). Parmi les artisans on peut rencontrer des boisseliers, pour qui ce travail fournit un revenu complémentaire, ou permet de vivre en milieu urbain.

Dans certaines zones, comme dans le nord du Sahel, le bois mort permet encore de subvenir aux besoins des populations, mais on peut constater d'importantes auréoles de déforestation autour des villes et des villages.

Pour aller chercher du bois, en zone rurale, il faut parcourir des distances de plus en plus longues et la " corvée " de bois peut durer entre 4 et 12 heures.

Dans les zones arides, la collecte du bois de chauffe serait la cause principale de la déforestation. D'une part, en raison des besoins croissants d'une population qui augmente et des ressources qui diminuent et, d'autre part, en raison de l'abandon de techniques traditionnelles de coupe et de conservation des ressources naturelles (choix des espèces, émondage sélectif). Les activités artisanales peuvent conduire à une surexploitation pour répondre à des besoins financiers. C'est le cas, par exemple, aux environs de Kano (région de Tombouctou, au Mali) où les doums (Hyphaene thebaica) ont disparu pour la sparterie.

L'abandon des techniques traditionnelles est lié à la raréfaction des arbres. Pour répondre aux besoins de la préparation du repas, alors qu'elles ont parcouru des kilomètres pour trouver du bois, les femmes ne reviendront pas les mains vides. Il est donc possible qu'elles coupent des arbres verts. Les femmes manquent aussi d'outils pour couper les grosses branches, elles vont donc couper les plus jeunes pousses et le peuplement de la forêt va vieillir. Certains interdits liés aux arbres et qui sont fonction de la classe sociale, de la classe d'âge, sont encore respectés et d'autres ne le sont plus. Nous avons vu que l'arbre est fondamental dans la vie quotidienne des hommes, et pourtant ceux-ci sont facteur de dégradation de la forêt. La raréfaction des arbres liée au manque de pluie restreint les possibilités de choix des espèces tandis que les besoins sont sans cesse croissants. Un cercle vicieux entre diminution du potentiel ligneux, dégradation du niveau de vie et déforestation s'établit alors.

La lutte contre la déforestation et les femmes

Les femmes, parce que leurs activités sont liées aux domaines forestiers, ont une conscience accrue des changements qui peuvent intervenir dans la végétation. Elles savent quelles sont les espèces utiles qui disparaissent, celles qui se font rares ; elles reconnaissent leur rôle, et celui des hommes, dans le processus de déforestation.
L'intervention des populations semble donc nécessaire pour que ce phénomène n'aille pas en s'amplifiant et les femmes sont des actrices privilégiées de la protection de l'environnement. Elles possèdent des connaissances étendues sur le couvert végétal et la forêt, et des techniques d'exploitation respectueuses de l'équilibre des ressources naturelles. Les femmes ont des difficultés à maintenir la viabilité de ce savoir, comme nous l'avons vu, mais il devrait être exploitable dans le cadre d'une gestion à long terme des ressources naturelles.
Dans la pratique, rien n'est aussi simple. Les projets de sauvegarde de l'environnement sont de plusieurs types : il y a les projets d'organisations internationales telles que la FAO, l'UNESCO ou l'UNIFEM (Fonds des Nations unies pour la femme) ; des projets régionaux comme ceux du CILSS (Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel) et des projets nationaux et locaux.
Accepter la participation des populations dans les différents programmes d'aménagement forestier n'a été que tardif. Il a fallu, d'une part, reconnaître, au niveau des instances internationales qui financent les projets, les implications socio-économiques de la désertification. D'autre part, reconnaître qu'une gestion de l'environnement n'est pas viable si elle ne fait pas intervenir les habitants d'un pays. Ce type d'approche n'est apparu que dans les années 1980 et les gouvernements des pays du Sahel ont commencé à prendre position pour les femmes dans les années 1970-1980.
La prise de décision dans un ménage sahélien revient aux hommes, mais la plus grosse charge de travail, aller chercher l'eau, le bois, préparer les repas, s'occuper des enfants, cultiver, revient aux femmes. Rares sont celles qui ont pu aller à l'école ou bénéficier de formations au même titre que les hommes.
Du fait de la désertification, on a pu constater un exode des hommes dans les villes ou les pays côtiers. Les femmes qui deviennent chef de famille sont bien souvent parmi les personnes les plus pauvres et pourtant les plus présentes pour réhabiliter leur environnement.
Il est reconnu aujourd'hui que, sans les femmes, le développement durable au Sahel ne sera pas réalisable. Les statistiques économiques ne mettent pourtant pas en valeur leur part importante de travail. Les femmes ne semblent pas prendre part au développement socio-économique de leur société, alors que c'est bien souvent d'elles que dépend le bien-être d'une famille.
Il existe différents types de projets de lutte contre la désertification : reboisement, foyers améliorés, opérations de CES (conservation des eaux et des sols), culture de contre-saison. Les femmes sont très nombreuses, sinon majoritaires, à y participer. Le reboisement s'effectue sous la forme de plantations individuelles et collectives, d'agro-foresterie, protection de la régénération naturelle, pépinières, vergers, mise en défens, élagage contrôlé, réensemencement, entretien des forêts.
Les projets de reboisement ont, semble-t-il, commencé à embaucher les femmes à partir de la fin des années 1980. C'est-à-dire qu'elles étaient formées à travailler en équipe, à la coupe des arbres et qu'elles pouvaient en commercialiser les produits.
Les femmes se sont organisées en associations, groupements et coopératives à partir du début des années 1970. Elles ont mis en place, au titre de groupement, quelques plantations collectives. Leur intérêt est de pouvoir bénéficier des produits de l'arbre, ce que ne permet pas toujours la plantation individuelle qui se fait, en général, sur les terres du mari.
Il serait difficile ici de faire une liste exhaustive des différents projets de sauvegarde de l'environnement. Les projets spécifiques aux femmes sont peu fréquents, il s'agit bien plus de projets mixtes ou d'un volet féminin au sein d'un projet plus vaste.
La promotion du statut de la femme est toujours sous-jacente. La volonté d'intégrer la femme aux processus de décisions, aux équipes techniques, de sensibiliser la population à leurs besoins, nous paraît réelle. Ce sont les actions concrètes qui sont beaucoup plus rares.

Conclusion : une alternative

Un programme spécifiquement féminin est celui de la construction de foyers améliorés qui doit permettre d'économiser le bois de chauffe. La première phase, qui a débuté en 1979, avait pour objet de sensibiliser et former les femmes. Il semble y avoir eu une bonne adhésion à ce type de foyer et les femmes rurales les construisent elles-mêmes en terre banco. Il nous semble que, malgré les progrès accomplis, c'est vers la recherche de sources d'énergies substituables qu'il faut se tourner. Des programmes de promotion du gaz ont été mis en place, dans le cadre du CILSS. Il est surtout utilisé dans les villes car, dans les campagnes où il n'y a pas l'électricité, le gaz paraît trop cher aux femmes.
Le soleil est une source d'énergie disponible et gratuite toute l'année et des cuiseurs solaires existent. Les différents types de cuiseurs ont été testés par les femmes en Afrique du Sud, où elles ont montré qu'elles étaient tout à fait prêtes à accepter ce mode de cuisson. Un cuiseur coûte entre 180 et 700 F (soit environ entre 30 et 110 €) et l'expérience montre que les femmes sont prêtes à se mobiliser pour réunir cette somme d'argent si leurs intérêts sont en jeu et si elles sont bien informées. Le temps gagné sur la collecte du bois ou la préparation des repas permettrait aux femmes de s'investir dans d'autres activités, comme le commerce, la restauration du milieu ou des activités de formation. Ce qui pourrait être bénéfique pour elles, mais aussi pour les membres des pays sahéliens et les futures générations.

Fleur Enriquez-Sarano, étudiante en anthropologie à l'Université de Paris 8, s'est proposée de croiser le regard de sa discipline avec celui des environnementalistes et des sociologues, à propos d'un problème qui lui tient à cœur et à la suite d'un bref séjour sur place, en Afrique de l'Ouest. La ME&S l'a accueillie en stage durant l'été 2000 et le Courrier de l'environnement a ouvert ses colonnes au résultat de son travail.

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Ressources bibliographiques et internautiques

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Sur Internet
Le site de la Convention contre la désertification : www.unccd.de
Dimitra : fondation belge qui recense les projets pour les femmes : www.Fao.org/sd/dimitra
Le site de l'UNIFEM : www.Unifem.undp.org
Pour contacter Synopsis, qui s'occupe de diffusion et de tests sur les cuiseurs solaires : synopsis@wanadoo.org

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